‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 12 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

EinoBM 1700. — Affaire BeieoTal. — Affaire Favras, — BUtincUoDf ntlioBalea. — Le Domimg salvum. -^ Dei diflrieis et des clubs. — Deuxième serment ciriqse. — Les San$- Culoites, — Les dues d'Oriéani, de Gbariret et de Conti. — Bloiaes mariés et soldats. —

Epitaplie de mon$eigneur clergé. -- Mort du Pire des nobles. — Le line rouge. — Le cama-

Tal. — Les assignats. — Harmonica des arUtocruches. Les cbers élèves de Necker. —

Parti républicain. — Les mots de madame Yerte-AlUire. — Adoption d'un projet de fédération. — Députaiion du genre humain au chef-lieu du globe. — Plus de titres ni d'armoiries. — Mirabean-ToRRcou. — Les armes et les souliers de l'abbé Haury. — Ralliement des nobles. ^

Puisque le peuple a deux fois élé vainqueur — devant la Bastille et à Yersailles, nous ne devrons plus désormais employer l'expression vulgaire de la chronologie chrétienne. Ce n* est pas l'année l7iN) qui commence, c'est l'aiifi^f deuxième de la liberté. Oublions donc les vieilles coutumes monarchiques qui dataient de l'ère du Christ : la Liberté est devenue le Dieu nouveau des Français. Un moment viendra où cette innovation ne suffira même pas, et chaque année nous présentera une physionomie différente, josqu'à ce que nous ayons grand'peine à nous y recomsattre.

Le premier jour de janvier, de nombreuses députations allèrent coroplimrater le roi, en s'astreignant encore à l'étiquette et au cérémonial le plus rigoureux. Bailly, à la télé des trois cents représentants de la commune , plia le genou pour prononcer son discours. Cependant , plus méticuleuse sur Tappréciatian de ses devoirs, mais aussi de ses droits en pareille circonstance, rassemblée nationale s'interrogea longtemps avant de se décider sur le nom qu'elle donnerait à Marie-Antoinette. L'appellerait^elle Jteme , Sa Majestés ou simplement Madame ? Hésitation plus significative qu'on ne le pourrait penser d'abord, car on chicanait à la reine le nom même de sa dignité. Le manteau de la royauté est ainsi déchiré pièce à pièce, et quand

86 FAVRAS EN PRisoif (j^^vier 1790)

on en sera venu à la place du cœur de celui qui le porte, on frappera.

Et remarquez que c'était ici Tacté de fa majorité, puisque, le 3 , rassemblée ayant eu la courtoisie d'appeler le roi Sa Majesté , s'attira des reproches adressés autant pour ce titre donné à Louis XYI, que pour Finvitation qui lui avait été Taite de fixer lui-même la somme nécessaire aux dépenses de sa maison. Telles étaient , en efTet , les étrennes dont rassemblée gratifiait le roi. Le Théâtre-Français, qui, depuis peu, avait changé son nom en celui de théâtre de la nation, joua le Réveil éTEpiménide à Paris, ou les Etrennes de la liberté. La poésie et Fhistoire ne firent point défaut : on publia les Etrennes patriotiques, les Etrennes de la nation^ les Etrennes de la vertu.

L'assemblée nationale reçut en députalion la commune, qui fut complimentée à son tour par les électeurs et les autres classes du peuple.

Sans doute, dans toutes ces cérémonies, dans toutes ces visites, dans tous ces livres de nouvel an, mille vœux furent adressés au ciel. Mais, en étudiant la marche des événements, il était difficile de s'abuser sur les promesses de Favenir. Deux procès d'une très-grande importance étaient pendants au Ch&telet, le procès de Bezenval , un des complices du prévôt Flesselles, et celui du marquis de Favras. Bezenval avait passé plusieurs mois en prison. Quant à Favras, on Faccusait de conspiration antirévolutionnaire, concertée avec Monsieur, comte de Provence, frère du roi; on Faccusait d'avoir voulu enlever Louis XYI, et assassiner Bailly et Lafayette. Il fut arrêté dans la nuit du 24 au 25 décembre 1789. En réalité, les Parisiens ne savaient à quoi s'en tenir sur le prétendu conspirateur qu'ils appelèrent aussitôt le père des nobles, comme s'ils eussent voulu punir en lui l'ordre de la noblesse personnifié.

