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(nai 1790) SYMPTÔMES DE mÉPUBLIQUB. 97
Leurs décrets sont inimUabUê, Leurs orateurs sont ineroyabkif Et leurs assignats impatablbs *.
Le seul Téritable adversaire du papier-monnaie est Bergasse, qui publia une brochure intitulée : Pr^lMlolton cowire les oisignati. Ainsi, presque personne» dans le public, ne combattit cette mesure, avant son adoption par l'assemMée : mais aussitôt après, chacun se récria contre elle. Cela est arrivé fort souvoit à cette époque.
Arec quelques ccmspirations éventées, ou supposées, ou exécutées en pare perte» avec le massacre des patriotes A Montauban , les troubles religieoK de Nismes pendant la quinzaine de PAques , et la réunion de la Corse à la France, — commence le mois de mai 1790.
Le eété draii* noblesse et clergé , mécontent des décrets qui le concernaient, voulut manifester son humeur, et se rassembla à cet effet dans la tsOe des eapfêeim. Ce fut un nouveau sujetde plaintes contre les aristocrates. Joamaux, brochures, caricatures, chansons, épigrammes, tout fut encore mis en œuvre. On appela leur réunion Vharmoniea des aristocruches , en les représentant sous la forme de cruches en grés, avec des CM^ons, des chapeaux à plumes , et des croix. On les menaça de leur faire entreprendre un voyagea £afil0mopo/{s, la ville des réverbères, par allusion au genre de supplice qui commençait A être si fort en vogue. L'abbé Ifaury, on de leurs cheb, fut bafoué nominativement, et on publia contre lui le PetU Carême de VabU Maury , ou sermons prêches dans rassemblée des Enragés,
A chaque instant la lutte renaît entre les partis. Les Modérés s'avouent. Labyette et Bailly fondent le club des FeuiUans , destiné à arrêter les progrès que font les Jacobins dans l'opinion publique. Alexandre et Charles Lameth dirigent ces derniers. Quant à Mirabeau, qui joue à présent un rôle à deux personnages , U va alternativement dans l'un et l'autre clubs. A l'heure qa*ilest, les opinions diverses proclament franchement leurs souhaits. Les idées de république sont émises , disculées, approuvées ou rejetées. Dans beaucoup de réunions politiques, on agite la question de déposer le roi, de d^ourhonaUler la France **, et dans peu de temps on va pouvoir consulter le journal UBépublieain. Chacun sait maintenant à quoi s*en tenir. A Dijon, on a changé le nom de porte Condé en celui de porte de la Liberté; dans beaucoup de provinces on a substitué le mot national au mot royal'
* Le Mangroioge national^ publié an fl7S0» )
** Uimmm de Briuoi, G'éUil une apreMion à peu près coniaerée. *** Uwotmionide Parit,
9% DiVAlTB DBS ROYALISTE». (HUÏ I70OJ
Nous assistons à l'eDfoBleoMDl de Ix république franpaite. Bile est militante, mais elle est coDSliluée en un parti opiniftlre. qui se recrute de jour en Jour, et met & profil les moiodrea fautes des gouveroantA.
Sa première victoire est un décret de l'assemblée oalionale qui donne à la nation te droit de faire la paix ou la guerre. Alexandre Lameth le provoqua, et la discussion s'établit entre Mirabeau, qui défendit les prérogatives royales, et un jeune avocat, nommé Bamave, qui soutint la cauae du peuple. Les camps opposés s'obstinèrent dans leurs opinions. Barnave resta maUre du champ de bataille. Le lendemain, 99, on criait dans les rues lavande (raUioa d« Mirabeau.
Les espérances des amis de la royauté allaient s'évanouissant ; «uni i tout moment des défectiont s'opéraieat au sein de i'asMndtlée, peu k peu dominée par le cOté gaucbe. Hounier, Lally Totendal, Mirabeau cadel étaient partis, se moquant de tous les qutdibets répétés A propos de leur Tuite. Hounier, soi-disant, courait A travers cbamps, Achevai sur une lanterne, et Utrabewi cadet avait emporté parmi ses bagages les aavates da régiment qu'il commandât 11 reçut deux tumoais : RiquetH-CrmatU , & cause de son prétend» vol, etifiroiMn-TontMatt, icanse de son embonpoint Camille Dcamoulîns, dans ses JUcoIutiont it Franea et de firoton/ , flt graver de la sorte le portrait de Mirabeau.
Atec auunl te miiièrM on peuL Ciir« de bou «KJeanart, Le tkomle de Mirabeau , frère du fameux orateur, était rédacteur d'un
(juiD 1760) PIOIBTS DB FÉDÉRATIOlf.
Journal monarehique ayant pour titre U$ D^eûmen *; il passait eo entre poar aimer beaucoup la bonne chère.
