CHAPITRE V
Fornialion de l'Idéal dn mariage.
Si les vœux que nous avons exprimés jusqu'ici pour l'épouse se trouvaient soudainement réalisés ; si des lois nouvelles sur l'administration intérieure lui donnaient sa part légitime dans le gouvernemen
l'épouse. 213
de ses propres affaires, et que le pouvoir marital sur sa personne, réduit à une juste mesure, rendît au plus faible son habeas corpus ; si , enfin , l'adultère du mari était puni comme l'adultère de la femme, le mariage s'offrirait-il à nous tel que le rêvent et rappellent toutes les âmes élevées? Évidemment non. Ces améliorations, si importantes qu'on les estime , ne font qu'établir et constituer le droit de chacun , c'est-à-dire séparer ; maintenant il faut réunir : après avoir marqué les deux termes , il faut les fondre en un seul, car qu'est-ce que le mariage , sinon comme nous l'avons dit : Juris humani et divini communicatio ? Ce que l'on peut traduire en termes simples et expressifs , « Une école de perfectionnement mutuel. »
Entrez dans une église, assistez à une célébration de mariage : quelle pensée vous saisit d'abord à la vue de ces deux êtres s'avançant à l'autel? Celleci : se gâteront-ils ou s'amélioreront-ils l'un l'autre? La loi indienne, dans son poétique langage, dit: « Une goutte d'eau salée qui tombe dans un verre » d'eau lui donne la saveur du sel ; une rivière en w se jetant dans l'Océan devient océan elle-même; » la femme en épousant un homme se fait à son » image. » Ce mot est vrai pour l'époux comme pour l'épouse. Au début de l'union, la force éducatrice est tout entière dans les mains de l'homme ; Dieu lui envoie cette jeune âme pour qu'il se perfectionne par l'amour qu'il inspire , comme elle par l'amour qu'elle éprouve. C'est en s'épurant pour ainsi dire à la pureté de sa compagne qu'il doit la guider, l'élever, jusqu'à ce que parvenue à l'âge de
Cl 4 HISTOIRE MORALE DES FEMMES.
U femme avec les vertus de la femme, et devenue gQÎde à son tour, elle reverse sur lui en salutaires influences , en conseils , en bonheur, tout ce qu'il a Bti lui conserver de qualités natives. Plutarque dit d'une façon charmante dans sa lettre à Pollianus : « Mon ami, la chambre nuptiale doit être un gympnase d'honneur et de savoir : ornez donc votre » esprit de toutes connaissances en fréquentant ceux » qui peuvent vous être utiles ; amassez de tous » côtés pour votre femme ainsi que font les abeilles, » lui apportant vous-même et en vous-même tout ce » que vous penserez lui pouvoir profiter ; devisez » avec elle , et lui rendez familiers les meilleurs li- »vres et les meilleurs propos que vous pourrez » trouver ; car vous lui êtes maintenant comme mère »et comme père, et il n'est pas moins honorable » d'ouïr une femme qui dit à son mari : Tu es mon » régent et mon maître en toutes belles sciences , » que si elle l'appelle : Mon bien-aimé. Mais, ajoute » le philosophe , il y a des hommes si maladroits » qu'ils ne peuvent monter sur leurs chevaux quand » ceux-ci restent droits, et qu'ils leur enseignent à se » mettre à genoux; ainsi, il se trouve des maris qui, » ayant épousé des femmes nobles et de haute mai- » son, ne s'étudient pas à les rendre plus honnêtes » et meilleures; mais ils aiment mieux les abaisser, » là où il faut, au contraire, maintenir la dignité de » la femme comme la juste hauteur du cheval (*). »
PliUarque ne semble-t-il point parler de plus d'un mari de nos jours? Une jeune femme arrive à eux avec
(*) (luiarque, Prée$pUi d% martagf«, œuvres moraias.
un cœur ingénu et ouvert , ignorante des choses de la vie, attendant pour penser qu'ils aient parlé. Que font-ils? Au lieu de recueillir cette pure flamme et d'y verser doucement l'huile qui doit l'entretenir, ils soufflent brutalement sur elle et l'éteignent. Insensés qui renversent le flambeau qui doit les éclairer. I^ nature ne nous distille que goutte à goutte, année par année, comme un remède enfin, cette science, si fecilement mortelle, qu'on appelle l'expérience; eux, ils la jettent d'un seul coup dans cette jeune ftme comme un poison. Leur femme croit au dévouement? Ils la raillent. Elle parle d'abnégation, de sacrifice? Ils sourient. Cela s'appelle la former. D'où vient cette déraison? De ce que le monde ne comprend encore qu'imparfeitement l'idée du mariage et le rôle de l'épouse. Essayons donc, pour le dessiner plus nettement à tous les yeux, de suivre dans Hhistoire du monde la lente formation de cet idéal.
