CHAPITRE PREMIER
■te lui maternité dans le monde physique et moral.
Lo?squ6^ par la pensée, on évoque devant soi le personnage maternel ^ lorsque Ton prononce ee seiU iBQt de mère y soudain tous lea souvei^ra de bienfaits et de dévouement qui s'attachent à ce nom comme un eortége , vous pénètrent d'«n tel respect que l'on doute d'abord qu'il puisse rester aucun dsoit légitime à réclamer pour elle. Parler de son éaian<cipation , c'est, calomnier, ce semble , 1% con-r sei^^toe publique. Regardons en effet autour de nous ; descendons dans les cœurs les plus incrédules , nous y trouvons une sorte de eulte pour ce titre de mère. Dites à ce jeune homme sceptique, dont toute la verve se dépense en satires contre la vertu des femiftes, et qui rit de cette vertu même comme d'un préjugé, dites-lui que sa mère a été faible un jour \
le voilà qui bondit d'indignation ; il vous démentira, il vous provoquera peut-être; tous les sentiments purs se réveillent en lui, dès qu'il s'agit d'elle. Quel homme, si grossier qu'on se le représente , ne s'écarte avec déférence pour faire place à une femme grosse ? Plusieurs peuplés absolvent la femme enceinte qui vole pour nourrir son enfant , et la maternité épurant jusqu'à la nudité même, la vue d'une mère jeune et belle qui allaite son nouveau-né n'inspirera jamais à un honnête homme d'autre sentiment que celui d'une chaste vénération. Enfin la nature semble, comme les hommes, laisser tomber une couronne sur la tète de la femme devenue mère, la couronne de la beauté et de la santé. Un illustre savant moderne a démontré que la femme qni n'a point porté un être humain dans ses flancs demeure un être incomplet, frappé même souvent de langueur maladive. Il ne suffit pas que k femme soit amante , il ne suffit pas qu'elle soit épouse, il faut qu'elle soit mère. Pareil à l'âme qui n'arrive à toute sa force qu'en passant à travers les épreuves de la vie , le corps des femmes ne trouve que dans les fatigues de la gestation toute sa puissance de développement; l'allaitement même, ce rude office (*j, renouvelle les organes qu'il semblerait devoir épuiser, la poitrine s'élargit, les épaules s'ouvrent, la tête se .relève sur le cou plus souple et plus fort; la femme enfin ne se montre à nos
{}) Nous tenons ce fait et tous ceux qui précèdeut du savant M. Serres. Il ne parlait , bien entendu , que des femmes mariées à un âgé convenable , et non pas des enfants de seize ans que Ton condamne à être mères.
yeux comme une créature achevée qu'avec un enfent dans ses bras. Aussi ^ la fiction théâtrale elle-même tfa-t-elle jamais osé porter atteinte à ce personnage de la mère. Le théâtre a représenté des épouses adultères, des frères ennemis^ des fils qui tuaient leurs mères ; mais une mère qui tue ses enfants , il n'en existe qu'une dans l'histoire poétique , ^ ^\J^ c'est Cléopâtre. De nos jours même où Ton a tout essayé, de nos jours où la peinture des exceptions a souvent été recherchée comme un moyen de nouveauté piquante, pas une plume n'a cherché à flétrir ce type sacré , et l'illustre poète des Orientales , réunissant dans un seul personnage de théâtre l'inceste, la rapine, le meurtre, la débauche, a cru que , pour le relever au rang de créature humaine , il suffisait de jeter dans son cœur l'amour maternel, que ce nom de mère était capable de laver celui de Borgia! La mère est ici-bas le seul Dieu sans athée.
Le croirait-on cependant? En dépit de cet accord de toutes les âmes, la science, pendant quatre mille ans, c'est-à-dire jusque dans notre siècle, a refusé à la femme le titre de créatrice ! Les savants ont prétendu que la mère n'était pas mère.
Ce fait , aussi curieux qu'important , demande un examen approfondi ; car toute la question de l'affranchissement des femmes est là, avec Dieu même pour juge.
