Sa'wt Jérôme, Traite sur la virginité
20t L'ÉPOUSE.
monde'. » Une entrave aux pieds de Thomme supérieur, voilà le mariage pour Héloïse ! Belle âme, aveugle à force de dévouement, qui ne devinait pas qu'Abailard soutenu par elle eût été deux fois Abailard ; que la présence continue de la femme aimée, que sa vigilance maternelle autour de nos actions et de nos travaux enrichit notre intelligence de toutes les délicatesses de l'âme féminine, et qu'enfin la pratique de la vie, une femme à soutenir, des enfants à élever, eussent donné peut-être à son égoïste amant ce qui lui a toujours manqué, le cœur d'un homme avec la tête d*un philosophe. Mais pouvait-elle juger autrement le mariage? Que lui représentait-il de tous côtés? N'était-il pas méconnu et comme avili à la fois par la brutalité de sentiment des barons féodaux, et par la sévère condamnation de quelques sectes ascétiques du christianisme? Epouvantées des excès qu'avaient enfantés' les passions des sens, et par lesquels le corps humain avait comme déshonoré la nature humaine, ces sectes le déclarèrent boue et fange, et appelèrent tous ses désirs, honteux. De là à déconseiller le mariage, il n'y avait qu'un pas; ce pas fut. franchi. Saint Paul avait dit : « Celui qui marie sa fille ne commet « pas un péché, mais celui qui ne la marie pas fait une € bonne œuvre. Qu'il la marie pourtant, si elle ne peut « pas garder la continence, car il vaut mieux se marier « que de brûler ^ » Voilà toute la pensée de l'apôtre : le mariage n'est pas l'idéal de la nature humaine, l'accomplissement le plus parfait de la loi divine , c'est la satisfaction acceptée d'un besoin matériel comme la soif