LOGEMENT
DES
GENS DE GUEHHE
pour obtenir de l'intendant la liquidation, et du receveur général le remboursement des étapes fournies aux troupes de Sa Majesté, avant qu'il y eût un étapier, ils avaient employé le sieur Delagarde, marchand à Orléans, qui sollicitait des habitants une décharge des sommes qu'il avait touchées pour leur compte et versées aux échevins. Cette demande était trop bien fondée pour ne pas lui être aussitôt accordée (}).
De tout temps, le logement des gens de guerre avait été une très grande charge ; et pour se rendre compte du poids dont elle pesait sur ceux qui avaient à la supporter, ou à la souffrir, (car c'est ce dernier terme qui est communément employé sur les registres pour la désigner), il faut ne pas oublier qu'elle ne pesait pas sur l'universalité des habitants. Un grand nombre d'entre eux, ecclésiastiques, nobles, officiers du roi et des maisons royales, magistrats, membres des compagnies de Judicatures, etc., (2) en étaient exempts, et ils formaient la portion la plus riche de la population. Toute la charge retombait ainsi sur les moins fortunés des habitants contribuables inscrits au rôle de la taille. Parfois même, on était contraint par les nécessités du service à la leur imposer avec une rigueur qui allait jusqu'à faire sortir les gens de leur logement pour y mettre des soldats (3). Aussi, les passages de troupes, ou leur séjour en quartiers d'hiver, étaient excessivement redoutés et inspiraient des sentiments d'appréhension et de mécontentement très vifs.
Les intendants en avaient parfaitement connaissance. Ils l'exploitaient quelquefois dans l'intérêt du Trésor, toujours à court d'argent, usant pour cela de l'autorité presque arbitraire qui leur était largement déléguée.
On en trouve un exemple dans nos registres : L'intendant d'Orléans, M. le marquis de Ménars, avait adressé aux échevins une lettre du 29 septembre i&'j'], les informant que le roi avait résolu d'envoyer à Vendôme trois compagnies en quartiers d'hiver, à chacune desquelles les habitants
(1) Registi'e 2/ folio 36.
(2) L'ordonnance de 17O8 énumère 3o catégories d'exempts.
(3) Registre 12, folio 54, v"
auraient à payer une demi pistole par jour }>our Vustenaile (*), mais qu'ils pourraient s'exonérer de la charge du logement, s'ils préféraient payer une pistole entière, par compagnie et par jour. Il fallait alors qu'ils rendissent leur réponse dans les trois jours pour être transmise au roi, « faulte de quoi, les compagnies ce se mettraient en marche pour venir tenir garnison. »
Pour se soustraire au trouble et aux incommodités que leur causerait le logement de ces compagnies, les habitants n'hésitèrent pas à déclarer, qu'au cas où le roi ne voudrait pas prendre en considération la pauvreté et la situation nécessiteuse de leur ville, et leur accorder une réduction de la sonnne exigée, ils paieraient par jour et par compagnie la pistole demandée, et qu'un rôle serait dressé pour le recouvrement de cette imposition. Ils prièrent ensuite le bailli d'aller à Orléans, avec M. René Augry et les échevins, ou l'un d'eux, porter leur réponse à l'intendant, et le prier de solliciter pour eux une modération de la somme demandée. Mais les réclamations ne furent point accueillies favorablement et l'on dut établir le rôle de recouvrement de l'imposition. (^)
Les charges extraordinaires qui incombaient ainsi à la ville réglemkntation
se succédaient à d'assez courts intervalles. Elle eut à en sup- des arts
porter une à l'occasion d'un édit du mois de mars lôyS relatif ^^ métiers aux Arts et Métiers (3).
(1) C'était la portion de l'imposition du logement des gens de guerre qui avait pour objet de fournir aux troupes, avec le logement, un lit, des ustensiles de cuisine, du l'eu, de la lumière et du sel. Elle fut parfois convertie en argent.
0 C'était une charge si redoutée des habitants, que des personnages puissants en menaçaient parfois ceux qui résistaient à payer ce qui leur était réclamé.
Colbert lui-même, alors qu'il n'était encore qu'intendant de Mazarin, faisait exempter des charges publiques les villages appartenant au car. dinal, pour rendre plus facile le payement des revenus de l'Éniinenee, ou bien si un de ces villages, comme il arriva à celui de Beauqueslre en Artois, osait porter plainte en justice conti-e son seigneur, il faisait savoir aux habitants qu'ils auraient « un logement de gens de guerre pour leur apprendre à avoir l'insolence d'intenter un procès à Son Éminence. » (Colbert intendant de Mazarin, par Ernest Lavisse. Revue de Paris, i" septembre iSyG, p. 9).
(^) Le procès-verbal d'assemblée du 2 février iG;;! constate que le roi a récemment donné la connaissance et juridiction aux maires et échevins de la ville pour le fait des manufactures de ce royaume installées dans la ville par ses ordres. — Registre 2, folio ii5 v°.
Il avait pour objet Je réprimer les abus résultant de ce que nombre de personnes faisaient le commerce, ou exerçaient différents arts et métiers, sans avoir fait de chef-d'œuvre, ou sans avoir été reçues à maîtrise et sans faire partie d'aucun corps ou communauté. Il en résultait souvent des contestations et des procès entre ces personnes et les gardes et jurés des métiers, et elles échappaient ainsi aux droits qu'elles auraient dû payer. L'édit soumettait au régime des règlements les branches d'industrie et les localités qui ne se trouvaient pas encore atteintes. Toutes les fabriques du royaume furent alors assujetties à des règlements ; partout des jurandes furent instituées et des droits établis sur toutes les professions (^). Il devait en résulter un accroissement de ressources pour le Trésor. Mais pour des motifs que l'on ne voit pas exprimés, peut-être pour lui procurer à courte échéance des sommes plus considérables que le produit annuel de ces droits, un arrêt du Conseil du 17 novembre 1674» décida d'y renoncer, sous la condition qu'en compensation les villes qui en seraient déchargées paieraient des sommes dont l'arrêt même fixait l'importance (^).