FONDATION DU COLLÈGE
0) De Pétigny, i" édition, page 349-
(2) Cependant, sur les remontrances pressantes et presque comminatoires du cardinal Charles de Bourbon, abbé de la Trinité, elle avait ménagé ses religieux. (Histoire manuscrite de la Trinité, Bibl. nat" ms. 11819. Documenta monastica, p. ^ôq.)
C'est en 15^8 que, par le seul effort de leur initiative et de leur volonté, les Vendomois réalisèrent leur projet.
Ils jetèrent les yeux, pour y établir leur nouvelle institution, sur une grande maison nommée l'hôtel de Chicheray, autrement dit l'Asne çerd, qui appartenait à M. Claude de Marillac, seigneur de Fontenay-en-Brie et de Freschines, conseiller au parlement, et à Louise Prudhomme, sa femme. Les manants et habitants délibérèrent dans une assemblée de ville, de députer vers eux Louis de Rotelles et Jean Pasquier, marchands bourgeois et échevins, pour les prier, au nom de la Ville, que leur bon plaisir fût « vouloir bien accomoder lesdits manants et liabi- « tants d'icelle grande maison. » M. de Marillac consentit le 23 juillet 1678, à la leur vendre, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 102 écus, deux tiers d'écus, 6 sols, 8 deniers tournois, revenant à 3o8 livres, 6 sols, 8 deniers, rachetable pour 1233 écus, deux tiers d'écu.
C'était là une charge excessive pour la ville, qui reconnaissait n'avoir ni fonds, ni deniers patrimoniaux (}) pour servir cette rente ou à offrir comme gage à des prêteurs qui lui fourniraient le capital dont elle avait besoin. Cependant, comme la réalisation de cette baillée à rente était aussi généralement que vivement désirée par les Vendomois, les deux échevins, pour
(1) Cette assertion n'était pas complètement exacte, car le i3 décembre i5i4, Charles de Bourbon avait accorde aux habitants de Vendôme le droit de barraige, à la charge par eux « de faire tenir et entretenir les « pavés de la Ville et fors bourgs au dedans desdites limites et barrières, « tant ès-rues que ès-places et carrefours, le plus convenablement et « commodément que faire se pourra, mesmement selon et ainsi que par « ci-devant a été accoustumé d'être fait [)ar ses ofiiciers, à la condition « de payer et continuer chaque an à perpétuité par lesdits manants et « habitants, à luy et à ses successeurs, à cause de ce, la somme de deux « sols six deniers tournois de debvoir et- de reconnaissance, le premier « janvier de chaque année. »
La ville affermait séparément le produit du droit de barraige à percevoir à chacune des quatre portes de la ville (compte municipal de loog); mais il était si loin de suffire à la charge de l'entretien du pavage, qu'à la fin du seizième siècle, la partie de la place d'Armes, sous laquelle passe le cours d'eau dit du Ponceau qui coulait alors à découvert, n'avait pas encore été pavée. Par l'abandon du droit de barraige, le duc s'était affranchi de la lourde charge de l'entretien du pavé et l'avait rejetée sur les habitants.
assurer le succès de leur négociation, n'hésitèrent pas, malgré le fâcheux état des finances de la ville, à s'engager personnellement à la place de leurs concitoyens, envers les bailleurs de fonds.
Ce n'était là qu'un expédient réglant provisoirement une situation qui ne pouvait se prolonger sans devenir périlleuse. Il fallut trouver un moyen de la liquider. On le chercha du côté de la Cour. Les Vendomois sollicitèrent le roi Henri III de les assister en cette circonstance, et comme la poUtique le portait à favoriser les catholiques, il accueillit favorablement leur requête. Il leur accorda en effet des lettres patentes du aS juillet 1678, ordonnant aux trésoriers de la généralité d'Orléans, de faire lever par les élus, sur tous les habitants de la ville et sur ceux de toutes les paroisses du pays et duché de Vendomois, une imposition d'un sol pour livre sur les tailles, devant produire une somme de i233 écus en deux années, destinée à être versée aux échevins, pour être employée par eux à l'amortissement et rachat de la rente de 102 écus 2/3 de la maison de Chicheray. Ces dispositions reçurent leur exécution, et le montant du rachat fut versé le 11 mai i58o, par de Rotelles et Pasquier, entre les mains de M''« Michel Meaupou, conseiller du roi et maître des comptes (i).
Dès lors la fondation du collège se trouvait définitivement assurée et complétée. Le mérite en revenait en entier aux bourgeois de la ville, qui avaient le droit d'être fiers de leur œuvre.
Dès le début, sa prospérité fut si grande, qu'elle paraît aujourd'hui surprenante. Les lettres patentes du 25 juillet i578(-) constatent qu'il comptait déjà cinq à six cents écoliers, tant du pays C[ue d'autres villes. Il la conserva sous la direction des Oratoriens à qui César de Ycndonic l'avait remise en 1623, et il ne cessa d'avoir une grande renommée pendant les deux siècles environ où il fut gouverné par ces maîtres habiles. Il est encore aujourd'hui l'un des principaux éléments de la prospérité de la Ville.
(1) Pièce ms. de la bibliolhèquc de Vendôme.
(2) Bulletin de la Société Archéologique du Vendomois, année 1860, p. 98.
VENDÔME PENDANT LE REGNE DE HENRI IV ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIl" SIECLE. FONDATION d'ÉTARLISSEMENTS RELIGIEUX ET DE CHARITÉ
VENDÔME allait bientôt éprouver un contre-coup funeste des événements qu'amenèrent les guerres de religion. Le duc de Guise venait d'être assassiné dans le château de Blois (28 décembre i588). Paris, à cette nouvelle, s'était ouvertement déclaré pour la Ligue. Bussi-Leclerc avait enfermé dans la Bastille les membres du Parlement.
Ces événements, lorsqu'ils furent connus à Blois, jetèrent la Cour dans un profond désarroi ; il n'y eut plus que trouble et confusion autour du roi. Les États furent clos précipitamment le i5 janvier iSSg. Pour tenter de reconstituer son gouvernement désorganisé, Henri III composa, avec quelques magistrats qui se trouvaient auprès de lui, un Parlement qu'il établit à Tours avec la chambre des comptes ('j.
Le Grand Conseil s'était déjà retiré à Vendôme, où il semblait devoir être en sûreté sous la garde et la protection du Gouverneur de la ville, Maillé Benehart, qui, bien qu'il fût un ligueur avéré, avait donné les assurances les plus formelles de le faire respecter. Kn efiet, il y résida pendant quelque temps sans être aucunement troublé.
Mais le printemps venu, le duc de Mayenne que la mort de ses frères, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, avait fait
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