Le début fut terrible. Quelle est, en effet, la première image de l'épouse? Eve; Eve, la tentatrice , et les paroles du législateur hébreu sur elle disent son infime et douloureuse mission : Ton mari te dominera — ta concupiscence sera sur ton mari — tu enfanteras dans la douleur. Trois paroles, trois anathèmes, et marquée de ce sceau fatal, la malheureuse créature s'avance dans la vie, pour souffrir, servir, séduire et produire. Toute la femme orientale est là ; une esclave , une concubine , une génératrice. Depuis la création jusqu'après les patriarches , l'office et la gloire d'une épouse se résument presque en un seul mot : enfenter. Le
216 IIISTOIIU: MOK\LË ntS FEMMES.
monde irest pas peuplé encore, il faut qu'elle enfante ; et les forces entières de son cœur se concentrant sur Tunique rôle qui lui soit laissé , elle ne se passionne et ne vit, ce semble, que pour produire. Rien ne vient mieux à l'appui de cette assertion, que l'histoire de Rachel et de Lia. Jacob aimait Rachel, puisqu'il avait travaillé deux fois sept ans pour l'obtenir; elle était la femme de son choix, et il n'avait épousé Lia que par surprise; mais Lia devient féconde, elle monte au premier rang. Dans sa fin-eur jalouse, Rachel accourt auprès de Jacob et s'écrie : donnez-moi des enfants ou j'en mourrai; mais lui , la repoussant avec colère : — « Suis-je moi comme Dieu, et n'est-ce pas lui qui empêche que votre sein ne porte fruit (*)?» Il s'éloigne; Rachel alors appelant à son aide le moyen le plus étrange, va chercher une jeune et belle servante qu'elle possédait et qui se nommait Bala; puis l'amenant à Jacol) : — «Allez à Bala, lui dit-elle, afin qu'elle conçoive de vous, que je reçoive entre mes bras ce qu'elle produira, et que j'aie des enfants d'elle!» Jacob accepte ; Bala conçoit , Rachel triomphe ; mais Lia vient d'apprendre cette nouvelle : elle sollicite Jacob de la visiter une seconde fois; son second fils naît, la gloire est à elle ! — Je l'emporterai! s'écrie encore à son tour Rachel éperdue, et ayant ramené sa servante Bala à Jacob, ayant obtenu un second enfant , une sorte de joie triomphale la saisit, et elle chante dans son orgueil : « Le Seigneur » m'a fait entrer en combat avec ma sœur, et la vic- » toire m'est demeurée. » Un pareil duel dit tout:
(^ Oencsc, cliap. 30.
l'époise. 217
cette lutte d'enfantement, cet amour de maternité sans amour maternel, cette passion d'avoir des enfants, non pour eux mais pour soi, ces rivalités haineuses, cette identification de l'épouse et de la servante, font ressembler à une condamnation l'accomplissement du plus touchant des devoirs : voilà le premier anathème réalisé.
Le second est plus déshonorant encore : Ta concupiscence sera sur ton mari y avait dit Moïse; l'arrêt s'accomplit. Enivrée par cette nature luxuriante de l'Orient, enflammée d'ardeurs sensuelles par cette atmosphère toute chargée de parfums, livrée sans défense par son oisiveté même à tous les délires de la passion, la femme aspire sans cesse après son époux et son maître. Depuis la mer Rouge jusqu'à l'Himalaya, le feu de la concupiscence tombe sur tout ce monde oriental comme la pluie de soufre sur Sodome. « La femme , » s'écrie le législateur de l'Inde , ne regarde pas » si un homme est jeune , ni s'il est beau , ni s'il »est estropié : il est homme, cela lui suffit; car » la mer n'est jamais rassasiée de rivières , le feu » de bois , la mort d'êtres vivants , ni la femme » d'hommes. » Manou dit : «Dieu a fait la femme » naturellement perverse (*) , amoureuse de son lit , » de sa chaise , d'ornements , déréglée dans ses pas- » sions ; » et terminant ses invectives par une exclamation qui dépasse tout le reste : « Les mères de fa- » mille, s'écrie-t-il, envient les courtisanes qui vivent »dans la prostitution.» C'est un code qui tient ce
Digest of Hindu Law , t. II,
218 HISTOIKL MOKALK DES IlilMMES.
langage ! Dès lors le mariage ne devient plus que raccouplement de deux malheureux condamnés à se servir de bourreaux mutuels 9 car la femme n'est pas seulement la concubine de l'homme^ elle est son esclave ; elle lui appartient comme sa chose , chose mobile y enviée, jalousée , et dès lors éveillant en lui toutes les angoisses attachées à la propriété. Il fiaut qu'il la surveille : son honneur autant que sa passion en dépend. Voilà donc ce dominateur livré à toutes les soupçonneuses angoisses du geôlier. Par quel moyen garder les femmes {^)1 Ce titre est celui de l'un des plus longs chapitres de la loi indienne, et ne contient pas moins de vingt-cinq pages : « La » femme, dit Nareda, ne reste fidèle à son mari, » ni par crainte de la loi morale , ni par sévère ré- » primande , ni par soin de sa fortune , ni par res- »pect pour sa famille, ni par bons traitements, i> mais par la seule terreur des coups et de la pri- »8on. Car le néant, le vent, la mort, les régions «profondes, le coupant d'un rasoir, le poison, les » serpents ne sont pas, quand ils sont tous réunis , «aussi méchants que la femme (^). » Puis viennent alors des désespoirs demi-hideux , demi-burlesques, qui peignent d'une manière effrayante cet état monstrueux de despotisme d'une part, et de servitude de l'autre , dans les relations de la tendresse. L'homme maudit ces êtres qu'il est condamné à posséder et à aimer, et cependant l'ardeur des instincts matériels et la passion de la propriété , s'ac-
{}) Digest of Hindu Law,
(^ Digest of Uindu Law, t. Il, 2S, 29. — M«liOQ. Uv. 9.
