TANNERIES
La préparation des peaux dont l'iiomnie s'est servi pour faire ses premiers vêtements et qu'il ne cesse d'employer à tant
(1) Le roi d'Angleterre, qui était aussi comte d'Anjou, se trouvait, en cette qualité, suzerain du comte de Vendôme.
(•^) Ordinavit insuper homines monachorum accipere mensuras
annona; et vini a sei'vicntibus qui si arguuntur de falsitate.... in curiam comitis et abbatis decidetur et per médium cnicnda dividetur. — Bibliothèque nationale, ms. latin n° 12700. Monasticon benediclinum.
(■') de Pétigny : Histoire du Vendùmois, 1" édition, page 333.
d'usages divers, lui très ancienneuieuL praliciuéc dans le \ cndomois. l^llle avait été, dès la (in du XI" siècle, la cause de difficultés entre le comte Geoffroi Jourdain et le célèbre abbé de la Trinité Geoffroi, à qui le comte déniait le droit de faire recueillir par les hommes du prieuré de Yilledieu l'écorce des arbres de la foret de Gastines. Il s'en suivit un procès qui fut jugé en 1097. dans l'hospice du monastère de la Trinité, par Ives, évèque de Chartres, Bernard, abbé de St-Laumer, et de nombreux barons ('). Malgré ce jugement, la même difficulté tarda peu à se reproduire, car Mathilde, comtesse de Vendôme, défendit de nouveau aux honnnes de l'abbaye de recueillir les écorces des arbres dans la Ibrèt de Gastines pour en faire du tan {-) (1119). La tanneine, qui est encore aujourd'hui l'industrie la plus importante de la ville, est sans doute aussi la plus ancienne du pays. Vers l'année 1070, un puissant seigneur Vendomois, le chevalier Ingelbaud-le-Breton, avait donné au monastère de la Trinité un cullibert nommé André, qui exerçait le métier de tanneur (3).
(') Charte de la Trinité, Bibliothèque Nationale, ms. 17049, latin. — Gaignières : diverses églises et abbayes, page 712, v°.
(2) Cartulaire de la Trinité, éd. Métais, T. II. p. 207, charte 433, on lit : prohibuit namque (Mathilde) ne nostri homines de Villa-Dei tanum in Guastind caperent,
Très anciennement il avait été établi des moulins pour broyer les écorces. De ce nombre était celui de ITle-Madeleine à Vendôme, qui a été récemment remonté pour cet usage. Il faisait partie du domaine ducal. Henri IV le vendit pour payer ses dettes. — Avant le XVP siècle, il y avait uu moulin à tan à Bessé, paroisse de Lunay ; un à Prazay, près Montoire ; et un autre au Gué-du-Loir.
(■*) A une époque très reculée, mais que l'on ne connaît pas, les ouvriers de cette industrie, étant devenus nombreux, se réunirent pour former une conlrérie qu'ils érigèrent dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié, située dans l'une des cours de l'Abbaj^e, en l'honneur de Dieu, de la Vierge Marie et de saint Jacques.
Chaque année, au mois de juillet, ils devaient payer au prieur de la chapelle, dix livres tournois et la somme pour laquelle le bâton de la Confrérie avait été pris ; ils donnaient en outre quatre cierges et deux torches.
Le prieur était tenu de dire chaque semaine deux messes à leur intention et à celle de leurs amis trépassés, et à la iète de saint Jacques de dire ou faire dire les pi'emières vêpres, grand'messe et secondes vêpres, et d'aller
MKGISSERIK
L'extension considérable qu'avait prise la fabrication des gants eut pour conséquence directe le développement de l'industrie qui préparait les peaux qu'elle employait. Les mégissiers qui les travaillaient, unis aux baudroyers, formaient une corporation qui avait ses privilèges.
Il étaient francs de toutes coutumes et impositions à l'intérieur et au dehors de la ville, sur le marché et au dehors du marché. Ils payaient seulement cinq sols par an, au seigneur de la Galoche et du Chastelet, paroisse de Sainte-Anne, de qui ils relevaient pour leur privilège de cuirage, c'est-à-dire pour le droit qu'ils avaient d'acheter, avant tous autres, dans la ville de A'endôme, toutes les peaux de bêtes chevalines et asines, par préemption aux tanneurs, qui ne pouvaient s'en rendre acquéreurs qu'après leurs refus de les prendre. Ils devaient encore fournil" le cuir blanc nécessaire pour garnir le harnais de guerre du seigneur de la Galoche ou de son représentant, lorsqu'il était appelé à suivre son seigneur à la guerre (•).
