‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 45 sur 74 · ATTENTION · texte numérisé non relu

ATTENTION

Préparez les urnes.

Versez, et comblez les urnes , Alignez les urnes.

Laissez fumer l'encens on mémoire de Marat, Serrez les urnes , Élevez-les à la grande voûte , Reportez-les au cœur, Approchez de la tombe , Versez des larmes , Épuisez vos pleurs , Align(;ment.

Reposez l'urne sur le catafalque avec unité et indivisibilité , en trois temps égaux ,

Recueillez-vous, sans-culottes, et applaudissez :

Marat est heureux; Marat. notre ami , est mort pour la patrie!

Le repas s'et passé avec ordre , avec joie et fans ivresse. Trois mille citoyens , tant de la ville que de la campagne, embellissaient cette fête.

Au premier signal, les tables ont été enlevées, et la musique et la danse ont succédé à la promenade civique et au festin. La nuit approchait. Le canon annonce le départ , et tous , en bon ordre, se sont rendus à la société, où les bustes de Marat et de Lepelleticr ont été placés aux cris de vive ia république! vive la montagne! et vive à jamais les sans-culottes! [a] »

A tout prendre , celte fête, quoique de date un peu ultérieure . n'en est pas moins l'expression des regrets causés à une certaine classe d'individus par la mort de Marat. Sous cette exagération politique, il faut voir la situation dans laquelle se trouvaient les esprits. Tant d'honneurs accordés à la mémoire de Marat I Le crime de Charlotte Corday prétendu entrepris à l'instigation des gi-

(a) Ce profpfr-vcrlml u <*t»? rédi);^ p..r le inuirc- liii-in^ntc.II |huI ^iru «onMiii'it: coniiitc un iiio«l«4o 'Jt !i|\lt' lihiTvl mnntatfnuvtt.

[Juillet 1793.) JÉSUS rt marat. mt

rondins! Toutesles sociétés populaires des moiodrcs villages <|ui s'etnprcsscDt HussitAt de monlrer leur liaine pour le fédéralisme et leur amuiir de l'unité etdel'iDdivisibililél

Tout cela ne vcul-it pas dire qne la mort de Chalier et celle de Marat aranceront la perte des girondins?

Chaque jour la montagne s'élevait plus menaçante. Le 26, un décret déclara crime capital l'accaparemenl des grains, pain, viande, toiles, etc.; et, le 27, Robespierre fut élu membre du comité de salut public. Marat assassiné, Robespierre Tenait i sa place, et suivait ses principes à quelques modirications près. Comme ennemi, implacable de la gironde, néanmoins, son ardeur élait la même. Il allait agir d'autant plus vigoureusement que les alTaires de la guerre étaient loin d'être satisfaisantes, et qu'en moins de cinq jours les villes de Mayence et Valenciennes s'étaient rendues, la première aux Prussiens, ta seconde i l'Autriche, après avoir résisté , mais vainement.

L'apothéose de Marat n'était pas une exagération aux yeux de tous. Ceux qui avaient applaudi à son triomphe pendant sa vie, l'appelaient (fini après sa mort ; et ceux qui avaient critiqué Marat porté à la convention s'indignaient même qu'on osït le comparer i Jésus. Voyez ce qu'on lit dans les Révoluiiont de Paru (b], rendant compte de la fête funèbre : « Marat n'ett pat fait pour ftre comparé atic Jénu , cet homme fil naître la superstition, il défcndail les rnis, et Marat eut le courage de les écraser. Il tu faut jamais parler de et Jénu, te toal dei toltiiet. Hei germes de fanatisme et toutes ces fadaises ont mutilé

332 FÊTE Dv 10 AOUT. fAoAt 179).)

et mausolées des ci -devant rois, dépofés dans l'église de Saint-Denis, feraient détruits. Au contraire, à dater du 4 de ce mois , sur les théâtres désignés par la municipalité, les directeurs furent tenus de représenter , trois fois par semaine, Brutus, Calus Gracchus, Guillaume Tell, et autres pièca de ce genre , « capables d'entretenir, dans les cœurs l'amour de la liberté et du républicanisme. » Une fois par semaine, l'une d'elles devait être jouée aux frais de la république.

Or, le 10 août 1792, on avait profané la royauté vivante dans son palais ; le 10 90Ût 1793, on viola la royauté morte dans ses tombeaux. Le peuple courut à Saint-Denis disperser les os de toute la lignée des rois de France; il inaugura la statue de la liberté républicainet et célébra la fête de Vunité et de l'indivisibilité de la république, dont le peintre David fut l'ordonnateur.

