Summa Hostieiuig* lib. IV, p
plus inébranlables contrats ! La femme aloi*s est vraiment un être sacré, le mariage une chose sainte.
Notre loi a brisé toutes ces traditions : nul souci de riionneurdes hommes, nulle préoccupation delà dignité des femmes : serments trahis, promesses violées et foulées aux pieds, l'impunité couvre tout; une promesse de mariage, une promesse écrite, signée, n'est qu'un lambeau de papier dont on rit en le signant, ou un appât sur lequel on spécule. Que dis-je? Un homme peut s'inlroduire dans une famille, demander la main d'une jeune fille, l'obtenir, se montrer aux yeux de tous avec le titre et les privilèges de son fiancé, se faire accorder par elle, dans la liberté d'un commerce familier, ces purs témoignages d'affection qui sont comme un premier abandon de la pci'sonne ; puis , le jour venu, quand l'autel est d^à paré, lui faire , sans autre raison que son caprice, l'oatrage mortel d'un i*efus, et la compromettre aux yeux du monde; il le peut, sans qu'aucune p^ne flétrisse oa punisse cette cruauté , sans qu'il soit défendu à un td homme de venir huit jours plus tard présenter une autre fiancée au même autel. Sans doute la liberté dans le consentement subsiste jusqu'au damier moment; sans doute il est aussi contraire à une sage prévoyance qu'à la liberté, de faire de la promesse de mariagi le mariage même : unir violemment une homme à ane jeune fille , ce ne serait bien souvent qu'assurer le déshonneur de l'un et le malheur de l'autre. Mais la foi i jurée a son droit aussi; mais l'honneur doit avoir ses { sauvegardes. Une rupture soudaine imprime souvent I une sorte de tache sur le front de la fitncée, et le monde y soupçonne toujours pour cause une faute secrète. Si donc le ûancé veut briser , «ans motif lé^time, cette <
lion comioencée, qu'il la brise 2 mais qu'une peine table piuiisse la violation du serment, et que le reset de la loi pour Tindépendance individuelle ne soit s l'absolution complète du parjure.
Les fiançailles sont encore un prélude de la vie con- {ale, et, à ce titre, elles ont une part notable dans la )ralité du mariage. L'intervalle qui s'écoule enti^ la omesse de l'union et l'union même, donne aux deux neës le temps de se connaître, et purifie d'avance la ssession par l'amour. Libres et liés, ils s'ëtudient tout goûtant les cbastes douceurs d'une affection naisaie, et le mariage, vers lequel ils descendent la main ns la main, nous apparaît alors, non plus comme une lion matérielle, mais comme la consécration suprême I la fusion des âmes, L'Espagne, l'Angleterre, l'Alle- Bgne surtout ont conservé aux fiançailles ce caractère étique et moral. Les fiançailles forment au delà du lin^ une véritable époque dans la vie : dès qu'une wnesse a élé échangée entre deux jeunes gens, le incé devient le fils de la maison chez son beau-père tur; causer avec sa fiancée, lui écrire, sortir même ec elle, sont autant de privilèges attachés à son titre ni , car ce titre est un engagement sacré. Souvent le aoe homme , encore sans profisssion assurée ou trop luvre pour réaliser son projet de mariage, part pour s pays étrangers , afin de commencer l'œuvre de sa riune; il part l'anneau au doigt, l'amour au cœur, et fiancée l'attend quelquefois plusieurs années sans être oublieuse ni oubliée. Quelquefois aussi l'achèvement
1. La ipoétie allemaode éfeoiide en dMaUfl diarmants isur cette épo- • des ftançajilfl»
de ses études ou l'apprentissage de son état retient le jeune homme dans une ville voisine, et le seul jour du dimanche est à lui, je veux dire à eux. Comme il arrive " dès le jour levé! Comme elle est déjà sur la route bien avant qu'il arrive! Et pendant toute cette journée, que de questions! que de projets! quel vivifiant échange de ^ douces espérances, de nobles désirs, d'aspirations vers le ^ beau et le bien! Prolonge, prolonge ces mois d'attente, '' ardent jeune homme, tu ne seras jamais ni plus heureux ' ni meilleur. La possession même de la femme aimée ne ^ vaudra pas pour toi ces heures chastes et pures. L'amour ^ est semblable à Tannée, sa plus belle saison est son prin- ^ temps. Tout n'est encore que promesses et que fleurs^ ' il est vrai; mais ces impalpables parfums suffisent à * vous nourrir plus délicieusement que les fruits les plus ^ savoureux, et même au milieu des riches moissons de ^ l'été, au sein des abondantes récoltes de l'automne, la "* pensée se reporte toujours avec un bonheur mêlé de * regret, sur ces limpides matinées d'avril, oîi l'oiseau ^ chantait moins doucement sur les feuilles que notre ' amour dans notre cœur. *
Sans doute de telles coutumes ne sont pas sans périls, ^ et nulle part l'autorité paternelle ne doit être plus sévère ^ dans son choix, plus rigoureuse dans sa vigilance; mais ^ le mariage ne peut se régénéi^er qu'avec de telles fian- ' pailles pour préludes.
