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lité. Comment a-t-on refait Tespèce chevaline? Par le cheval de course, c'est-à-dire par le poumon ; car le cheval de course n'est qu'une machine respiratoire perfectionnée. Dans les races humaines, à mesure que le type s'élève, l'organe pneumatique remonte pour ainsi dire, entraîne avec lui, dans des régions plus élevées, le cœur, le foie, tous les autres organes; et quand vous arrivez à la racecaucasique et particulièrement à la race celtique, vous voyez la poitrine s'élargir, le cou s'allonger, et le siège de la respiration s'établir puissamment d'une épaule à l'autre. Or, et voici le point oii tendent ces observations, lequel des deux êtres humains possède l'appareil respiratoire le plus parfait? La femme*. Lequel, par conséquent, est chargé, dans le fait de la reproduction, du rôle principal? La femme. La femme est donc, non-seulement conservatrice du type de sa race, mais dépositaire du sceau caractéristique de la supériorité de l'espèce humaine sur les espèces animales, et de telle race sur telle autre race. L'homme respire, comme les ^ espèces inférieures, par la partie basse du poumon, la femme par la partie élevée ; elle est en communication plus directe avec l'atmosphère régénératrice; elle est « comme placée à la source de l'aliment céleste et mystérieux. Ainsi s'expliquent mille phénomènes étranges. On a souvent remarqué avec surprise que les femmes ' mangent beaucoup moins que les hommes, même lorsqu'elles travaillent presque autant. C'est qu'elles vivent surtout parla poitrine; elles vivent, pour me servir \ d'une expression que l'on tourne souvent contre elles en
1. Tous CCS faits, si curieux, nous ont été expliqués par le savant M, Serres iui-niême.
raillerie et qui est l'explication même de leur nature, elles vivent d'air. Personne qui n'ait souvent rencontré, même parmi les hommes, quelqu'un de ces êtres nerveux, sans force musculaire, consommant peu, réparant peu, et supportant des fatigues surhumaines. Où est le secret de leur force? Ils vivent d'air. Les Français sont le type de ces hommes. Un général étranger, rencontrant pour la première fois sur le champ de bataille les terribles conquérants de l'Egypte et de l'Italie, disait, à la vue de leur petite taille, de leurs membres grêles et de leur visage blême : « Nous les renverserons d'un souffle. » Le lendemain du combat, il écrivait : « Ce sont des démons. » Brave Germain, il ne pouvait revenir de sa surprise; il regardait ses membres ronds et gras, il se pesait, il se palpait, et il se demandaitcomment il avait pu être vaincu par ces petits hommes à cinq pieds de terre. C'est que ces petits hommes avaient leur force et leur source réparatrice ailleurs que lui. Il ne marche, lui , et il ne se bat, que s'il a l'estomac bien rempli , et cela est juste, car Tanatomie nous apprend que la nature l'a pourvu d'un pied d'intestins déplus que nous ; mais donnez au Français un morceau de pain et un doigt de vin, et il ira chercher et combattre son ennemi jusqu'au bout du monde. Pourquoi? Parce que nul peuple n'est, autant que le peuple français, fils de la femme, parce que chez nul peuple la femme n'a autant imprimé son caractère à la conformation de l'appareil pneumatique, parce que nul peuple enfin ne vit plus d'air.
Toutes les langues, au reste, ont rendu hommage à la prééminence de cet organe de la respiration sur les autres organes, en lui empruntant plusieurs des termes qui expriment les hautes qualités morales.
Spirit^ en anglais, signifie noble ardeur. Le mot de spiritualisme vient de spirare. Esprit \eui dire tout à la fois la partie la plus énergique, la plus insaisissable du vin, et cette qualité charmante de l'intelligence, qui est à la pensée ce que la flamme est au feu, ce que Téther est à Tair, ce que la fleur est à l'arbre. Cherchet-on à peindre le génie poétique dans toute sa puissance, on dit qu'il est plein de souffle. Enfin saint Augustin, dans son beau langage, si pénétrant et si profond, a poussé ce cri du cœur qui dit tout : Orare, spirare, prier, c'est respirer. La prière est le soufiGle de l'&me s'élevant jusqu'à Dieu ! Respect donc à la conservatrice de cet organe qui représente ce qu'il y a de plus incorporel dans le corps, et sert comme de transition entre le monde de la matière et le monde de ]a pensée. Après de telles lettres d'émancipation, il n'est plus permis de déclarer la mère inférieure au père. Elle porte son premier titre à l'égalité écrit sur sa personne même de la main de son créateur; et, retournant contre nos adversaires l'argument avec lequel ils ont pendant quatre mille ans relégué la mère à la deimière place, nous pouvons leur dire à notre tour : Elle est votre égale par droit divin.
