‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 91 sur 124 · Tacite, Mœurs des Germains · texte numérisé non relu

Tacite, Mœurs des Germains

$0 Amédée Thierry, Histoire des GauloU*

LÀ FEMME. 3-2a

dire, toutes les populations du haut d'une tour, d'où ses ordres dictaient la paix, la guerre et les traites. Voilà, ce semble, des faits presque incroyables et qui dépassent notre raison. Comment concilier tant de gi^andeur et tant de sujétion ? Comment expliquer ce frémissement d'admiration et de mépris qui saisit l'homme à côté de cette créature semblable à lui en apparence, et qu'il place toujours au-dessous ou au-dessus de lui? Qu'est-elle donc à ses yeux? Quel rôle lui suppose-t-il dans les desseins de Dieu et dans les destins du monde? Pourquoi l'écarter des fonctions les plus simples et la revêtir des sacerdoces les plus sublimes? Pourquoi lui interdire l'exercice de la vie et lui laisser une si grande part dans la formation ou dans le culte des idées qui constituent la vie même, dans la religion ? La femme a ionc des qualités bien caractéristiques et bien puissantes, pour avoir conquis dans les esprits une place si [•estreinte, mais si haute, un empire si singulier I Ce premier coup d'œil, tout rapide qu'il est, nous permet ionc déjà de dire : « La femme est plus que l'homme et moins que l'homme, c'est-à-dire autre que lui. »

Interrogeons, pour confirmer ou détruire ce premier jugement, les grandes catastrophes politiques ou sociales; les âmes y montrent généralement tout ce qu'elles valent. '

La conduite des femmes, leur manière d'intervenir dans ces événements est tout à fait étrange. Les révolutions renversent les empires; la société grecque tombe; la société romaine se renouvelle; le meurtre d'une femme sert parfois de prétexte à ces bouleversements, comme k Rome la mort de Lucrèce ou de Virginie*, él ç.^^wiant la masse des femmes demeure étrangfete ^ cfc% corn.-

problèmes insolubles qui le travaillent n'ont pas en partie pour cause l'annihilation d'une des deux forces de la création, la mise en interdit du génie féminin?

Un seul fait pourrait condamner légitimement les femmes : leur infériorité radicale.

Maîfe cette infériorité, comment la constater? Par l'élude de l'histoire? — Les femmes s'étant toujours vues repoussées de toute fonction, on ne peut juger de ce qu'elles pourraient être par ce qu'elles ont été. Par l'étude philosophique de leur âme? — Cette âme ayant été comprimée par la sujétion, peut -on retrouver sa véritable nature sous son masque d'emprunt ?

s Les objections tirées contre les femmes de leurs preuves même d'incapacité ou de leurs défauts, tombent donc devant le seul fait de leur subordination éternelle; ce n'est pas elles que vous voyez, ce n'est pas elles que vous ju^ez, c'est un être factice, ouvrage des hommes et non de Dieu. L'analyse philosophique et l'analyse historique semblent perdre ici tous leurs droits.

Cependant, tout inexacts (jue sont ces critériums, acceptons-les. Prenons l'histoire et la philosophie pour juges : leur arrêt aura du moins cet avantage que les facultés et les talents qu'il reconnaîtra aux femmes, leur seront incontestablement acquis. Peut-être même en sortira-t-il une solution qui mettra en partie d'accord les novateurs et les retardataires. Si, en dépit de tant d'entraves de toutes sortes, les femmes ont su se créer un rôle dans les grands événements du monde, ou prendre une place d'honneur parmi les créatures d'élite, il faudra bien reconnaître leur droit à ce rôle et à coite place particulière. On. ne &aura pas tout ce qu'elles

pourraient valoir, mais ce qu'elles valent sera bien à elles. Prétendre juger de la vitesse d'un homme qui court avec des fers aux pieds, serait injuste, mais on peut hardiment prononcer qu'il a des pieds et qu'il est né pour courir.

Commençons par l'histoire.

Une contradiction étrange se manifeste à nous dès que nous ouvrons les annales du monde. Partout les femmes sont à la fois méprisées et honorées. Chez le même peuple, dans le même temps, par les mêmes lois, on les voit traitées tout ensemble comme des êtres supérieurs et comme des êtres infimes ; il semble qu'elles portent en elles quelque chose d'inconnu, d'impénétrable qui déconcerte les législateurs. Voyez la Bible : la femme n'a pas le droit de travailler aux ornements des prêtres du sanctuaire ; la femme n'a pas le droit de faire un serment, car elle n'a pas de parole, et Moïse dit : « La femme qui jure n'est pas forcée de tenir sa « promesse, si son mari ou son père ne le lui permet « pas. » N'est-ce pas déclarer qu'elle n'a pas d'âme ? et cependant le même législateur lui reconnaît le don le plus éminent de la nature humaine, ou plutôt un don <iui la surpasse, le don de prophétie. Rome condamne la femme à une tutelle perpétuelle, et Rome la déclare confidente des desseins célestes. C'est une femme qui rendait les oracles à Cumes ; c'est une femme qui était dépositaire des livres sibyllins; les dieux ne parlaient, ce semble, que par la voix des femmes. En Grèce, même contradiction, et plus éclatante encore. Les Grecs disputaient à la femme ce. qui fait son essence même, l'amour. Plutarque, dans son Traité sur l'amour, fait dire à un de ses interlocuteurs que le \éx\\;dLVA& ^\siq\)x ^^

impossible entre un homme et une femme ^; et cependant les (jlrecs, avec une sorte de déraison apparente, accordaient aux femmes la sagesse divine. Nous voyons dans le Banquet de Platon, que la créature qui a initié le prince des philosophes à la vérité, qui a éclairé l'àme de Socrate, a été, il le dit lui-même, a été une femme. « Je n'ai compris la divinité et la vie, répète-t-il, que dans mes entretiens avec la courtisane Théopompa. »

Ainsi partout et toujours, dans le monde antique, cet être si méprisé est supérieur à nous par un côté. La courtisane, conseillère de Périclès et amie de Socrate, semble presque un symbole. Passons chez les Germ?'-5, notre étonnement continue. Pas de rôle pour les femmes dans les carrières publiques; mais Tacite écrit : « Les Germains sentaient dans les femmes quelque chose de divin et de divinatoire *, et respectaient en elles des êtres qui ont des rapports avec le ciel. » En Gaule, les fonctions de druidesses étaient plutôt supérieures qu'inférieures à celles des druides, car la révélation de l'avenir leur était confiée. L'île de Sena (Sein) renfermait un collège de neuf vierges * qui connaissaient, disaii-on, ce qui n'est pas encore, guérissaient des maux incurables, faisaient ou soulevaient la mer. C'était sur des écueils sauvages, au milieu deg tempêtes, qu'elles rendaient leurs oracles, elles semblaient communiquer avec la foudre elle-même. Une de leurs prétresses fomeuses, Velléda, invisible et présente, gouvernait, pottr ainsi

1. Traité de l* amour, c. 10. — « Quant au vrai amour , les feniDM n'y ont ni part, ni portion, et je n'estime pas que voua autres, qui êtes a£FeeUonBé8 aux femmes et aux filles , les aimiei plus que Is moudie n'aime le lait, ni l'abeille la gaufre à mleL »

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