‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 54 sur 124 · Saint iéràmû, Vie d^sainte Fabiola · texte numérisé non relu

Saint iéràmû, Vie d^sainte Fabiola

18i L'ÉPOUSE.

bordonnée de Rome. La femme monte à son véritable rang, le mari descend de son impunité usurpée, ou plutôt c'est le mariage lui-même qui apparaît au monde avec un caractère nouveau et sublime, Tégalité dans les devoirs.

Malheureusement cette pure doctrine du christianisme alla se perdre dans les siècles qui suivirent : féodalité, moyen âge, monde moderne, tous retournèrent à la cruauté et à l'iniquité païennes. Le christianisme primitif, s'élevant pour juger la faute au-dessus des conséquences accidentelles de cette faute, punissait l'un et l'autre adultère d'une peine égale, parce que l'un et l'autre sont une violation égale du contrat; tous les âges suivants cessèrent de prendre la moralité des actes pour mesure de leur valeur, et l'orgueil féodal , avec ses préoccupations ambitieuses de perpétuité, la vanité nobiliaire avec ses préjugés de descendance, tous deux avec le secret mépris des femmes, ne frappèrent que l'adultère de l'épouse, parce qu'ils ne voyaient dans l'adultère que la ruine de leurs espérances ou l'outrage à la suzeraineté masculine. L'adultère, dit le meilleurrecueil du droit canonique^ au moyen âge, doit se définir: « Violatio alieni tort, séduction de la femme d'autrui. » — « Le mari n'est donc pas adultère, » continue le même recueil que je traduis, « s'il a pour complice de sa faute « une femme libre; et dans le cas où cette femme n'est « pas libre, l'adultère de l'homme marié ne vient pas « de ce qu'il s'est éloigné de son épouse, mais de ce qu'il « a corrompu l'épouse d'une autre. »

L'application répond au principe. Pour le mari cou-

/« Summa cardinalis Ho<(iensis,\\b. N , De odiUcertu.

pable, rimpunité : pour la femme, emprisonnement éternel dans un couvent, et, si elle est surprise en pleine faute, permission pour Tépoux d'aller chercher son fils, ei de se faire assister par lui dans le meurtre de sa mère.

Qu'aurait dit Jésus, s'il eût entendu un pareil règlement?

La loi présente n*a pas renié moins énergiquement, dans le fait, la doctrine du christianisme. Uniquement préoccupée de Tordre public, çlle a institué, non pas seulement l'inégalité des peines entre les deux adultères (cette inégalité est une justice, car les deux fautes sont égales), mais l'impunité pour le mari, ce qui est une iniquité. Qu'est-il arrivé? C'est qu'en ne prenant souci que de l'ordre, elle a immolé Tordre lui-même.

Trois articles comprennent toute la législation sur ce point :

1® « Le meurtre commis par l'époux sur Tépouse € ainsi que sur le complice, à l'instant où il les surprend € en flagrant délit dans la maison commune, est excu- « sable ^. »

Si rude que paraisse une telle disposition au dix-neuvième siècle, acceptons-la; faisons la part du désespoir, de la dignité blessée, du cœur ulcéré, et excusons ce mot excusable. Mais la femme, la femme si impressionnable et si passionnée, quel sera son droit? Elle n'en a aucun. Or, en pareil cas, la loi qui se tait, condamne; donc la femme éperdue qui frapperait son mari et sa rivale serait punie comme homicide.

â<» « La femme convaincue d'adultère subira la peine

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