CHAPITRE X
Rénlut de la faite da roi. — Lei prenenUmeiitf de Marie-AntoineUe ; Le tremblement de lerre, le portrait, la eooroone, les qnatre boogiei. — Pétition du champ de ia fédérailon. — On nse de la loi morHâle. — Démission de Camille Desmoulins. — L'épouTantait de la nation. — Les grenouilles qui demandent un roi. — Le champ du massacre, — Déclaration de Pflnitz; déclaration des héroïnes françaises. — Mot de la dévideuse patriotique; root da dergé; motde la noblesse ; mot de Fhomme du peuple, touehant la eonstiiuiion. — La constilntioB décrétée et proclamée. — Fête de la proclamation. — L'œil de la liberté. — Douleur et papa Target.'^ls Dhforee de Louis XVI afee la constitution, et les cauckesde papa Target» père putatif. — L'assemblée nationale dot ses séanees.— Physiologie de l'assemblée nationale.
Qae va devenir le roi ? — Telle est la première cpiestion que noas noug gommes adressé à la fin* du chapitre précédent. Bli bien I voici ce qu'il arriva : Louis XYI ne fut plus qu'un captif enfermé dans une prison dorée.
On a beau dire, on a beau faire, Louis XVI n'est qu'un enfant; La capitale est son tyran, Et Lafayette son confrère,
dit un texte de gravure, — pensant fort juste et s'exprimant d'une manière très-peu élégante.
Que va vouloir le peuple ? — H se décida bien vite , et ne prononça que ces paroles : Flu$ de royauté !
Que va faire l'assemblée nationale? — Elle cumula les deux pouvoirs exécutif et délibérant. Elle donna au roi une garde particulière et nomma en même temps un gouverneur pour ses enfants *, Des mesures furent
* Parmi les hommes les plus remarquables proposés pour exercer les fonctions de gouYcrneur du dauphin, on trouTait : Bernsrdin deSt-Pierre, Berquin, Cérulll, Gondorcet, Dacier^Ducis, François de Neurchâteau, de Lacépède,LacreteIle, Pasloret, Qoatremére de Quincj et Tabbé Sicard.
188 DÉCLARÀtlOTt DB PILNITZ. (aoùl 1791)
celle scène époUTanlablé le résultat d'une Irrilation extrême chez les partis opposés; et, quoi qu'il en soit, la municipalité, corps constitué, aurait dû, ce semble, agir avec plus de prudence, au lieu d'abuser de sa supériorité.
Voyons TefTet produit dans le public par la journée du 17 juillet.
Gamille-Desmoulins envoya immédiatement A Larayelte sa démUsUm de journaliste, en lui disant :
Nous avions tort, la chose est par trop claire; Et vos fusils ont prouvé cette affaire.
Aussitôt, la municipalité défendit de crier dans les rues Y Ami du Peuple et V Orateur du Peuple *,
Dans une caricature, Lafayette est appelé Vipouvantail de la nation^ dans une autre, on voit l'autel de la patrie entouré de citoyens , et Lafayette dit aune troupe de dindons hottes, portant un drapeau, sur lequel on lit : tnatiê, et attachés par une masse de légers fils à la queue du cheval du général. En bas est écrit : Songez qu'il faudra du courage pour tuer ces gens-là**. Une dernière a pour titre le roi soliveau, ou les grenouilles qui demandent un roi. Bailly porte le drapeau de la loi martiale; Lafayette dit : Je tends mesfîets. Il aune lanterne pour décoration. II est superflu d'indiquer quelle personne figure le rot soliveau.
On donna au Ghamp-de-Mars, de funeste mémoire, le nom de Champ du massacre, jusqu'au moment même où Bailly paya de sa tête la résolution qu'il avait prise au i 7 juillet.
Le fatal drapeau rouge flotta pendant plus de quinze jours au faite de rHôtel-de-Ville; le 6 août , seulement, on lui substitua un drapeau blanc, en signe de calme et de sécurité. Pourtant,— hatons-nous de le faire comprendre,— les épées ne frappaient plus, mais elles n'étaient point encore rentrées dans le/ourreau ; le parti républicain prit tout haut , et longtemps, la défense de ceux qui avaient réclamé la suspension de Louis XVI ; le parti contre-révolutionnaire s'applaudit du déploiement du drapeau rouge, parce que cet événement jetait la désunion dans les rangs de ses adversaires. Les émigrés avaient plus de morgue encore, et riaient d'un décret rendu pour entraver leur fuite. Ils provoquèrent immédiatement le fameux traité de Pilnitz***, par lequel l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse déclaraient faire cause commune avec le roi de France, et devoir a agir promptement,
* Journal de Paris du 89 Juillet.
