CHAPITRE VI
La fédéfûikm; icifiiu da champ de Mars; difpoiilion de U fêle; hoBBeurs rendua an ièdérét; oilboaaiaanie. — Ltça ira. «^ Let larmes ^arUtoerates » le eid ei Vorage arUioeraU9. — CoBMiiBtioii eîTile do elergé. — PropagaDde et coalition. — Dame nation et daine nobUêu. ^Baillj meMcé de Im lanterne; Blondinet, général def BlueU, — Diacordea. — Affaire de Nancy. — Hérobne de Deaillea* — Le camp de JaUt et la diiffonne. — Retraite déflnitiTe de VagUrteur. — Lea deux enfanta do diable. — SerTÎce en mémoire dea gardea nationaox de CiiâteaoTicax.
Les fédérés arrivent en foule ; le mois de juillet est commencé. De toutes parts les préparatlfe sont annoncés pour celte grande fête patriotique de la féUnHon. Ujêl abondance de comédies et de tragédies politiques, afln d'entretenir les esprits dans les meilleures dispositions. Tous les arefaitectes» tous les peintres, tous les sculpteurs, sont appelés à donner leurs avis pour décortr le Champ de Mars. L'Hdtel-de-Ville nomme les commissaires de la Me, et aussitôt les travaux sont entrepris. Alors» — spectacle unique dans nos Cutes nationaux,— tous les habitants de Paris indistinctement, le roi *, ies princes, les nobles, les abbés, les députés, les bourgeois, les marchands, les prolétaires, les étrangers* les fenunes» les vieillards et les enfants, tous mettent la main à Tœuvre. En quelque jour» les travaux de terrassement du Champ de Mars sont achevés, et il se trouve prêt à recevoir les gardes nationales et les troupes de ligne. C'est ainsi que les citoyens avaient répendn à l'inflation qui leur avait été adressée au nom de la patrie. Les travailleurs portaient des cocardes blanc et rose.
Comme prélude à la fête, il se fit une fraternisation entre Tannée per-
* Is roi trafallla 4e mbut liaon ' peraoneltaMent. Une sntrvre le reyréacste piochairt au. Champ de Jfan.
10» ASPECT DO CHAKP DB HAB9. (juUJHt 17M]
maneole et Fannâe ciloy enae, qui allait déployer «an dri^teau pour la première fois.
Ce drapeau était le même pour les 83 départements.
Le Champ de Han avait été disposé en fonne d'amphithéâtre^ et poavait Gontealr près de trois cent mille spectateurs. Un pont de bateaux, placé en taca sur la rivière, conduisait à un arc de blomphe, situé à l'entrée du Cliamp de Uars, sur te quai. Cet arc, d'architecture romaine, portait huit inscriptions, mélangées de prose et deTers : quatre i l'intérieur, quatre i l'extérieur. I^ premières étaient :
La patrie on la loi peat seale nous armer ; Honrona pour la défendre et vivoiu poor l'aimer.
GonaacréB au travaux de la GonstitDtioD, doob la terminerons.
Le pauvre, soub oe défenseur.
Ne craindra plus que l'oppresseur Lui ravbse son héritage.
(jajllel 1790) INSCRIPTIONS PATRIOTIQUES. 105
Tout noQB ollre un henrenz présage,
ToQt flatte nos plaisirs ; Loin de noos écartez Torage,
Et comblez nos désirs.
i les aulres :
Hons ne vons craindrons plus, subalternes tyrans, Vons qui nous opprimiez sous cent noms difiérens.
Les droits de lliomme étaient méconnus depuis des dècles; ils ont été rétablis pour l'humanité entière.
Le roi d'un peuple libre est seul im roi puissant.
Voos chérissiez cette liberté, vous la possédez maintenant, montrez-vous digne de la conserver.
Près de FÊcoIe militaire on avait coDStruil une immense galerie couvert^ toat ornée de draperies bleu et or, avec un pavillon au milieu. Dessous était placé le trône, ainsi que le fauteuil du président de FAssemblée àeélé, et la tribune royale derrière.
Au centre de rampbitbéâtre on apercevait Y autel de la patrie, posé sur un Blylobate carré de vingt-cinq pieds, et sur lequel on montait par quatre esc^Uers. Autour de l'autel, des parfums brûlaient dans des cassolettes antiques. On lisait sur la façade méridionale de l'autel de la patrie ces inscriptions :
Les mortels sont égaux ; ce n'est point la naissance, C'est la seule vertu qui fait leur différence.
La loi, dans tout état^ doit être universelle ;
Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant elle.
Du côté du nord, des anges sonnaient de la trompette, et étaient censés adresser ces paroles au peuple : « Songez aux trois mots sacrés : la nation,
106 SOLBMNlTi RELIGIEUSE. (juillet 1790;
la loi, le roi ; la nalioD, c'est vous ; la loi, c'est eacore vous ; le roi, c'est le gardien delaloi«
Ici, se trouTait une figure de la Liberté, répandant Fabondance sur le sol français y et protégeant Tagriculture; là, le génie de la eonstitutUm s'élevait yers le ciel ; plus loin élidt tracé, en grosses lettres, le sermrat fédéraUf*.
A proprement parler, la fête commença le 12. Les électeurs de Paris invitèrent à un grand banquet un fédéré de chacun des 83 départements. Le 13, le roi passa en revue les troupes arrivées, sur la place Louis XY et dans les Champs-Elysées. Et, le soir, on célébra un Te Detim à Notre-Dame précédé d'un hiiro^rame que FAssemblée électorale avait coomuuidé un an au* paravant, sorte de poëme biblique et lyrique sur la prise de la Bastille.
Le roi avait été nommé chef de la fédération, et, pour ce jour-li seulement, commandant de toutes les gardes nationales du royaume.
Le 44, dès la pointe du jour, les rues avoisinant le Champs de Mars étaient pleines de monde. A midi et demi, les troupes commencèrent à entrer dans l'enceinte. A trois heures un quart seulement s*op6ra le rassemblement des diverses bannières autour de l'autel de la patrie. Il pleuvait presque sans interruption ; mais les chants, et les farandoles , et les rires joyeux de trois cents mille spectateurs semblaient .triompher du mauvais temps. Aussitôt que le roi fut arrivé, l'évéque d^Autun célébra la messe, assisté de l'aumonier-général , du clerc de la chapelle et des aumôniers de la garde nationale, revêtus d'aubes blanches et portant la ceinture tricolare, ce qui les fit emphatiquement comparer i des hiérophantes par les journaux du temps. L'office étant achevé, l'évéque élevâtes mains, etap* pela la bénédiction du ciel sur l'oriflanmie de la France, confiée au courage des armées de terre.
Soudainement, le soleil brilla.
Les chants se firent entendre avec des trépignements de joie occasionnés par ce remarquable changement du ciel. Lafayette profita de l'instant propice pour monter sur l'autel de la patrie, ayant l'épée nue à la main, la pointe en bas ; et pour prononcer le serment fédératif, rédigé par l'Assemblée nationale le 4 juillet. En voici le texte :
u Nous jurons de rester â jamais fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi ; de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi; de protéger, conformément aux lois, la sûreté des'personnes et des propriétés, la libre circulation des grains et des
* Lei deMripUoDf de la fédération lonl en général peu exactei. Noua avona auivi celle que donne un liTre du lempa appelé la Confédération nationale, en ce qui ae rapporte d'aîMeura aux ariidei du Moniteur et du Journal de Paris.