Je parcourais un jour les monuments primitifs de la législation orientale, et j'y cherchais ce qui regarde la mère , quand tout à coup mes yeux tombé-
rent sur une phrase qui me fit tressaillir d'étonné^ ment. Cette phrase ^ la voici :
« La mère n'enfante pas , elle porte {^). »
La mère n'etifente pas! Qu'est-ce dotiè qne la mère? Qu'est-ce donc que l'enfatlt? Je cmlrtis aux lignés Suivantes pour chercher le sens de ce bià*phème énîgmatîqtie , et jô lus ce qui suit * t< Lorsque » voui choisissez la saison éonvenable , et que vtms yi semez dans un champ bien préparé dés graines » taures , ces graines se développent biefntôt eti uhe » plante de la même espèce. Peu importe que ce » soit des semences de rh, ou de itésatoe , le chsimp » vous rendra ce que vous lui aurez donné ; caiP il h'^s! » pour rien dans la nature des platites , il ïie éoti^ » tribue qu'à letrr nourriture , et la semence dans sisi » végétation né déplore aucune des propriétés de la » terre. Il en est ainsi pour la reproduction des êtres «humains. L'homme est la graine, la femme est le » champ. La femme ne détermine pas le caractère » de l'enfant, elle donne ce qu'elle a reçu, él le fils » naît toujours doué des qualités de celui qui l'a » engendré (*). »
Ces idées , contre lesquelles protestait le seul boti sens, me parurent d'abord si monstrueuses que jeles rejetai comme un des mille contes fantastiques de rôrient , et pour absoudre l'antiquité d'une telle doctrine, je m'adressai au prince des naturalistes grecs, à Aristote. Que trouvai je dans ce grand homme? ces mots : Le père seul est créateur.
(») Lois de Manou, liv. IV, v. 28, 29.
(2) Lois de Manou, 8, 30, 31.
LA MàM. 271
Je cherchai refuge dans le moyen âge y et je fis appel à cette science qui comprenait alors^ presque toutes les sciences^ la théologie. Saint Thomas, dans aon chapitre de l'Ordre de la charité, me dit : c< Le père doit être plus aimé que la mère , attendu » qu'il est le principe actif dans la génération, tandis » que la mère y est seulement le principe passif. » J'interrogeai les savants des siècles suivants , presque tous répétaient cette doctrine de Manou : « Le pouvoir procréateur est le pouvoir mâle. La progéniture de tous les êtres animéd est distinguée par len marques du pouvoir mâle (^). » Enfin , des naturalistes ^lustres de nos jours, prenant à la fois exemple et appui siur la genèse indienne, et lui empruntant ses comparaisons comme ses raisons, ont été plus loin encore, et ils ont dit : «Il y eut un premier » chêne : Ce premier chêne, couvert de glands , con- » tenait en lui, non seulement les chênes aux- » quels il a donné naissance , mais les chênes issus » de ceux-là et ceux qui leur ont succédé ; tout^ les «générations à venir des chênes, renfermées dans » ces premiers glands avec leurs puissances latentes , »sous forme de gerines emboîtés les uns dans les «autres, en sont sorties à leur tour, et continuent «à en sortir, semblables à des fouilles que l'on dé- «plie successivement. Telle est l'image de la ge- »nèse humaine. Adam contenait en lui, non seule- » ment Gain, Abel et leurs sœurs, mais tous les êtres «humains qui sont nés depuis le commencement «du monde , et qui naîtront jusqu'à sa ruine. Quant
(*) Lois de Manou, liv. IX, v. 35.
» à Eve , sa seule part à la perpétuation de la race » humaine fut celle de la terre , qui a reçu et ali- » mente les fruits du chêne. Eve est la nourrice. »
Je l'avoue, quand je lus ces paroles , quand je les vis appuyées sur une série d'observations physiologiques , quand je les trouvai revêtues de plusieurs noms immortels , mon anxiété fut réelle et profonde ; car nous ne saurions le dissimuler, toute la question de l'égalité des femmes est là en droit. Si ce fait est vrai, Dieu lui-même a prononcé. Si l'œuvre qui semble le plus complètement l'oeuvre de la femme ne lui appartient pas ; si l'enfant qu'elle porte neuf mois dans ses flancs n'est pas sa créature, mais son fordeau; si le sein maternel, ce divin berceau qui, pareil à un être, semble tressaillir, frémir et aimer, pour ainsi dire, n'est qu'un réceptacle inerte, sans influence et sans droit de création sur l'être qu'il a reçu , la femme ne joue plus dans le monde que le rôle d'une créature infime ot secondaire ; c'est un accessoire utile , rien de plus , et toutes les servitudes qui l'assujettissent à l'homme , sont consacrées par la nature elle-même.