Que dirons-nous donc de nos usages? 11 n'y a plus de ^ fiançailles, il y a des accords. Il n'y a plus de fiancé, il y ^ a des futurs. A peine l'engagement est-il pris qu'on se ^ précipite vers la réalisation , comme si tous ces gens * n'étaient travaillés que d'une crainte, celle de se connaître ! Dans leur impatience fébrile, qui ressemble à la
conscience d'une mauvaise action ignorée, ils se hâtent l'abréger encore les quelques jours que la loi et l'Église )nt posés comme intervalle entre les accords et le ma- *iage; trois seq^aines leur paraissent un trop long espace )0ur donner à ces deux inconnus qui ne se quitteront )lus le temps de s'étudier : à force d'argent, on réduit ces .rois semaines à quinze jours, ces quinze jours, on les *éduit à onze; pendant ces onze jours même on mesure es heures d'entretien aux jeunes futurs; on prend soin surtout qu'ils ne se parlent jamais sans témoin. S'ils lUaient se déplaire! si le mariage allait se rompre! Car presque toujours les craintes des parents sont portées sur 3e point. Que le mariage soit heureux pour la jeune fille, la question n'est point là, il faut qu'elle se marie. Quant m jeune homme, son rôle de fiancé se réduit générale- (nent à quelques visites officielles qu'il maudit bien justement (car le ridicule s'y trouvejoint à l'ennui), à l'envoi quotidien d'un bouquet commandé une fois pour toutes, et qu'il se hâtera de supprimer dès le lendemain de son mariage ; puis les heures qui lui restent, il les emploie à ranger sa vie et ses tiroirs , à congédier sa maîtresse , à brûler les lettres indiscrètes, et bien assuré désormais de ae plus aimer, il se prépare à son personnage d'époux. La célébration du mariage répond à ces préliminaires. Partout, chez tous les peuples, la religion et les loisont solennisé ce moment des noces par des cérémonies poétiques, touchantes, profondes. Chacun connaît le beau chant nuptial , Spargite nuces , avec les mille détails charmants de la fiancée romaine, dont on partageait les cheveux avec le javelot^ souvenir de la conquête des
1 • VhiXBTque, Qttestwns romaines*
Sabines, et qu'on enlevait des bras de sa mère pour lui : faire passer le seuil de l'époux, sans que ses pieds le tou- " chassent. Le législateur de llnde, dans son brillant lan- i gage, appelle l'union d'un jeune homme «t d'une jeune i liliequi s'aiment, le mariage des musiciens célestes^, r ^ans la rude Lacédémone, où tout devait être conquis, i le*jeune homme enlevait sa fiancée, et, comme le dit ^ énergiquement Amyot, « Non point pe<^ garse, à peiD« g « en âge d'être mariée, mais grande filte vigoureuse, et i « déjà mûre pour porter enfants. A peine arrivait-elle » « chez son époux, qu'entrait aussitôt l'amie commune j <x qui avait moyenne le mariage; elle s'approchait de ■ « celle qui était vierge afioor e, lui rasait les dieveuxjus- ^ « qu'au cuir, larerétaitd'ur habillement d'honuoe, avec ■ <c la chaussure de même, et )a couchait sur une paillasse ■ <( seule et sans lumière *. » g
<Juelle rudesse I mais quelle force ! Qoelle image péné- g trante de la vie où entrait la fomme! Quel symbole de « scHi association avec son mari, quece vêtemenl d'homme . dont on la couvrait ! On retrouve là, dans toute son g énergie, l'admirable idem passuram et ausurmn des Ger- • mains, dont parle Tacite. ■
« Une fois l'épouse restée seule, le nouveau mari, . <L n'étant ni ivre ni plus délicatement vêtu que de cou- r « lume, mais ayant sobrement soupe commue à son ordi« « naire, entrait secrètement dans sa maison, et, déliant « la ceinture de l'épousée , se plaçait à côté <i'elle; il j « restait une heinre, puis retournait dormir a^ec ses ea- « marades; et pendant plusieurs semaines, mtème p^[i-