Chapitre de l'A Manie
« d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé l'an « de grâce \ \ 74, le troisièioe jour des calendes de mai; « indiction septième. »
Ainsi, un mari n'avait pas le droit d'aimier sa femme, mais, en revanche, la femime avait le droit d^aimer un autre homme que son mari, et même, si elle était complètement honnête., dit le chapelain, elle le devait. Le mariage, selon un article de ce code, n'est pas une excuse légitime contre l'amour; car une demoiselle attachée à un chevalier pai* un amour convenable s' étant mariée à un autre, fut condamnée par jugement d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, à continuer au premier son amour et ses bontés coutumières, la survenance du lien marital n'excluant pas le premier attachement. Mais voici un arrêt plus curieux encore, et qui marque d'une manière décisive la différence de l'amour et du mariage. Un chevalier était épris d'une dame qui avait déjà un engagement; la dame, pour se délivrer de ses poursuites, lui promit de l'aimer ^ jamak elle perdait l'amour de son ami. Deux mois après elle épousa cet ami. Qu'arriva-t-il? C'est que l'aspirant éconduit se présenta devant elle, et la requit de tendresse, disant qu'elle n'avait plus le droit d'aimer son premier amant, puisqu'elle l'avait épousé. Survint un arrêt de la cour, arrêt d'une princesse, d'une reine, de la reine Éléonore, qui, après quelques détours, décida que si la dame donnait ce qu'elle avait promis, elle serait louable (laudabilis).
Sous ces établissements, d'appai>enoe ridicule et frivole, et où le bel esprit occupait sajois doute une grande place, se cachait cependant un fait sérieux et digne de l'attention de l'historien : une protestation contre le mariage grossier de nos pèai:e&. Le code de l'amour ceo-
surait et réformait le code matiimonial, ou plutôt il était, en partie ^ le code matrimonial lui-même. Plus sévère que le mariage, cette affection libre inspirait des devoirs réels et rigoureux aux deux amants. La loi civile disait : Une femme dont le mari est absent pendant dix ans, sans ^'on ait de ses nouvelles, a le droit de se remarier^. Le code d'amour disait : L'absence de l'amant, quelque longtemps qu'il la prolonge, quelque avare qu'il soit de messages ou de lettres propres à réjouir ou consoler sa dame, cette absence ne relève pas la femme de son attachement. La loi civile disait : La femme veuve, après un an et Un jour de veuvage, peut prendre un second mari ^. Le code de l'amour imposait à l'amie deux années de veuvage de cœur. Les lois féodales qui permettaient au mari de battre se femme, pourvu que ce ne fût que modérément, faisaient du mari un grossier possesseur; le code d'amour imposait à l'amant, comme une loi fondamentale, le respect.
Enfin, et là se trouve le point capital, les mœurs de la féodalité ne donnaient à l'épouse aucun pouvoir moral sur l'époux ; tandis que le code d'amour faisait de la femme, comme nous l'avons dit plus haut^, le guide et l'associée de l'homme.
Ainsi se réalisait en dehors du mariage, et en contradiction avec le mariage, ce qui constitue son essence intime, la fusion des âmes et le perfectionnement mutuel. En vain tombèrent les cours d'amour, l'humanité n'en avait pas moins reçu d'elles, et n'en garda pas