Cette conséquence est si rigoureuse que, dans tous les pays où cette doctrine scientifique a prévalu , l'ana thème sur la mère a passé de la science dans la loi, et même parfois dans les moeurs.
La loi indienne dit : « Respecte ton père et ta »mère. »Mais soudain elle ajoute : «Ton respect »pour ton père (*) t'ouvrira seul le monde supé- » rieur de l'atmosphère. » L'amour pour le père était
(1) Lois de Manon , liv. III.
un devoir religieux; l'amour pour la mère un acte de gratitude humaine. En Grèce ^ dans les temps héroïques, A^memnon meurt tué parClytemnestre; soudain Apollon appelle son fils Oreste ; il lui met un^ poignard dans la main , il lui ordonne de frapper Glytemnestre ; et dans les Ëuménides d'ËSr chyle (*) se pose cette doctrine monstrueuse, qu'Oreste n'était point parricide, car H ne tuait que sa mère. C'est Apollon qui plaide lui-même la cause d'Oreste devant l'Aréopage; la mère, dit-il, n'engendre pas ce quon appelle son enfent..... Minerve , appelée à donner son suffrage, parle ainsi : « Je suis tout entière pour le père ; Oreste dmt être absous. » Et l'Aréopage, ce tribunal suprême de la Grèce, ce tribunal qui représente pour ainsi ;dire la justice antique, s'inaugura par l'absolution d'un homme meurtrier de sa mère, c'est-à-dire par la proclamation de ce principe : la mère ne crée pas son fils. Dans les temps historiques , lorsqu'il n'y avait pas de nom de famille en Grèce, et que chacun en naissant recevait un nom différent, le père seul avait le droit de nommer ses enfants. Dans le monde moderne le nom seul du père passe aux descendants; quand la noblesse fut instituée, elle ne put, en règle générale, se communiquer que par les pères; et aujourd'hui dans toutes les classes, le droit de direction n'appartient qu aux pères. Enfin, cette prééminence prétendue de la paternité a produit une coutume ridicule et connue do tout le monde, mais dont on n'a pas assez bien
(*) Esdiyle, Ëuménides, p. 25^i et suiv.
compris la signiftcation cachée. H existe des )»eu^ pies où non seulement le mari que ^ femtne vient et rendre père, prend une r6tie au vin poul* réparer les forces qu'a dépensées sa femdie, mais où, à peine tes eiHiches comm^icées , il se met au lit avec boissons adoucissantes et nourriture légère. Dans ce fait^ qui né semble qu'une bizarrerie , se trouve un symbole^ MuUe part n'est phis éiletgiquement marquée l'ab- •orption de la mère dans la personne du père« Rien ne prouve mieux que pour ùm peuples le lien de descendance n'existe que de l'homme à l'enfent, et oe lien est si fort qu'il ne se brise môme point par la naissance. L'enfent, quoique vivant en a]^rence de sa propre vie, est soumis atax contrecoups de la santé paternelle. Si donc le père se défond des variations de l'atmosphère, c'est de peur ^e son âls ne se refroidisse , et ce mari en couches e^ plus autocrate encore que Louis XIY disant : l'Ëtat^ c'est moi ; car il prétend résumer en lui seul le père , ila mère, Tenfeint, et même la nourrice.
Une partie de la- science en était encore parmi nous à la théorie du premier chêne , lorsqu'une voix pieine d'autorité est venue protester contre ce syfe-^ tème impie. S'inspirant des travaux inconnus o<i Méconnus de plusieurs savants des siècles derniers , uft de nos plus éminents physiologistes vivants, l'ami et le disciple de l'illustre Geo^oy Saint-Hilaire , le siavant que tous les médecins de France élurent pouîp leur chef au congrès médical (*), attaqua énergique-
(*) Précis d'analomie transcendante, chap. VI, deVÊpigénèse, par M. Serres. — Études cliniques sur les maladies des femmes , par M. Mathieu.
îî'i'' ■ . . f.A MÈREv ..-i- 'ir' '275
ment èétte' déchéance de la mère. Armé de toutes les reséoûit^s que l'industrie moderne prête à la science ^ fort de YHigt-eiiiq ans d'obserrations ininterrompues et cent fois répétées ^ il est venu enfin réclamer pour la femme sa vraie place dans la ci*éiation, en ^ééhùd^nt pour la mère son titre de créatrice.