Toujours était-il, qu'il y avait eu , en décembre , recrudescence de brochures aristocratiques , et que, le matin du 25, le billet suivant avait couru dans Paris :

a Le marquis de Favras a été arrêté avec madame son épouse, dans la nuit du 24, pour un plan qu'il avait de faire soulever trente mille hommes pour faire assassiner Lafayette et M. le maire (Bailly), et ensuite nous faire couper les vivres. Monsibcr, frère du roi, était à la tête. A Paris , ce 25.

« Signé Barreau, a

Puis, quelques jours après Farrestation de Favras, on avait relevé un factionnaire de la garde nationale assassiné dans sa guérite ; on y avait aussi trouvé une sorte de poinçon allongé, dont le fer rouillé était un peu froissé et un petit papier plié en deux , sur lequel étaient écrits ces mots : 7a devant, Lafayette te suivra*. Le comte de Provence se fil promptement

* BUtoire de la rivolation, par Bertrand de MoIleTille.

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(janvier 1790} manie dbs hornbues. 87

mettre hors de cause , par un discours qu'il prononça à l'HAlel-de-Ville , et i|Qi loi valut on peu de popularité, pas assez cepeodant pour motiver l'épilhète de jacobin que lui donnèrent aussitôt la reine et madame ÊUsabelli.

La justice ne suivit pas un libre cours à l'égard de Bezenval et de I^avras. Des gens avaient répandu dans le public des papiers sur lesquels il j avait : Demander la tiU de Bezenval. Le ChAlelet procéda au contraire avec beaucoup trop de bienveillance pour le premier, et Bezenval fut acquitté. Alors Camille Desmoulins envoya aux juges cette sorte d'adresse , qui fut réimprimée dans une foule de recueils de l'époque :

Vous qui lavez Broglie, Augeard, Qui lavez Bezenval, qui laveriez la peste,

Vous êtes le papier-brouUlard ; Vous enlevez la tache, et la tache vous reste *.

Le jugement de Favras fut une compensation de Fautre. Il Tallait accorder une victime aux exigences de la foule , aussi le père des nobles fut-il condamné par avance. Le peuple criait : Favras à la lanterne! jusque dans la salle d'audience. Le 18 janvier l'arrêt fut rendu : Favras devait être accroché à. la potence. Le ChAtelet consacrait par ce jugement le premier exemple de l'égalité des peines, et il faut convenir qu'il débutait mal dans TappliCation d*iine aussi rigoureuse justice. Lorsque viendra Texécution de Tarrêtt nous aurons lieu de nous indigner sur les consolations données par la Commune au marquis de Favras.

Outre ces jugements passablement scandaleux, le mois de janvier est rempU d'événements d'une certaine portée. Nous citerons en première ligne des projets de récompenses nationales, dont quelques-uns méritent d'être approfondis. A peine l'égalité, admise en principe, avait pris naissance, qu'une adresse, envoyée le 8 A la commune de Paris, demandait l'institution d'un ordre en faveur de cette assemblée. Le pétitionnaire of&ait trois cents livres pour faire les frais les plus urgents. La Commune, craignant d'exciter les esprits contre elle, refusa cette offrande **, et se contenta d'un costume particuUer pour chacun de ses membres. Les hommes et les fem. mes elles-mêmes se mirent à porter des médailles. Les dames de la Halle surtout en faisaient grand cas, et rHôtel-de-Ville leur en distribuait une, pourtour servir de certificat de civisme; on y lisait : «r Aux bonnes citolien-

' KivoiulionM de Franu et de Brabani, loornal de Camille Detmoolins. *' Procèi-Terbaus de l'HôleMe- Ville.

BurrO.fS Et EHBLÈHES-

(janvier 17M1

nés.* n Dos médailles étaient frappées pour foules causes et pour toutes personnes. Assez ordinairemenl, le revers perlait ces mois : La nalion, ta loi, le roi. La nation devait être nommée la première; cela ëfait écrit daos les textes de gravures ; cela était sculpté sur les monuments publics et sur les médailles ; cela élait enseigné dans les chaires. Un bon curé du Limousin s'avisa d'accoutumer ses ouailles â la formule patriotique adoptée, en leur faisant chanter journellement aux offices, el aux messes paroissiales :

Domine.' salvum Tac gentem.