l'épouse. ai 9
croissant dans son cœur en même temps que la colère , les Orientaux multiplient , comme malgré eux, le nombre de leurs femmes. Les patriarches en avaient deux ou trois ; David épouse quatre femmes, puis dix (*). Le harem commence chez les Juifs; le harem, cette institution monstrueuse qu'ils avaient empruntée de Babylone. Bientôt l'épouse tombe encore d'un degré; elle devient moins qu'une machine productrice, comme sous les patriarches , moins qu'un instrument de plaisir, comme dans l'Inde ; elle devient une chose , ainsi que les vases , les troupeaux , et n'a plus qu'une valeur collective. De môme qu'un homme riche achète, par respect pour sa propre richesse, des terres qu'il ne visitera jamais ou des bijoux qu'il ne regardera pas, seulement pour qu'on puisse dire : il a tant d'objets précieux, il a tant d'arpents de terre; ainsi les rois juifs augmentèrent le nombre de leurs femmes pour témoigner de leur opulence et de leur pouvoir par un liouveau signe représentatif; ce signe, ce furent les femmes. Salomon eut sept cents femmes (^). Imaginez, si vous le pouvez, le désespoir et les tortures que renfermait ce harem. Figurez-vous ce que, sous ce soleil oriental, dans cette vie toute de luxe et d'oisiveté, parmi ces jardins embaumés, au milieu de cet appareil de recherches , de cette chère exquise, de cette organisation de volupté, figurez-vous ce que devaient souffrir sept cents malheureuses créatures livrées aux désirs d'une passion unique et inassouvie.
(*) Les Rois.
f^) Les Rois.
Voilà le harem, c'est-à-dire la maison du prince et du riche ! Le toit du particulier et du pauvre offrira-t-il du moins un asile plus doux à l'épouse ? y aura-t-elle une place, un rang? Non. Tout lui rappelle sa dépendance et son infériorité. La femme indienne ne peut pas rester assise quand son mari est debout , ni goûter aux offrandes domestiques qu'après lui et avec sa permission , ni entrer dans la chambre conjugale sans saluer d'abord avec respect les pieds de son maître (*) !
Tel est le point de départ du mariage dans le monde; telle est la pauvre enfant dédaignée , dépravée , enchaînée , que l'Orient légua à la civilisation occidentale comme l'image de l'épouse.
Rome releva ce type avili , et le seul mot de matrone exprime la sévère grandeur de l'épouse romaine. Plus tard, nouveau progrès : sous l'influence de la religion chrétienne , l'idée de chasteté pénétra dans le mariage, et l'idée de tendresse spiritualiste dans le cœur de l'épouse ; mais cependant, en dépit de ces améliorations , l'essence même de l'union conjugale, l'action morale de la femme aimée demeura longtemps un mystère. Dix siècles après Jésus-Christ , sous la féodalité , le monde ne concevait pas encore l'idée de mariage ; rien ne le prouve mieux que l'opinion que s'en formaient les cœurs les plus propres à la comprendre. Si une seule femme peut nous représenter l'épouse dans toute sa grandeur, c'est Héloïse. Passion sans bornes, passion sans mélange, enthousiasme pour
(<) Digeêt of Hindu Lato^ t. II.
l'époiis£. 221
le génie d'Abailard, soin jaloux de sa renommée, force d'esprit, puissante instruction pour s'associer à ses travaux, tout désigne en elle la femme du grand homme. Cependant elle n'a qu'une crainte , c'est de le devenir. Quand Abailard demande sa main à son onde le chanoine, elle seule résiste et refuse ; elle lui cite les saints et les apôtres qui défendent le mariage aux sages , les philosophes païens qui l'interdisent aux philosophes; elle lui représente en termes pleins d'une vivacité satirique tous les embarras qu'une femme et des enfants apportent aux études sérieuses : «Est il un homme porté aux mé- »ditations, lui dit-elle, qui puisse supporter les » vagissements des nouveaux-nés , les niaiseries de la » nourrice qui les console, les désordres et l'agita- » tion des valets? » Elle se jette à ses pieds en le suppliaht avec larmes de ne pas l'épouser : « Le » nom de votre amie , ou plutôt , si vous ne vous en » indignez pas, le nom de votre maîtresse; voilà tout »ce que je veux (*), et Dieu m'est témoin que si » Auguste , maître de l'univers , m'offrait l'honneur » du titre de son épouse , et me donnait avec ce titre » le monde entier à gouverner, je trouverais plus » de charme et de grandeur à être nommée votre » concubine que son impératrice. » Cependant la volonté d'Âbailard et les menaces de son oncle , le chanoine Fulbert, la forcent enfin à ce mariage; elle n'y condescend qu'à la condition qu'il demeu-
{^) a Si uxoris nomen sanctius ac validius videret , dulcius milii semperextilet amicœ Yocabiilum ; aut si non indîgneris,conciibinae vel scorli. Ut quo me, pro te amplius hutniliarem , ampliorera apiid te oonsequerer gratiam. » (1"" lellre d'Héloïse).
rera secret. Fulbert, pour relever la réputation de sa ttîèce, publie cette union cachée ; elle dément son oncle. Elle devient mère et sa grossesse va dénoncer ou sa honte ou son mariage ; elle accepte la honte et nie le mariage : « Je ne suis pas sa femme , s'écrie-t- » elle sans cesse. » Pourquoi donc cette obstination à réviser ce titre et à se déshonorer? Là ne se montre pas seulement l'excès d'un amour qui ne veut rien devoir à la contrainte, et se révolte à l'idée d'imposer des chaînes à l'objet aimé; c'est encore, c'est surtout la crainte d'arrêter le génie d'Abailard, et d'éteindre en s'en emparant pour elle, «ce brillant flambeau que » Dieu avait allumé pour le monde (^).» Une entrave aux pieds de l'homme supérieur, voilà le mariage pour Héloïse ! Belle âme , aveugle à force de dévouement , qui ne devinait pas qu'Abailard soutenu par elle eût été deux fois Abailard , que la présence continue de la femme aimée, que sa vigilance maternelle au tour de nos actions et de nos travaux enrichit notre intelligence de toutes les délicatesses de l'àme féminine , et qu'enfin la pratique de la vie , une femme à soutenir, des enfants à élever, eussent donné peut-être à son égoïste amant ce qui lui a toujours manqué, le cœur d'un homme avec la tête d'un philosophe. Mais pouvait-elle juger autrement le mariage? Que lui représentait-il de tous côtés? N'était-il pas méconnu et comme avili à la* fois par la brutalité de sentiment des barons féodaux , et par la sévère condamnation de quelques sectes ascétiques du christianisme. Épouvantées des excès qu'avaient
(') LeUres d'Héloïse.