D'antres députés se retiraient dans leurs campagnes. c< Chaqnejour, dit arec raison M»« de Verte- Allure, quelque membre de l'assemblée, soit sous prétexte de maladie, soit en alléguant des affaires, demande un congé. Mille noms d'un amour I si des femmes se conduisai^it ainsi, on les traiterait d'inconséquentes. Une femme sera déshonorée pour, au bout de dix mois, et souvent davantage, donner une légère atteinte an serment co^ju* gai; et des députés de la nation, des législateurs français, ne rougissent pas d'oublier le fameux serment du Jeu de Paume** I b GetSe boutade, telle comique, telle étrange qu'elle puisse paraître dans la forme, a le mérite d'être an fond d'un sens rigoureusement vrai. Comment ne pas dénoncer rindifTérence de certains députés , alors que les partis s'agitaient le plus nolemment?—- L'assemblée intervint, et se fit justice elle-même, en lançant un décret qui privait les absents de leur traitement.
Cc|iendant , le 5 juin, croyant le moment propice pour ses vues , le duc di Orléans revint à Paris de sa mission, ou plutôt de son exil est Angleterre. A peine fit-on attention à son retour : le parti orléaniste avait tant été débordé par le parti répuldicain 1 On ne lui offrait plus le IréiM vaeani^ comme une année auparavant. Il ne pouvait que se trouver isolé avec quelques amis; et, ne pouvant non plus revenir sur ses premiers actes , il allait bi^itot être forcé de se jeter dans le courant révolutionnaire, à la remorque des autres partis. Son arrivée coïbcida avec une motion célèbre de Bailly qui, dans la même séance où le duc d'Orléans parut à l'assemblée, proposa le plan d'une grande fédération générale entre les gardes nationales du royaume elles troupes de terre et de mer. Il était en effet d'un mauvais exemple de la part de rassemblée délaisser Indifférentes villes se fédérer enparticolier, sans joindreensemble par un lien commun tous ces faisceaux divers. Paris ne devait pas rester en arrière d'Orléans , de Troyes, de Dijon et de Lille.
Le moi fédéré veut une histoire, plutôt qu'une définition. Il existait à Tétranger plusieurs gouvernements fédératilli, ou alliés entre eux pour leor sûreté commune, mais régis par des lois qui leur étaient propres. Ce ik*est pas avec cette idée-là que Bailly présenta son projet à l'Assemblée nalionale. Il voulait tout simplement unir les citoyens par des liens fraternels, et rassembler tontes les gardes nationales sous le même drapeau.
ûs cette partie armée de la nation avait des ennemis acharnés, à la tête
* Le TkirmomUre do Jour, par Dolaare.
** VÊMUdumûOn, on lei PtUU MoUdt M»« de Varte-AUnre , ei-teligiMue. Joanul dt >7M, enrieiii par la lafeiie de let opîDioM, anUuil que par son strie.
100 LES FÉDÉRÉS ARRIVENT. (juio 1790}
desquels se plaçait Marat , rAmi du Peuple. Ceux-ci doutaieot fort du patriotisme de Larayette et de Bailly, qu'ils avaient d'ailleurs si souvent attaqués, de concert avec les aristocrates. Ils appelaientles gardes nationaux desépauUttierêf des bleue , et les comparaient à de la faiience bleue qui ne va pas au feu*. A peine avaient-ils entendu parler d'une fédération, qu'ils blâmèrent cette mesure , et prétendirent que Ton voulait royolûer la France. Tel était leur cri de ralliement. Parvenus plus tard au pouvoir, ils enveloppèrent dans un seul et même réseau sanglant tous ceux qui avaient simplement partagé l'avis de Bailly, et tous ceux qui étaient véritablement fédéralistes, comme Brissot. Et nous verrons que cetteaccusation avait grand poids, lorsque nous en serons venus au moment où les girondins firent un appel aux départements du midi, pendant que d'un autre côté les jacobins sapaient la monarchie avec la journée du lO août.
La fédération fut fixée au 14 juillet 4790, premier anniversaire de la prise de la Bastille.
Nous avons fait connaître toutes les clameurs d*an parti puissant contre cette fête; mais néanmoins elle occupa beaucoup la masse des esprits , et réveilla en eux les principes d'égalité et de fraternité. Une circonstance contribua encore à leur manifestation. Benjamin Franklin , citoyen des États-Unis, vint à mourir. Mirabeau, pour se relever de Tindlgnité patriotique dont l'avait couvert la séance de la paix et de la guerre, annonça lui-même cette triate nouvelle à l'Assemblée. Les députés décidèrent avec acclamation qu'ils prendraient le deuil pour trois jours, en mémoire du républicain Franklin. Ce fut en effet une tristesse générale. Au café Procope, on éleva un mausolée à Franklin, et l'on prononça plusieurs discours.
