Tacite, Mœurs des Germains
$0 Amédée Thierry, Histoire des Gatt(oit%
LA FEMME. 32a
dire, toutes les populations du haut d'une tour, d'où ses ordres dictaient la paix, la guerre et les traités. Voilà, ce semble, des faits presque incroyables et qui dépassent notre raison. Comment concilier tant de grandeur et tant de sujétion ? Comment expliquer ce frémissement d'admiration et de mépris qui saisit Thomme à côté de cette créature semblable à lui en apparence, et qu'il place toujours au-dessous ou au-dessus de lui? Qu'est-elle donc à ses yeux? Quel rôle lui suppose-t-il dans les desseins de Dieu et dans les destins du monde? Pourquoi l'écarter des fonctions les plus simples et la revêtir des sacerdoces les plus sublimes? Pourquoi lui interdire l'exercice de la vie et lui laisser une si grande part dans la formation ou dans le culte des idées qui constituent la vie même, dans la religion ? La femme a donc des qualités bien caractéristiques et bien puissances, pour avoir conquis dans les esprits une place si restreinte, mais si haute, un empire si singulier t Ce premier coup d'œil, tout rapide qu'il est, nous permet lonc déjà de dire : « La femme est plus que l'homme et moins que l'homme, c'est-à-dire autre que lui. »
Interrogeons , pour confirmer ou détruire ce premier jugement, les grandes catastrophes politiques ou sociales; les âmes y montrent généralement tout ce qu'elles valent. •
La conduite des femmes, leur manière d'intervenir ians ces événements est tout à fait étrange. Les révolu- :ions renversent les empires; la société grecque tombe; la société romaine se renouvelle; le meurtre d'une femme iert parfois de prétexte à ces bouleversements, comme k Rome la mort de Lucrèce ou de Virginie; et cepenîant la masse des femmes demeure éiTawgfet^ ^ ^^'s» ^^\s3l-
motions de peuples et d'États : il semble que rien de tout cela ne soit de leur domaine, ou n'appelle leur action. Mais le christianisme apparaît, et soudain voilà qu'elles se lèvent en masse, et pour ainsi parler, comme un peuple. Elles se mêlent à la vie de Jésus, à ses actions, à ses voyages. Jésus meurt, elles s'attachent aux apôtres. « Nous persévérions tous dans un même esprit « en prières avec les femmes, » dit saint Pierre \ — « N'avons nous pas droit ^, dit saint Paul, de mener « partout avec nous une femme, qui soit notre sœur en « Jésus-Christ, comme font les apôtres, les frères de « Notre-Seigneur et Côphas*? » Les femmes forment un corps dans l'assemblée des disciples, et y participent à certains privilèges; les femmes baptisent, elles prophétisent*; elles propagent l'Évangile. Saint Paul recommande à Timothée plusieurs femmes qui l'avaient aidé dans l'œuvre divine. L'Église honore et soutient des femmes dont le nom même est inconnu avant le christianisme, les femmes veuves vraiment veuves *.
L'époque des martyrs arrive ; la femme y grandit, ou plutôt elle se révèle au monde comme un être inconnu jusqu'alors. Pendant que les Tertullien défendaient la cause de Dieu au prétoire avec leur génie, et que les saint Symphorien la plaidaient dans l'arène par leur