‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 4 sur 124 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

Cet ouvrage a pour objet d'examiner la condition ctuelle des femmes françaises selon les lois, et selon is mœurs, en la comparant à ce qu'elle fut et en cherhant ce qu'elle peut être.

Celle question de la destinée des femmes ne touche as seulement les femmes; elle se lie à l'ensemble généat des idées du dix-neuvième siècle , elle est un des rticles nécessaires de son programme.

En effet, si nous ne nous trompons pas, le rôle prinipal du dix-neuvième siècle est de concilier des prin- 'ipesen apparence inconciliables, défaire sortir l'unité, le la fusion de termes qui semblent contradictoires :

— Accord de la liberté et de l'autorité — accord de la foi et de la liberté de conscience — accord de l'égalité ^ de la hiérarchie — accord , dans l'ordre des idées , 4u libre arbitre et de la toute-puissance divine — ac- ^rd, dans l'ordre social, du capital et du salaire.

Eh bien, selon nous, le dix-neuviè«v^ %v^çV^ ^ci\\. ^w^

Accord du développement parallèle de rhomme et de la femme.

Cet ouvrage n'est donc pas une œuvre d'antagonisme, ni même un simple cri de révolte; c'est avant tout un appel à l'union des deux grandes forces de la création.

Il ne s'agit pas de faire de la femme un homme, mais de compléter l'homme par la femme.

Cette œuvre est loin d'être achevée.

Sans doute, la place actuelle des femmes dans la famille et dans la société est très-supérieure à leur condition passée ; les lois qui règlent leur sort se sont sensiblement améliorées ; les mœurs ont complété l'œuvre des lois ; le temps n'est plus oii les filles étaient déshéritées par leurs pères , les sœurs dépouillées par leurs frères; les femmes possédées comme une chose par leurs maris; les mères subordonnées à leurs fils. Nulle histoire, cependant, n'offre encore plus de préjugés à combattre, plus d'iniquités à détruire, plus de mal à réparer, et surtout plus de bien à faire 1 La femme n'est même pas définie encore clairement comme être social et moral.

Qu'est-ce qu'une femme? qu^tion aussi complexe qu'importante; car, de la réponse, c'est-à-dire de cette définition, dépend la solution 4e ca problème : Quelle place la femme doit-elle occuper dans notre siècle?

Voyons si un coup d'œil rapide jeté sur le passé nous aidera à répondre à cette demande : Qu'est-ce qu'une femme?

Certes, la naissance d'Eve, et les belles paroles bibliques semblent unir si étroitement l'homme et la femme qu'elles en font comme les deux parties d'un même tout; mais enfin, tirée dq lui, créée pour lui, elle est évidemment inférieure à lui.

Tous les voyageurs nous montrent chez les peuplades sauvages la femme portant les fardeaux, les armes du guerrier, le gibier du chasseur; c'est moins qu'un être inférieur, c'est une bête de somme.

Si nous entrons dans le monde civilisé, nous voyons, au moyen âge, un concile, se poser sérieusement cette question : la femme at-elle une âme?

Ouvrons les philosophes, les poètes ; les uns disent : la femme est un ange ; les autres : la femme est un diable. Ils ont peut-être raison tous deux, mais cela n'aide pas à la définition.

Arrivons aux temps modernes, au dix-huitième siècle. Le dix-huitième siècle se résume en quatre illustres penseurs : Montesquieu , Rousseau, Voltaire , Diderot. Or, tous quatre furent , chacun à sa manière, hostiles au développement des femmes, indifférents ou aveugles à leurs véritables qualités.

Diderot^ , en leur prêchant le sensualisme, brutal d'Otaïti, les dégradait par la liberté même.

Voltaire, qui a parlé de tout particulièrement, n'a pas écrit une seule ligne spéciale en faveur des femmes, et s'il a rompu une fois ce dédaigneux silence, c'est pour les immoler toutes dans la personne de celle qui lui avait dévoué sa vie : on connaît son amer sarcasme sur madame Duchâtelet.

Montesquieu* a formulé sa pensée sur elles dans cette phrase de Y Esprit des lois : « La nature qui a distingué les hommes par la force et par la raison, na mis à leur pouvoir d^ autre terme que celui de cette raison et de

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