INTRODUCTION
espérait lui voir mériter sérieusement le surnom de bien-aimé, d'une autre manière que son aïeul, contre lequel une réaction complète s'opérait :
Gi-gîl Louis, le pauvre roi ;
Il fut bon, dit-on ; mais à quoi *?
Aussi, Louis XYI fut généralement fêté dans les premiers ttemps de son règne. On fabriqua des tabatières en peau de chagrin, avec les médaillons peints du roi et de la reine; onles Si^péiaii des consolations dans le chagrin**. Oo grava sur le piédestal de la statue de Henri IV le mot resurrexit, siàns doute parce que, après Tenterrement du feu roi, il avait donné 900,G00 fr. aux pauvres, sur sa propre cassette ***.
Pourtant, il faut bien que nous rappelions quelques fails sinistrés et de mauvais présage , dont les esprits se préoccupèrent vivement. Une catastrophe horrible avait signalé le mariage du dauphin ; quand il Tut sacré roi, la couronne le blessa, dit-on ; mais, — chose plus remarquable, — le même jour, les Rémois arrachèrent une inscription placée sur les murs de leur H6tel*Dieu, et écrite en lettres rouges : sacré le 4i, massacré le 43. (14 mai 177S. )
Sans être superstitieux, et sur la simple disposition des esprits , on pouvait penser que ce bonheur de Louis XVI ne serait que Taftaire du moment. « Le grand secret pour être approuvé en France, c'est d*étre nouveau, i> écrivait Fenvieux Frédéric de Prusse à d'Atenibert. El ces paroles avaient, au-delà du Rhin, force de proverbe. Aussi, Marie-Antoinette mit-elle le pied sur le sol Français avec des idées arrêtées à Tendrolt des sentiments du peuple; elle disait : u les Français ne m'aimeront pas, car ils n'auront jamais à répéter mes bons mots et sentences. » La jeune princesse allemande avait de tristes pressentiments, et peu de confiance dans ceux qui allaient devenir ses sujets.
Sa patrie adoptive la reçut néanmoins très-eonvenablement. Les chaires, les académies, les sociétés les fflus brillantes, les journaux, les almanacbs, lui prodiguèrent mille et mille louanges. La mode se fit une loi de ses fantaisie8.Apeine la dauphine(car alors LoiiisXVexistaitenGore)éut-ellemanireslé son aversion pour lies gênes du Cérémonial, en appelant Mn« VEtiquettêy la maréchale de Mouchy, dame d'honneur, que le sans-façon devint à Tordre do jour. A peine eat-elle imaginé les grandes plumes, et, successivement, lescoiffrures-hérisBon, —jardin,— à l'anglaise, — montagnes , — parterres, — forêls, — qu*elles envahirent les promenades, au point d'évbiller les
' htvM Rétrospective.
** Mémoires (le Pàbbé Georgel;
*** Inicrîu aa Livre-Aouj^e.
sarcasmos de la critique contre Léonard, aeadémicitit de mode ', sur ce point complice de la reine.
(177l'-87] coiffure et de
Au contraire, lorsque sa belle clievelure cendrée, dont la teinte était admirée sous le nom couleur cheveux delà reinr, Tut immolée par leciseauilt la suite d'une conche,ct qu'elle eut adopté lescoiffuresbasses, lacot/ftireà l'enfant fut la seule de bon ton.
Le peuple accueillait avec joie Uarie-Antoinetle quand elle traversail les Tuileries dans sacbaise à porteurs pour se rendre A Longchanips, quand elle encourageait, par sa royale présence, les courses de chevaux nouvellement établies, ou quand elle assistait aux. dernières représentations de la montre des huissiers, procession cérémonieuse de l'honorable corps. Elle était reine par les grAces, par l'esprit, par le rang et par la beauté. Que lui fallait-il de plus?
' Léon>Td, coiScur do Hiric-Anlolnclle, i Itiui âtt Mtmoini réccnuDcot publiai. Le lilTC «■phttiiiiM qaenoiulai donnoni, éuil ««lui que l'iuribailenl alon lu coiltttin.
(l770-«7) INTRODUCTION. 5
Nous rapporterons encore une parole qui ressemble à une prédiction. Marie-Antoinette entrfit pour la première fois dans la cour deYersaillès, lorsqu^un violent coup de tonnerre ébranla le château. — u Présage de
malheur! s'écria le vieux maréchal de Richelieu ; présage de malheur!
suivant les opinions de ceux de notre âge. » G*est qu'en cfTet , de ce momenly la reine s'occupait de politique. Aussitôt, le secret de sa vie privée jusqu'alors respecté, fut violé par la haine et par la calomnie. Comme la reine se trouvait en opposition avec des personnages puissants, ceux-ci employèrent contre elle toutes sortes d'armes envenimées, les pamphlets, les brochures, les estampes. Hélas! elle avait quitté les parterres de Trianon et de Sainl-Cloud, pour se fourvoyer dans le labyrinthe inexirîcabie de la politique I Son influence sur le caractère de Louis XVI était connue : aussi devint-elle responsable des actions du roi.
D'abord, à tort ou à raison, elle détesta le duc de Chartres (depuis d'Orléans et EgalUé), Ce fut une véritable guerre de parlisans. Le duc passait pour avoir remporté une victoire navale à Ouessant ; le Te Deum^ qui devait être cbanlé à cette occasion, ne le fut qu*â l'intention d'une grossesse de la reine. Mais le vainqueur fut dédommagé à l'Opéra à une représentation d'Ermelinde. Un acteur, se tournant vers le prince , lui offrit une couronne et lui adressa directement ces vers de la pièce :
Jeune et brave guerrier, c'est à votre valeur
Que nous devons cet avantage ; Recevez ce laurier, il est votre partage : Ce fut toujours le prix qu'on accorde au vainqueur.
Les parlisans de la reine firent répondre par ce couplet :
Tel cherchant la Toison fameuse, Jason, sur la mer orageuse,
Sehazarda; Il n'en eut qu'une : et pour tes peines. Nous Ten promettons deux douzaines
A rOpéra.
Ils n'étaient pas les seuls à douter de la bravoure du duc de Chartres, auquel la bataille d'Ouessant suscita beaucoup d'ennemis. Leurs sarcasmes attaquèrent aussi l'amiral comte d'Estaing, qui avait pris Grenade aux Anglais.
Certes, ce n'était pas la reine elle-même qui commandait toutes ces que-