Les assemblées primaires, qui avaient étéappelées pour célébrer le 14 juillet dernier, l'acceptation de la constitution de 93, durent apporter le procèsverbal do cette acceptation. Le 10 , de grand matin , on se réunit sur l'emplacement de la Bastille. Au milieu des ruines s'élevait la fontaine de la régénération. Elle se composait d'une statue colossale en plâtre, assise, représentant la nature, pressant de ses mains ses mamelles d'où sortaient de<i\ jets tombant dans un vaste bassin. I..es commissaires envoyés par tous le^ départements , y puisèrent tour à tour avec une coupe d'agate , et burcn' tous dans la même cou))e, au bruit des canons et aux accents d'une musique éclatante, de cette eau régénératrice , en invoquant dans leur enthousiasme la sainte vertu de la fraternité. Sur la base de la statue avait été gravée cette phrase : Nous sommes tous ns enfants.

Sur les ruines de la forteresse il y avait des inscriptions relatives à la Bastille. Sur une pierre on lisait : Ily a quarante-qualre ans que je meurs;

Sur une autre : La vertu conduisait ici;

Ou : Le corrupteur de ma femme m'a plongé dans les cachots;

Ou : Je ne dors plus ;

Plus loin , enfin : Mes enfants! Oh! mes enfants (a) / ^ Sur la place d^ la défunte Bastille était la première station ; la deuxième se Gt sur le boulevard Poissonnière, où un arc-de- triomphe avait étéé!e\é à la mémoire des braves citoyennes des 5 et G octobre. A la station troisiènie vers la place de la Révolution, en face de la statue de la Liberté, on brûla tous les ornements et tous les attributs de la royauté. La ({uatrième halte eut lieu dans l'avenue des Invalides. Sur un piédestal s'élevait une hautes statue, représentant le peuple français armé d'une massue , et faisant rentrer le fédéralisme dans son marais fangeux.

[a) rtiw'è.-.'rrfra/ i\a'. iiioniiiiuriitx, J ■ l.i in.iicl'.r cl ilrs lUsroiii^ dv U fi*lt' roiu;i« iv.- à l'iii '.uty.ir il..r <l<; 1.1 iV'pir liqiii' fi'.kiu: lisi; , ■ (r.

# 4àSk.

(AoAt 1793.) L4 KONTAGNB DO«PTA^T I.E MABAIS.

All^orie du 2 juin \ iosulte sans égale au parti girondin !

La cinquième et dernière station se fit dans le Champ-de-Mars ; le président de la convention monta sur l'autel de la patrie, et proclama la constitution, après avoir formé im faisceau dépiques. Puis le peuple, joyeux, aux accompagnements delà musique, des salves d'artillerie, des cbanls patrîo* tiques , accepta cette srche d'alliance républicaine, jura do maintenir son unité et son indivisibilité , et prononça solennellement ces mots ; Liberlé , ^lilé , Tratemité ou la mort [a).

En effet, entre deux colonnes était suspendu le symbolique niveau.

La fête du 10 août inspira à Ducîs une ode patriotique qui fut imprimée a par ordre de la convention nationale. »

il ne s'agissait pas seulement de fêtes célébrées à l'antique. La guerre se fitdorénavantparles mêmes moyens, par la levée en masse, commeenavaient usé les Grecs lors de l'invasion de Xerc^, et les Romains i l'approclie d'Annibal. Les jeunes gens, furent appelés i combattre; les hommes mariés, k forger des armes ou à s'occuper de subsistances ; les femmes, à confectioaner des habillements, à soigner les blessés dans les hôpitaux ; les enfants , i

33i LOI DKS SUSPECT;: (Septembre 1793.]

faire de la charpie ; les vieillards, à haratigtier le peuple sur les places publiques, et à inspirer le courage aux jeunes. Outre les émissions fréquentes d'assignats, outre les contributions particulières prélevées sur les riches, — les propriétés nationales furent converties eo casernes , et Ton créa le grand livre do la dette publique.

11 le fallait bien : les nouvelles étaient mauvaises : Toulon assiégé , s'était rendu aux Anglais , et le général Custines avait porté sa tète sur Téchafaud, à cause de la reddition de Mayeuce.

Le 5 septembre, une armée réi>olut%onnaire est organisée, et va, suivie de la guillotine, parcourir les départements. Les suspects sont mis en état d'arrestation, et c'est merveille de voir comme il s'en trouve. 11 est vrai que la définition de suspects donnée par Chaumette> est fort large et fort élastique (a).