La science du passé disait : Le sein maternel reçoit l'être tout créé, et Tapparition successive des ■ffivters otr^nes de Tenfant n'est que le développe- Aient de fmrties déjà existantes que nous dérobait siBule ia faiblesfse de nôtre vue* La science moderne a répondu , guidée par Taiialyse: Non ! l'enfant n'est pké dès le premier jour dans le sein de la mère une ^tfêaftiite complète qui ne diffère de T homme fait iqfUè par sa petitesse. Non! la mère n*est pas le sol insensible qui n*a plus qu'à le nourrir ! Regardez l'enfant pendant toute la gestation avec les yeux nouveaux que vous donne l'industrie nouvelle, et vous verrez qu'il passe successivement par tous les degrés de l'être; il est d'abord mollusque, puis 'poisson , puis reptîle , puis oiseau , puis mammifère , puis homme ; il se construit, pour ainsi dire, pièce à pièce; dès lors s'écroule la théorie de la supériorité du père. Ce n'est pas lui seul qui crée Ten* font , puisque l'enfant n'est J>as encore créé comme liomme, «quand l'action paternelle cesse. La reproduction demande donc un second agent, c'est-à-dire, lift mère; la ïnère qui assiste l'enfant dans Tacq^i-sfitionde chacun de ses organes; la mère qui lui donne une à une toutes ses armes, la mère qui l'élève progressivement jusqu'au type humain! La mère, contrairement à la vieille doctrine orientale , a donc
276 HISTOritE MORALE DES FEMMES.
une part au moins égale à celle du père dans la création de sa postérité. A lui, il est vrai, l'impulsion première, mais à elle la véritable formation.
Plusieurs exemples intéressants, tirés de Thistoire naturelle des plantes, des animaux et des hommes, nous démontrent cette puissante actiion maternelle. Les fleurs hybrides sont , comme chacun le sait, dos fleurs produites par le croisement de deux espèces différentes, mais appartenant au même genre. Prenez, par exemple, un géranium rouge, et le géranium appelé le roi des noirs, introduisez le pollen de Tun dans le pistil de l'autre, et il en résultera une espèce nouvelle , une hybride. £h bien, presque toujours, cette fleur hybride reproduira le type maternel plutôt que le type paternel, c'est-à-dire que si le géranium rouge est la fleur femelle, Thybride tiendra du géranium rouge, et les fleurs qui naîtront d'elle tendront toujours à retourner de plus en plus à cette espèce (*).
De même dans les animaux. Croisez un cheval et une ânesse, il en résulte le bardeau qui tient plus de l'âne que du cheval. Croisez, au contraire, un âne et une jument, vous obtenez le mulet qui reproduit plutôt le cheval que l'âne.
De même enfin dans les races humaines. Un peuple conquérant vient s'établir violemment sur une terre étrangère , comme , par exemple , les Francs sur la
(1) Nous avons tiré ces intéressantes remarques du livre de M. Mathieu, intitulé : Éludes cliniques sur les maladies des femmes , 3* partie, cliap. IV. Peu d'ouvrages sont plus riches à la fois de faits, d'observations philosophiques et d« points de vœ nouveaux.
Gaule. En général , que résulte-t*jl de leur alliauce avec les femmes indigènes? Qu'après quelques générations , le peuple formé de ce croisement reproduit les caractères, non de la race conquérante, mais de la race conquise ; les mères ont absorbé le type paternel. De là le mot profond d'Etienne Pasquier : La Gaule fait des Gaulois.
Ce pouvoir réservé aux mères de transmettre à leur postérité leur caractère typique , prouve sans réplique leur action dans la genèse humaine ; et do ce pouvoir natt pour elles la prérogative magnifique de ramener toujours les types divers de la nature, chacun à son individualité propre. Elles sont les conservatrices de toutes les races d'hommes créées par Dieu, c'est-à-dire de tout ce qu'il y a d'original , de caractéristique, de varié, dans la nature humaine.
Un rôle plus élevé encore leur est réservé dans le perfectionnement de l'espèce en général.
Ce fait réclame toute notre attention.
