BÉNÉDICTINS
payaient seulement, chaque année, pour leur contribution à l'honoraire du prédicateur.
Les échevins réunirent les habitants le i6 février 1714» pour leur soumettre cette réclamation. Ils avaient pris soin de convoquer par lettres le curé et les fabriciers, pour qu'ils vinssent exposer les motifs de leur demande. L'assemblée les attendit en vain pendant plus de deux heures : aucun d'eux ne se présenta.
Les représentants des Bénédictins qui étaient dans la salle offrirent alors de porter à 48 livres la somme qu'ils payaient annuellement, et l'assemblée décida que les sermons de l'Avent et du Carême seraient, à l'avenir, prêches alternativement dans les églises de Saint-Martin, de la Madeleine et de l'abbaye de la Trinité, mais qu'il serait interdit aux curés, marguilliers, religieux et prédicateur, de rien changer à ces dispositions, sans le consentement de la ville et communauté des habitants.
Lorsque le procès-verbal de la séance contenant cette décision fut notifié aux Bénédictins, ils soulevèrent une difficulté, disant qu'ils consentaient bien à payer les 48 livres au prédicateur de la ville, mais à la condition que les sermons qui, de temps immémorial, étaient prêches dans leur église, le seraient encore tous à l'avenir, aux jours et heures accoutumés.
Le procès-verbal également notifié au curé et aux fabriciers de Saint-Martin ne reçut pas de leur part un meilleur accueil. Ils déclarèrent ne point en accepter le contenu et le considérer comme sans valeur, parce que l'assemblée, provoquée et tenue parles partisans des Bénédictins, qui étaient ainsi juge et partie, aurait dû être tenue au banc de la marelle, et que, comme il s'agissait d'attribution de sermons, missions et prédications, l'affaire était du ressort de l'évêque au pouvoir et juridiction duquel elle ne pouvait être enlevée, sans y porter atteinte ; c'est pourquoi ils se réservaient de prendre ses ordres et de s'3^ conformer. Ils reproduisaient ensuite les autres motifs qu'ils avaient présentés précédemment aux échevins ; mais toutes ces raisons ne purent leur faire gagner leur cause,
La lutte se poursuivit sans doute et aggrava la situation ; car en 17212, ce n'était plus avec les Bénédictins seulement
qu'elle se continuait. Elle était alors engagée, toujours au sujet des sermons, entre le curé et l'évêque, aux instructions duquel il ne se conformait pas, malgré les assurances de soumission qu'on l'avait vu donner précédemment.
Dans ses démêlés avec le prélat, il avait été jusqu'à lui faire signifier par huissier (|u'il entendait ne point souffrir qu'un prédicateur étranger vint prêcher dans son église ; qu'il n'en recevrait aucun, même à titre d'auxiliaire dont il n'avait pas besoin ; qu'il prétendait prêcher lui-même dans son église, non seulement les jours de dimanche et fêtes de l'A vent et du Carême, mais encore tous les autres jours où il était d'usage de prêcher; et que si l'évêque lui adressait un prédicateur poar l'Avent, il ne le recevrait pas. Il ajoutait que le produit des quêtes faites pendant ces sermons lui appartiendrait, et que les fabriciers, qui devaient les faire faire comme de coutume, seraient tenus de le lui remettre, sous peine d'en être personnellement responsables envers lui.
La population de la ville s'émut si vivement de l'attitude du curé, que les échevins jugèrent nécessaire d'intervenir. Le i8 novembre 1722. ils assemblèrent les habitants auxquels ils firent connaître l'état des choses, et leur demandèrent leur avis sur ce qu'il conviendrait de faire, dans le cas où le curé persisterait à refuser son église au prédicateur.
Il leur fut répondu qu'alors, et en attendant qu'il eût plu à l'évêque de régler cette contestation, le prédicateur se rendrait dans l'église des RR. PP. Cordeliers, où il prononcerait les sermons qui auraient dû être prêches à Saint-Martin, sans que cela pût tirer à conséquence pour l'avenir, et à condition que le prédicateur se contenterait du produit des quêtes (i).
Le curé eut aussi en 1727 une difficulté avec son confrère difficulté avec de la paroisse de Saint-Bienheuré, derrière lequel se trouvaient encore les Bénédictins.
Le curé de Saint-Bienheuré avait publié dans son église les bans de mariage d'un serviteur des religieux, parce qu'il avait trouvé sur les registres de ses prédécesseurs que plusieurs
(^) Registre 9, folio i.
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d'entre eux avaient fait de semblables publications concernant les domestiques de l'abbaye. Peut-être les curés de Saint-Bienheuré s'étaient-ils cru autorisés à procéder ainsi par la condition particulière où se trouvait leur église. En effet, elle pouvait être considérée comme étant, dans une certaine mesure, dans la dépendance du monastère auquel elle avait été donnée, peu de temps après sa fondation, par la comtesse Agnès. C'est même par suite de cette donation qu'il y avait toujours eu dans cette église, jusqu'au temps de l'établissement de la réforme de saint Maur dans l'abbaye (1621), deux curés, dont l'un était presque toujours régulier, et l'autre séculier. Ce dernier n'était, en quelque sorte, que le vicaire du premier (i).
Or, le serviteur des religieux, dont les bans avaient été publiés à Saint-Bienheuré, était paroissien de Saint-Martin ; car le curé avait le droit d'administrer les sacrements de l'Église à toutes les personnes qui occupaient les logis et bâtiments situés dans les cours de l'abbaye appelées la Galilée, aussi bien qu'aux laïques, serviteurs ou autres, demeurant dans la maison conventuelle et non compris dans les exemptions et privilèges accordés aux religieux.
Le curé de Saint-Martin considérait donc que la publication des bans, telle qu'elle avait été faite, constituait un empiétement sur ses droits. Il s'en plaignit, et demanda à être maintenu dans la plénitude de ses fonctions curiales.
Il s'en suivit un procès porté devant le bailliage de \endôme, dont une sentence déclara nuls les bans publiés à Saint- Bienheuré ; de sorte que, pour procéder au mariage, il fallut en publier d'autres à Saint-Martin. Le curé fut ainsi solennellement maintenu dans la possession de ses droits curiaux dans l'enclos même de l'abbaye {-).
Son succès ne dut pas contribuer à calmer l'esprit de riva-
(*) On a vu que jadis, il y avait eu également à Saint-Martin deux curés, jusqu'en 1487, époque de la division de la paroisse de Saint-Martin en deux portions, dont l'une avait formé la paroisse de la Madeleine; mais celle de Saint-Martin, qui était la plus ancienne, avait toujours été considérée comme la première.
O Notice historique sur Saint-Martin de Vendôme, par M. de Martonne, archiviste de Loir-et-Cher.
lité qui régnait depuis longtemps entre lui et les Bénédictins que l'on a vus, en 1714 déjà, l'accuser publiquement d'avoir été l'instigateur de leur exclusion des assemblées générales des habitants de la ville.