DE LA TRINITÉ
prétexte de cette autorisation pour prétendre jamais aucun droit de propriété ou domaine, sur les miivs de la ville de Vendôme, ni sur ceux des Frères mineurs.
En 1346, année de la funeste bataille de Crécy et du siège de Calais, le comte Bouchard V voulut prudemment mettre la ville en état de défense. A cet effet il réclama le concours des religieux de la Trinité. Ils le lui accordèrent , mais comme ils n'étaient pas tenus de contribuer aux dépenses d'entretien et de réparation des murailles, puisqu'elles étaient la propriété du comte, celui-ci reconnut par une charte qu'il leur donna en cette même année i346, de même que l'avait fait son prédécesseur Jean IV, que l'aide accordée par l'abbé et les religieux lui était concédée à titre purement gracieux, et ne pourrait leur porter préjudice, non plus qu'à leurs successeurs, dans l'avenir (i).
MURAILLES Jcau VI, SOU fds et son successeur, était fort attaché au roi
DU MONASTÈRE Jean II. Il combattit, à ses côtés, avec ses deux frères Pierre et Simon, à la bataille de Poitiers, où tous les trois furent faits prisonniers par les Anglais Ci356). La situation du pays était pleine de périls. Dès l'année suivante (i 35 7), Louis, duc d'Anjou, fils du roi Jean et protecteur de l'abbaye de la Trinité, ordonna à l'abbé Guillaume du Plessis d'entourer son monastère de bonnes murailles, pour le mettre à l'abri des entreprises des troupes ennemies (-).
Les événements justifièrent ces précautions, car le Vendomois eut beaucoup à souffrir des pillages et des déprédations commises par les compagnies d'Ecorcheurs et de Tardvenus qui se répandirent dans tout le pays à la suite du traité de Brétigny , En effet, les capitaines anglais, après avoir l'emis au commissaire du roi de France les places qu'ils commandaient, emmenèrent avec eux leurs garnisons ; mais, comme ils les licencièrent et congédièrent immédiatement, elles infestèrent tout le pays (^).
(1) Inventaire des chartes de la Trinité, manuscrits de la bibliothèque de Vendôme.
(-) De Pétigny, Histoire du Vendomois, i" édition, p. 32o.
(3) Voir Froissard, liv. I, partie II, ch. 142. — On trouve assez fréquemment dans les titres privés Vendomois des mentions de dépérissement de biens et de pertes de rentes et cens qui y sont attribués aux guerres pas-
Une de ces bandes, composée de Gascons, avait surpris le cliâteau de Vendôme pendant le carême de i36a, et ii'y était établie. De là elle sortait pour piller et ravager les contrées du voisinage, ramenant avec son butin les personnes dont elle espérait pouvoir tirer rançon, et qu'elle détenait en prison. Le comte Jean désirait mettre fin à ce déplorable état de clioses ; mais, comme il avait été longtemjjs prisonnier en Angleterre, il ne se sentait pas sans doute assez fort pour chasser ces pillards, car il traita avec eux de la remise du château et de leurs prisonniers moyennant quarante mille florins, qu'il s'engagea à leur payer en plusieurs termes. Pour se procurer cette somme, qu'il n'avait pas à sa disposition, il demanda au roi l'autorisation de vendre la seigneurie de Realmont (Regalismons) qu'il possédait en Albigeois, et comme elle relevait immédiatement de la couronne, il oflrit de transporter ces droits de suzeraineté sur d'autres terres situées en France ou en Normandie. Le roi Jean, par des lettres du i4 juin i362, dans lesquelles il appelle le comte de Vendôme son cousin, donna son approbation à cet arrangement (^).
sées. Ces dommages étaient la conséquence des guerres des Anglais et des Armagnacs que le pays eut à subir. (Titi*es de la Blée, aveu de la Jousselinière, aveu de l'Étoile pour la grève, etc.)
(^) Bibliothèque Nationale, manuscrit 819G, français, p. 2o5. — Lettres en latin du roi Jean, transportant au comte de Vendôme son cousin, la moitié de la seigneurie de Realmont en Albigeois, à la charge de récompense en autres terres en France et en Normandie, du i/J juin 1862. — Les lettres originales en latin de la concession du roi, données à Vanetes, aujourd'hui Venètes, près Compiègne, le 14 juin i363 ou 4> existent aux Archives nationales, K. 48, n° ai. C'est un parchemin de SSo"" sur 260, en mauvais état, écrit dans le sens de la largeur. Toute la niarge de droite a été tellement gâtée par l'humidité et les mouillures, que l'écriture de la fln des lignes est complètement disparue ; il peut manquer à chacune quatre ou cinq mots. Dans d'autres parties, le parchemin est usé et illisible. La seconde moitié de la pièce, moins intéressante que la première, semble traiter surtout des conditions auxquelles le roi accorde au comte la permission de vendre sa seigneurie de Realmont, et comprendre des formules de chancellerie.