** Celle cariealure eil forl dmI faite. Le texte est farci de f&utes d'orthographe.
*** Il fut aisQé i U fin d'août.
(mAIITH) «DBEU et GORSTITDTIOK. Iï9
CDU flialuel acewd, ar»e les forces nécessaires, pour obtenir le but proposé n comniu), a c'est-Jhdire la réintégration de Louis XVI dans ses droits et prérofalives.
Guerre I guerre 1 ce mot-Jà est prononcé par toute la France, qui se lève. Ut prëparstiû sont actiTés ; l'Assemblée ordonne une levée de cent mille boaunei de garde nationale t chaque jour des Tolonlalrea courent aux Tronlières.
Le* faéroïnes se réveillent et s'écrient :
t Et noua aussi, nous savons combattie et vaincre ! nous savons manier tfMlre» armes que l'aiguille et le fuseau. 0 Bellone ! compagne de Mars, i ton exemple toutes les femmes ne devraient-elles pas marcher d'un pas ésal avec les hommesî Déesse de la force, aie du couragel Du moins tu n'auras pas i rougir des Fbauçaises *. n
(ExiraU d'aruprttri dttamaMnu d Bellme.)
• CoMme exinit dat cirtoni de l« biWiothèqoe roiile. H ni de tonle ptotabllil* qw TMraiptl'i pont «adUërMllM circoniUiicei.
460 LA coNSTiTUTioiv EST DicâÉTÉB. (septembre 1791)
C'en est fait, Louis XYI est maintenant en opposition directe arec les vœux du peuple français. De chancelant qu'il était, son pouvoir devint nul. La guerre et la constitution I voilà le cri de la France I La guerre va son train^ la constitution approche de son heureux avénement.Nous pouvons, au reste, avec le secours des figures et des allégories, commenter l'opiDion publique sur ce sujet. Certaines gens, ceux qui espéraient le plus en la conslilution, craignaient de la voir s*évanouir comme tant d* autres promesses ! HéJas ! s'écriait la Devideuse patriotique :
Hélas! plus je travaille, et plus cela s'emmêle; I^e pourrai-je jamais dévider tout ce fil, Sans qu'un noble ignorant, et un abbé subtil. Secondent contre moi le diable qui s'en mêle*?
Ceux qui la redoutaient , c'est-à-dire le clergé et la noblesse , espéraient ne la voir jamais venir. Le clergé regardait la constitution avec un microscope , et disait : « Oh ! le| monstre ! il dévorera tout, b — Le microscope grossit les objets I
La noblesse, qui se servait d'un télescope , riait en chantant : a Oh ! oh I elle n'est pas encore si prés qu'on le pense! d ^ Le télescope grossit et rapproche les objets !
L'homme du peuple regardait à l'œil nu, et s'écriait : a Ohl qu'elle est belle ! Elle Tera le bonheur du peuple ; si le temps fait découvrir quelques défectuosités , le temps aussi les rectifiera **. i>^L'œil nu ne trompe guère.
Pour d'autres, la constitution était de la graine de niais.
La séance du 3 septembre fit donc, —parlons le langage des contemporains, — amarrer le vaisseau de l'état au port de la constitution. On résolut la question de révision , et l'on décida que l'acte constitutionnel ne pourrait être modifié qu'après trois législatures consécutives. C'était fonder beaucoup pour l'avenir. Soixante députés allèrent présenter la constitution à Louis XVI, qui, relevé eu quelque sorte de son indignité gouvernementale, écrivit à l'assemblée qu'il approuvait son œuvre, puis s'y rendit en personne, et reconnut solennellement ce palladium des libertés publiques. On représenta l'attaque delà constitution par les alliés ***; Us échouèrent devant le port de la constitution; enfin, ils s'en allèrent, terrifiés par cette nouvelle
* Texte aa bas d'une graTure de l'époque.