Il 1190)
F&TE HILITAIII.
iVfl
tàbàMiMneft dans rinUrieur du royaume, et la pcvceplion des coolribuUous publiques, sous quelque forme qu'elles ezisleul; et de demeurer unis à loDS les Français par les liens indissolubles de la rralemilé. a
Ces parole* furent répétées par loul le monde, avec ««compagnement de lanfares, de chants mililaires et de décharges d'artillerie, tellement que lecanoD, la musique, les applaudissements faisaient, dit un conlempwain «slboosiasle , tmnbler le de! el la terre. ' a Peu d'instants après, les d^ paies, Domlnalivement, répétèrent la formule, en criant : Je lejure. Le roi, Isontour, BCdâcouTritfleTalaniainet dit :uHoi, roi des Français, je jure ila nation d'employer toulle pouvoir qui m'est délégué par la loi constiloliooBelle de l'état i maintenir la consUtation et A faire exécuter les lois. »
L'oriflamme de la France s'inclina pour recevoir le aerment.
c diJ.-B. C]ooltlU""i1
. Plrii, IttjuUIel ITS
408 PÊTB POPULAllE. (juillet 1790)
Les bravos, les cris recommencèrent, et furent suivis d'un second Te Deum,
Les fédérés se retirèrent en bon ordre.
Encore un serment de prêté — le même jour, à la même heure — dans les 44,000 municipalités de France !
La fête ofitrit ensuite un aspect populaire. On illumina; pun, un concert fut donné par le duc d'Orléans dans le cirque du Palais-Royal, avec un drame de circonstance ; puis, il se fit des joutes sur Teau et on tira un feu d'artifice ; puis, le peuple alla offrir un bouquet à la statue de Henri IV, sur laquelle cette inscription avait été placée : il eut Vamour du peuple ; Louis XVI est son héritier. Une ascension d'aérostat tricolore eut lieu dans le Champ de Mars ; un bal fut organisé dans la halle au blé et sur la place de la Bastille. Sur les ruines de la vieille forteresse s'élevaient des arcades de feuillage. Il était difficile de rien voir de plus animé. On dansait à la clarté des verres de couleur , selon Tavis fameux de BaUly. A côté, un transparent de la boutique d'un confiseur attirait les regards des passants qui lisaient :
Vive le roi.
Ma femme et moi »
Poorvo qu'il soit De bonne
La situation véritable des esprits apparaît dans ce quatrain* Une crainte involontaire traverse la joie des Parisiens, comme la pluie avait obscurci parfois les rayons de soleil qui éclairaient la fête.
Quoi qu'il en soit, les fédérés restèrent plusieurs jours dans la capitale, et reçurent tous les honneurs. Ils montaient la garde aux Tuileries. Ils étaient applaudis dans les promenades, au théâtre, dans les rues, seuls ou en famille. Les fêles, les bals, les banquets se succédèrent; et là, les premières places revenaient de droit aux fédérés.
L'Opéra jouait extraordinairement à leur intention'' ; la plupart des établissements publics étaient ouverts tous les jours; M. Mothier (Lafayetle) se fatiguait à les passer en revue ; les différents districts se les arrachaient les uns après les autres , et les régalaient,. A la Muette, on dressa une table de vingt-deux mille couverts. Une modiste du Palais-Royal vendit des uniformes de fédérées; les tabletiers fabriquèrent des éventails à la fédération;
• Journal de Paris, chaque numéro renferme quelque tvis lur ce poinl.
juil]ell790) EFrBT db la pédêiatiok. fW
kt éditeurs de gravures pablièrenl une iaflnjlé de tciiui de la fiéiratio» ; enfin, pluiears médidUeB éternUëreol la fête.
Les Parisiens en pleurs fircnl la conduite aux fédérés partants, en leur donnant à tous un jeton ou médaille, un cerUHcat de civisme, et le procësverlial de l'auguste cérémonie ; le Champ de Mars regut le nom de Champ it la FidiraHon. avec un autel de la patrie permanent ; un décret ordonna que le drapeau des fédérés serait suspendu au plafond de la salle des séances de l'Assemblée nationale *. Que de chansons,que de quatrains, que
* PrM> 4« XSUfoire it la ttvolatlon (raaçaiie, pir Ribiud Je S(-KlicDnc.
HO EFFET DE LA FÉDÉRATION. (juillet 1700}
d'épUbalames et d'odes patriotiques, ayant pour sujet la fête du H juillet t Marie-Joseph Cbénier, Fontanes, Pîis, Michel GuMères, etc. , ont saisi leur lyre, Ghénier a composé un hymne qui ressemble assez à une invocation au soleil ; Fontanes a intitulé Poëme séculaire son œuvre par laquelle il donne des conseils au peuple, et lui recommande de repousser l'anarchie autant que le sombre despotisme. Les deux derniers versificateurs, car ceux-ci ne sont pas des poètes, n'ont trouvé dans une aussi imposante solennité que matière à couplets. Les théâtres jouent, à propos de la fédération, le Dîner des Patriotes^ la Double Intrigue, le Journaliste des Ombres, la Famille Patriote, par GoUot-d'Herbois, quatre comédies remplies des plus purs sentiments de libéralisme.
Gette exaltation fébrile se fît sentir non seulement en France, mais encore à rélraager. A Hambourg, on fêta la fédération française avec force couplets : RIopstock lut deux odes relatives à la circonstance. A Londres, on joua un opéra ayant pour titre : La Confédération des Français au Champ de Mars, et qui fut applaudi à outrance. A Londres encore, le club des Amis de la Constitution^ correspondant avec celui de France, se fédéra, et en donna avis à V Assemblée nationale.
Tel est le beau eùié de cet événement que Ton ne peut retracer sans émotion ; mais, nous l'avons dit, et les faits vont le prouver, il n'amena qu'une trêve bien courte entre les partis. Même, les travaux du Ghamp de Mars donnèrent lieu à des manifestations politiques d'une énergie jusqu'alors inconnue, presque toutes dirigées contre les classes privilégiées. Les corps de métiers se rendaient en foule au lieu désigné pour la fête, portant char cun leur drapeau ou enseigne. Sur celui des frères Gordonniers, on lisait : le dernier soupir des aristocrates. Sur celui des Bouchers était dessiné un large couteau, avec cette menace : tremblez, aristocrates, voici les garçons Bouchers! Les imprimeurs avaient écrit sur leur drapeau : imprimerie, prc mier flambeau de la liberté I Sur d'autres enseignes se trouvaient ces mots : vivre libre ou mourir, ou seulement, ça ira, qui était le conunencement d^un refrain entonnàaouvent pendant les préparatifs de la fédération*. Il s'appelait le Carillon national, et avait beaucoup de variantes. L'original est, sans doute, celui dont nous citons ici le premier couplet :
Ah I ça ira, ça ira, ça ira I Les aristocrates à la lanterne; Ah I ça ira, ça ira, ça ira I Les aristocrates on les pendra.
La liberté triomphera; Malgré les tyrans, tout réussira, etc., etc.
' Voir Confédération naiionate.