On peut se ligurer, par le triste état de cette pièce importante, le délabrement dans lequel tomba le château de Vendôme après le départ des Gascons.
Peu d'années après, en 1867, le bailli de Vendôme craignant de la voir se détruire entièrement, ordonna, pour en conserver le contenu, d'en
Charles V, dans la lutte qu'il soutenait contre les Anglais, estimait que le château de Vendôme était une place trop importante pour la laisser retomber aux mains de ses ennemis. Aussi, le 28 novembre i36;;;, étant au bois de Vincennes, il donnait un mandement dans lequel il disait :
« Nous, considérant la grande nécessité de pourvoir à la « garde, fortification et cmparement »lu chastel de ^^endôme « afin que aucun inconvénient ne s'en puisse suivre.... avons ({ octroyé.... à notre amée et féale cousine la comtesse de « Vendôme (*) qu'elle ait et preigne sur les aides ordonnez « pour le fait de la guerre en la dite comté, la somme de six « cents francs d'or, pour tourner et convertir à la garde, fortifi- « cation et em parement du dit chastel » (-).
Ainsi le pays avait à suj)porter à la fois les chai'ges de l'invasion et à contribuer aux frais généraux de la guerre.
Par un autre mandement du 14 octobre iSyo. le roi retenait encore trois cents hommes d'armes, « pour la poursuite de « Robert Quenolle et de plusieurs autres capitaines ennemis « estant es parties de Vendosmois, Maine et Touraine (3) ».
On ne peut douter que les divers événements que l'on vient de rappeler n'aient eu pour les habitants de la A^Ue une grande importance ; et cependant, dans aucun des documents contemporains qui s'y rapportent, il n'est fait mention d'une communauté d'habitants. C'est seulement dans la deuxième moitié du
faire une copie authentique. Celle-ci est conservée dans les archives de Loir-et-Cher série G, 287, page 87, cote 2 de l'inventaire qui donne une analyse de la pièce. On y lit « que il est api)aru à Jean Peschard, baillf « de Vendôme, que unes autres lettres t'aictes autrefois sur la forme de « cestes, estoit en double de (se) corrompre en brief temps, pour habun. « dance des eves cheaites sur icelles au château de Vendôme, au temps « que les anemis du royaume le tenaient, nous avons donné congié et « licence à Symon Lemercier, tabellion de Vendôme a présent, de faire « cestes présentes sur la forme d'icelles et de les tabellionner, signer et « mettre en forme publique. — 1867. »
(') La comtesse de Vendôme était alors Jeanne de Ponthieu, veuve de Jean V ; c'est comme tutrice de son lils Bouchard, encore fort jeune au moment de la mort de son père, survenue à Montpellier l'année précédente (i366), qu'elle bénélicia du mandement du roi.
("^ et 3) Documents inédits de YHistoire de France, mandements de Charles V, n" 419 et 728.
XIV^ siècle que l'on rencontre pour la première fois un texte permettant d'en supposer l'existence.
On le trouve dans les registres municipaux de la ville de Tours, qui mentionnent, à la date de septembre i364, le salaire payé à un messager pour deux voyages successifs faits par lui pour porter des lettres clauses adressées aux gens de Vendôme. Qui faut -il entendre par les gens de Vendôme ? Sont -ce les habitants ou les officiers du comte ?
Il faut descendre un siècle tout entier pour rencontrer un autre document qui, sans mentionner encore d'une manière précise l'existence d'une communauté d'habitants, rapporte des faits qui ne peuvent laisser de doute à cet égard.
C'est une charte du i3 avril i^Gj, par laquelle le comte Jean VIII concède la propriété des fossés de la ville depuis la tour des Cordeliers jusqu'à celle aux Chereaux, aux habitants et à leurs successeurs, à la charge pour ceux-ci de garder et entretenir les murailles formant la partie de l'enceinte comprise entre ces deux tours et de payer chaque année un groiix d'or fin à la recette du Domaine. A cette première concession, il ajouta peu après celle des fortifications, murs de ville, portes et tours d'icelles (i).
La muraille, à partir de la tour des Cordeliers (2), située vers le milieu de la partie Est de l'enceinte, se prolongeait, en passant par les fronts du nord et de l'ouest, jusqu'à celle des