Domine, salvum.fac legem.

Domine, salvum fac regero. .

Idée heureuse, — rendue avec deux gros «riédsmes.

Le marquis de Villette, mu par des principes d'égalité, avait iniroduil la mode des habitt d la franpaite. Hais les bons patriotes portaient . — toujours pour se distinguer, — des boutons qui rappelaient le l4 juillet 1789. En voici le modèle, etnousyjoignonsle bouton des arquebusiers de Saint-Antoine, dont nous avons parié 'plus haut, et celui de la garde nationale d'un petit pays nommé ffouifir*. Ce dernier est curieux; il procède par allégorie pour exprimer l'invariable formule**.

Chaque district avait sa décoration particulière. Il sérail tjop long de les indiquer toutes. Les plus étranges sont celles des Feuitlanê el celle des TMalini. La première se compose d'un emblème représentant un cœur percé de trois flèches, au milieu d'une couronne, avec une légende iDiiirict det FeutfkifM, et un ruban tricolore. La seconde est une crois, accompagnée d'une couronne d'épine. Cet alliage des idées quasi- religieuses avec les idées politiques peut être attribué aux souvenirs évoqués par les lieux où se tenaient les assemblées populaire^ el qui étaient en général d'anciennes églises...

■ nfMoIrc MimifDiMff M <fe fo Ktrolufion francalte.fn a.tttnin. " Tiré du rabinH dp >I. Miurln.

{janvier t79o)

MALOUETINS. JACOBINS.

. . . . EodistricloD change la Sorbonne; On fait des motions où Von faisait le prône *.

dit un auteur de Fépoque.

Il arriva, en effet, que le district de Saint-Magloire écrivit sur son drapeau : Liberté fait ma gloire^ et que celui des Minimes, dans le quartier du Marais, joua sur le mot minimi, en donnant à entendre que ses membres étaient non virtute minimi **.

Les cartes d'entrée aux districts avaient aussi la forme emblématique. Nous signalons celle de Saint'JacqueS'dthHaut'Faty district dont les opi* nions étaient déjà fort avancées , et qui ressemblait aux clubs les plus violents.

Or y pendant le mois de janvier, les clubs commencèrent à se faire la guerre. Le cùté droit, qui possédait présentement la société des impartiaux, s'efforçait de contre-balancer Tinfluence des réunions patriotiques. Ses adeptes étaient appelés Malouetiitei , ou MalouetinSy du nom de Malouet, leur président, et avaient un journal pour organe de leurs délibérations.

* VÊplwUHide français, comédie en Tert, représentée en 1700. ** Durer, de r Yonne. Article du Dictionnaire delà Convêrsaiion,

90 COBBDPTION DB MIBABBAU. (février 1190)

Le club des ÂmU de la Constitution prenait le nom de club des Jacobins, et se pressait d'admettre dans son sein tous les citoyens indistinctement» députés, électeurs et au 1res. Enfin le club des Cordeliers agissait, en faisant placer deux sentinelles à la porte du publiciste Maral, contre lequel le Châtelet avait décerné un mandat d*amener. On sait que le rédacteur de Y Ami du Peuple trouva moyen d'échapper à ces poursuites, et fut bientôt décoré lui-même du titre de sa feuille.

L'Assemblée nationale publia plusieurs décrets et arrêts remarquables, pour la plupart dans le sens révolutionnaire. Elle ordonna le séquestre des revenus des bénéficiers absents du royaume, et la traduction de ses décrets dans les dlfTérents idiomes étrangers, ce qui devenait un excellent moyen de propagande. Elle divisa la France en quatre-vingt-trois déparlements, et mit ainsi en pratique le système de centralisation. Elle abolit le préjugé, par lequel Finfamie s'étendait sur la famille des criminels, et défendit à ses membres d*accepter aucune place ou don du gouvernement. De ces deux décrets, d'intention toute morale, le premier fut rendu à propos des frères Agasse, condamnés pour avoir fabriqué de fausses actions de la caisse d'escompte. Deux parents des suppliciés furent nommés capitaine et sous4ieutenant de la garde nationale , avec réception solennelle en présence de Lafayette, et aux grands applaudissements du public. — Le second décret révèle un fait digne de remarque : Mirabeau parla contre. A dater de ce moment, les soupçons planèrent sur lui. Le bruit courait qu'il s'était vendu à la cour, et que le prix de sa défection consistait dans l'ambassade de Vienne. Ces pressentiments étaient raisonnables, ainsi que le prouvera plus tard la découverte de V armoire de fer, qui ne laisse plus subsister qu'une simple question de date, à l'endroit de la bonne foi du grand orateur.

