MARAT
Le véritable nmi du peuple, fut poignardé par les ennemis du peuple (a).
D'après un décret de la convention, son corps, embaumé, l'ut transporié en grande pompe au Panthéon, le 16 juillet. Le cadavre était en partie découvert ; on voyait sa blessure; sa figure avait été chargée de blanc, mais elle avait encore une teinte livide, effet de la maladie. Sa main droite tenait une plume de fer : on prétend que sa lafigue avait été coupée afin qu'elle ne lut sortit pas de la bouche. Les secousses du transport firent, avant d'entrer au Panthéon, délacher du tronc la tête de Tami du peuple. Parmi les inscriptions tracées sur le char funèbre, on remarquait celle-ci :
Pleure r nutîs souviens-toi qu'il doit être -vengé.
ïii cette autre phrase dictée par la même pensée :
Ennemis de la patrie , modérea votre joie , il aura des vendeurs-
Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce convoi, qui fut semblable à celui de Michel Lepelletier. 11 vaut mieux, selon nous, voir quel effet produisit l'assassinat de Marat.
Peu d'événements ont fait autant de kuit que la mort de cet homme, avec lequel succombait la véritable pensée dictatoriale. Maral est mort ! Marat est mort! ces mots retentirent d'un bout de la France à l'autre, éveillant deux sentiments tout à fait opposés. Les uns bénirent ce jour comme une époque heureuse ;ies autres pleurèrent sur les vestes mortels du grand patriote, dont Je portrait fut publié sous toutes les formes, — les plus grandioses, — les plus bizarres. David, son ami, peignit Marat assassiné dans sa baignoire, et ce tableau fut placé dans la salle des séances de la convention. On vendit des tabatières à la Marat, à la O.alier, à la Lepelletier, et des bagues soua le même patronage, en fer et en argent (a).
ti) M. M.uirin possôtlc une de rcs .iffiiTie>.
J.P HAIKT. iFuaiin« le 11 juillvl
Jiiillel 179^t,< HOKKEt's:! uEnm s a sarat.
Il y eut un grand nombre de médailles en plâtre et i-n ivoire de Marat, Cbalicr et Lepellet'er martyrs de la liberté.
En fait d'hymnes et de Ters i sa louange, il faut indiquer un poëmc de Dora t'Cu bières sur sa mort, lequel poëme dit souvent récité dans la suite, sur les divers tliédtrcs. Les cordeliers réclamèrent son cœur, lui dressèrent un antel, et on récita k Sun intention ces litanies : « Cœur de Jésus, cœur de Harat, ayci pitié de nous! » On lui fit une tombe de gazon.'décorée d'inscriptii Ds, parmi lesquelles celle-ci fut le pl::s souvent répétée :
Jr« pmiTAnt le earrompre, ila l'onl aauMUié.
32G LOUANGES A MABAT. (Juillet 1793.)
Son cœur, déposé dans aneurne magnifiquo, fut placé sur cette tombe. Son buste, sa lampe, sa baignoire, son écritoire, — toutes les reliques, — furent mis à côté. Chaque jour on venait en procession à ce tombeau, faire des stations, chanter des hymnes. Auparavant, on avait eu soin de célébrer un service dans le jardin du Luxembourg, en l'honneur du cœur de Marat. Là, un orateur prit la parole, e\ termina ainsi son discours : «Jésus est un prophète, Marat est un Dieu.» Et puis, on exécuta des hymnes en chœur et à grand orchestre : Lisez cette strophe :
Marai, du peuple le rengeur.
De no» droit» la ferme colonne , De l'égalité défeuMur, Ta mort a fait cou!er noa pleur»; l>c« Tenus reçois la couronne ; Ton temple sera dans nos cœur»!
Mourir pour la patrie,
Mourir pour la patrie, (Vest le tort le plus l^euu , le plus di^e d'envie.
Et la cérémonie s'était terminée, d'après les rits païens, par une libation bachique.
Qu'ajouter encore? Les citoyens vinrent tour à tour écrire leurs noms et des vers sur la porte de sa maison. La rue de 1 École-de-Médecine prit le nom de rue Marat. La rue Montmartre, la rue des Fossés et le Faubourg Montmartre, s'appelèrent rue Montmarat, rue des Fos^s Mantmarat, boulevard Montmarat. La rue de l'Observance fut dite de Y Ami du Peuple. Et aussitôt tous les livres, tous les almanachs, tous les calendriers, toutes les gravures patriotiques s'occupèrent de l'illustre défunt. Plus de quarante-quatre mille tombeaux lui furent élevés dans toute la France, ce qui donna lieu à un grand nombre de fêtes, dont une surtout, celle de Bourg- Régénéré, chef-lieu du département de l'Ain, mérite une description particulière, et anticipée, car elle ne s'est célébrée que le 20 brumaire an II. Elle résulte du procès-verbal de la société des sans-culottes de la ville.