Parmi les merveilles dont chaque jour nos organes sont ou les témoins ou les acteurs, il en est une qui m'a toujours paru plus singulière que les autres. Un long travail vous a fatigué , une veille prolongée a émoussé votre intelligence , eh bien , quittez votre chambre, respirez l'air du dehors quelques instants, et soudain votre tête se dégage, votre cœur bat plus librement, la lassitude même des membres se dissipe. Allez-vous de la ville à la campagne, le mystère se complique, en même temps que se multiplient les influences de cet agent occulte et bienfaiteur. Ce n'est plus seulement utf malaise passager que cet
278 HISTOIRE >l<>I\AliK l>E8 FEMMES.
air dissipe 9 c'est votre être tout entier qu'il reaouvelle. La nourriture vorrs restaure davantage peutêtre , mais elle vous alloundit en vous restaurant ; le vin vous réveille , mais il vous enivre en vous réveillant; l'air^ au contraire^ est tout ensemble doux et fort; il calme et fortifie , il semble môme'qii'il a^sse sur rame. Oui , quand on respire à pleiùe poitrine un air pur^ on sent son cœur plus disposé à s'ouvrir aux sentiments affectueux. Qae dis-ja? et qui ne Yk pas éprouvé? On est comme arraché à cette terre elle-même, on secoue ses chaînes inatérielles y et tout enchanté de cette vie nouvelle qui circule en vous avec cet impalpable éther, en se prend à rêver, presque à concevoir un monde , un ciel, où, semblables aux habitants des Champs' Ëlyséens qu a créés le génie de Fénelon, l'homnie ne se nourrira plus que de parfums et de lumière! C'est donc une bien merveilleuse substance que cet air ! C'est donc un bien admirable instrument que cette poitrine ! Et certes , si , par hasard , dans le partage de nos organes, Dieu a établi une hiérarchie, celuici doit occuper le premier rang. En effet, la perfection de l'organe respiratoire s^aiible la mesure de la valeur de chaque espèce. Parmi les animaux , plus l'appareil pulmonaire est faible et placé bas dans une race, plus cette race descend elle-même dans l'échelle de l'animalité. Comment a-fron refait l'espèce chevaline ? Par le cheval de course , c'est-à^re par le poumon ; car le cheval de course n'est qu'une machine respiratoire perfectionnée. Dans les races humaines, à mesure que le type s'élève, Torçane pneumatique cemonte pomainni dire , entratpeavac
lui j dans des régions plus élevées, le cœur, le foie, tous les autres organes, et quand vous arrives à la race caucasique et particulièrement à la race eeltiqpie, vous voyes la poitrine s'élargir, le cou s'allonger , et le siège de la respiration s'établir puissamment d'une épaule à l'autre. Or, et voici le point où tendent ces observations , lequel des deux êtres humains possède l'appareil respiratoire le plus parfeit? La femme (*). Lequel, par conséquent, est chargé, dans le fait de la reproduction, du rôle principal? La femme. La femme est donc, non seulement conservatrice du type de sa race , mais dépositaire du sceau caractéristique de la supériorité de l'espèce humaine sur les espèces animales, et de telle race sur telle autre race. L'homme respire , comme les espèces inférieures , par la partie basse du poumon, la femme par la partie élevée; elle est en communication plus directe avec Tatmosphère régénératrice; elle est comme placée à la source de l'aliment céleste et mystérieux. Ainsi s'expliquent mille phénomènes étranges. On a souvent remarqué avec surprise que les femmes mangent beaucoup moins que les hommes , même lorsqu'elles travaillent presque autant. C'est qu'elles vivent surtout par la poitrine , elles vivent , pour me servir d'une expression que l'on tourne souvent contre elles en raillerieet qui est l'explication même de leur nature , elles vivent d'air. Personne qui n'ait souvent rencontré , même parmi les hommes, quelqu'un de ces êtres nerveux, sans force musculaire , consommant peu , réparant peu , et
(*) Tous ces faits , si curieux, nous ont été expliqués par le savant M. ISerres lui-même.