Des soupçons semblables , et aussi fondés, atteignirent Lafayette. Il avait offert ses services à la cour, non pour arrêter les progrès de la révolution, mais pour en prévenir les excès. Ses amis avaient donc formé une société littéraire, appelée salon français*^ acheminement vers une assemblée politique, qui fut le club des feuillans, ou des modérés. Lafayette finit par être la dupe de sa condescendance ; de jour en jour sa position politique empira, faute de règles fixes pour sa conduite. Il perdit peu à peu la confiance du peuple, sans pour cela acquérir celle de la cour, qui cherchait à gagner les hommes de la révolution, non pour suivre leurs conseils, mais pour les détacher de la cause qu'ils soutenaient. Voilà pourquoi les corruptions successives obtenues par elle sur les partisans du côté gauche n'ont servi qu'à prolonger la crise suprême de la monarchie , au lieu d'assurer son existence.

* Mémoiref de Weber lur Mari^^AntoiDelle.

(février 1790) les princes citoyens. 91

Sur ces enlrefoiles, le 4 février, alors qu'oo s*y ailendait le moins, Louis XVI se rendit à l'Assemblée nationale , et prononça un de ces longs discours officiels qui n'avancent à rien — parce que la bouche qui les déclame est ordinairement trompeuse, et que Toreille qui les entend est presque toujours incrédule. Cette séance eut cependant beaucoup de retentissement dans le pays, et fut suivie immédiatement d'un serment civique, — le second dont nous ayons déjà connaissance, — prêté par les députés et par le public des tribunes, parmi lequel se distinguait Théroigne de Méricourt. Cette femme se trouvait ce jour-li, comme à Tordinaire, dans une tribune du côté des Feuillans. Voyant avec quelles cérémonieuses civilités les députés recevaient encore le roi, elle leur dit d'une voix assez haute pour être entendue : « Vous êtes encore de vieux Français, d C'est elle qui pria le président de l'assemblée d'admettre les citoyens et citoyennes des tribunes à la prestation du serment civique *. C'est peut-éire aussi indirectement à elle que s'adressa, quelque temps après, la bizarre apostrophe de l'abbé liaury , lorsqu'ayant été un jour interrompu dans un de ses discours anti-patriotiques , il s'écria : ce M. le président, faites taire ces deux ians" culottes. 9 — Bon mot à double entente , car c'était ainsi que déjà on appelait les politieaiUeurs des rues. Voyons les suites de cette séance royale.

Le soir, Paris entier illumina, et plusieurs districts firent chanter un Te Deum. La Commune imita l'assemblée; le serment fut répété sur la place de FHôtel-de- Ville, et même dans chaque rue, de groupe en groupe de dloyees. Le lendemain, la jeunesse parisienne fut conviée a cette solennité. Vers onze heures du matin tous les collégiens, précédés de leurs maîtres, du comité du district de Saint-Ëtienne-du-Mont, des grenadiers de la garde nationale et de l'état-major, allèrent en procession, et jurèrent aussi « d*étre fidèles i la nation , à la loi et au ri»i, et de maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale, et acceptée par le roi **. i> .

La cérémonie dura plusieurs jours. Pour la première fois on dressa un autel à la romaine sur le boulevard. Vous voyez que nous entrons en plein dans les imitations de l'art antique, fort en usage pour les fêtes révolutionnaires.

Chaque district avait en outre son registre sur lequel les assermentés venaûent apposer leur signature. Le duc de Chartres suivit son tour; et, comme on avait inscrit ses titres et qualités, il les raya en disant : « Le titre de simple citoyen me suffit, il m'honore assez, d El il traça de sa main

* Journal et Souvenin de SUnliUi GIrardin.