« Un coup de canon, parti à l'aurore, a fait lever tous les sans-culottes. Chacun s'est rendu à son poste.
Cent jeunes filles, la tète couverte de guirlandes de chêne, ont entouré un char sur lequel étaient placés cinq vieillards vénérables entrelacés et soutenus dans les bras de quinze vierges nubiles, s'empressant de les réchauffer de la pureté de leur haleine, et chargées de les soigner pendant toute la fête.
Un bataillon des jeunes élèves de la patrie, qui n'avaient point dormi de toute la nuit, de peur de ne pas se réveiller assez matin, suivait le char.
La garde nationale, cinquante hussards du premier régiment à cheval, ainsi que la gendarmerie, la compagnie des vétérans, celle des invalides, veillaient à la tranquillité et formaient deux haies.
(Juillet 1793.) f^te a BOURG-niG^^ÉBè. 327
Les mères de farnilles patriotes, les autorités publiques, les membres de la société des sans-culottes, tous étaient confondus, et marchaient cependant avec cet ordre que dicte la simple nature.
Lesuns portaientle buste de notre ami Marat, d^autres celui de Lepelletîer, tous deux couverts de chênes. Partie des membres élevaient dans les airs tous les dîrrérents emblèmes de la liberté que la société avait pu rassembler.
Ici, on voyait une charrue attelée à deux chevaux; un sans-culotte, monté dessus, portait une gerbe de blé, et Tautre le drapeau tricolore, surmonté du bonnet chéri de la liberté; un brave agriculteur, assis sur sa charrue, semblait faire entr'ouvrir le sein de la mère féconde qui nous habille et nous nourrit.
Là, le canon retentissait au loin : ici, la simple musette annonçait les plaisirs purs et champêtres.
A la suite venait, enchaîné, le démon des fédéralismes, il avait deux figures : l'une, douce et mielleuse ; l'autre, hideuse et jetant le sang parla bouche» Un serpent venimeux sifflait à ses oreilles, et semblait encore vouloir l'instruire à tourmenter les patriotes ; les débris d'une robe de procureur le couvraient en partie ; il tenait d'une main la branche d'olivier, et de Tautre un poignaird. 11 portait d'un côté cette inscription : Portrait du fédéralisme, et de l'autre : Tombeau de la chicane. Enfant des furies, il a été précipité dans les flammes empestées qui s'exhalaient de vieux terriers et du reste impur des vestiges de féodalité qui avaient pu échapper jusqu'à ce jour au feu dévorant.
Une statue équestre du petit Condé était tratnée sur une claie et salissait la boue.
Le cortège, s'acheminant ainsi aux cris de Vive la république! Vive là montagne! et en entonnant des hymnes patriotiques, a parcouru la ville; les accents de la liberté retentissaient dans les airs, et blessaient, dans les mai'^ sons , les aristocrates cachés.
Arrivé sur la place Jemmapes (du Greffe, vient style}, le citoyen D..., maire, a lu un discours en mémoire de Marat.... (a).
Arrivé sur la place, devant la commune, près du monument éleVè à Marat, autour duquel on lit ces quatre inscriptions :
La première : L'ami du peuple assaeeiné par les ennemis du peuple.
La deuxième : Ici les fédéralistes ont brûlé l'effigie de Marat.
La troisième : Ici les sans -culottes ont rendu justice aux vertus de Mamit.
La quatrième : Peuple, que ion erreur te serve à jamais de leçon.
Le citoyen D... a prononcé l'oraison funèbre de Marat, a rappelé au 'peuple souverain sa force et sa marche révolutionnaire , et a fini par faire entoura) U discoun n'offr* pat atsa de pnriiculariié* pour que noiii le cidons. Il vaut micui dfcrirc toute lu fete.
328 SUIE DK LA FÊTK. (Juillet 1793.)
rer la pyramide de Marat par toutes les femmes, qui ont déposé leurs guirlandes de chêne sur les piques de la grille qui environne son tombeau.
Le cortège s'est rendu ensuite à l'église de Brou , où les tables étaient dressées, où chaque patriote avait porté son diner, et où les pauirrcs avaient été invités comme premiers convives.
Là, les épanchements fraternels; là, le président de la société a donné , au nom de tous , le baiser de sans-culotte à un député des sociétés voisines, à un vieillard, à une jeune fille et à un défenseur de la patrie.
Le citoyen D. . . a proposé de boire à la mémoire de Marat, et Ta porté ainsi :