‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 98 sur 124 · Saint Jérôme · texte numérisé non relu

Saint Jérôme

« ges du vrai Dieu, même s'il ne veut pas les entende dre ^. » Cette insufflation de la vraie foi dans une âme infidèle par la bouche innocente d'un être qui balbutie encore, est à la fois délicieuse comme fait particulier, et digne de remarque comme fait général. En effet, les lèvres des femmes, depuis Paula jusqu'à Clotilde, furent les véritables sources pures qui versèrent la croyance dans les cœurs païens. La persuasion n'était pas la seule arme de ces nouveaux apôtres ; elles fusaient plus que sentir, elles savaient et elles ceHrsrainquaient. Nourrie dès l'enfance d'une forte instruction religieuse, toute cette génération de femmes chrétiennes joignait à la sainte ardeur du prosélytisme les profondes études des théologiens. Paula entendait le grec, prononçait la langue latine d'une manière irréprochable, lisait les livres d'une orthodoxie douteuse pour les juger, et avait appris même l'hébreu, pour s'approprier les psaumes de David et les paroles des prophètes comme au sortir de leur bouche. Marcella proposait à saint Jérôme des doutes et des objections sur certains passages de l'Écriture sainte. La Bible commentée, les Livres des prophètes et des rois sans cesse relus et interprétés, telle était l'occupation habituelle de toutes les jeunes filles chrétiennes, et il y avait deux mille vierges seulement dans la ville d'Ancyre. Saint Jérôme, sur cent lettres théologiques, en adresse cinquante à des femmes; quinze de ses traités sut vingt ont l'éducation des femmes pour objet ; il dédie les explications des Psaumes à la vierge Principîa, son traité contre les Montanistes à Marcella ; il consulte Ëustochia sur sa

/• Saint Jérôme, Vie de Puula, Traité sur VidiLcaMom,

aduction du livve de Job ; et Ton est vraiment ému l' lisant le livre qu'il composa tout exprès pour Téduitîon de Paula : € Si vous craignei, dit-41 à Léta, avec toute la sollicitude de l'éducateur d'une âme chrétienne, si vous craignez que les plaisirs de Rome ne vous détournent de cette sainte tâche, envoyez cette petite fille à son aïeule Marcella, à Bethléem ; enchâssez cette pierre précieuse dans le berceau de Jésus-Christ. Ou bien, si les soins de son aïeule ne vous rassurent pas assez, envoyez-la-moi, je m'oblige à Sire son maître et son nourricier, je la porterai entre mes bras ; ma vieillesse ne m'empêchera pas de délier sa langue, de former ses premiers accents, et : je serai plus glorieux que le philosophe Aristote, car je n'instruirai pas un roi périssable, mais une épouse ( immortelle du roi céleste. »

Ainsi ce grand homme voyait dans les femmes les lliées les plus sûres de la doctrine de Jésus; à ses eux, elles n'étaient pas seulement des saintes, nuûs les militantes.

Certes, après une si glorieuse et si longue part dans la dus grande révolution du monde, après tant de preues de courage, de constance, d'intelligence, de force déme, dœmées par les femmes en masse, après quatre iècles de vertus de toute sorte exercées par elles en délit de toutes les sujétions, il n'est plus permis de leur pposer le mot d'incapacité, et nous pouvons regarder omme légitimement et complètement conquise cette irenûère vérité : La femme est égale à l'homme. Mais gale, de quelle manière? Est-^^e parce qu'elle a les Qêmes qualités que lui? parce qu'elle lui ressemble? (on, car. dana cette religion même, si les femmes ont

fait autant que les hommes, elles n'ont rien fait comme les hommes. Elles ont voulu et obtenu une place, mais leur place. Ce dernier trait est caractéristique et décisif. Sous les apôtres, la tâche qu'elles se choisissent est une tâche de sollicitude, de vigilance, un office de mère. Sous les martyrs, elles savent rester femmes par la pudeur, même en étant hommes par le courage. Sous les Pères docteurs, pendant que les prédicateurs parlent, que les savants écrivent, que les Origène cherchent les bases de la foi, que les conciles les établissent, les femmes aiment et consolent. A nous Tesprit du Christ, à elles le cœur de Jésus ; elles ont appris sur le Calvaire à adorer les blessures et à baiser le sang qui coule, et en regard de ces grandes figures d'évêques fondateurs, se dessine sur le même rang, quoique plus enveloppé d'ombre, le type délicat de la sœur de charité.

Sous les saint Jérôme et les saint Augustin, dans ce siècle si fécond en discussions religieuses, sur mille femmes qui consultaient les docteurs, ou que les docteurs consultaient, il y en eut à peine une qui se fit docteur elle-même. Cette brillante série d'héroïnes chrétiennes que nous avons admirée ne nous offre que Marcella qui voulût plaider en public contre les hérésiarques. Les femmes ne parlaient que par les discours des hommes, semblables, selon la charmante comparaison de Plutarque, semblables à un luth qui ne résonne que par la bouche d'un autre. L'image païenne et mystérieuse de la nymphe Égérie, de l'être caché qui dirige mais n'agit pas, semble comme le symbole de la femme chrétienne.

Ces faits parlent assez haut ; et notre apalyse histori-

e nous donne pour résultat la définition déjà indiée de la nature féminine : Egalité avec l'homme,^ mais ilité dans la différence. Partout les honunes ont touirs deviné dans les femmes, et les femmes ont touirs pressenti en elles-mêmes des êtres chargés d'une tre mission que la mission masculine ; des êtres aux à nous, mais différents de nous; inférieurs par i côté, supérieurs par un autre, ne pouvant se cométer et conduire le monde au bien que par leur alince ! L'histoire condamne donc également et les rerdataires qui voient dans la dissemblance des deux xes Tinfériorité de la femme, et les réformateurs qui lerchent son égalité dans son assimilation avec lomme.

Interrogeons maintenant la psychologie, et voyons si le nous répondra comme l'histoire. Après l'examen !S actions de la femme, l'examen de sa nature.

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