Jliiliel 1790) GUEEHB CIVILE ET ÉTEANGÈRE. 11 1
Oo dit que le CarUUm natûmàl fut composé pur Dupuis, auteur de FOrt* §m ie tous les euUss^ et que les paroles furent adaptées à un air favori de Mtrie-Antoinette*. D autres chansons furent aussi comiKMSées expressément pour le jour de la fête ; presque toutes plaisantent, narguent, menacent les nobles et les prêtres Le matin du 44 juillet, il pleuvait à verse : quelques geos disaient que les ennemis de la liberté avaient fait une neuvains pour oblenir du mauvais temps par leurs prières; que les ondées qui se succédaient étaient des larmes d'aristocrates^ par eux versées à la vue de la joie géoérale; que le ciel lui-même était orùlocrat^. Comme il tomba cinq averses pendant la cérémonie, on les qualifia û* Orage aristocratique en cinq actes, Héëitons, notamment, ce quatrain sur la fédération, récité au eluh de 1789;
Au quatorze juillet, grand*féte i célébrer I Mais ce beau jour passé, le lendemain que faire ? Que faire...? nous irons, sans deuil, sans frais, lever De rAristocratie un extrait mortuaire**.
Certes, cm était en bon chemin pour cela. La politique se brouillait, et la cérémonie du quatone juillet se passait à l'instant même où deux faits extrêmement remarquables s'accomplissaient à leur tour, et allaient provo* q!ier,riinla guerre civile, et Fautre la guerre étrangère. Il s'agit de la (kmstUutiom du ekrgéy et des progrès de l'émigration.
Camus, pieux janséniste, aidé de ses amis politiques, avait, dès le commeoeementde juillet, provoqué la régularisation du temporel de l'église. C'était, de sa part, pouvait-on croire, uniquement zèle religieux. Il cherchait émettre le clergé en communion d'intérêts avec le peuple ; et, pour cela, il demandait une réforme temporelle. Le côté droit vit dans la motion de Camus un moyen par lui employé pour servir la cause de la secte de Jansénius. Il la repoussa de toutes ses forces. Le 42, néanmoins, le projet de Camus fut adopté dans sa plus grande partie. Circonscrire les limites des diocèses, proclamer l'élection populaire des ecclésiastiques, supprimer le casuel des évêques et des curés en leur affectant un traitement fixe : tel était ce décret fameux, connu sous le nom de Constitution civile du clergé- Les prêtres s'abandonnèrent à une désolation indicible , et ne tardèrent pas à se dire persécutés, parce qu'on les mettait au rang des salariés. «Inutiles doléances ! les citoyens, eux , ne voyaient dans ce fait que la distinction du temporel d^avec le spirituel, puisqa'aucune atteinte n'était portée au dogme, ni même à la discipline fondamentale de l'église. Louis XYI en
' Voir Encyclopédie des gens du monde, i. vu (article Déaddé). *' Recueil de vers patrioliqoei, tiré da cabinet de M. Maarin.
112 CHANSON DE BRUXELLES. (juillet 1790)
jugea autrement. Avanl de sanctionner le décret, il écrivit au pape de venir en aide à sa conscience. Résolution funeste; car celte démarche fut connue et généralement blAmée. Le pape fit longtemps attendre sa réponse. La Constitution civile, avec le serment ecclésiastique, ultérieurement dé* crélé, est devenue un des plus insurmontables obstacles à la concorde générale.
Au-delà du Rhin et du Pas-de-Calais, les affaires prenaient une tournure non moins déplorable. L'œil fixé sur la France, les souverains de l'Burope, encouragés par les émigrés, se flattaient de replonger notre révcdution dans le néant, et armaient. Le docteur Price, envoyé à Paris au nom des amis de la Constitution de Londres, dénonça par écrit à l'assemblée nationale les projets belliqueux de F Angleterre, et invoqua Félroite union des deux peuples*. « Cette lettre, dit un des Lameth, révèle au monde le secret des tyrans et celui des peuples... Il.est temps que les peuples s'entendent contre les tyrans dans les moyens de sortir de l'esclavage. »
Voilà les propagandes opposées aux coalitions. Les deux principes sont en présence, et il va se passer entre les rois et les peuples de l'Europe une lutte acharnée, une lutte qui ne finira qu'avec le triomphe de l'une ou de l'autre cause. L'émigration souffle ou entretient le feu de la discorde en France ; au dehors elle va combattre dans les rangs des armées étrangères. Elle se croit fondée en droit à faire peser le même poids dans la balance dame Noblesse et dame Nation. Aussi chante-t-elle à Bruxelles, dans ses festins bachiques :
Au piquet Dame Nation
Joue avec la Noblesse.
Celle-ci joue avec guignon ;
L'autre triche sans cesse.
Cependant, malgré son malheur,
Pour elle je parie :
Il ne lui faut qu'un roi de cœur
Pour gagner la partie **.
Tous ces manifestes invitent le roi à se mettre à la tète de l'émigration ; mais Louis XVI est encore irrésolu. Alors elle s'en prend à l'armée, et l'excite à l'indiscipline; l'armée est en effet un centre redoutable, entretenue comme elle l'est par les dons patriotiques qui atteignent déjà la somme
* MonUeur universel,
" Monltettr univemet, lous la rubrique Pays- Bai.
(août 1790) DUEL FOLITIQUE. 113
de douze millions cinq eent mille francs*. Les émif^és , d'ailleurs , ne doutent en aucune façon du succès; leur voyage sur les bords du Rhin ne doit é(re, selon eux, qu'un courte promenade. Ils reviendront mettre les niveleurs â Ja raison, et rendre son velours au trône monarchique. Ils sont partis de France, sans avoir même arrangé leurs affaires de famille ; ils sont allés ooDsulter seulement Tempereur d'Allemagne sur les manœuvres qu'ils emploieront pour soutenir la cause royale. Leurs amis du dedans travaillent les opinions, préparent les circonstances; et quand ils trouveront, eux, riostant opportun, ils reprendront leur place au sommet de Féchelle politique. Tel est le langage des émigrés; malheureusement, les faits répondent â leurs vœux.
Bailly, qui n'avait été jusqu'à présent que maire provisoire, fut élu à la mairie définitive, ce qui déplut aux patriotes et aux aristocrates tout ensemMe. Ils s'en consolaient cependant en disant :
Si ce choix mène à la lanterne.
Autant garder notre Bailly.
Oui".
Cest que Bailly semble aijx uns trop roturier, et aux autres trop tniiché encore des vieilles idées. Les patriotes, amants de l'égalité, le gourmandent parce qu'il se promène par la ville dans un carosse escorté de deux cavaliers, parce qu'il habile le plus bel liôlel de la place Vendôme, et parce qu'il donne audience. Bailly passe décidément pour un aristocrate, et son ami Lafayette est regardé, lui, ni plus ni moins que comme un dictateur. Autrefois, on l'avait appelé Gilln-Citary maintenant c'est Cromwell pour les uns, et BUmdin^y général des Blaets (gardes nationaux) pour les autres. La vie de BUmdinet passe de mains en mains, au moment où les fédérés qui, au contraire, l'estiment à haut prix, viennent de lui envoyer une adresse flatteuse avant leur départ. Toujours Bailly et Lafayette ensemble f Plus tard, ils se sépareront : celui-ci sera prisonnier hors de France ; celui-là montera surFéchafaud.