** Texte d'une gravure iuUtuIée : l'Optique naturelle et artineielle , on le Mieroieope de U rage, le Téletcope de Torgueil, et lea Yeux de la raîaon et daieuf comman. Bibliothèque rojtle. Noi boni amis les ennemis portent déji en 1781 le nom û'aUiet,
(septembre 4791) fête de la proclamation. f 6i
(étedellédusey etsnr leurefTroi présumable fut composé un pot-pourri |M(riotJqoedont Toici une strophe :
Malgré le bon d'Autichamp,
L'armée murmure.
Soldats y allons en avant ,
Tentons Faventure ; Les ennemis auront peur Car nous avons pour sapeurs
Deux ca, ca, ca» ca,
Deux puy pu, pu, pu, Ca, ca, ca, Pu, pu, pu,
Capucins sauvages.
Même anthropophages *.
Cette constitution, dont on parlait tant, était déjà en arrière du mouvement. Aussi, la fête de la proclamation n'excita-t-elle, comme nous Talions voir, qu'un faible enthousiasme.
Elle se célébra le dimanche iS. Dès le grand matin , la foule encombrait le Champ de la Fédération, les Champs-Elysées et les boulevarts. A six heures, des salves d'artillerie annoncèrent la fêle. A dix heures, Bailly, accompagné du corps municipal, de gardes nationaux à pied et à cheval, d*un corps de musique et de^érauts d*armes en grand costume , sortit de rHOtel-de-Ville, pour aller proclamer la constitution. La première halte eut lieu sur la place de Grève; la seconde, au Carrousel; la troisième, sur la place Vendôme. Le cortège se dirigea ensuite vers le champ de la fédération. Bailly monta sur Tautel de la patrie , et fit au peuple la quatrième et dernière proclamation. Les assistants applaudirent, et crièrent : vive la nation I La cérémonie se termina par un hymne de Gossec, et par une strophe de l'opéra de Sarmon,
Peuple, éveille-toi , romps tes fers !
Vers cinq heures du soir, l'aéronaute Gamerin fit une ascension en ballon , et répandit la proclamation imprimée, annonçant la signature de la constitution. Il en jeta de préférence hors Paris , dans les villages qui forment la banlieue.
La nuit arrivée, les Champs-Elysées furent splendidement illuminés avec
* La Cùntre-révoltUian, pol-ponrri naiional.
462 FmOMBHADB DU EOI. (septflBlNre i7«i)
des verres de couleur, des terrines et des guirlandes de lampions , Jusqu'à la barrière de VËtoile, où se tira un feu d'artifice. Après le feu , le peuple dansa toute la nuit *. Sur les transparents des maisons illuminées, on voyait presque toujours briller Fœil rayonnant de la liberté , devenu le symbole de la constitution.
La famille royale se promena en calèche au milieu de la population ; elle éprouva, dans ses sorties, des scènes désagréables. Par exemple, pendant qu'elle traversait les .Champs-Elysées, on cria beaucoup vive le roi! Mais, tout le long de la route, un homme à 'la voix de Stentor, et qui ne quittait pas d'un seul instant la portière de la voitureoù se tenait Louis XYI , répondait : Non, ne les croyez pas : vive la Nation I La famflle royale se rendit à TOpéra et aux Français, où elle fut très-bien accueillie. Il en Ait autrement au théâtre Italien. Madame Dugazon s*étant inclinée deyant la reine, en chantant cet air des Evénements imprévus, par Grétry : Ah! comme j'aime ma maîtresse! Plusieurs habitués du parterre l'interrompirent en criant : Pas de maîtresse ! Pas de maîtres ! Liberté ! Et aux locataires des loges qui répliquaient : Vive la reine! Vive le roi ! Vive à jamais le roi et la reine ! Le parterre répondit encore : Point de maître, point de reine ! si bien qu'une chaude querelle s'ensuivit **.
Ainsi toutes les fêtes avaient leur côté joyeux et leur côté sombre. Celle de la proclamation de la constitution a commencé les fêtes banales qui se sont succédées depuis cinquante ans,— sortes de tohu-bohu où les rires et les pleurs se ressemblent et s'engendrent successivement , où le bruit est
' Précis hislorUiue sur lei félei , lei specUelei el les réjouissances publiques , ptr Claude Rnggiéri , arliflcier du roi. Ouvrage earieu à eonaulter.
** Presque tous les Journaux do temps rapportent cet faits, mais diTersement , el en les acnant de remarques plus on moins efltajantei pour ta fUmille rofale.