^fenléfi les passions des seiis^ et par lesquek le eoi^ humain avait comme déshonoré la nature hu> maine , ces sectes le déclarèrent boue et fenge , et appelèrent tous ses désirs honteux. De là à déconseiller le mariage il n'y avait qu'un pas ; ce pas fut franchi . Saint Paul avait dit : «Celui qui marie sa fille » ne commet pas un péché, mais celui qui ne la marie » pas fait une bonne œuvre. Qu'il la marie pourtant, si » elle ne peu t pas garder la continence > car il vaut mieux » se marier que de brûler (*). » Voilà toute la pensée de l'apôtre : le mariage n'est pas l'état idéal de la nature humaine , l'accomplissement le plus parfait de la loi divine , c'est la satisfection acceptée d'un besoin matériel comme la soif ou la faim. TertuUien va plus loin que saint Paul ; une indignation qu'il croit sainte s'empare de lui à la vue de la femme f ). Dans son emportement, qui calomnie même les caresses maternelles, il anathématise tout ce qui vient de l'épouse, tout jusqu'à ces êtres charmants qu'on aiïne avant de les connaître , les enfants. «Pas d'-en-
(0 Saint Paul , épttre aux Corinthiens.
(*) « Femme, dil-il, tu devrais toujours êlre vêtue de deuti et de haillons, nV)frrant aux regards qu'une pénitente noy^e dans les larmes et racbetani ainsi la faute d'avoir perdu le genre IkUmaifil Femme, tu es la porte du démon l C'est loi qui as brisé les sceaax de l'arbre défendu, c'est loi qui la première as violé la loi divine , toi qtli as i-errompu «eltri que S«tan n'osait attaquer en face , toi enfin ô cause de qui J. C. est mon, » Une déicide, un anige &tal étemelleme&t attaché à 1 homme pour le perdre , telle est la femme pour TertuUien. Aussi lui jelte-t-il avec une sorle de terreur uu voile sur le visage ; il veut qu'elle cache o son front toujours, partout, à tout âge, fille, à cause de son père ; épouse , à cause de ses frères ; mère , à cauï»e de ses fils, w Creriullien, Traité de l'ornement des femmes, )
»fants, dit-il, les enfants seront une encombre au » jour où il faudra avoir les pieds libres, et quand la » première trompette de l'ange sonnera , il n'y a que » les vierges qui s'élanceront sans gène à sa voix, car » elles n'auront aucun fardeau nuptial qui tressaille »dans leur sein ou qui s'agite à leur mamelle (*). » Saint Jérôme dépasse encore TertuUien. Ce fougueux martyr de lui-même, qui avait tant souffert parla chair, que, pour la dompter, il se couchait nu sur la terre nue , et demeurait des jours entiers sans nourriture; saint Jérôme réagit contre cette chair maudite avec toute la fureur de la vengeance. Anathème sur le mariage ! Il n'en veut plus. « Met- » tons , mettons , s'écrie-t-il , la main à la cognée (*), « et coupons par ses racines l'arbre stérile du ma- » riage. Dieu avait permis le mariage , j'en conviens ; » mais Jésus-Christ et Marie ont consacré la virgi- » nité f).» La virginité, tel est, en effet, l'idéal qu'il propose à toute la terre ; il en devient l'apôtre. Transportant dans la peinture de cet état les élans enflammés de ses anciennes passions terrestres , il arrache au monde tout ce peuple de femmes qui vivaient de sa parole , et à sa voix, jeunes et vieilles, belles et difformes , riches et pauvres , nobles et obscures , quittant leurs parents , leur maison , se précipitent vers la virginité. La jeune Démétriade (*) , issue d'une des plus puissantes familles de Rome , dépouille ses riches habits , ses pa-
(^) Terlullien , les deux livres à sa femme.
(2j Saint Jérôme , Traité sur la virginilé, (3) Saint Jérôme , Traité sur la virginité, (^} Saint Jérôme , deuxième Traité sur la virginité.
l'épouse. 225
rures dor, ses bijoux, ot paraît aux yeux de sa mère stupéfaite, revêtue d'uue robe de bure ; elle est vierge (*). Une jeune fille, que ses parents voulaient marier , s'élance par la fenêtre , et se tue pour demeurer vierge. L'amour de la virginité devient une sorte de passion , et l'institulion du mariage s'ébranlant sous tant d'attaques différentes , Ton vit poindre à rhorizon, puis se dessiner peu à peu, puis s'éle^ ver jusqu'au zénith, et éclairer tout le moyen âgé ^ l'astre nouveau de ce ciel orageux ^ l'image de la vierge Marie : image qui était à la fois un idéal et une réalité. Marie est vierge et elle est mère ; un enfont et pas d'époux, n'est-ce pas toute l'histoire du mariage au moyen âge? Elles aussi , ces femmes méconnues , à qui leurs i)arons ne demandaient que des héritiers, elles devenaient mères sans devenir épouses, si Ton peut parler ainsi : elles étaient vierges avec un enfant dans les bras.