** La Chronique de Paris, ioarnal rédigé par Conâoreet.

1)2 SUR LKS PRÊTBES. (révrior 1790)

ces mots : citoyen de Paris *. Le dac d'Orléans écrivit d'Angleterre à rassemblée, pour lui dire qu'il s'associait à ses sentiments. Et plus tard , le prince de Gonti, après avoir reçu une visite des dames de la Halle, s'exécuta également et signa en présence des jacobins **.

La prestation des deux premiers serments civiques est la mise en train d'une foule de serments jurés pendant le cours de la révolution. Ce Tut une manie , disons plus , un tort , de la part du peuple, que de s'en référer aussi fréquemment à Dieu sur la sincérité de sa foi. Trop souvent il l'a fait avec légèreté. Sans doute les solennités patriotiques sont nécessaires pour alimenter l'enthousiasme d'une nation; mais elles manquent leur but et perdent leur influence aussitôt qu'on les prodigue. Le désenchantement leur succède alors; elles n'apparaissent plus que> comme de brillants mensonges.. .. a Citoyens, s'écriait avec énergie l'avocat Loustalot , peu de temps après le 4 février, nous avons juré sans réfléchir; réfléchissons après avoir juré ***. •

Jamais la concorde , invoquée par toutes les bouches , n'avait été si loin de tous les cœurs, et il ne faut que se rappeler ici la réconciliation des trois ordres , pour avoir Tidée de la situation actuelle des esprits.

En efTet, le 43, les vœux monastiques solennels , les ordres réguliers et les congrégations furent abolis : conséquence logique du décret du 3 novembre dernier, qui avait mis l'embargo sur les biens du clergé. Certaines gens en éprouvèrent ime joie qui tenait du délire; il y eut li pour eux excellente matière à écrire et à crayonner. Us célébrèrent le mariage de frère Giroflée et de^ saur Paquette , avec ces paroles en manière de discours matrimonial : u En faisant c'te bonne action, je nous garantissons des cornes. » Ils plaisantèrent sur le piteux départ delà iainîe famille monacale, forcée à déserter l'abbaye , et disant : « Il ne nous reste que la fumée. » Puis, pardessus tout, occupés du vœu de chasteté qui est une des lois de la vie claustrale , ils donnèrent ces conseils épicuriens et pleins d'une tolérance intolérable aux religieux de l'un et de l'autre sexe :

Ne redoutez plus les brocards Gentes nonettes, beaux frocards ;

Delà métamorphose Eh bien !

L'amour rit, et pour cause....

Vous m'entendez bien.

* Observateur provincial, et le Moniteur.

** Préctt de la révolution françaUe, par Rabaud de SuEUeone.

*** Révolutions de Paris, Journal du c4lé gauche.

(tÈTrier lï90)

SUK LES PKÉTRES.

H Bh bien I repreDsient-ils encore en s'cdresiant «us molaes, noua arioiu nùon de dire qu'il fxllnit mieux être ciloyen qu'abbé, d et ceux-ci , appre- Daul à faire l'exercice , et prenant les poses les plus comiques du monde , étaient cernés répondue :

Atcc d« l« pilince nou en Tlgndraat i bout , el itm le tenpi i h* tout», •( l( uLioo looi fera deTcnîT bon) cilofent '■ ■

• Honseigneur, — criaient-ils A l'évéque, — après une si longue el si grande indigestion, les médecins de la nation tous ordonnent la diète. ** •

Ils faisaient dire à quelques prêtres : • Heum ! si nous l'avions prévu I • Ou bien : • On nous a tous réduits qu'à ne prier nieu. > Enfin , sur un obélisque tumulalre , entouré d'ornements d'église et de vases sacrés , ils plaçaient l'épilapbe suivante :

Ici repote ce grand corps

Qui mangeait les vivants et les moris.

* CibiietdflM. Ulerride.