Ce levain de troubles se manifeste plus encore pendant le mois d'août. Le li, un duel politique a lieu entre Gazalès, Vhomtne de la cour, et Baniave, rhomme du peuple. Le 15, au faubourg Saint-Antoine, la garde nationale est injustement assaillie à coups de pierres, pour avoir voulujsau ver un filou que des passants allaient pendre sans forme de procès. Enfin, Gamille-Desraoulins, connu pour ses articles caustiques et d'esprit impitoyable, est
* ioKfftaf de Paris, C*eti eboie consolante que d*j lire let lislet de soufcriplion. ** JoMrnal de la cour et de la vtUc, tonée 1780.
lu AFFAiBB PE NANCY. (septembre 1790)
insulté chez le Suisse du Luxembourg, par Naudet et Dessessarts, comédiens du théàlre de la Nation. Il refusa de se batlre en duel*; avec raison, car pour peu que les affaires eussent continué à marcher de ce train, la question politique n*eût plus accepte pour juge que Fépée.
Pour atteindre le but qu'ils s*étaient assigné — de jeter des germes d'indiscipline dans Tarmée, — les contre-révolutionnaires lancèrent une masse depamphlets et de libelles , prêchant des doctrines opposées , mais tendant tous à relever le soldat de la soumission due aux offîciers. Ces manœuvres amenèrent de prompts résultais. A Nancy et à Metz, Tinsubordination éclata parmi les troupes de Mestre-de-Camp, du régiment du roi, et parmi les Suisses de Ghàleau-Vieux. Les soldats , irrités contre leurs chefs ennemis avoués de la révolution, se mêlèrent aux ouvriers mécontents de leur situation, s'emparèrent des drapeaux et des caisses, et emprisonnèrent un bon nombre de leurs officiers. Il s'ensuivit un combat qui coûta la vie à onze cents hommes Le général Malseigne et le marquis de Bouille conduisirent celte affaire. Bouille, universellement mal vu en France, ne s'attira que de nouvelles haines par ce-coup d'éclat. Paris trouva amère cette victoire remportée par des Français sur des Français, et les esprits furent diyisés pour savoir de quel côté était le bon droit. II y avait à redouter un mouvement : parmi les Parisiens, les uns voulaient aller se plaindre à SainU Cloud; les autres se rendirent aux Tuileries, sur la terrasse dite des Feuillants pour demander le renvoi des ministres. Ils s'étaient faufilés dans la foule attirée par le transport d'un modèle de la Bastille en pierre, sorti des chantiers de Palloy , et que celui-ci voulait présenter à l'Assemblée**. La garde nationale parisienne et la municipalité approuvèrent la conduite du marquis de Bouille , fort décriée par les journalistes et les clubistes. Mais tout le monde fut d*ac4:ord pour louer l'héroïsme du jeune Desilles, officier du régiment du roi. Il s'était placé, pendant le plus chaud moment de Faction, devant la bouche d'un canon, en criant aux révoltés : <x Tirez, malbeureux* qui voulez votre perte et celle de vos frères. » Regardons cette belle action comme le présage de toutes celles qui se produiront mille et mille fois pendant les années suivantes, et que nous serons toujours heureux et fiers de raconter.
Desilles mourut. Plusieurs pièces de théâtre furent représentées en son honneur; une d'elles était intitulée le Nouveau éfÀssdS*
La guerre civile a éclaté. Sans les Gé venues, il s'est formé un noyau contre-révolutionnaire. Sous prétexte de fédération, trente mille hommes 0e sont assemblés dans les plaines de Jalës, et ont juré de marcher sur
* Voir les Révolutions de Paris, ptr Pmdhomme. Passim, ** Difcouri de Dnpont de Nemours i l'AMemblée nalionile.]
(«epf ambre 1790) hbckbh s'ebt va. 115
fAssemblée nationale et de g^opposer A ses décrète. C'est ce qu'on a appelé le camp de JaléB. Peu â peu celte faction poussa des racines ju8qu*en Provence, et en particulier à Arles, où on la nomma la ehigbnne , sans doute fiaree que son signe de ralliement était un petit «tpfto», par corraplion eMfb», chex les paysans provençaux. Les hommes le portaient en or oh 60 argent à leur boutonnière ; les femmes ûe qualité le plaçaient sur leur sein, et l'entouraient de diamants *.
Le camp de Jalès est le précurseur de la Vendée.
Nous avons entendu les Parisiens demander le renvoi des ministres : ils ftirent satisfaits. Necker abandonna le ministère le 4 septembre. Cette troisième et dernière retraite de l'agioteur n'amena pas les résultats des préeédentes. De fait , son règne était passé depuis longtemps : des épigrammes furent placardées à la porte de son hôtel, et une caricature représenta 0 le grand ministre réfléchissant sur les produits de l'agiotage, d Sous son portrait on plaça ce distique :
J'ai laissé le peuple sans roi.
Et le royaume sans finances **.
BfTectîvement, fl abandonnait le timon de TÊtat, alors que soufflaient les veats de la tempête, obéissant à la nécessité ou peut-être à la peur. Il n'avait pas réussi plus que Calonne à combler le déficit; le numéraire était aussi rare qu'il Tavait jamais été. Necker, le réformateur^ fut un homme diflkile à apprécier exactement, parce qu'il a écrit autrement qu'il n'a agi. D fit de la politique à propos de finances, et de la finance en face des questions politiques. Necker a été Thomme des demi-mesures, et c'est pour cela fo'il a passé par toutes les phases de la popularité sans parvenir A fixer sur lui pour toujours Fadmiration publique. Cet homme, dont l'avènement au ministère avaitétéun triomphe, se retira sans que l'on pensât à lui, dans une petite ville de la Suisse. Et quand, plus tard, il lui arriva, A plusieurs re- ' prises, de rompre le silence, sa voix ne fut pas même écoutée. La politique Cit comme l'huUe qui communique à la mèche une flamme vivace; si la ■èeiie n'a pas la forée de l'attirer sans cesse vers elle, l'huile, en s'absorbant, la laisse impuissante et carbonisée. Necker était toujours resté dans les mêmes voies; le moment de sa chute était venu.
Elle contenta fort les hommes du côté droit qui lui en voulaient personneUement , et qui espéraient, avec apparence de raison , que dorénavant
' * Celle faelioB ûta SêphciOen fal bientèl anéanlie, mail te reproduiiit bien plu Urd toos le Bon de Compagnie de Jéhu, Nom en reparleroni. ** Exilait da Cabinet de M. Lalerrade.
i:.£; .♦♦--. liji -r: .1 ETir-m'-'nw >.i ir ot «^.ir i L— ^im::te'* raLonal»? " dt' '*.*L.!.r I 11 •/* ru •!.»* 1 I 1-- -'ii:.. • — Lup» >— l^io i* n.'T l.i r»^> .«luliin r''tr inia {»^ ±dr in*i?î^. — L*> i«*Tir '«ï . ii T:r-r*î.. : * l't ; m'.i <i' .<'i«:e.' i.i -mue t [i,e'iti: -'fi . L<?> oi.i:>drx :? ir-?' •: il'^îi: . iinâ une ci ricature, ni i l'Oit ii> ru v'-tii J iù.z^. \LiirT i»*:» 'fL{ri...»:"5 i'i'i-dbio.