Cependant , au milieu de ces résistances, le type de l'épouse et du mariage achevait son développement à l'aide des théories mêmes qui lui Bai* saient obstacle. Retour étrange! tandis que les fondateurs de l'ascétisme frappaient l'amour et le mariage d'une sorte de malédiction, l'amour, élément immortel, trouvait dans la doctrine de Jésus un point d'appui pour devenir l'âme de la femme, et le mariage, méconnu sur la terre, réalisait ailleurs son idéal. Ailleurs que sur la terre ! dira- t-on ; et où donc? Dans le ciel !
Ceci est un des points les plus intéressants ot les plus curieux de l'histoire des femmes.
(*) l'ertullien. Le» femrnest doivent -elle» être voilées ?
Nous Favons déjàindiqué, Jésus est^elui qui émancipa feu r âme , et leur ouvrit cette vie du sentiment, où k passion même est comptée comme un motif de pardoa; ^ussi est-ce de lui que date une affection toute nouvelle dans le monde : l'amour de Dieu. Cette opinion semblera peut-être un blasphème. Elle n'est p<Mirtant (ju'une vérité. Les femmes juives tremblaientdevant Jéhova; les femmes païennes courbaient le front sous la foudre de Jupiter; les femmes chrétiennes aimèrent Jésus. Relisez le naïf et divin Évangile de saint Luc, vous voyez les femmes toujours mêlées à la vie et à la mort dn Sauveur. A peine paratt-il, qu'eHes sentent leur Dieu dans ce iMeu du cœur. Marthe, sœur de Lazare, le sert et le soigne ; Marie se couche à ses pied^ et l'aime, pendant (ju'il laisse tomber de sa bouche angélique celte parole profonde qui éclaire tout le point de la question qui nous occupe : « Marie a choisi la meilleure part, et cette part ne lui sera pas ôtéc. » C'est une femme qui , au milieu d'une prédication de Jésus , s'écrie tout à coup avec une tendresse passionnée : « Heureuses les entrailles qui vous ont porté ! les » mamelles qui vous ont nourri ! » Ce senties femmes qui, après sa descente au sépulcre, viennent regarder où il est enseveli , et préparent des aromates et des parfums pour l'embaumer. N'a4-îl pas absous la femme adultère, relevé Madeleine noyée do larmes, conversé avec la courtisane égyptienne? Aussi, quand le troisième jour, Marie-Madeleine vient au sépulcre avec les apôtres, et qu'ils voient tous que le corps est enlevé, les apôtres s'éloignent, mais Madeleine resie; elle se tient en dehors dn
tombeau et pleorè, elle se penché vers le sépulci^ i4de et pleure enc(»e. Ptris, apercevant deux angé»^ vêtus de blaBd assis à la pkee où avait été le ceripsi delëstts, qui lui disent : «Femme, pourquoi pteu- » rez-vous? — Je pleure , dit^elle /parce qu'ils m*ont » enlevé^ mon Seifneur, et je ne sais où ib l'on* » iKite. «>' Que d'affectioft tendre dans ce mot qui ta devenir le cri ou le soupir de toutes les femmes : mott Seigneur ! C'en est feît , un nottveau sentimentf les soutiendra désormais dans leurs luttes, lescal^ m^ra daiis leurs souffrances, les consolera de* ne rien^^lre et de ne ri^ feke, ell^s 'aimeront' leur Seigneur. Que leur importent les' bru taillade \evifp maris^ elles ont un autre époux dans le ciel (cai*Jes vierges et les religieuses ne sont pas les seules ^KMUses de Jésos-Ghrist}^ elles ont un autre mariage , où» s'épanche et se spiritualise tout ce ^qu*^ tew'âme a de force pour aimer. Grossier baron , i^ te crois le mari de cette femme parce que tu- 1^ possèdes, mais ce n'est que son enveloppe oxlé rieure que tu presses entre fces bi*as ; son âme , déâN>rmais trop haute pour se coi^tenter de la part ma-^ lél*ielle que lu loi fais , sot Ame t'échappe et va sHinir à l'objet divin , au* céleste martyr qu'ette aperçoit au pied de son lit, doué sur la croix. Voila son véritable bien-aimé; amour réel, profond, a4i«quel elle est ^èle, et dont Jésus est jaloux. Le martyre de Jéius a été le martyre de beaucoup de femmes du m6^«n â^e ; beaucoup d'ientre elles ont so<»ffert sa passion. Que de torrents de larmes ont? coulé sur ce corps crucifié! que d'étreintes l'ont serré contre des cœurs brûlants et chastes ! Jamais
228 niSTOIRR MORALE DES FEMMES.
être visible y humain , fut-il plus adoré, plus pleuré (^)? Sainte Thérèse meurt de regret de ne pouvoir mourir , c'est-à-dire , de ne pouvoir le rejoindre, Catherine d'Oignies s^évanouit de douleur, si elle regarde trop longtemps le erucifix. Ainsi l'anathème jeté sur la passion enfantait la passion; ainsi la réaction contre Tamour allait se perdre dans Tamour même. Seulement, renouvelée par le divin objet de leur adoration , l'âme des femmes se purifiait en s'enSammant. Leur éducation était jËaite, le flambeau était allumé , il ne s'agissait plus que de ramener sur la terre quelques uns de ces rayons qui remontaient tous vers le ciel.