" CirMi de l«nMi«itiiqMe n

94 LE LIVRE ROUGE. (niars 1790)

L'historien do saurait taire ces délails-là, qui sont i la fois et les scandales et les morales de Thistoire. Seulement, il doit les rapporter sans réflexion aucune : Il y a dans la musique certains chants très-rudes , mais aussi trèsexpressifs, dont, en les accompagnant, on exagérerait ou atténuerait Ténergie. Si, d*après Texpression de Johnson, a Thistorien est un des ministres de la vérité, > sa première vertu est la bonne foi, non la pudeur.

Au milieu de toutes ces clameurs croissantes contre le clergé, se consomma le supplice du marquisde Favras. II fut exécuté, le 19 , en place de Grève» à la lueur des flambeaux. Cet homme a été bien malheureux ; un des membres de la Commune lui avait dit que sa mort a était nécessaire à la tranquillité publique , d croyant lui expliquer ainsi pourquoi il allait être pendu. Avant de mourir il fait son testament; on le tourne en ridicule; arrivé près du fatal poteau , il proteste de son innocence : on ne l'écoute pas. Il meurt, et Ton insulte à ses derniers instants parles cris forcenés de saute marquis, ou de bis *, comme s*ii s'agissait d*une représentation théâtrale, car une rampe de lampions a été disposée sur la place de Grève et jusque sur la potence. Quelques individus arrêtent les passants et leur demandent pour-boire, parce qu' on va pendre Favras**,

Un mysiëre insoluble enveloppe cette affaire. Le genre de vie que menait le marquis de Favras, qui avait beaucoup visité l'Allemagne , et qui. avait eu quelques entretiens avec monsieur le comte de Provence, ne contribua pas peu à justifier l'accusation portée contre lui. Son procès n'offrit aucune garantie de certitude. Quoiqu'il en soit, par ignorance, par conviction, ou par passion , le public ne douta pas de sa culpabilité, et approuva le contenu de récrit qui avait été placé sur sa poitrine : Conspirateur contre Vétat*"*. ,

Pourtant il y eut des complaintes et des plaidoyers en sa faveur ****.

Le mois de février s'achève, avec l'abolition des distinctions honorifiques, et avec un décret nouveau pour la répression des troubles. Le mois suivant s'ouvre par un éclat scandaleux. L'assemblée exigea la communication de livre rouge^ journal des dépenses secrètes de la cour, et des pensions payées par le roi. Le livre rouge se composait de cent vingt-deux feuillets de papier de Hollande très-beau , relié en maroquin rouge et dont la devise était : pro paîria et libertate. Celte divulgation des mystères du passé envenima les haines sans servir les intérêts de l'avenir. Cependant les scellés avaient été apposés sur la partie qui concernait le règne de Louis XV, et le chiffre

* Journées mémorables de la rétoluUon froMçaUe» T. iv.

** Révoltaions de Paris, téiriw 1790. ^

*** Texte d'une gravuro Urée du eibinel de H. Ltleirade.

*'** Plttiieori coUeclionneuri en ponédeni, arec dei gravures de rexéGuiion.

(âYril 1790) ÉTAT DE LA IKLIGIOTT. 96

des dépeases de Loais XVI prouvait beaucoup d'économie de sa part.

Mais l'assemblée répara aussitôt cette inutile fantaisie de pouTcrir, en ^oeeopant de l'emploi des dons patriotiques , qui arrivaient toujours en foule : elle les destina au paiement des petites rentes de Tétat. Elle incorpora étroitement les colonies à la métropole ; elle prescrivit Tusage des lettres de cachet^ de sinistre mémoire; elle fit disparaître l'impôt de la gabelle et vota la réforme complète de Tordre judiciaire. Relativement au clergé, après avoir déclaré que ses dettes étaient nationales , elle traita la fameuse question de savoir si la religion catholique serait proclamée religUm domU natUe de l'état, comme Vavait proposé dom Gerle , ci-devant Chartreux. Les débats furent longs et animés; les protestanis et les Jansénistes tenai^it fort à ce qu'on rejetât ce système. L'assemblée ne se prononça pas , et reconnut simplement la liberté de conscience. Au reste, son silence apparent cadieune pensée bien explicite : douter sur une pareille question , c'était plus qu'adopter la négative*.

