I. Manou, liv. ni
2, PJutarque, Vie de it/curgue«
€ dant plusieurs mois, il n'avait pas le droit de venir € Toir sa femme qu'& la dérobée, en cachette, quand elle c Toalait l'y aider ; la pudeur et la réserve semblaient à « Lycui^e les vraies gardiennes de Tamour. » Telle / était la loi Spartiate, et cette austérité dans la tendresse, ee mystère dans ce moment solennel, me plaisent mille fois plus que Tapparat révoltant de nos cérémonies nuptiales. Est-it un spectacle plus sauvage que ce qu'on appelle une noce? N'est-ce pas une sorte de condamnation au pilori, d'exposition? Une jeune fille est là , au milieu de vingt hommes, qui l'examinent curieusement, é^nt son sourire, interprètent son silence, calomnient sa pureté par leurs doutes ou la flétrissent parleurs plai- SMiteries; le soir vient, et à la vue de tous ces hommes dont les regards la suivent, elle entre dans la chambre nuptiale, tandis qu'euiL restent dans la chambre voisine, assistant par la pensée à chacun des détails de cette heure; puis la mère sort, et cette jeune tille, à qui peut-être on a prononcé à peine le mot d'amour, dont il y a huit jours son fiancé n'avait pas encore serré la main, se voit livrée à cet homme, dont la brutale violence compromet quelquefois en une seconde le bonheur de toute leur vie! Quelle impression, en effet, ne doit pas produire, sur l'esprit d'une jeune fille tremblante, délicate, nerveuse, cette grossière attaque? Ne comprend-on pas quelle image de l'amour va se graver dans son esprit? H en est à qui cette sauvage prise de possession a inspiré une telle horreur, qu'elles en sont restées frappées d'incurables souffrances; il en est que ce souvenir seul éloigne à jamais de leur mari devenu pour elles un objet de répulsion. Estr-ce ainsi que dans le monde s'açpTOchera de la jeune femme l'homme qui teii\jet^ àfc\\3l\
plaire? Est-ce sous cette forme qu'il lui représentera l'amour? Comment pourra-t-elle résister quand, au lieu d'une agression nocturne cît soldatesque, elle rencontrera des regards pleins de respect, qu'elle entendra des paroles suppliantes et prononcées tout bas, qu'elle verra des transports de joie et des larmes de reconnaissance pour une fleur donnée ou pour un serrement de main? alors, étonnée, enivrée, vaincue par la surprise même, elle se trouvera sans défense contre ce sentiment qu'elle calomniait : c'est le mari qui aura préparé le triomphe de l'amant.
Nous voici arrivas aux limites de la vie de la jeune tille, et déjà commence à nous apparaître le personnage de l'épouse; mais avant de poursuivre, jetons un coup d'œil en arrière pour embrasser d'un regard la route parcourue. La naissance, l'héritage, l'éducation, la séduction, l'âge du mariage, le consentement, le douaire, la dot, les fiançailles, la célébration du mariage, ces dix sujets d'études qui comprennent les phases les plus importantes de la vie de la jeune fille, ont servi de texte à nos recherches sur le passé et sur le présent. Qu'avonsnous trouvé partout? L'inégalité pour la fille. Mais en revanche, qu'avons-nous constaté? La marche vers l'égalité; c'est-à-dire à la fois le mal et le mieux, un progrès fait et un progrès à faire, la nécessité d'aller en avant, sanctifiée par le consentement universel. Poursuivons donc notre route, la main sur la conscience et l'œil sur le passé.