Tel est le rôle de la maternité dans la nature physique; la nature morale nous le révèle plus grand encore.
Chez les animaux, la maternité seule ressemble à un sentiment; leur amour paiernel n'est qu'une exception, leur amour sexuel qu'un instinct; mais la maternité leur donne la prévoyance, la tendresse, le dévouement, l'héroïsme même. La lionne à qui l'on enlève ses petits devient tenible comme un lion; le lion s'éloigne. J'ai été témoin du courage d'une jeune mère fauvette. Elle
ivait bâti son nid dans un buisson à hauteur du regard ; 6 père et la mère, selon la coutume de ces jolis oiseaux, se tenaient tour à tour sur le nid pour couver es œufe ; or, si je m'approchais au moment oii le mâle 3tait le gardien, il s'enfuyait dans les branches su- )érieares, yolant, criant, s'agitant, mais il s'enfuyait. i!tait-ce la femelle, au contraire? elle restait. En vain n'ayançais-je au point de la toucher, elle restait. Je voyais son petit cœur battre sous ses plumes, son œil loir s'arrondir et briller de terreur; n'importe, elle 'estait. Il y avait certainement là un sentiment t il y ivait yaillance, puisqu'il y avait peur; il y avait dérouement, puisqu'il y avait sacrifice. Par l'amour maemel, l'animal touche presque à la nature humaine, et a nature humaine s'élève jusqu'à la nature divine t
Quel père, en effet, oserait comparer sa tendresse à la endresse d'une mère? A Dieu ne plaise que je veuille lier l'affection paternelle; mais la paternité pour un i(Hnme est un accident, et, pour ainsi parler, une fieion; pour les femmes, la maternité est la vie même, leux qui leur contestent encore leur rang de créatrices, font donc jamais vu une mère recevoir dans ses bras on enfant nouveau-né? Ils n'ont donc jamais contemplé ce divin premier regard qui a donné pour un jour tu fougueux Rubens, dans la figure de Marie de Médicis, e tendre génie de Raphaël? Jamais donc ils n'ont vu ine mère suivant le premier pas de son enfant, écouant sa première parole, hélas t et recevant son dernier oupir? Quand un enfant meurt, le père pleure; mais e temps ne respecte pas plus en lui cette douleur que es autres douleurs; pour la mère, c'est une blessure |ui ne guérit pas. On rencontre parfois des fi^ure% dft
femme marquées d'un sceau particulier de désesppir; leur pâleur, leur douceur, Taccent découragé de leur voix, leur front incliné sur leur poitrine trahissent en elles je ne sais quoi d'irréparablement brisé qui vous serre le cœur; même quand elles sourient, on voit qu'elles sont près de pleurer : informez-vous de la cause de leur peine, on vous dira presque toujours que ce sont des mères qui ont perdu quelque enfant à la fleur de Tâge. Une femme atteinte d'une maladie mortelle qui lui avait enlevé son fils dix ans auparavant, s'écria, au milieu des angoisses de l'agonie : Âh! comme mon pauvre fils a dû souffrir! Torturée par son propre mal, elle ne pensait qu'à celui de son enfant. Tel est l'amour maternel. Sans égal danslacréation, il naît en un instant, immense , sans bornes, sans calcul ! si puissant qu'il transporte celle qui l'éprouve au delà des lois de la nature, qu'il fait de la douleur un plaisir, de la privation une jouissance, et cela non pas accidentellement, par accès comme dans l'amour, mais toujours et sans relâche. Le temps ne l'éteint pas, la vieillesse ne le glace pas, car pour lui pas plus de décadence que de progrès, cet autre signe d'imperfection I II est né le premier jour du monde aussi complet qu'aujourd'hui, et Eve en savait sur ce point autant qu'Hécube et que la reine Blanche. Est-ce assez dire? Non. Pour dernier miracle, il renouvelle tout entier l'être qui l'éprouve et il lui sert d'éducateur. Par lui, la femme coquette devient sérieuse, l'imprévoyante réfléchie; il éclaire, il épure; il veut dire vertu et intelligence comme dévouement et amour : c'est le cœur humain tout entier 1
Nous venons de voir quel rôle Dieu a assigné à la maternité dans le monde physique et moral; voyons