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D tipr-'imen.l i'- i.: -t»^ i'rr:'t*« is /ii •]•»> pî :s :>r'ne< ii»MVnseurs ijesparienien'.s. V ,i.a i:î.rarat* «i»? n:»:r r: [* ur le> iiMCTies L't [^< choses se mttdi- 5M.r*nî A.Q-'i. 1* ur «in •!• f]r»*r i^ ji re *\*i'n.L\ :i«jis r.ipp»*..ernn5 que le il) un T^rvj'*^ -^u ih'-nnt^'îr •! :S ?♦ i«ia >-*:i • y»*;:» i;i«'s a Niiii-y t'ul célébré lia ni .e ■•h-imp «i»? 'd te lera . n L^-* .^\:ar e.iiejr- e.i tirerU a ilarU. Mjis ie> ^« iir'^.aux -• *t * nn-rer t^ ;e '. vG n ■^ù pa^ :ii pe-i *« nue a'i\ snltl^ls des r"-i meuii «in r-.i e- «i* <Z :à ^a .-V eux. f;."^ vi.rï-r (.>s/i.v,/»es . disaient ils, par .e^ -.rlr^^ au niar-ji s .'■» B- «ii' e Ch :r^ •:ere:ii«'ii:e ne réunissait pa* 'iji*! .'-^ '!^*:Tr!:i'^s Lt n^'ii^ î, [-^ Di'i< zeie i-'.-ii .tj'.nur lie^ R'irnimions df Par\i T^ts.a .i'- riH.iir.r Ui <::' y»?!!, pp nt:r«;a ' u.* .iiM:iwrs5ur la tunibe du ,eu:ie i«.n:me. ri en'emi'-e oe- par. tes : • <J i.ire «\.èi-e a lom. les orurs pa- •/'• **t>i ^,n .çii 'an* i!e*:«.* viL-^e :e îiii>« r-fî» p» .ir .» r^k-.re rar-s le sein de I E.-r-ie.. • a <i re i n. > (■: r^j^ des n-:::.::e;: s : . r'.i et de Chàieaii-Vieux t\ . .. ;e..r r»^s e e.:o:,r'^ l'»s a • is q:. p -e':-.-.!: - .r V-j:- >4.rt, e' qiie leur sauf leri T'^î.:ié' ♦ Dans m -u "e. . ::e r^''/a:•l■-.'Kl ec'a.j':le .eur aé:é accurdée: i *^ :r' i'.iiix (i'a:. '..i;r . a it mî: e.^^ e> jor- s . .-.e ep« qie uliéneure; les a«.a:r.;«-s .; .e t* iftti. ^i •• • i-[>r)^ ...» a ^^ :..rd .. i: V -s i- ymcj, ont reçu, eu 17''"2. le .'.«.'fil de 'i'i'> ");/•'.>>:.'•<,"<.
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n-'-ji '^ ,A<.
f:>' D'. •:iïvr"-TL' SliitMii.
liô tu AB APftÂs. (seplembre 1790)
les événemeDU se saceéderaient de plus en plus désastreux. Trois semaines après, d'Espréménil osa proposer à TAssemblée naiioDale « de rélablir toul cequ'eUe avait détruit. » — Imposssible de nier la révolution avec plus de hardiesse. — Les députés lui crièrent : « Au eomiié de santé I au camiié d^aliination I Les plaisants prétendirent, dans une caricature, qu'il était sorti avec Fabbé Maury des entrailles du diable.
Deux diables en volant
Firent une gageure,
A qui ferait le plus puant
Sur l'humaine nature.
L'un nous donna Vabtié Maury,
L'autre en devint tout pâle.
Et nous lâcha d'Esprémény (sic)
Et toute sa cabale.
DTspréménil avait été autrefois Tun des plus fermes défenseurs des parlements. Voilà comme de jour en jour les hommes et les choses se modifiaient. Ainsi, pour en donner un aulre exemple, nous rappellerons que le 90 un service en Thonnenr des soldals-ciloyens tués à Nancy fut célébré dans le champ de la fédération. Les déparlements eu firent aulant. Mais les journaux s'étonnèrent que Ton n'eût pas un peu songé aux soldats des régiments du roi et de Château-Vieux, légalement assassinés , disaient-ils, par les ordres du marquis de BouiHé. Celte cérémonie ne réunissait pas tous les suffrages. Loustalot, le plus zélé rédacteur des Révolulions de Fam, venait de mourir. Un citoyen, prononçant un discours sur la tombe du jeune homme, fit entendre ces paroles : « Ombre chère à tous les cceurs patriotes !en quittant cette vallée de misères pour te rendre dans le sein de rËlernel, va dire à nos frères des régiments du roi et de Château- Vieux qu'il leur reste encore des amis qui pleurent sur leur sort» et que leur sang sera vengé*. » Dans la suite, une réparation éclatante leur a été accordée ; les brigands d'aujourd'hui ont été les héros d'une époque ultérieure; les hommes que ïami du roi appelle aujourd'hui héros de Nancy, out reçu, en I7t)2, le nom de Idches oppresseurs.
Changement de ministère, partis s'agltanl dans l'ombre, influence de la presse, oubli croissant de Vancien régime^ — et il y a une année à peine que se sont passées les journées des 5 et 6 octobre.
* L*arocat LousUlot mourut à l'âgs de vin^t-dcux aoi .
FIN nu CHAPITRE SIXIÈME.
lis
fitCaST aUH LB CLUGi.
(oovembra 17901
écloces dans le cbamp révolutionnaire. Elles prouvent, d'autre part , combien les esprits s'élaienl matérialisés , et combien il était impossible de les rendre attentifs, autrement que par des formes extérieures et des grands mots pleins d'exagération et de banalité.
Cette maladie des phrases i eVùel avait gagné l'assemblée aationale > naguère si laborieuse. Nous possédons une carte d'entrée, signée Barnave'
ponr assister à une séance fameuse par un décret qui condamnait A mort le* faussaires d'assignats.
Le la novembre, Cbarles Lameth se battit en duel avecleducdeCastries, pour fait d'opinion, et fut blessé. Le peuple épousais querelle du vaincu, et prétendit le venger en dévastant l'bô.el du uuble duc. Il ne pilla pas . tt même respecta un portrait du roi. La presse palriole honora Lamelb , en donnant publiquement, presque chaque jour, des nouvelles de sa sauté; l'assemblée nationale, en nomnant aussilAl pré-ildent son frère Alexandre. Somme toute, dans cette occasion, les noirt eurent le dessous : au bas d'une vignette, retraçant le fait de la dévastation de l'hôlel de Caslries , nous trouvons oei mota : « Moyen expédilif du peuple français pour démeubler un aristocrate*.» Hais les notri cherchèrent A prendre lenr
' Dini la* BAvlaUmi iê frmt* (I i* SrflhiM, p4r Cimille Dnmoolffit.
(DOTeoilire 1790) SBRiiBirr BCCLftmAsnQiiB. fl9
Fetanche fMr tous les moyens possililes. Quelques Jours après ce déplorable duel , ils applaudirent à outrance Messala » dans le Brutu^ de Voltaire , au Théâtre-Français. Là-dessus, Prudhomme, éditeur des RémlutUmê âé Paris, les plaisante et leur Tait dire, à propos de cette tragédie :m Ehl maU I nwn dieu I t'est ivQmoYABhB f enyÉiTÉ, t'est inimaxinable.,», mais il fi'y ataii itme pas de teuteh akt-oékèal de poïcb dans ce temps-lâT b Yoiei naître le langage des incroyables, si fameux sous le Directoire. Ajoutons , et 1& cesse la plaisanterie, que Prudhomme a bien soin de faire remarquer que Tarquin n'est pas Louis XTI,
Plus tard , les noirs profitèrent encore d'une représentation A'Iphygénie m Âulide, à l'Opéra, ponr bisser lecbœur chantons, eiléhrons notre reine. Ils enTahirent la rédaction de plusieurs feuilles littéraires, tel que le Mer* cwre de France, la Gazette de Paris, etc^. L'opinion du Mercure^ depuis leur irruption , apparaissait toute entière dans cette énigme qu'il proposa un jour à ses lecteurs :
Rarement dans ma pocbe et toujours dans mon cœur.