'• "'Il ^ J*
^plembre i79l) assemblée nationale. 163
pris pour de la joie, — festins où le peuple s'enivre pour oublier un moment son mal, et dont il sort souvent avec une plaie de plus. Les haines parurent néanmoins faire trêve à leur opiniâtreté : on rapporta le décret contre les émigrés, et on supprima provisoirement la haute cour nationale d'Orléans.
Il n'y avait, noos le répétons, pour cette fois encore, il n*y avait qu'une apparence de paix entre les partis. En effet, papa Target , en apprenant le pefit coup fourré du Champ-de-Mars, s'était écrié, de grosses larmes dans les yeux : O ma pauvre conêtituiionnelle tôma fUle chérie I te voilà déshonorée; tes amants se battent pour toi. De plus , chaque sujet fidèle du roi osait chanter :
Avec la constitution, Louis vient de faire union
Par contrainte et par /orce.
Je suis loin d*étre satisfait; Mais je me console en secret,
Attendant le divorce.
Il parut une caricature ayant pour titre : Les couches du papa Target , — en présence du député Populus et de mademoiselle Théroigne de Méricourt. On dit aussi que Target n*était qu'un père putatif.
Après la venue au monde de la constitution, rassemblée nationale fut appelée par les hommes politiques assemblée constituante ^ — destituante plutôt, disaient ses détracteurs. Elle fixa l'ouverture de la première légis. lature au U' octobre 1791, décida qu'aucun de ses membres ne pourrait être réélu pour faire partie de l'assemblée législative, et décréta, avant sa dissolution, que nulle société ne pourrait à l'avenir* sous un nom collectif, prendre de décisions sur les questions politiques • et que les contributions de 1792 seraient établies sur le pied de celles de 1791. — Puis, elle se sépara, en présence de Louis XVI, qui fit un discours à la Henri IV; et déclara , par l'organe de Thouret , son président , que sa mission était achevée.
Un mot, un seul, sur le portrait physique et moral de l'assemblée constituante.
L* assemblée nationale n'habita, depuis sa première séance, que des locaux provisoires. A Yersailles, elle eut tour à tour Féglise St-Louis et la salle des Menus-Plaisirs; à Paris, le bâtiment de l'archevêché et la Cour du Manège. Le Manège était situé sur la terrasse des Feuillants, terrasse entourée partout de jardins. Les Tuileries n'avaient pas de grille de ce côté ; le Manège leur servait de clôture dans une partie de leur étendue. La '^lle
fM LES sAaxces de l'assemblAe. C^^lcmbr® ^^^^)
où siégeaieot les députés était froide et nue, meublée seulement de dra* peaux, de quelques busles et portraits. Force cloisons, force corridors aux alentours, sous les tribunes séparées entr*elles par de simples balustrades pleines et en bois, comme les loges des spectacles. Les bancs des députés étaient disposés en amphithéâîre régulier. La tribune dominait rassemblée, et était placée devant le fauteuil du président.
Les travaux de rassemblée se répartissaient ainsi. Les séances commençaient ordinairement à onze heures du matin ; parfois les députés ne sortaient de la salle que juste pour dtner et revenaient travailler pendant une partie de la nuit, quand ils ne passaient pas la nuit entière. D'abord, il n*y eut pas de séance le dimanche, mais bientôt cet usage cessa. Le public des tribunes avait une entrée; les députés avaient la leur, particulière et rigoureusement interdite à qui ne présentait pas la carte dont nous avons donné plus haut le modèle.
Après rappel nominal , l'assemblée entendait, d'ordinaire, la lecture du procès-verbal de la séance précédente , et des rapports sur les diverses questions à résoudre. S'il y avait une lettre envoyée du dehors soit par la cour, soit par la municipalité, on en prenait lecture , le plus souvent à haute voix et publiquement. Lorsque, cependant , le fait qu'elle contenait était d'une nature bien grave, on chargeait différents comités, nommés d'avance par l'assemblée, de l'examiner avec attention, et cela toujours dans leurs attributions respectives. Suivait la lecture des pétitions adressées par les généralités du royaume ; rarement les députés lui prêtaient une attention suffisante. Venaient ensuite, à tour de rôle, les motions des projets de chaque membre de l'assemblée. Ordinairement on passait outre : une motion avait, en général, besoin d'être faite deux fois avant qu'on la prit en considération.
Cela fait , on laissait le champ libre aux discussions orales.