GANTKRIE
La belle qualité des produits de la ganterie de Vendôme lui avait acquis une grande réputation et la clientèle des seigneurs
avec cinq ou six religieux quérir le bâtonnier et le recevoir en sa maison.
De leur côté, les tanneurs étaient tenus de donner, la veille de saint Jacques, à goûter amplement au prieur et à la compagnie ; le jour de la fête, à déjeuner et à goûter, et aussi à le recevoir à diner, avec un religieux, s'il lui plaisait d'assister au l)anquet que Taisaient les tanneurs.
Le lendemain, le prieur faisait dire vigiles et une messe haute pour les amis trépassés des tanneurs, qui devaient encore lui donner à déjeuner amplement, ainsi qu'à sa compagnie, pour avoir été quérir en procession le bâtonnier et l'avoir reçu dans sa maison.
Le papier des rentes de la chapelle de N. D. de Pitié, où l'on trouve ces détails, porte mention de l'année i53i, et, à la lin de cet article, la note suivante : « assez bien payé. »
Deux autres confréries, celles des chaussetiers et des chapeliers, étaient aussi, à la même époque, établies dans cette chapelle.
Les chaussetiers ou cordonniers transférèrent, en 1487, leur confrérie, dans la chapelle de S'-Crépin de l'Eglise de S'-Martin.
(Registre de Saint-Martin, M. de Martonne.)
(Archives de Loir-et-Cher : dossier de N. D. de Pitié.)
(') Aveu rendu, en i54o, à Antoine de Bourbon, par Hardouyne de Fontenay, veuve de Berlhereau de la Boissière, pour le lief de la Galoche (Archives nationales, P. Gag, pièce 1).
et des dames de la cour. Leur souplesse était si renommée, que Brantôme la prenait pour terme de comparaison, quand, parlant de l'empire que le duc de Guise avait pris sur l'esprit du peuple de Paris, il disait qu'il l'avait i-endii souple comme un gant chevrotin de Vendôme. Aussi lorsque Charles IX et la reine sa mère vinrent en cette ville le 24 janvier 1662, les habitants ne trouvèrent rien de plus digne à leur offrir, avec un présent assez modeste de poires de bon-chrétien et de pommes de courtpendu, qu'une douzaine de paires de gants, dont quatre paires étaient enrichies d'or. Elles avaient été fournies pour le prix de dix livres tournois par le maître gantier Jehan Bruneau ('), et elles sortaient des mains des habiles ouvrières formées à l'école des maîtresses brodeuses que Marie de Luxembourg avait fait venir de Flandre.
Les gantiers parfumeurs, car ils avaient le privilège de vendre des parfums, occupaient le premier rang parmi les industriels et les fabricants de la ville ; à côté d'eux, il y avait les tanneurs, les mégissiers, les texiers ou tisserands en toiles, les maitres fétissiers en draps et en serges, dont l'industrie s'était répandue au XVIP siècle hors de la ville, et avait créé des métiers dans diverses paroisses. 11 en existait notamment dans le bourg de Trôo, à Haie-de-Ghamp, à Mazangé, à Lunay (2). Il y avait encore les orfèvres, les fourbisseurs d'armes blanches, les orlogeurs. L'un de ces derniers, Jacques Fraude, horloger à Vendôme, figure pour la fourniture d'une horloge et de deux montres au roi de Navarre pour le prix de 96 livres, dans le compte-rendu pour l'année 1537. par Augier de Laroze, trésorier général de Navarre, à la chambre des comptes de Pau (3). Le 23 mars i594, Pierre Rabot, habitant Vendôme, prenait la qualité d'orfèvre du roi, dans un acte de baptême où il figure
(') Pièce originale appartenant à la Société Archéologique.
(-) Au XVir siècle, la fabrication des serges dans le Vendomois avait pris une importance assez grande poru- être nommément comprise dans l'ordonnance de Louis XIV de 1669, contenant règlement des longueur, largeur et qualité des draps, serges et autres étoffes de laine et de til. L'article a règle que les serges de Vendôme auront une aune de large, et la pièce, 20 ou 21 aunes de long.
(^) Archives des Basses-Pyrénées. B, i4i-
comme parrain, sur le registre paroissial de la Madeleine de Vendôme.