Dans-Paris, néanmoins, les idées de religion ne semblaient se départir en rien de leur rigorisme, au contraire. Le temps du carnaval était venu. La municipalité défendit de se déguiser, ou de donner unhal masqué, soit public^ soU privé, sous des peines très-sévères. Les corps politiques et judiciaires se rendirent à toutes les cérémonies du carême, et les théâtres interrompirent leurs représentations pendant la quinzaine de Pâques **. Malgré cela, la tiédeur religieuse était extrême au fond des cœurs ; et il ne faisait plus bon aller par les rues, revêtu de lasoutane , et coiflé du bonnet ecclésiastique, sans risquer d'être insulté et appelé ealotin; ce qui engagea Fabbé Maurj, athlète vigoureux d'esprit et de corps , à porter souvent des pistolets à sa ceinture ***. Le mercredi des cendres n'enterra donc que le sacerdoce , ainsi que le prétendit une caricature, dans laquelle le Temps, armé de sa faux , imposait les cendres au clergé , et lui disait : a Vous n'êtes que poussière , vous ne valez rien, et vous allez retourner en poussière****.» Les jours gras donnèrent aussi naissance à une brochure intitulée : le Carnaval politique de 1790*****.

Yoici venir le triomphe du philosophisme. Une souscription est ouverte pour élever un monument funéraire à J.-J. Rousseau , le flambeau de l'humanité. La suppression des docbes est déjà proposée par quelques membres de l'assemblée nationale , et un artiste de Paris demande que celles des abbayes et des monastères soient fondues pour ériger une statue à

* jroRileuf universel, paaim.

** Journal de Paris, tux progrtmmei dei ipeciaclei. **' BlsUnre parlementaire de li rèTolalion friôçaise, par Bûchez et Roux. * GarloDi d'ei Umpet de li Bibloihéque royiie. Cabînel et bibliographie de M. Detchteot, avocat, à Versaillei.

96 PAPJKB-MO^NAIE. (avi'il 1790)

Louis XVI, qui n* enviait cerlainemeot pas une offrande faite au prix de tels sacrifices.

Il ne faudrait pas voir d'ailleurs dans remploi de ces moyens, seulement l'effet de l'esprit anti-religieux qui régnait en France. Une aulre cause . une de celles qui dominent toute la révolution, les rendaient jusqu'à un certain point nécessaires. Le numéraire faisait faute : c'était là peut-être la plus grande vengeance des émigrés qui avaient emporté avec eux leurs trésors, ou des aristocrates habitant encore le sol de France, qui évitaient le plus possible de mettre de l'argent en circulation. Outre la fonte des cloches, on voyait', dans Tusage du papier-monnaie, une façon d'échapper à la banqueroute. La facilité avec laquelle on pouvait ainsi créer des valeurs conventionnelles séduisaient les imaginations La question des avantages ou des inconvénients qui pouvaient en résulter avait depuis longtemps exercé la plume des économistes et des publicistes, et lorsque l'assemblée la traita à son tour, elle était résolue à peu prés affirmativement par tous les hommes spéciaux. Elle consulta notamment les négociants, qui se déclarèrent en faveur du papier-monnaie, malgré les funestes exemples des billets de la banque de Law et de la caisse d'escompte.

Les séances qui virent agiter la question des assignats ^ n'en furent pas moins orageuses. L'affirmative prévalut, et le 47 avril, les députés déter* minèrent le nombre, la forme et la fabrication des assignats à émettre.

Aussitôt, les incrédules au papier-monnaie, car l'adhésion à ce moyen politique ne pouvait être unanime , firent paraître une gravure avec ce titre : cas dbs assignats chez lbs étrahgers *. — Un Allemand fume sa pipe avec; un Hollandais en fait des cornets; un Suédois s'entaille des

papillotes; un Espagnol

Nous savons ce qu'il en saura fabre.

Au-dessus plane la Renommée,tenantcet écrit :

Puis, un journal saisit t^tte occasion de plaisanter sur les agioteurs, et sur les chers élèves de M. Necker , qui siègent à V assemblée natUmàle, et à la tête desquels se trouve Camus le janséniste, surnommé bien idte Yhomme aux Msignats; il dit :

Un Français, amateur du beau.

Parlant des députés, disait à Mirabeau :

* Celle efUmpe ftil partie du cabioei de M. Ulerrade.

T:-^^"^^ -Je '6

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