‹ Histoire municipale de Vendome avant 1789Chapitre 4 sur 80 · SIÈCLES · texte numérisé non relu

SIÈCLES

domois ressentirent à leur heure l'effet de ce courant d'opinion. Pour améliorer leur condition sociale, il leur fallut obtenir, soit pacifiquement et par voie amiable, soit à la suite de luttes violentes dont on ne connaît pas les péripéties, des concessions qui leur permirent de fonder une communauté d'habitants.

Les premiers fondateurs furent des hommes grossiers, à peine affranchis du servage, ne jouissant que d'une liberté souvent encore incomplète et précaire, exposée parfois à des revendications de la part de leurs seigneurs.

Ceux-ci, rudes de mœurs, sans lumières, peu accessibles aux sentiments du droit et de la justice, avides, rapaces et souvent cruels, presque toujours dominés par la violence de leurs passions, pleins de mépris pour leurs inférieurs et toujours prêts à briser par la force toute résistance à leur volonté, imposaient leur domination à leurs subordonnés, sur les biens desquels ils exerçaient sans scrupule les exactions les plus arbitraires.

C'est probablement vers la fin du XIP siècle que le besoin de résister à leurs oppresseurs poussa les Vendomois à se concerter entre eux pour défendre leurs personnes et leurs biens. De cette entente, qui n'était que l'exercice d'un droit naturel, sortit une association dont aucun titre n'a consacré l'existence Q).

Elle ne procédait ni du régime municipal, épave survivante du vieux monde romain, importée d'Italie au XIP siècle dans les villes du midi de la France, ni de cet autre type bien différent, émané des mœurs germaniques, qui apparut à la même époque sur les confins du nord du territoire , celui de la commune jurée. On sait que ces deux formes s'étendirent, la première en remontant vers le nord, la seconde en descendant au midi, et que, marchant l'une vers l'autre, sans cependant se rencontrer, elles laissèrent entre elles une zone centrale qui ne subit pas leur influence (2).

(1) Voir Dissertation sur l'origine des communes et des bourgeoisies. — Dissertations et notices relatives à l'histoire de France, C. Leber, t. XXII.

('^) Histoire du Tiers-Etat, par Augustin Thierry, ch. I. — Du même. Considérations sur l'histoire de France, précédant les récits mérovingiens, édition de 1809, p. 200 et suiv.

A^endônie, situr prcciséniont dans cette zone, ne fut jamais qu'une ville de bourgeoisie ('), une simple communauté d'habitants, association formée dans un but de défense et de protection mutuelles.

Elle était le produit de la révolution qui s'accomplissait lentement depuis le XP siècle dans l'état social de la partie la plus nombreuse de la population, celle engagée dans les liens de la servitude. Pendant la période d'anarchie d'où sortit la société féodale, le serf avait soutenu une longue lutte contre son maître, comme le vassal contre son seigneur, et le seigneur contre le roi. Il en était résulté l'usurpation des tenures serviles et féodales et l'appropriation du sol dans les mains de ceux qui ne le détenaient auparavant qu'à titre précaire. « Il fut alors « au: si difficile de déposséder un serf de son manse qu'un « seigneur de son bénéfice. Dès ce moment la servitude fut « transformée en servage. Le serf ayant retiré sa personne et « son champ des mains de son maître dut à celui-ci, non plus « sou corps ni son bien, mais seulement une partie de son « travail et de ses revenus. Dès lors il a cessé de servir, il n'est « plus en réalité qu'un tributaire (}) ».

Il en fut de même de ceux qui dans les villes exerçaient un métier. Grâce aux progrès de la civilisation, des idées d'aifranchissement et de liberté, on vit grandir cette classe de cultivateurs et d'artisans, libres ou francs, hommes de poosté, qui ont été si longtemps désignés sous les noms de vilains, roturiers ou coutumiers (3).

L'Eglise avait la première mis en pratique les préceptes de la charité chrétienne et adouci le régime sous lequel vivaient les hommes qui étaient dans sa dépendance. Parfois aussi, un sentiment d'humanité poussait un seigneur dans des circonstances solennelles, comme la naissance ou le mariage d'un

(1) Histoire du Vendomois, de Pétigny, i" édition, p. 34o.

0 Guérard. — Prolégomènes du Cartulaire de Vabbaje de Saint-Père de Chartres, § 3i, p. xi.

(3) Ad. Vuitry. Etudes sur le régime financier de la France, p. io5. Dans des titres vendomois de la seconde moitié du XVI' siècle, on trouve encore des contractants ou des témoins qualifies homme de poosté ou homme de bras.

enfant, ou la rédaction de son testament, à accorder à quelqu'un de ses serfs une liberté plus ou moins complète. Les affranchissements, encore rares, devinrent plus nombreux au temps des croisades. Beaucoup de seigneurs, au moment de partir pour la Terre Sainte, accordèrent des exemptions ou des privilèges d'importance variable à leurs serfs ; les uns, animés de sentiments })ieux et charitables, les leur donnèrent gratuitement ; d'autres les leur vendirent pour se procurer les ressources qui leur étaient nécessaires pour faire le voyage de Jérusalem.

L'établissement des bourgeoisies du roi, qui aidèrent puissamment la royauté à ressaisir une partie de ses droits usurpés par la féodalité, fut aussi la cause d'un notable accroissement du nombre des affranchissements. En les favorisant, elles portèrent une sérieuse atteinte au pouvoir des seigneurs, en distrayant de leur juridiction un certain nombre de leurs hommes, qui aspiraient ardemment à jouir des prérogatives et des privilèges attribués aux bourgeois du roi. Les seigneurs, pour combattre l'esprit de désertion qui travaillait leurs hommes et les retenir sur leur fief, durent se résoudre à leur accorder quelques immunités et à les laisser se constituer en communautés ou en corps de bourgeoisie, auxquels ils ne toléraient qu'un degré d'émancipation assez restreinte pour pouvoir les retenir encore partiellement dans les liens du droit commun.

11 fallait, pour faire partie de ces corporations, être de condition libre, de sorte que le seigneur qui consentait à faire de son serf un bourgeois, devait commencer par l'affranchir. Il y trouvait d'ailleurs son profit, car ce n'était qu'à prix d'argent, le plus souvent, qu'il accordait cette franchise, et le bourgeois, en compensation des avantages qu'il tirait de son nouvel état, restait encore tenu de lui rendre certains devoirs et services et de lui payer certaines redevances.

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