‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 30 sur 124 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Entre le consentement et le mariage, il se passe encore leux faits importants *, — la constitution de la dot et du louaire ; — les fiançailles. L'histoire sera ici une leçon.

Quand l'étude des siècles passés nous met sous les yeux quelque odieuse tyrannie, l'indignation saisit d'abord si rivement notre âme, que nous ne sommes plus capables lue de maudire; on ne trouve plus sous sa plume et lans son cœur que des paroles de haine, on oublie pres- ]uela victime à force d'exécrer le bourreau. Mais qu'importeàlacause de l'humanité l'indignation de l'écrivain, si cette chaleur stérile ne satisfait que lui-même ? Sans doute c'est pour le haïr qu'on étudie le despotisme , ntais c'est surtout afin de deviner le secret et la marche de sa Tvdnej il faut^ plus occupé encore àea o^^^Vcùfe^

lOC LA FILLE.

que des oppresseurs, démêler comment les victimes d'hier ont brisé leurs chaînes, pour dire aux victimes d'aujourd'hui : Voilà comment il faut btiser les vôtres ! Les malédictions ne sont que d'aveugles transports qui désespèrent celui qui souffre, en lui présentant l'humanité comme éternellement dévouée à la souffrance ; faites-lui donc voir , non pas œmment l'humanité succombe , mais comment elle s'afiranchit ; montrez-lui la Providence venant en aide aux esclaves de toutes sortes au moment où leur cause semblait le plus perdue ; montrez-lui ces esclaves convertissant, à force d'adresse ou de courage, leurs instruments de servitude en des instruments d'indépendance, faisant des armes avec leurs chaînes : de cette sorte vous le soulagerez, vous le secourrez, vous l'instruirez, et vous serez vraiment historien. Jamais, par exemple, droit ne fut plus infâme que la marquette; les langues humaines n'ont pas de termes assez forts pour la stigmatiser. Eh bien, sa monstruosité même révolta teUenoent tous les cœurs, que, dès le début, on fut foi\5é de la changer en une redevance pécuniaire ^ Qu'arriva-t-il de là? Que cette conversion partielle de l'impôt de la personne en un impôt d'argent s'étendit bientôt de ce droit en tous les autres , et attaqua le fondement du système féodal. La personne de la vassale, cessant d'être engagée dans cette circonstance, se déga^gea bientôt dans tout le reste. Partout l'argent se substitua à llndividu :

1. Quand les coTiTives se seront retirés, nous dit Grimm, le ïiouvel

époQx laissera entrer le maire dans le lit de sa femne, sinon ilim ra*

chètera pour 5 schellings 4 penny. Le droit de rachat devint le droit

commun ; une paire de bestiaux, une mesure de froment, servirent de

prix rédempteur.

DOT ET DOUAIRE. FIANÇAILLES. MAHIAOK. i07

c elait la ruiue de la féodalité, qui reposait avant tout sur le vasselage personnel. La jeune tille avait payé pour se marier, elle paya pour rester ûlie , elle paya pour pouvoir choisir un mari, elle paya pour hériter du iief, elle paya pour se dispenser de le servir. Ensuite on discuta sur l'étendue du prix, puis sur le prix luimême ; le payement pécuniaire se changea à son tour en une redevance de pur respect ; enfin, de toutes ces chaînes, il ne resta bientôt plus que ce qui reste encore aujourd'hui, l'innoeeute apposition de la signature royale sur les contrats de mariage des grands seigneurs.

L'histoire de la dot et du douaire nous oifre l'exemple plus remarquable encore d'une liberté sortant du fond même d'une servitude.

U y a un droit plus odieux que la marquette nu*iue, c'est le droit qu'avait le père de recevoir le prix du mundium, c'est-à-dire le prix de sa fille'. Rien ne proclame &i énergiquement, ce me semble, que la fille est une esclave et le mariage un marché : c'est la mesure de la barbarie d'un peuple. La loi indienne dit : « Le père ne doit pas même accepter un présent du fiancé ^ de sa fille» cai* il semblerait qu'il la vend. » Ce mot n'est pas trop fort. Recevob un prix de son enfant, se faire payer pour

1 . On a vu daiu Halgarda le père recevoir ce prix. Répétons une lois encore que le mundium était le pouvoir du père sur ses enfants , et qu'en mariant saDUe il transmettait ce pouvoir à' l'époux, moyennanf, ptjeaieoi.