(Loms.)
Cependant les collègues de Necker , efTrayés sur l'ayenir, et se voyant débordés par tous les partis, donnèrent leur démission. Ils tombaient sous les coups des Jacobins. La Luzerne fut remplacé par Fleurieu , capitaine de Taisseau ; Champion de Cicé, par Duport du Tertre ; de la Tour du Pin , par Dupor tail ; Saint-Priest, par Delessart. Montmorin resta seul en pface. Tous ces hommes, qui, pris à part, ne manquaient pas de talent , formaient UD ensemble politique entièrement nul. Au resie , le roi avait des projets de Tuile, et s'inquiétait peu des affaires gouvernementales : pour lui c'était assez que d'avoir Tappui du marquis de Bouille et de Mirabeau.
LeS7 Doyembre, le torrent se grossit. L'a>)semblée nationale décréta le complément de cette constitution civile du clergé qui allait soulever tant de résistances. Le Pape, auquel Louis XVI en avait appelé pour le repos de sa conscience , s'opposait indirectement aux changements du temporel, que l'arcbeyéque d'Aix avait su habilement confondre, dans un mémoire avec le spirituel**. L'assemblée s'obstina; des plaintes contrôle clergé lui étaient adressées d'un grand nombre de municipalités du royaume. Elle décida que les ecclésiastiques jureraient d'être fidèles à la nation , à la lo
* Ckfûnique de Paris, Journal bien au courant dei faiit, ^ ■
' ** Bgposé des principes des éviques de VassemMie natUmate»
lio QUSBELLB RBLiGiECSE. (déeemlire 1790)
et au roi, et de mainteDir la constitution civile, sous peine d'être remplacés dans leurs évéchés on dans leurs cures.
Cazalès avait parlé de toutes ses forces contre le décret. Inutiles discours ! mais, dans sa péroraison, il annonça des vérités qu'il faut citer ici. Le serment ecclésiastique est décrélé. « Alors, avait-il dit, le schisme est introduit, les querelles de religion commenceot; alors les peuples douteront de la validité des sacrements ; ils craindront de voir fuir devant eux cette religion sublime qui, saisissant Thorome dès le berceau et le suivant jusqu'à la mort, lui offre des consolations touchantes dans toutes les circonstances de la vie : alors les victimes se muIliplieronU le royaume sera divisé ; vous verrez les catholiques, errants sur la surface de TEmpire , suivre dans les cavernes, dans les déserts, leurs ministres persécutés; vous les verrez dans tout le royaume réduits à cet état de misère et de persécution dans lequel les prolestants avaient été plongés par la révocation de Tédit de Nantes *. j»
Alors, en effet, les prêtres se divisèrent en deux camps opposés. Ceux qui prêtèrent le serment furent appelés les anermentés ou êermentaires par le public, préires jureurs et intrus^ par les abbés qui s*y refusaient et que Ton qualifia des noms de prêtres réfraetaireê^ rebelles^ insoumU^ insermentés'*, La persécution contre ces derniers devint chose avouée et comme toute naturelle ; la presse et le dessin en firent presque une affaire de mode. Les soutiens de la constitution dirent aux insermentés :
Au milieu de Véclat le plus pur.
Tu restes dans le clair-obscur.
Et ils indiquèrent ce moyen de les amener à prêler le tant redouté 8er« ment, a Une gravure représente un prêtre eu chaire; une corde, mue par une poulie , et tirée par des patriotes , lui fait lever les bras. » Dans d'autres estampes, les réfraclaires et les noirs avaient des serpents dans la bouche, et le peuple disait : qui se ressemble s'assemble.
Un décret qui accorde des secours pécuniaires aux vainqueurs de la Bastille et à leurs veuves ; un autre décret qui commande une statue pour l'auteur û' Emile , et qui ajoute que sa veuve sera nourrie aux frais de Tétat; un autre qui change la maréchaussée en gendarmerie; et enfin l'acceptation pure etsimple de la constitution civile par le roi— nous conduisent jusqu'à l'année 1791. Mais il faut remarquer, à propos des deux premiers décrets, que Ton récompensait les hommes du 14 juillet, au moment où l'Ami du peuple en accusait un grand nombre d'être mot»-
* Dtfcours de\CazaIès. Séance du 27 norembre 1700.
** Euai historique sur la révolution française, par Pagaoel. ^ ,^
(déeembre 1790) mxnm bb l'aiticéb. lîi
€%afds % et eela avec preuTes irréfragables ; et que Tassenidilée, par son dé* cret sur J.-J. Roussean, s'était traînée à la remorque des idées du jour**.
Faisons maintenant un retour sur l'année qui vient de s'écouler. ExamiiioDS réiat des mœurs* de la littérature et des modes. Toute la matière de ce chapitre nous y amène sans le moindre effort. Le club de$ amU de la vérité nous a montré la politique par son côté ridicule ; les duels nous Font Dootrée sous son côté exclusif et irraisonnable. Le serment du clergé a doDDé à la révolution la couleur d'une querelle religieuse. Nous allons voir cpiel pas a été franchi, et nous laisserons au lecteur le soin de comparer cette revue de 1790 à celle de 1789.
Des tribunaux de commerce avaient été établis dans presque toutes les Tilles de la France, divisée en départements. La ruine des parlements et des cours de justice avait été consommée. Une nouvelle organisation judidtire s'opérait, par la création des juges de paix, des tribunaux conciiiaeors, et d'un tribunal suprême de cassation.
^ Le nom de maréehaustée avait été changé en celui de gendarmerie na* tiMuUe.
Les jurandes et les maîtrises avaient été abolies, et remplacées par les pilentcs.
Il y avait eu suppression totale des ordres de chevalerie, et pourtant les croix de Saint-Louis étaient prodiguées ***.
L'égalité des poids et des mesures, l'égalité dans le partage des successions était reconnue.
Plus de droits d'aînesse , ni de droits seigneuriaux, ni de droits d'aubaine.
Les ecclésiastiques étaient exclus dorénavant des fonctions publiques, jugées incompatibles avec leurs devoirs de prêtres; et im décret avait porté le dernier coup à leur pouvoir temporel, en déclarant que le mariage aux yeux de la loi n'était qu'un simple contrat civil.
Plusieurs associations importantes prospéraient, entr'autres la eœiéié de$ Meemions et découvertes^ celle des nomophUeSf et la société fraternelle des haï- Us^ Les théâtres étaient très fréquentés ainsi que les cafés, notamment le ca(é Beoucaire, sorte de buvette où se rendaient les jacobins.
Les gravures obscènes, les ouvrages licencieux s'étaient accrus d'une façon efirayante. Les doctrines les plus subversives étaient acceptées : des écrivains expliquaient la différence existante entre le régicide et le tyranni-
* n bat lire, sur ee décret, leiréflexiooi de Mirât, dim «on Journal, fAmi du Peuple. *' D^à le théâtre de la Nation afalt offert à la venve de J.-J. Rottiaeen de Jooer i son béo^ See.
