‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 52 sur 124 · Idem, ÉpUre à Timoihée · texte numérisé non relu

Idem, ÉpUre à Timoihée

Lisez la Bible, lisez le code indien, lisez le code antique, le mot adultère n'a jamais qu'une signification, Y adultère de la femme, et les répressions religieuses, les près- • criptions, les condamnations judiciaires n'ont jamais qu'un objet, le cbàtiment de la femme. Quant à l'adultère du mari, à peine est-il nommé, encore moins puni. *" Rien de plus simple : l'adultère du mari, chef et seigneur, n'était qu'une faute vis-à-vis de lui-même, toul au plus vis-à-vis du père ou du mari de sa complice; mais quant à sa femme, il ne manquait pas à ce qu'il lui devait, puisqu'il ne lui devait rien. Chez les Juifs, la femme coupable était lapidée , et il suffisait d'un témoignage pour la convaincre. Chacun se rappelle la légende biblique de Suzanne, cet effrayant chapitre de . l'histoire de l'adultère. Lorsque les deux vieillards, repoussés par cette chaste épouse, lui dirent : « Nous porterons témoignage contre vous, nous affirmerons vous avoir surprise dans ce jardin en adultère avec un jeune homme, > cette femme, si connue par sa pureté, ne ^ leur répondit pas : « Ma vie tout entière prévaudra ^ contre votre témoignage. » Elle ne leur dit pas, cette , fille d'un peuple qui adorait le Dieu de justice : «Il faudra prouver votre témoignage, et me convaincre de ce dont vous m'accusez. » Elle ne s'écria pas, cette femme dont le mari avait tant d'autorité parmi les Juifs : « Le . pouvoir de mon mari me servira de défense. » Non, ^ elle ne répond rien : il y a témoignage contre elle^ elle se sent perdue, elle l'est. Les juges ont convoqué le peuple, . et appelé leur victime devant lui. Elle paraît accompa- j gnée de son père et de sa mère, entourée de ses enfants et de sa famille; tous ses parents pleuraient, et pleuraient ; aussi tous ceux qui l'avaient connue, et tous ses dômes-

tiques, qui n'avaient jamais rien entendu de semblable contre elle; mais personne ne songeait à la défendre, 7 y avait un témoignage/ Son mari était absent, convaincu, ce semble, par la seule accusation. — « Mettezious à genoux, » lui disent les deux juges en élevant, ':elon la coutume, leurs mains au-dessus de sa tête; )0n corps fléchit, et, sans prononcer une parole, sans «sayer même une prière, elle se contente de lever les reux au ciel en pleurant abondamment. « Cette femme, X)ntinuent-ils, a commis l'adultère dans son jardin avec in jeune homme ; nous en sommes témoins. » — Tel îtait le commencement de la procédure. Sans doute, )our la suivre régulièrement, on appellera les servantes, )n cherchera ce jeune homme ., on interrogera les seniers du jardin pour y trouver la trace de ses pas, on lemandera aux habitants voisins s'ils ne l'ont pas vu, )n réclamera de ces deux juges des renseignements sur a pei*sonne, sur son évasion. Non... voici la suite imn^iate. Toute l'assemblée les crut comme anciens et uges, on condamna la femme à mort; et il fallut, pour a sauver, une intervention presque divine, l'arrivée et 'apostrophe du jeune Daniel parlant en prophète.

Cliez les Celtes , lorsqu'un mari pensait que l'enfant \é de sa femme n'était pas de lui, il exposait le nouveauié dans un bouclier, et le lançait sur le Rh'n : si Tenant était submergé, la femme devait être mise à mort, -e berceau flottait , la mère attendait, le Rhin décidait. *our le mari adultère, aucune peine.

A Rome , la femme soupçonnée était traduite devant B tribunal domestique, et exécutée par les parents aêmes : Cognatinecanto uti volent, dit la terrible loi des touze Tables : « Que les parents tu/ent comme iU ^dou-

« drontf » Et le lendemain rien ne parlait au peuple de cette ténébreuse tragédie que l'absence de cette femme qu'on ne revoyait plus.

Telle était du reste l'épouvante inspirée par cette institution, que, même détruite, eîle plana toujours sur la république comme une menace terrible. Dès que les mœurs semblaient en péril , on tirait de l'arsenal des vieilles lois cette arme sanglante, on faisait luire aux yeux des femmes Tépée du juge domestique ^ : c'était la proclamation de la dictature. On alla même jusqu'à dénoncer le mari qui ne punissait pas sa femme; o» le condamnait, sous une peine grave, à la condamner. La loi athénienne* frappait de dégradation civique le mari indulgent qui voulait cacher l'adultère de sa femme, et celui qui la surprenait avec son complice pouvait nonseulement la punir sur le coup, mais, de propos délibéré, rassembler des témoins, et, en leur présence, la mettre à mort. La mort ! tel était le cri que jetaient tous les législateurs contre la malheureuse coupable : chassée à coups de fouet de la maison conjugale chez les uns, et poursuivie toute nue à travers la bourgade'; exposée, chez les autres, sur une pierre élevée au milieu de la place publique*, et promenée sur un âne par toute la ville, elle entendait de toutes parts des anathèmes et des paroles de sang s'élever contre elle, pour une faute que la loi interdisart à peine à son mari. Mais au milieu de

1. Montesquieu, Esprit des lois^ Uv. VU, Du tribunal domeitique. Quand Tibère voulut punir une dame romaine au delà de la peine portée par la loi Julia, fl rétablit contre elle le tribunal étomestiqne.

2. Démosthène pour N-éera {Revue de Ugiàlaiiouy oetobre 1S4^.)

3. u Âccisis crinibus nudatam coram propinquis expellit domo marituflacper omnem vicum verbere agit. » (Tacite, Mœurs des Germains.)

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