2. Un père qui connaît la loi no doit pas recevoir la moindre gratification en mariant sa ÛHe; car le père qui aceepte un tel présent e>t conskléré c^mme ayant vendu son enrant. » (Loi de Manou, liv. 111^ 51.) — « Quelques hommes instruits disent que le présent d'une vache et d'un taureau fait par le prétendu est unegratiflcation simple donntîe Mpèra; e'att on tort. Tonte graUfieation, faillie ou considérable, reçue par le père» cooatilue une vente. » (Lois deMïkivo\i,N . b'^.\

108 LA fille:

les soins dont on Va entourée, donner à un autre homme plein pouvoir sur elle comme sur une chose, être intéressé personnellement, pour sa piH>pre bourse, à la confier, non au meilleur, mais au plus riche, il se trouve là un calcul qui révolte tous les sentiments du cœur, et j qui désenchante jusqu'à la présence de la jeune fille • dans la maison paternelle; elle n'y a plus été élevée j comme un être que Ton aime, mais comme un produit , que Ton exploite. Eh bien, l'émancipation de la fille ; était tellement dans les droits de l'humanité et dans les ^ desseins de Dieu, que ce prix du mundium devînt un j des premiers instruments d'indépendance de la femme, i Admirable transformation du mal en bien. Pour la pro- ( duire, la Providence tourne contre nous, ou plutôt à ^ notre profit, nos vices eux-mêmes ; ici vivait une cou- ., tume barbare, elle la métamorphose en un bienfait, et, ^

gi^effé par elle pour ainsi dire, l'arbre sauvage nourrit de ses fruits et protège de son ombre les fils de ceux que ses épines déchiraient et qu'empoisonnaient ses baies amères. Ainsi du mundium. Dans l'origine, le prix du mundium appartenait à celui qui avait le pouvoir sur la fille, au père ou au frère. La Providence n'abolit pas cette coutume, elle la transforme; le mundium est respecté , son prix toujours compté fidèlement par l'époux; seulement, au lieu de le remettre au père, on le donne... à qui ? à la fille. Tout est réparé par ce seul fait : plus d'acheteur, plus d'esclave; mais à sa place une jeune fiancée recevant de la main , non d'un maître, mais d'un époux, le don d'actions de grâces.

Cette innovation revêt, chez les peuples barbares, les formes les plus afiectueuses , les plus reconnaissantes. Chacun des pas de la fiancée Ivov^ de la maison paternelle

DOT ET DOUAIRE. FIANÇAILLES. MARIAGE. lOU

encontre un hommage; chaque fleur qu'elle détache de a couronne de vierge renaît, pour ainsi dire, en un préent plein de grâce et de tendresse. C'est d'abord le wrgenghabe, ou don du matin , offert à la jeune épouse u moment du réveil, prix et témoignage de sa virginité. »i le mari mourait, et que ses héritiers contestassent le Qorgenghabe à la veuve, il lui suffisait de jurer, per )ectus sttum, par son sein, que son mari lui avait alloué elle somme pour don du matin, et aussitôt on lui en confirmait la possession. Ce corps pris à témoin, quand 1 s'agissait de l'abandon de soi-même, et cette autorité >ans appel accordée à la femme pour le présent de l'affection, n'ont -ils pas un caractère singulier de grandeur et de grâce? Venait ensuite Yoscle (osculum), don accordé à la jeune fille pour le premier baiser qu'elle laissait prendre à son fiancé. On trouve le témoignage de cette coutume dans les lois espagnoles. Dona Elvire était fiancée à un cavalier qui lui donna en présent des habits, des bijoux, et une mule harnachée; mais le mariage étant venu à manquer, le cavalier redemanda ses dons. De là, procès devant l'adelantado de Castille, ({ui décida que, si la dame avait embrassé le cavalier, elle garderait les présents. La dame aima mieux tout rendre.

Telle fut l'origine du douaire chez les nations germaniques et dans la féodalité. Obligatoire et fixé à une certaine somme, comme nous le verrons plus tard, le douaire devint pour l'épouse une véritable part dans la succession, un lien d'héritage entre elle et son mari.

Venons à la dot. Dans le principe, le père ne donnait de dot à sa fille chez aucun peuple, puisque, presque partout, il recevait un prix pour la livrer. J^ieob ^^^^^

Laban, par plusieurs années de son travail, le droit * d'épouser RacheP. Vulcain se promet de réclamer la ^ somme qu'il a donnée au père de Vénus*. Rien de plus ^^ simple, la jeune fille était alors une propriété que le père * transmettait au mari ; mais quand la civilisation, en se '^ développant, eut donné à la femme une sorte de person- *■ nalité et des droits individuels, quand le mariage ne la ^ livra plus à la merci de Fépoux, celui-ci dut réclamer ^ une somme pour s'indemniser de ses frais; de là Tinsti- ^ tution de la dot. Je n'en vois cependant pas de traces ^ dans la Bible; mais les temps les plus reculés de la Grèce ^ abondent en témoignages de cet établissement. Pénélope % avait reçu une dot de son père Icare*. Les lois d'Athènes c et de Sparte constatent cette coutume; et il favt même i qu'elle ait donné lieu à quelques excès, puisque SoIod *défendit qu'une femme apportât en dot à son mari autre c chose que trois robes et quelques meubles de pea de « valeur^. Mais, malgré cette loi, la dot de la jeune fille i athénienne fut bientôt constituée avant le mariage parun i écrit public*; elle était hypothéquée sur les biens du ^ mari, et, à la dissolution du mariage, revenait à la i femme *. A Rome, même dans le principe, le père ne < recevait pas de dot en mariant sa fille, mais il ne loi en i donnait pas. Peu à peu les édiisdes préteurs robligèrent i à cette constitution, et en firent la condition du mariage *

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