*** ^Mluttmu de Paris, Os ajipeliit les ddcoréi eheralien de tto lifrei (5 l0ttia)« ,
I2S Atat DBS CLUM. (afloée «M)
eide. 11 se répandait des idées de divorce et d'émandpatieD poar les dames, auxquelles on avait dédié le Journal le Lffcéedeê /emmes%eDUèrenientTOQé à la défense de leurs intéréts.Une actrice patriote, Rose Laeombey avait fondé pour elles un club qu'elle présidait**. BUes portèrent des coifAires à la nation et aux charmes de la liberté .
Il n'était bruit que de Rousseau et de Voltaire; nombre d'abbés pré^ cbaient des sermons patriotiquee ; et, conséquemment, beaucoup d'églises étaient déjà interdites au culte catbolique. On comptait dans Faris quinie cents maisons de jeux, et les lieux de débaucbe affluaient de toutes parts. Néanmoins, la municipalité avait cru devoir faire cesser les combats du Taureau , comme « déshonorant jes lois et les momrs d'un peuple libre ***. »
La politique agrandissait toujours son domaine. Souvent, lorsqu'une question intéressante devait être débattue à l'assemblée nationale, le peuple passait la nuit aux portes de la salle pour pouvoir s'y introduire dès l'ouverture****. Aussi, les émeutes devenaient périodiques, et il arrivait fréquemment qu'on insultât un homme , à la promenade ou en ideia théâtre, à cause de ses opinions politiques. Par prudence, les épées ni les cannes n'étaient plus tolérées dans les spectacles. L*abbé Maury ne sortait qu'incognito, pour ainsi dire. C'est que les peurs pi^iques avaient fait place à des appréhensions presque toujours fondées. Les vols à main armée, les malversations des fonctionnaires publics, les faux en matière de commerce et de billets, les incendies des céréales « les assassinats , étaient en grand nombre.
Les clubs se préparaient à une guerre active les uns contre les autres. La plupart des vainqueurs de la Bastille se réunissaient, sous la présidence du brasseur Santerre, malgré la défense de Lafayette *****. Jusqu'alors Tinimitié la plus déclarée existait entre les Monarchiens et les Jaeohins : cela tenait, non seulement â la divergence de leurs opinions « mais encore, et surtout, à leurs manières et à leurs habitudes antipathiques. Les CoréMisrs et les Jacobins comptaient dans leurs rangs Marat , Robespierre , Camille Desmoulins, Fabre d'Bglantine, etc. Ils étaient les plus ardents de tous les clubistes. Leur énergie devenait notoire et proverbiale. Le Jacobin, aux yeux de ceux qui aimaient la tranquilité^ était nécessairement un homme absorbé par la politique, dont le portrait en pied ressemblerait à ce dessin
* Journal de Paris, Lei avis pour la création de ee Jonrnal ionl toat-à-fail éirangea.
** Pluf tard, Rote Laeombe présida ee eittb, eoifféo d us bonnet ronge.
*** 'Cette iupprenion date dn 10 leptembre 1780.
**** SSëoi sur la névolutlon françaUe, par Beanllen.
***** Le JownsAde Bmis impriuM In détenan IbraMlledo LafiyeNo.
ta vogue i l'époqae. Le SteoUt trotte et n 4épéche; il se rend au club, eni(oaiit d'être eo retard, et dit ;
-J'ÏW
II Jacobin*.... Tmii la Waa. >
Les politiques qui étaient de meilleure composition , qui étaient les plus crédules, les plus aimables , et eu m£me temps les plus douces persoenes 'a monde, recevaient le litre de feuiUantt ou de modérit. Ceux-là s'huma- ■liiuent facUemenl. Ils Tréquenlaient uusi bien les salons des Tuileries que les souterrains du cirque ; Us conservaient les formes courtoises et de bon Ion. Leurs brochures ne contenaient rien d'obscène , ni d'immoral C'étaienl de véritables soldats-citoyens, exacs dans leur service de garde naliODale , et ne se permettant que rarement des allusions ou des discours réToIntionnaires. ils obéissaient avec zèle aux eommandemmli de la pairie, oaiici^gae dei gariet nattotalW, que nous alloua réimprimer ici pour l'édiScalion du lecteur :
La nalion tu serriras Et le prince fidMement.
lamais les loix tu n'enfreimlr« Ni la régie du régiment.
Tes camarades chériras Comme tes frfaws tendrement.
' ItinU iê rjUmnach d» pirt mctow, pou fuata irM.
LU nmLLitrrs.
ParThonneur ta te conduiras Ea tout, partout et constamment.
Municipaux respeclerafl Et dislricl et département.
Aux f rades tu n'élèveras Que le mérite seulement.
Dans tous iegpoînlg obéiras A tes chefs scrupuleusement.
Ton poste n'abandonneras Qu'au signal du commandement.
Tous les ans renouvelleras Ton patriotique serment.
'Vivre libre ou ne vivre pu Sera Ion cri de ralliement.
(année 17M)
An physique, ils se seraient bien (gardés démarcher sans l'uDiforme de garde nationale, ou, en bourgeois, de rompre avec les perruques longues. On exagérait leurs habitudes; el bientôt l'idi^e qui se présentait à l'esprit , au seul nom de feuillants, était celle-ci : un vieillard, avec la rouillarde au côté, la canne i la main, les boucles aux Ans souliers. Ils allaienttrès pacifiquement par les rues, psalmodiant çà et 1& quelques homélies sur les avantages de la tranquillité. Quel que pût être leur enthousiasme. Ils évitaient de s'r livrer, par crainte de friser le mauvais goût. Aussi, comme ils avaient ce que nous ne pouvons appelermieux que la toumurc^on&ommc/ Voyes :
■ Oa n-tltcnd tn rmlUni. i
/il ySa^^f 4/^
{maiéei'Mi ^ FBmsoiiNALiTis. m
Pour les uns, — c'était leur portrait; pour les autres,— c'était leur charge.
Au pmnt où nous en sommes commence Fhistoire des modérés pendant la réTolution, histoire comique d'abord, puis sanglante.
La littérature devenait toute politique. Son chef de file, r Académie, pissait pour être aristocrate, bien qu'elle eût donné en sujet de concours, pour le prix d'éloquence, l'éloge de J.-J. Rousseau *•
Le plus souvent, les poètes se contentaient de faire des épigrammes , des acrostiches, des madrigaux , ou de chansonner les hommes mis au ban de f opinion puMique. Lebrun, par exemple, avait proposé un jour cette énigme sur fabbé Maury, dans le journal la Bouche iTor :
L'abbé.... n'est point un impudent.
L'abbé.... n'a point l'air d'un pédant.
L'abbé.... n'est point homme dlnlrigue.
L*abbé.... n'aime l'or ni la brigue.
L'abt>é.... n'est point un envieux.
L'abbé.... n'est point un ennuyeux.
L'abbé.... n'est point un mauvais prêtre. L'abbé.... n'est cauteleux ni traître.
L*abbé du mal n'a jamais ri.
Dieu soit en aide au bon abbé....
Cela dégénérait en personnalités. Il fut répond^ à Lebrun :
Le poète.... n'est jamais médisant.
Le poète.... est quelquefois plaisant.
Le poète.... fui aimé de Calonne.
Le poète.... servit sa passion.
Le poète.... chante celui qui donne.
Le poète... eut une pension.
Le poète.... change à gré de doctrine.
Le poêle.... sait parler en tribun.
Le poète.... aujourd'hui jaco5tn0.
Que Camus soit en aide au poète Le....