280 IIISTOIKE MmVALfc 1>£S 1 E51MES.
supportant des fetigues surhumaines. Où est le seeret d^ leur force? Ils vivent d*air. Les Français sont le 4ype de ces hommes. Un général étranger, rencontrant pour la première fois sur le champ de bataille les terribles conquérants de TÉgypte et do ritalie, disait j à la vue de leur petite taille y de leurs uîembres grêles , et de leur visage blême : « Nous le^ renverserons d'un souffle. » Le lendeinain du eombat, il écrivait : «Ce sont des démons. » Bravo Germain , il ne pouvait revenir de sa surprise; il re^ gardait ses membres ronds et gras, il se pesait, il se palpait, et il se demandait comment il avait pu être vaincu p^r ces petits hommes à cinq pieds de terre. C'est que ces petits hommes avaient leur force et leur source réparatrice ailleurs que lui. Il ne marche lui, et il ne se bat, que s'il a l'estomac bien rempli, et cela est juste, car Tanatomie nous apprend que la nature l'a pourvu d'un pied d'intestins de plus que nous; mais donnez au Français un morceau de pain et un doigt de vin , et il ira chercher et combattre son ennemi jusqu'au bout du monde. Pourquoi? Parce que nul peuple n*est, autant que le peuple finançais , fils de la femme , parce que chez nul peuple la femme n'a autant imprimé son caractère à la conformation de l'appareil pneumatique , parce que nul peuple enfin ne vit plus d'air.
Toutes les langues, au reste, ont rendu hommage à la prééminence de cet organe de la respiration sur les autres organes, en lui empruntant plusieurs des termes qui expriment les hautes qualités morales.
Spivit, en anglais, signifie noble ardeur. Le mol
LA MÊIVE. ' •' 281
de spiritualisme vient de spiftire. Esprit veut dire tout à la fois la partie la plus énergique, la plus insaisissable du vin^ et cette qualité charmante ée rintelligence, qui est à la pensée ce que la flamme est au feu , ce que l'éther est à Tair , ce que la fleur est à Farbre. Chercl^-t-ôn à peindre le génie poéti'^ que dans toute sa puissance , on dit qu'il est plein de souffle. Enfin saint Augustin, dans son beau lan* gage, si pénétrant et si profond, a poussé ce cri du oeeur qui dit tout : Orarcy spirare^ prier, c'est respirer. La prière est le souffle do l'âme s'élevant jusqu'à Dieu î Respect donc à la conservatrice de cet organe qui représente ce qu'il y a de plus incorporel dans le corps , et sert comme de transition entre le monde de la matière et le monde de la pensée. Après de telles lettres d'émancipation , il n est plus permis de déclarer la mère inférieure au père. Elle porte son premier litre k l'égalité écrit sur sa personne même de la main de son créateur, et, retournant contre nos adversaires l'argument avec lequel ils ont pendant quatre mille ans relégué la mère à la dernière place, nous pouvons leur dire à notre tour : elle est votre égale par droit divin.
Tel est le rôle de la maternité dans la nature physique ; la nature morale nous le révèle plus grand encore.
Chez les animaux , la maternité seule ressemble à un sentiment; leur amour paternel n'est qu'une exception, leur amour sexuel qu'un instinct ; mais la maternité leur donne la prévoyance, la tendresse, le dévouement, l'héroïsme môme. La lionne à qui l'on enlève ses petits devient terrible comme un lion; le
tii HISTOIRE MORALE DES FEMMES.
lioa s'éloigne. J'ai été témoin du courage d'une jeune môre feuvette. Elle avait bâti son nid dans un buis- 9#n à hauteur du regard ; le père et la mère ^ selon la coutume de ces jolis oiseaux y se tenaient tour à (our sur le nid pour couver les œufe; or, si je m'en ai)q[>rochais au moment où le niâle était le gardien , le mftle s'enfuyait dans les branches supérieures, voliint , criant, s'agitant, mais il s'enfupit. 6tait-oe kl femelle au contraire? elle restait. En vain m'avançais-je au point de la toucher , elle restait. Ja voyais son petit cœur battre sous ses plumes, son Q9il noir s'arrondir et briller de terreur ; n'importe , elle rwtaît. Il y avait cer tainequent là un sentiment ! il y avait vaillance , puisqu'il y avait peur ; il y avait dévouement, puisqu'il y avait sacrifice « Par l'amour Biaternel, l'animal touche presque à la nature humaine , et la nature humaine s'élève jusqu'à la nature divine (^) !
(<) Cet amour maternel des oiseaax pour leurs petits se montre surtout ehts les hirondelles de cheminée , la plus familière , la plus amie de l'h<Hnme de toute» les espèces d'hirondelles. Les détails touchants que Bnffon donne de leurs mœurs m'ont inspiré les vers suivants qui ne seront pas ici hors de leur place.
Iss deux Hirondelkê de cheminée.