Qui fut chargé par Dieu de cette missioa ? la chevalerie. Seulement, comme nous l'avons dit, les mœurs de cette époque faisant obstacle au perfectionnement complet du mariage, et le rôle de l'épouse ne pouvant se dessiner au sein de l'union conjugale, il alla se former en dehors d'elle sous une autre figure.
Une page de la délicieuse biographie de Bayard par son écuyer, explique ce fait (*). « Le bon chevalier avait été nourri en son jeune âge dans la maison du duc de Savoie, et comme jeunes gens fréquentent volontiers ensemble, il voyait souvent et bientôt aima une belle jeune fille qui était attachée à la duchesse comme demoiselle, ainsi que lui comme page. Cet amour était égal dans les deux cœurs , et si profond, sans sortir de l'honnêleté, que, s'ils l'eussent pu , ils se seraient pris par nom de ma-
(*) Œuvres de sainte Thérèse, Canliques.
(2) Vie de Bayard , par son écuyer.
l'épolse. 229
liage j sans regarder à ce qui poarrait s'eB8uivre à cause de leur pauvreté. Mais le duc de Savoie ayant donné Bayard à Charles VIII pour son page , il fallut que les deux amants se séparassent^ et quand; plusieurs années après, le chevalier revint à Carignan, il trouva que sa dame s'était mariée par ordre du duc au seigneur de Fluxas. Cependant elle lui voulut feire connaître, comme femme vertueuse, que cet amour honnête qu'elle lui avait porté dans sa jeunesse , durait encore , et elle lui fit tant de courtoisies que plus n'eût été possible. « Mon- » seigneur de Bayard, mon ami, lui dit-elle, voici » la première maison où vous avez été nourri ; ce » serait grande honte si vous ne vous y faisiez con- » naître , comme en France et en Italie où il est si «grand bruit de vous. » Le pauvre gentilhomme lui répondit : « Madame , dites-moi donc ce qu'il fout que je fesse. » — « Il me semble , monseigneur de » Bayard (mais que je ne vous ennuie point) que vous » feriez bien de donner un tournoi en cette ville. » — « Il sera foit, madame. Vous êtes la dame en ce monde » qui a premièrement conquis mon cœur à son ser- ))vice; je suis tout assuré que je n'en aurai jamais » que la bouche et les mains (*) , car de vous requérir » autre chose je perdrais ma peine, et aussi, sur mon » âme , j'aimerais mieux mourir que de vous presser » de déshonneur , mais bien vous prie de me donner » un de vos manchons. » Elle le fit. Le lendemain, une trompette proclamait dans toutes les villes d'alentour que monseigneur Bayard ouvrirait à Cari-
(0 Ce mot est emprunté aux formules du vasselage.
230 HISTOIRE MOKALË ÛES FEMMES.
fyVhiàu HXk ^rand tournoi dont le prix serait un maachoQ de 1^ dame 9 où pendait un rubis de cent ducate. Qui fut le vainqueur? vous le devinez. Après lé tournoi*, les deux juges (l'un d'eux était le chevalier de Fluxas) vinrent présenter le prix au chevalier; mais lui,' rougissant de honte, le refusa, .disant : «Que , à tort et sans raison lui était attribué » «cet honneur ; que , s'il avait bien fait aucune chose , » madame de Fkixas eu était cause^ elle qui lui avait y» prêté Bon manchon , et qu'à elle seule appartenait » le prix. i> Le seigneur de Fluxas, qui connaissait la grande honnêteté du bon chevalier, n'en entra aucunement en jalousie: il vint droit à sa £eiume avec ]e seigneur de Grammont, et tous deux lui apportèrent le rubis , le manchon et les paroles du chevalier. Elle, qui en savait tant sur l'honneur que c'était merveille, ne s'en effraya nullement, mais rél^liqua : '< Monseigneur de Bayard me fait le bien de »dire que mon manchon lui a donné le prix; je le «garderai donc toute ma vie pour l'honneur de lui. » Le soir, ce fut danses et fêtos , mais le lendemain départ. Le chevalier alla prendre congé de sa dame ; ce ne fut pas sans qu'il tombât quelques larmes de la part d'elle , et de son côté était le cœur bie^ serré. L'amour honnête a duré entre eux deux jusqu'à la mort; il n'était année qu'ils ne s'envoyassent présents l'un à Tautre. »
Voilà qui nous en dit plus sur le mariage de ces siècles que beaucoup de réflexions. Dans ce récit se révèle un fait bizarre comme une exception , général comme une règle : c'est qu'au moyen âge il y eut presque toujours pour la femmue uqi mariage à côté
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du mariage; elle réservait pour sou mari sa persoone y la fidélité matérielle, les services , les soins extérieurs; pour l'amant, l'âme, les pensées d'honneur, la vie spirituelle. Toiite femme vertueuse, ainsi parle la chronique de Bayard, pouvait, je dis presque devait avoir uh mari et un aini , riyauK sans haine, co-plropriétaires sans envie, car letirs royaumes ne se touchaient pas ;• l'on vient de voir comme le seigneur de Fluxas ne conçoit aucune jalousie contre le chievalier, car il connaissait son hon* néteté! Pour ces hommes grossiers et sans (inesse de cœur, l'adultère était une chose matérielle; la femme qui avait défendti son corps était fidèle; ils ne lui demandaient rien au-delà. Du reste, l'amant était un personnage accepté et reconnu; il avait ses droits que la femme ne cachait pas et que le mari ne niait pas.