Cependant, à dater du milieu du mois de juin, des fédérés commencèrent à arriver à Paris. Une députaUon fixa, entre beaucoup d'autres, Tattention publique. Elle se composait d'étrangers , sous la conduite du baron de Cloolz, Prussien de naissance. Ils se présentèrent à la barre de ^Assemblée nationale, et demandèrent à être placés dans les rangs des fédérés. Cette action sembla ridicule aux uns, sublime aux autres. Plusieurs incrédules alléguèrent qu'il s'agissait de faux étrangers. Un historien, à ce propos, avance le fait suivant. M. de Boulainvilliers, qui se trouvait ce jour-là à l'Assemblée, reconnut dans la députation le nègre d'un de ses amis. « Ah! te voilà, Azor, lui dit-il; que viens-tu donc faire ici I ^ Monsieur, je ûds l'Africain, i» lui répondit le n^e *"*.-- Le baron de Glootz s'était déjà donné comme l'orafeur^parhculter —
* Histoire secrète de la Bévobaion, par Pagèt.
" Histoire ûe la Révolution, par Bertrand de MoHeville.
(juînl790} ABOLITION DES TITRES. lOl
dm genre fctimutm et cherchait à mettre en pratique ses théories politiques et religieuses. C'est lai qui appelait naïvement Paris le chef -dieu du globe, qui reconnaissait un département de Prusse et un déparlement d'Angleterre ; c'est lui enfin qui, pour comble de folie, s'était déclaré Vennemi personnel de Jésuê-Christ.
La séance du 90 juin, anniversaire du serment du Jeu de Paume, fait aussi époque dans la révolution. Les députés ordonnèrent le déplacement des figures des quatre nations enchaînées aux pieds de Louis XIV ; de sorte qae « l'ouvrage des adulateurs esclaves fut détruit par la main des hommes libres *. » Le peintre David, à la tète d'une députation de l'académie de peinture, ne tarda pas à développer devant les députés le plan d'un mo- Dument civique remplaçant l'œuvre du despotisme, et dans lequel ces quatre statues de la place des Victoires devaient servir à honorer et à décorer laUberU*:
Voilà le début de David dans la carrière du patriotisme.
Étant en train d'abattre les derniers vestiges de la monarchie absolue, les députés ne laissèrent pas échapper Foccasion de porter en outre les derniers coups à la féodalité, par la suppression des titres de noblesse. Personne ne pouvait plus garder à l'avenir les épithètes aristocratiques de duc, comte, marquis, baron, excellence, grandeur, etc., ni faire prendre la livrée à ses valets, ni exposer d'armoiries. Bien vite Marat appelle le prince de Condé Louis-Joseph Capet; et Camille Desmoulîns se sert des expressions CapH Vaine, Capet le Jeune. Un plaisant imagine d'annoblir ses serviteurs par dérision. Son palefrenier est par lui armé chevalier; son cocher reçoit le collier de duc ; chacun de ses laquab est élevé à la dignité de comte ; son portier devient marquis *^*, Les nobles sont parfois appelés des ei-^evants, et ne sont plus désignés que par leurs noms patronymiques : au lieu de Lafayette, onditM. Mothier;au lieu de Mirabeau, on dit Riquetti l'atoé, ou Riquetti cadet; enfin, au lieu du mot domestique, on adopte celui de familier.
L'abbé Ifaury se chargea de plaider la cause de la noblesse, — lui prolétaire dans la force du terme, et fils de cordonnier,— «outre Mathieu de Montmorency, descendant d'une des familles les plus anciennes et les plus nobles de France. Mathieu de Montmorency l'emporta, et ses confrères, mécontents de son abnégation nobiliaire, lui décernèrent aussitôt le surnom de fesse^ flialkîeu. Quant à Tabbé Maury, les sarcasmes publics ne l'épargnèrent pas.
* Texte d'une gravure reinçant ce hli remarquable. ** Le plan eat eonaigné en entier dans le Journal de Parti,
*** Uimùkre* de Bristot. Le titre de marquis était autrefois accordé k ceux qui gardaient les marches ou frontières de l'Empire.
168 TÉNACITÉ DES NOBLES. ( juio 1790j
On disaildelui, par allusion à la profession de son père^ qu'il partaU Un^aur$ lei armes de sa famiUe à ses pieds *, et il parut une feuille éphémère intitulée : les Souliers de V(ibhé Maury *". Tout cela sans préjudice d'une foule de caricatures composées la plupart sur le même sujet. Maury partageait, par le fait, avecRiquetti le jeune, la palme deVimpopularilé.
La noblesse n'en continua pas moins d'exister pour les nobles, qui se créèrent un signe de reconnaissance entre eux. A cet effet , plusieurs recourraient les armoiries de leurs voitures d'un nuage peint, avec cette légende grecque : Hom} ptm o^mc, un coup de vent suffira.
Le coup de vent fut une tempête, et a complèlemeni dissipé le nuage.
* Tkermomiire du Jtmr, JoutbiI dt Dnlawe. " Bfbllolhèqoe de M. Detcbieni, à VinaUlet.
FIN nu CHAPITRE CINQUIÈME.
(JDiUel 1790) rBATBmiISATION. lOS