Hier à mon logis , par le froid ramené, J'inaugurais Phiver dans l'àtre abandonné, Lorsque par le foyer, la brise sur ses ailes Apporta Jusqu'à moi ces deui voii d^hirondelles. « ~ Mt 011e , il faut partir : précurseurs de Thiver » Des bandes de vanneaux ce matin fendaient Tair, » Et du haut de ce fk^ne^ à la ctme effeuillée , « A ralenti iroiê fois noira éri ë'aswmblée.
LA MÈRE. 2Bft
Quel pèté y en effet y oserait oomparev sd t^ndresM à là tendresse d'une mère 7; A. Dieu na lllaiise que.jei Yiduille ni^ Viiffeotion patei^4iellë ; mdis la pat^M^iléf pour un honune est un accident^ et pour ainsi parn-i Ihtf uQé fib^ion; pour les femmes, la maternité est' la vî€; flEiémëit^eux qui l^ui^ contestent encore leur ran^de-otéati^ieeS) noiUîdonc jamais vu une mère recevoir dans ses. bras son enfont nouvefiu^Bé? Us n^ont donc jamais ocà^templé ce divin premier regard
» Pourquoi ctonp ^ur t^q ih4 «i^meurer seule emcor ? » Appelle tes petits, qm fille, et prends Tessor. » — Je dois rester.
. M^t- N4U) t vjeus. La première colonne » Par avance cl^j4 ^e groupe et «'éd^Iopne ; » Le moment du départ est fixé pour ce soir, '* Car tu «fus que \^ nuit , stm» soq grand manteau noir » Seule aux ye^x ennemis 4érobant notre fuite* » Peut des oiseaux de proie égarer la poursuite. , » — ma mère ! ta fille , hélas ! ne partira » Ni ce soir, ni demain , ni le jour qui suivra. » — Pourquoi donc? ,
»-^ Dans le nid où t\i m'^ élevëf.
» J'élevais en espoir ma première rCOHVée; .,
» Un cruel m'en chassa ; je fuis ; ceHe maison » N'abrita mes ampiin^ qu'à l'arrière-fialson » » Et de mes jehers petits Italie encore incertaine *> Ne les porterait pas jusqu'il ç»iU fontaine. » — Viens : l'enfance est peureuse; ^t toi , ma fil)e, auifi, » L'an dernier tu tremblais de t'éloigner d'ici ; » Ton père te soutint , e^ t^ suivis ton père : » Soutiens-les , ils suivront.
» ~- Regarde-les , ma mère ; » Un rare et fin duvet couvre à peine leur corps. » — Mais que deviendras- tu » pauvre anfont? sur ces bord«| » L'hiver est si terrible I Ab ! je me le rappelle.! » Une automne » k plomb «vait brisé mon aile; » Je restai. Que(|eiBa«a! L^ neige couvrait \m\.:
284, nisToiiVË mouâlë dks femmes.
qui a inspiré pour un jour au fougueux Rubens, dans
Ï9L figure de Marie de Médicis, le tendre génie de Ra- I^Sl? Jamais donc il6 n'ont vu une mère suivant le premier pas de son enfant, écoutant sa première paille y hélas ! et recevant son dernier soupir ? Quand un enfent meurt, le père pleure; mais le temps ne respecte pas plus en lui cette douleur que les autres douleurs ; pour la mère , c'est une blessure qui ne guérit pas. On rencontre parfois des figures de femme
» Pas un seul nmacheron , pas un abri : imrtoui - Je voyais des oiseaux s*abattre sur la terre» » Et tomber morts de froid !
» — Morts de froid , 6 ma mère !
» — Fendre Tair en eriant, et tomber morts de faim ! • — Morts de faim !
** — Et moi , moi , Je ne vécus enfin , *• Qu'en m'attachant aui murs , et de givre imprégnée » » Cherchant dans les débris de toiles d*araignée » Des insectes déjà dévorés une fois. . .
» Appelle tes petits !
» — Ils sont trop faibles... Vois! N ^ Il n'importe ; voltige en offrant à leur vue » Quelque ver, quelque mouche à ton bec suspendue : >* La convoitise sert de courage à Tenfant ; tU s'avance d'un pas, on s'éloigne d'autant; » L'objet qui fuit l'attire , il le suit, il s'élance, »Et, radieui, dans l'air voilà qu'il se balance! ** Ainsi t'ai-}e donné ta première leçon.