Quels étaient ses droits ? Où commençait cet empire? Où finissait-il surtout? Nous avons bien dit : Au mari la personne, et à l'amant l'ftme; mais on pourrait craindre pour nos aïeux féodaux qu'il ne se fut glissé parfois quelque confusion dans le pai^ tage de ces deux royaumes, et que leurs femmes ne se fussent peut-être trompées de propriétaire.
Fausse inquiétude ! Tous ces droits étaient réglés par arrêts judiciaires; il y avait pour cela un code , de» tribunaux , une jurisprudence , voii*e des avocats. Au seiîtième siècle, un président, Martial d'Auvergne, a, sous le titre d'arrêts d'amour (*), mis en scène avec toutes les formes j udiciaires et audienciaires, des amants venant se plaindre à un
(0 Arrêts d'amoar, recueillis par Martial d^A«verg«e.
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grave président que leur dame leur eût refusé un regard ou un baiser^ tandis que la défenderesse (ainsi s'appelle l'amante) allègue pour excuse que M. Danger était là. M. Danger c'est le mari.
Cette satire suffirait pour prouver le fait comme le don Quichotte prouve la chevalerie ; mais il est une autre autorité plus imposante et plus irrécusable, le manuscrit d'un chapelain de la cour de France du XIV siècle , qui constate et décrit l'existence de ces cours d'amour (*). Les dames de Gascogne, la reine Éléonore , la comtesse de Narbonne , la comtesse de Champagne, la comtesse de Flandre, étaient présidentes de cours d'amour. Il s'en tenait à Pierrefeu, à Digne, à Avignon; l'on pouvait appeler de l'une à l'autre , les dames seules y siégeaient comme juges et les matières des jugements se devinent. Dans ces assemblées poétiques et sentimentales, dans ces académies de cœur, si Ton peut parler ainsi , se débattait, s'établissait le compte des amants et celui des maris. « Le véritable amour peut-il exister entre personnes mariées?» demande-t-on à la cour, et la comtesse de Champagne répond : « Nous disons et » assurons, par la teneur de ces présentes, que l'a- » mour ne peut étendre ses droits sur les personnes » mariées. En effet, les amants s'accordent tout, » naturellement et gratuitement, tandis que les époux » sont tenus , par devoir, de subir réciproquement » leurs volontés, et de ne se rien refuser les uns aux «autres. Que ce jugement, que nous avons rendu » avec une extrême prudence, et d'après l'avis d'un
(') Maître André, chapeJain de la cour royale de France, xii* siècle. Manuscrit de la Bibliothèque royale ^ n" 87ô8,
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)D grand nombre d'autres daines, soit pour vous d'une » vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé Tan de » grâce 1 174, le troisième jour des calendes de mai , » indiction septième. »
Ainsi , un mari n'avait pas le droit d'aimer sa femme , mais en revanche , la femme avait le droit d'aimer un autre homme que son mari , et même si elle était complètement honnête, dit le chapelain, elle le devait. Le mariage , selon un article de ce code , n'est pas une excuse légitime contre Tamour ; car une demoiselle attachée à un chevalier par un amour convenable, s'étant mariée à un autre, fut condamnée par jugement d'Ermengarde , vicomtesse de Narbonne , à continuer au premier son amour et seB bontés coutumières , la survenance du lien marital n'excluant pas le premier attachement. Mais voici un arrêt plus curieux encore et qui marque d'une manière décisive la différence de l'amour et du mariage : Un chevalier était épris d'une dame qui avait déjà un engagement ; la dame , pour se délivrer de ses poursuites , lui promit de l'aimer si jamais elle perdait l'amour de son ami. Deux mois après elle épousa cet ami . Qu'arriva-t-il ? C'est que l'aspirant éconduit se présenta devant elle, et la requit de tendresse, disant qu'elle n'avait plus le droit d'aimer son premier amant, puisqu'elle l'avait épousé. Survint un arrêt de la cour, arrêt d'une princesse, d'une reine, de la reine Êléonore, qui, après quelques détours , décida que si la dame donnait ce qu'elle avait promis, elle serait louable {Imidabilis). "
Sous ces établissements , d'apparence ridicule et
â^ uisToïKt: MoKALi; ms femmes.
frivole 9 et où le haï esprit occupait sans doute une ^^ande place y se cachait t^ependant un lait sérieux et digne de lattention de l'historien : une protection contre le mariajje grossier de nos pères. Le ccxle de Tamour censurait et réformait le code matrimonial y ou plutôt il était , en partie , le code matrimonial lui-même. Plus sévère que le mariage, cette afftKUion libre inspirait des devoirs réels et rigomreux aux deux amants. La loi civile disait : Une femme, dont le mari est absent pendant dix ans, sans qu'on ait de ses nouvelles^ a le droit de se remarie*' {*). Le code d'amour disait : L'absence de l'amant, quelque longtemps qu'il la prolonge, quelque avare qu'il soit de messages ou de lettres propres à réjouir ou consoler sa dame, cette absence De relève pas la femme de son attachement. La loi civile disait : La femme, veuve après un an et un jour de veuvage, peut prendre un second mari (*). Le code d'amour imposait à l'amie deux années de veuvage de cœur. Les lois féodales qui permettaient au mari de battre sa femme , pourvu que ce ne fût que modérément ^ disaient du mari un grossier possesseur ; le code d'amour imposait à l'amant, comme une loi fondamentale , le respect.
Enfin, et là se trouve le point capital, les mœurs de la féodalité ne donnaient à l'épouse aucun pouvoir moral sur l'époux^ tandis que le code d'amour ftdsait de la femme , comme nous l'avons dit plus haut f ) , le guide et l'associé de l'homme.