Les interruptions de séances , pour cause de lassitude, étaient rares, â moins que les discours ne fussent trop longs ; on ne supportait alors que ceux de Mirabeau. Il est un fait que les députés gardaient religieusement le silence lorsque parlait un membre de la gauche. Les hommes de la droite avaient plus de peine à se faire écouter. Il y avait généralement peu d'ordre dans les discussions, sans doute parce que les orateurs négligeaient de se faire inscrire la veille. Les discours prononcés â l'assemblée ont toujours été improvisés ou du moins ont paru Tétre. On applaudissait beaucoup, non point les discours politiques et spéciaux, mais] seulement les discours de sentiment, et surtout ceux qui s'adressaient à l'assemblée en corps. La plupart du temps , les députés votaient par assis et levés-, ils n'allaient au scrutin secret que dans les cas de grande importance, jlssez souvent les discussions devenaient personnelles, et dégénéraient, de part
(«epieinbrel79i) moral db l*asseiibléb. 165
etd*anlre, en injures et en menaces, ce qui n'empécLait pas les députés d*étre très-susceptibles sur les mots. Au reste, toulc rumeur cessait devant l'ordre des présidents pour lesquels les députés avaient loujours une grande vénéralioo.
Dans ses rapports avec le public , voici quelle était la situation de rassemblée. La nomination des présidents, faite dans les bureaux et seulement à la majorité relative , intéressait vivement les clubs, les sections, les districts , et même les dernières classes du peuple. Ils lui faisaient des présents, tels que livres, bustes de grands hommes, tableaux; mais l'assemblée les acceptait sans s*astreindre pour cela à placer ces objets dans le lieu de ses séances. Ils lui envoyaient des députations , adhéraient à ses décrets et parfois la devançaient dans la solution de certaines questions politiques; aussi rassemblée se préoccupait-elle davantage des clubs que des avis ou des reproches de la presse.
l^% décrets de l'assemblée nationale ont été rédigés d*une façon assez peu littéraire.
S*il faut maintenant jeter un coup d'œil sur le moral de ce beau corps politique, il nousfsuffira, pour ainsi dire, d*un seul rapprochement de dates. En 1789, il agissait Tiolemment vis-à-vis de la royauté, — et s'inclinait devant elle ; en2l79l , il fut froid et impassible, se faisant à diverses reprises le défenseur de Louis XY I , — mais il avait substitué implicitement la souveraineté du peuple an droit divin de la monarchie. C'est que l'assemblée nationale pensait, à ses débuts, ne devoir son existence qu'A la seule volonté du prince, et que peu-à-peu, à mesure que le peuple gagnait du terrain, soit par des insurrections, soit par les exigences de la presse, elle s'est persuadée tenir ses droits de^ la puissance populaire. Eu égard aux talents de ses membres , on peut affirmer que peu de réunions parlementaires ont été aussi remarquables. Sur la fin, cependant, elle eut l'aspect d'un club plutôt que celui d'un pouvoir délibérant. Consultons un journal du temps, a Le premier sentiment que donne l'aspect de l'assemblée est pénible pour tous les esprits, dit-il. Les imaginations froides y cherchent cette tranquillité, ce calme réfléchi qui parait maîtriser l'attention^ mais qui, le plus souvent , étouffe l'intérêt. Les imaginations puériles y cherchent un éclat qui leur en impose. Les imaginations exaltées regrettent nilusioD qui leur montrait ce tableau d'une manière magique. Les espriu les plus justes gémissent de ce que des hommes assemblés pour délibérer sur le bonheur de tous soient assujettis à tant de distractions , troublés par tant de mouTements *. d Eu somme, ajouterons-nous, l'assemblée nationale a été pareille à nn
*'Lm indêjpendanUt journal. I7BI.
406 PIN DE l'assemblée NATIONALE, (septembre 1791)
navire. Tant que l'équipage n*a fait que comprendre le danger, sans être face à face avec lui , il a été discipliné , confiant , habile dans ses manœuvres. Mais aussitôt que le ciel s'est obscurci , que la tempête a grondé , qu'une voile a été mise en pièces , la crainte est venue au cœur des passagers. Plus d'ordre, plus d'unité, plus de soumission si raisonnable aux conseils des pilotes. Le navire a marché au gré des vagues d'abord , puis il a été submergé par elles.
Suivez les actes de l'assemblée nationale , et comparez vous-mêmes.
FIN DU CHAPITRE DlXliNS.
(octobre 1791) ouvkktobe de la législative. 167