•• —Mais ils n'étaient pas nés au temps de la moisson ! » — Viens donc seule... et fuyons loin de ces lieui funestes. » — ils mourront si je pars !
» —Vivront-ils si tu restes?
»> — Ils ne mourront pas seuls au moins ; et , dût le froid » Me glacer avec eux sur notre nid étroit; » Dût en ce foyer mort la flamme rallumée » M'étouffer dès demain sous des flots de fumée , » Je ne les quitte pas. Au dedans , au dehors ,
marquées d'un sceau particulier de désespoir; leur pâleur^ leur douceur 9 l'accent découragé de leur voix^ leur front incliné sur leur pmtrine trahissent en elles je ne sais quoi d'irréparablement brisé qui vous serre le cœur; même quand elles sourient, on voit qu'elles sont près de pleurer : informez-vous de la: cause de leur peine, on vous dira presque toujours que ce sont des mères qui ont perdu quelque enfent à la fleur de r&ge. Une femme atteinte d'une maladie mortelle
» Le jour, la mût , partout , mon corps couvre leur corps ; «* L'amour agraadira mes ailes ! ... La nature X Ne veut pas que mon sang leur serve de pâture ; n Mais il peut réchauffer s*il ne peut pas nourrir ; » Et , m^étendant sur eux , sur eux je veux mourir » Pour les défendre encore à cet instant suprême , •> Et leur faire un abri de ma dépouille même. » — Ma fille , tu fais bien. Teusse été dans ces lieux m Vaillante comme toi , pour toi faible comme eux ; . - Reste donc! Mes petits m'attendent sous le frêne; » Le devoir qui t'arrête est celui i|ui m'entratne ; » Il faut nous séparer; il lelTaut... Que ce lieu •»Te soit hospitalier!... Adieu, ma fille.
» — Adieu. »
Je n'entendis plus rien : pub un battement d'aile M'annonça le départ de la mère hirondelle ; Puis un faible soupir. Et moi , je dis tout bas : c( Ne crains rien , doux oiseau , tu ne périras pas ; ^
Chaque jour par mes soins une ample nourriture Ira chercher la mère et sa progéniture ; Élevée entre nous, une épaisse cloison Des vapeurs du foyer détournant le poison , Ne laissera monter jusqu'à ton nid paisible Que la douce chaleur d'une flamme invisible ; Et , je le sens , mon cœur d'émotion battra Quand , au printemps , ta mère en ces lieux accourra , Te trouvera vivante, et que , sans l'oser croire , De tes jours préservés tu lui diras l'histoire, u
S86 HISTOIRE MORâLE DES FEMMES.
qm lui avait enlevé son fils 4ix ans auparavà&t ^ s'écria, au tiiîiièu.des atigoisses de Vagonié : ahl eomme 9ÊAn pauvre "file a dû mqffirÎT.*! Torturée par son propre mal , dlle ne peMait qu'à ceiùî de son enfent. Tel est Tamour tnateroeL Sans égid dans la création, il natt ea'UH iBstont, imttiénsey saÂ^ bornée , sans calcul I si puissant qu^il transporte celle qui réprouve au^elà des lois de i^ bataire ^ qu'il hht ^ la douleur \itk plaisir^ de la privation une j'ouissanœ^ et lœla non pas accidentellement, par accès comme dans Tamour^ mais toujoufs et sans relàcho. Le temps ne l'éteint pas, la vieillesse ne lé gtace pas, car pour lui pas plus de décadence qy^ de progrès, cet.autr^ signe d'imperfection! Il >est né le premier îour du monde aussi complet qu'-aujourd'hui , et Eve en ^Tâit sur ce point autant qu'Hécubè eï qûè la reiûe Blanche. Est-ce assez dire? Non. Pour dernier miracle^ il renouvelle tout entier l'être qui l'éprouve «et i4 lui sert d'éducateur. Par lui la fetome coquetliô déVièni sérieuse, l'imprévoyante réfléchie ; il éclaire, il épure; il veut dire vertu et intelligence comme dévouement et amour ; c'est le coeur huittain tout ehtfer !
Nous venons de voir quel rôle Dî0\j a assigné à la maternité dans la miande physique et. laoral^ voyons maintenant quelle part lut ont feite les lois dans le monde social, et quelle part elles dbîyèht lui feire.
LA MèRB. 287