VERRERIE L'industrie de la fabrication du verre avait été introduite de
très bonne heure dans le Vendomois, où elle est toujours représentée par la verrerie du château de Rougeniont (i). Elle s'était établie d'abord dans la forêt de Frète val, où il se trouve encore un lieu nommé la Verrerie, et plus tard peut-être, près ou dans la ville même de Vendôme. Un compte de la maison de Jean de Blois, seigneur de Chàteaurenault, pour l'année iSa^, analysé par M. Hagemans, dans un livre intitulé Vie domestique d'un seigneur châtelain au mojyen âge (2), parle de valets et messagers de ce seigneur envoyés à Vendôme pour y faire des acquisitions, parmi lesquelles sont mentionnés des achats de voirres; et même, si l'on en croit l'auteur, il existait déjà au XIII^ siècle un dicton populaire tout à la louange des voirres de Vendôme. Il est certain qu'une verrerie a existé dans la ville. Au XVI'^ siècle, elle était située dans la rue de la Grève, sur la rive gauche du ravin du Mardereau, sur l'emplacement qui fut occupé plus tard par la poste aux chevaux. A la fin du XVI« siècle, elle était dirigée par Adonis Levassor (ou plutôt Levasseur) que l'on trouve qualifié écuyer, maitre de la vej^rerie de A endôme, et l'on A^oit avec lui un Jacques Leroy, maitre émailleur.
On sait encore, par d'anciens aveux rendus par les abbés de l'Estoile, que leur abbaye possédait un fief, assis sur la majeure partie de la rue de la Grève, pour lequel ils devaient au comte de Vendôme, à chaque mutation d'abbé, un verre de cristalin (3). Le fait que la verrerie était établie sur le fief même de labbaye, était sans aucun doute la raison de cette redevance d'une nature si particulière.
(1) D'après M. Hème, directeui* de la Verrerie de Rougemont, cette verrerie est directement héritière de celle de Mauvoisin, dans la forêt de Fréteval. Il y a encore à Rougemont des moules fleurdelisés provenant de Mauvoisin.
(-) Publié à Verviers (Belgique), bibliothèque Gilon, i888. — Voir Bulletin de la Société archéologique du Vendomois, année 1891, page ii3.
(3) Aveu du i4 septembre i634. Archives nationales, P. 606. On trouve aussi mention de l'existence très ancienne d'une Aerrerie dans la forêt de Gastines.
L'industrie du papier fut aussi fort anciennement introduite, sinon dans la ville, du moins dans le Vendomois. D'anciens titres mentionnent l'existence d'un moulin à papier à Pezou, du temps de François I". Il y en avait aussi un autre au Gué-du-Loir, et celui de Montrieux fonctionnait déjà.
Les troubles qu'amenèrent les guerres de religion portèrent une grave atteinte à la prospérité de la Ville. La faveur avec laquelle Jeanne d'Albret, reine de Navarre et duchesse de Vendôme, accueillit les doctrines de la Réforme, contribua beaucoup à les répandre dans le Vendomois.
Elle avait voulu les imposer aux habitants, dont la majorité restait fidèle à la foi catholique. Dans ce but, elle avait enlevé sa prébende au chanoine de Saint-Georges qui avait alors sous sa direction les écoles de la ville, en vertu d'un très ancien privilège, et elle l'avait donnée à un maître protestant ('), qu'elle chargeait d'instruire les enfants, afin de s'emparer par ce moyen de l'esprit des jeunes générations. Les Vendomois avaient ressenti d'autant plus vivement l'offense faite à leur conscience et à leurs sentiments religieux, qne dans l'impossibilité où ils étaient de se soustraire à l'impérieuse volonté de la reine de Navarre, ils avaient dû la subir (2).
Aussi, peu d'années après que la mort les eût afiranchis du joug qu'elle leur avait imposé, ils conçurent le projet de fonder dans leur ville un collège dans lequel les enfants seraient instruits par des maîtres catholiques. Ils subissaient alors l'influence d'un courant d'opinion en faveur de l'instruction, qui s'était manifesté aux Etats-Généraux réunis à Orléans en i56o. Le tiers-état y avait demandé qu'une partie des revenus ecclésiastiques fût affectée à l'établissement de nouvelles chaires dans les universités, et à la création, auprès de chaque église, cathédrale ou collégiale, d'un collège où l'instruction serait donnée.