{y Assises de Jc^rusalein. — Cotirdes Mobles. (2) « La femme veuve ne doit pas se remarier avant un an et un jour à partir de la mort de son mari. » — Ibid. Cour des Bourgeois.
'. AiwtÀy se rédisaît 'W. dehors du mariage, et en ofNittlidîction avec lé mariage ^ ce fui constitae sou essoiceiMîne, la fiisioQ des àmds et le perfection- Bemtnt BMiktidL fin vain tombèrent les <»ur8 d*a- Hiow^il^iuMâité n'en avait pas moins reçu d'elles, ei A' ta içarda pi» Éioins dans sa tmisctenoe ce type prébiQwx du râle de la fismme* Lawairche du temps fit te toasts^ et de^is cette éf^oquc; Fenioiir et le mariage se présentent aux: âmes éèevées conmie deux Irèioes invinciblement liés l'un à l'autre ^ ineomplets l'un sa» l'autre , et tout-piiissaftts l'un pari l'autre. '& elfet^ èii passant de la maîtresse à Fépouse, cettiie influence- de la femme moralisatrice trouve soudain le •camctère si nécessaire qui lui matt<piait alors, la ootftinmité. L'empire de l'amante ne ^rvtt pas 4 la jeunesse qui le feît naître, el souvent il a •la frivolité de cet à^, comme il a sa grftce éphémère; le mariage seul lui donne du sérieux et d^ la durée, le maria^ fait un devoir de co qui étaît un jeu, une rè^e pour la vie de cette loi d'un ^ur, ube autorité calme de cette impétueuse domination. La femme ne peutavoir cPaction salutaire sur Fbomme que dans le mariage; et le mariage seul peut (aire de l'homme un être complet.
Sans doute, co n'est encore que par couples isolés que Dieu produit à nos regards l'image de ces unions idéales, mais le bien commence toujours par être une exception avant do devenir une règ^e , et nous pouvons, sans craindre d'être appelés rêveurs, tracer le portrait de ces rares élus qui nous doivent servir de modèles.
Ëatre de tels épotix, pas de commandement.
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Pas d'inférieur ou de supérieur , aux yeux du mari surtout; car son seul vœu est d'apprgadre. taJiberté à sa femme et de lui ordonner de vouloir. Dans cette sainte alliance le mélange des qualités se trans forme en échange ; elle devient plus forte auprès de lui, il devient meilleur auprès d'elle; la tendresse, ce divin sentiment qui joint à toute Tardeur de la passion la douceur pénétrante de la sympathie, la tendresse s'insinuant entre leurs cœurs , les fond pour ainsi dire en un seul. Ils ont sans doute d'autres objets bien chers d'affection, des enfants, une mère, mais rien n'est pareil à ce qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. 11 n'y a qu'elle qui soit lui, il n'y a que lui qui soit elle ; les mêmes pensées arrivent sur leurs lèvres aux mômes moments ; leurs visages, par rhabitude de sentiments semblables, contractent une sorte de ressemblance, et, à les voir, comme à les entendre , on sent entre eux une parenté plus puissante que celle du sang, la parenté de l'âme.
Une telle union ne craint pas même les années et leurs ravages. C'est le misérable emploi de la vie des femmes , c'est leur oisiveté et toutes les mesquines passions qu'elle enfante, qui flétrissent leur visage avant le temps , qui flétrissent leur bonheur avec leur visage. Tant que dure la jeunesse (la jeunesse, le plus charmant des mensonges), la rondeur des lignes de la figure dissimule tout , et si un mauvais mouvement de l'âme y imprime un pli délateur, ce pli s'efface aussitôt sous l'élastique ressort de cette chair juvénile; mais quand vient l'âge , chaque pen sée habituelle creuse sa ride : c'est la vanité qui contracte les lèvres; c'est l'envie qui enfonce la
bouche y et le désenchantement de l'époux suit bientôt le déclin prématuré de la femme. L'épouse, dont nous avons dessiné le portrait, n'a rien à redouter de pareil de la main du temps. On reprochait un jour à Michel-Ange d'avoir représenté la vierge Marie encore belle dans un âge qui n'était plus la jeunesse : « Ne voyez-vous pas , répondit-il , que c'est la beauté » de son âme qui a conservé celle de son visage? » Ainsi de l'épouse vraiment épouse ; tout ce qu'elle a foit de bien pendant sa longue carrière conjugale et maternelle , tout ce qu'elle a pensé de pur et d'élevé, répand sur ses traits un charme de physionomie , une noblesse inconnue même au jeune âge : la finesse de son esprit, plus exercé, y ajoute une grâce piquante , et parfois le temps lui a , ce semble , autant apporté qu'emporté.
Vienne donc la vieillesse elle-même, elle n'altérera cette union que lorsqu'elle la brisera. Quand les enfants éloignés ou établis laisseront seuls auprès du foyer les deux vieux compagnons , la mémoire de cette vie commune si pure et si tendre, la conscience de s'être perfectionnés l'un l'autre, la certitude d'immortalité que donne une affection qui n'a jamais faibli , suffiront pour défendre leurs âmes du contact glacé de l'âge. Cette affection s'empreindra même d'une mélancolie solennelle à la vue de la terre qui s'éloigne , de Dieu qui s'approche , et ils s'aimeront à la fois comme des êtres qui vont se quitter, et comme des êtres qui se retrouveront !
9311 HISTOIRE MOKAtÊ DCS FEMMES.
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