Nous citons quelques exemples entre mille autres. Le parti monarchien avait, au reste, plus que ses adversaires, l'esprit d'invectives et de bons
* MévoUMotu de Paru. Dtni un article fort eurieu , l'Acidéaiie y est appréciée à la Joi le valeur, ao«f le rapport poKilque et aoua le rapport liUéraire.
LBS IJtinS BO PilB BCCHESNE.
t IT»)
m«lB. C'est lui ^ak indiquait pour anagramme é« d'Orléans (l'aimd'or), et pour anagramme du serment civique (qui jure , ment sec). Sa nuie a toigouTs suivi la même voie, pendant une période de plus de trente années- Qtiant à nous, nous lui accordons bleu qu'il lui élail parfaitement libre de prendre k tout propos l'air ironique et moqueur ) maiit ce que nous ne lui pardonnons pas, c'est d'avoir — le premier — parodié les livres sainta.en se servant de leurs litres pour les appliquer aux événemenls politiques. Hous préférons encore le langage 6.... patrioliqae du pire Ducheint, fumiiU ordinaire de ta Majttli. auehdleavdei Tuiltriet.
Ces lettres patriotiquet étaient rédigées par un royaliste et patriote à la fois , nommé Lemaire. Il y eut aussitét concurrence. Up autre père Ducheene, Hébert, allait devenir bien autrement célèbre, et se servait aussi du langage b.... patriotique, pour se faire comprendre par les plus infimes classes du peuple. Le frontispice des ledrM de Lemaire indiquait que lui seul était le viritaM*: des étoiles en formaient le timbre.
Hébert l'emporta cependant pour la succès. Il s'était fiUt représenter
snr le titre de son journal, «jant la pipe & la boucbe, en Iraia d'allomer Ml fourneaux, une bâche & la main, et entouré d'armes et de réchauds.
(•H|tel79Q) TITRES Mt JOOIHAVK ET OB PIÈCES. 197
Oa lit au bu MemeiHo mort , soovieni^toi qu'il faul mourir » ou plulôi fMvim-tot, Jffoiiry.
Ses rédiâuds luisorvaioat de pariq^be et de timbre.
Les âutree Journaux et broebnres ont des titres pins bizarres que par le ptMé.On lisait, outre ceux que nous avons fait connaître en 1789, et dont reûtence s'était maintenue, — \» Journal du Diable, par Labenette, avec eesdifiérentes épigraphes :
Ah I si le roi lisait mon Journal I
Ah ! si les Parisiens connaissaient le diable I
Ah ! si la reine lisait mon journal I
le me suis constitué l'ange gardien de la nation.
Et puis encore : — Deo grattas ; — YJlambiej ou le distillateur patriote, — FinUiêZrdone, eherpéré, feuille poissarde, ^ On me Va dit, ou le Dernier aristocrate, — Il n'eet poê possible d'en Hre^ — La France république ou le eœu de eeê meeeieure, *le Journal de la rapée^ ou de fa ira, ça ira, — Aux toieun I aux voleun ! — Pends-moi, mais écoute^moi, — Le Procureur-général du peuple^ — le TaUUur patriote^ — le Tonneau de Biogéne, — le Pange \mgua, *- le Yeni creator, la Pension de Louis XVI, roi des Juifs et des Fran-
fais: et tant d'autres feuilles que la bienséance défend de nommer, ou
qui ne font qu'apparaître et disparaître.
Les Àeîes dm Apôtres dataient de Fan U' de la république sanctionnée.
Le théâtre n'était plus regardé que comme une chaire indispensable de politique et de philosophie. On Jouait le Procès de Socrate, par le citoyen Collot-d*Herbois , qui ne nous est connu Jusqu'à présent que comme écrivain; on Jouait le Tombeau de Desîlles, Càlae ou le Fanatieme , Rousseau à ns derniers moments^ le Point d^honneur, les Rigumrs eu clottre, les Dan-
Iâ8 PRÈDiGTioKS POUE 1791. (année 1790)
gerê de V opinion, ^àv Laya*; la reprise du Guillaume TeU de Lemierre.
Les ouvrasses de fonds, sur la politique et Flilstoire , se propageaient seusiblement. Lacroix avait tracé le tableau de la Conetitulion civile de Pologne. Dulaure 9iytàiécniVIIi$toire critique de la noble$$e; Turpin, celle dei Hommee publics du tiers-^tat. MîUin avait traité la Liberté du théâtre. Pastoret avait analysé les Lois pénalei. Hénat*t avait publié les Recherchée de$ principes d'économie politique. Il se vendait une Bibliothèque de l'homme p^ blicy faite par Gondorcet, Peyssouel, Chapelier, etc. Enfin, Peachet avait impriitié le Dictionnaire encyclopédique de r Assemblée nationale.
Et maintenant, pour suivre les jours de Tannée 1791 qui va commencer, nous pouvons consulter deux alroanachs d'opinions diamétralement opposées. Le premier est VÀlmanach du père Duehesne^ qui se vendait par ptrmission du père Duchesne, et qui racontait à sa manière les événements de l'année 1790, en les accompagnant de prédictions pour la suivante. Il entre
ainsi en matière : « Oui, r oui, je lis dans Tavenir, et je prédis que cette
année sera marquée par les plus grands événements. » Arrivé au paragraphe des éclipses, il ajoute u Je prédis les éclipses. Je crois que je suis tout aussi bien f.... pour ça que les bougres d*académiciens. Je dis donc qu'il y aura cette année une éclipse totale d'un astre de maligne influence, que dans mes cartes astronomiques je nomme despotisme. »
(c Nos J. f. d'astronomes trouveront mauvais que je parle de cet astre malfaisant, dont ils n'ont point encore parlé, quoiqu'ils connaissent bien sa marche, f.....; il y a longtemps qu*à travers mes tuyaux de poêle je le suivais dans sa course, et que je voyais venir de loin un autre astre qui Téclipsera pour jamais. Cette planète bienfaisante va porter la vie et Tabondancesurlaplus heureuse contrée de Tunivers * elle se nomme Constitution. »
Tels étaient le style et la faconde du père Duchesne.
Le second almanach n'emploie pas les fleurs de rhétorique. Il a pour titre : Almanach des aristocrates^ et pour dale : an IIU de la Bamattoeratie» Il fait la guerre aux hommes de la révolution, et a remplacé les noms des saints, dans le calendrier, par ceux des enragés de l'Assemblée nationale* Aux fêtes et aux dimanches ont succédé les principaux événements de Tannée. On y trouve saint Gorsas le reptile, évangéliste (c'est-à-dire journaliste); sainte Guillotine^ vierge; Fauchet, fantechrist, tronicide; saint Samson, bourreau, citoyek ACTir; saint Necher, archMvotution-
naire, premier apôtre; saints réverbères patriotiques, et saints fripons de
tous genres
* Voir les Comptes rendus du Mercure de France, année 17M.
** Col almiDKh le iroaro duni le caMnel de M. Ihurin. ]
(moée 1790) peAdictiors mue 1791 . l$9
Certes, les monarchiens De se gênent en aucune façon; ils s'appellent eotr'eox aristocrates, et se félicitent de leur position ; ils attaquent simultanément la Constitution et les députés patriotes. Dans un de leurs jour- Dini*, nous lisons :
ASSSIIBLÉB 7CATIONALB.
Séance du 31 janvier.
On a baillé I
* iomrnal de la cour et de la vUUf en prote et en yen.
rill DU CHAPITRE SEPTIÈME.
130 LE PMBMiER DE l'ah. (janvier m\)