« Doivent être considérés comme suspects :

t< 1° Ceux qui , dans les assemblées du peuple, arrêtent son énergie par des discours astucieux, des cris turbulents et des menaces ;

ce 2» Ceux qui, plus prudents, parlent mystérieusement des malheurs de la république, s'apitoient sur le sort du peuple, et sont toujours prêts à répandre de mauvaises nouvelles avec une douleur affectée ;

a 3^ Ceux qui ont changé de conduite et de langage selon les événements ; qui, muets sur les crimes des royalistes et des fédéralistes , déclament avec emphase contre les fautes légères des patriotes» et affectent, pour paraître républicains, une austérité « une séyérité étudiée, et qui cèdent aussitôt qu'il s'agit d'un modéré ou d'un aristocrate;

«t k" Ceux qui plaignent les fermiers, les marchands, contre lesquels la loi est obligée de prendre des mesures ;

« 5* Ceux qui, ayant toujours les roots de liberté, république et patrie^ sur les lèvres, fréquentent les ci -devant nobles, les prêtres, les contre-révolutionnaires, les aristocrates, les feuillants, les modérés, ot s'intéressent à leur sort;

;< 6^ Ceux qui n'ont pris aucune part active dans toai et. «lui intéresse la révolution, et qui , pour s'en disculper, font valoir le paiement de leurs contributions, leurs dons patrioti(]ues, leurs services dans la garde nationale, par remplacement ou autrement ;

ce 7"^ Ceux qui ont reçu avec indifférence la constitution républicaine, et ont fait part de fausses craintes sur son établissement et sa durée ;

c< 8"* Ceux qui, n'ayant rien fait contre la liberté, n'ont aussi rien fait pour elle ;

c< 9^ Ceux qui ne fréquentent pas leurs sections , et donnent pour excuse qu'ils ne savent pas parler , ou que leurs affaires les en empêchent ;

{a) Loi du 17 Acplcmbro.

l>^aru 0iil^/^^^

Ut^Stlmtme^ rJ/^^M'éft^m.

(Septembre 1793.) jugement de la veuve capet. 335

« lO"" Ceux qui parlent avec mépris des autorités coustituées , des signes de la loi , des sociétés populaires , des défenseurs de la liberté ;

a 11"* Ceux qui ont signé des pétitions contre-révolutionnaires , ou fréquenté des clubs et sociétés anti-civiques;

ce 12® Ceux qui sont reconnus pour avoir été de mauvaise foi , partisans de Lafayette, et ceux qui ont marché au pas de charge au Champ-de-Mars. »

Suivant d'autres décrets qui retirent aux galériens le bonnet rouge devenu Temblème de la liberté, et qui enjoignent aux femmes de porter la cocarde tricolore . sous peine d'être emprisonnées pendant huit jours, déclarées suspeeltê , s'il y a lieu, et incarcérées jusqu'à la paix, — décrets avant-coureurs du rapport de Saint-Just, qui, quinze jours après, déclarait que^ jusqu'à la paix, le gouvernement français était déclaré révolutionnaire.

Gouvernement révolutionnaire , armée révolutionnaire, tribunal révolutionnaire, tels sont les moyens employés par la montagne victorieuse, qui veut frapper de grands coups, et qui doit crouler elle-même , après les excavations de la plaine !

Une loi ordonne (16) que le tribunal révolutionnaire aura ses prisons particulières. Les notaires et autres fonctionnaires publics (23) sont invités à verser dans les caisses nationales les dépôts d'argent qui leur sont faits. Un arrêté de la commune (25) défend de parler aux suspects détenus, et charge les surveillants de lire leurs lettres.

Commençons les exécutions sanglantes, et la série des proscriptions par le jugement de Marie-Antoinette, veuve Capet.

Plusieurs tentatives d'évasion avaient sucx^essivemcnt échoué. Deux hommes dévoués, Toulon , commissaire de la commune, et le général de Jarjayos. avaient essayé d'arracher la reine de la prison du Temple. Tous deux, l'un après l'autre, n'avaient pu mettre leur projet à exécution. La surveillance exercée surles prisonniers était trop active, pour qu'on pùtréussir à la mettre en défaut. Marie-Antoinette le sentit bien, et écrivit à cet égard à M. de Jarjayes, un billet , où elle le remerciait de son attachement, et où elle reconnaissait que toute évasion était impossible (a).

Ces tentatives avaient éveillé l'attention du gouvernement. Marie-Antoinette, décrétée d'accus ition, parut à la barre du tribunal et subit un interrogatoire qui dura deux jours. On sait quels crimes lui furent reprochés : elle avait provoqué les mesures des aristocrates, elle avait engagé Louis XVI à renier ses serments, elle avait appelé contre la France les armées étrangères; voilà pour sa conduite passée. Hébert, le substitut du procureur delà commune.en ajouta un autre, pour le présent. Il accusa laveuve Capet d'outrage à 1 1 pudeur commis sur la personne de son fils, âgé de neuf ans. Marie-Antoinotte ne lépondit point d'abord après la lecture d'un tel acte d'accusation. Iji piésident l'ayant de nouveau interpellée , elle prit la parole, et, avec une

.a. Non» doiinon» ce I'il!»-i ]->oiir /"lU-iimi/f d'auloyr.iplic de M.-iric-Aiiloincil..*.

335 HOBT DB ■ABiB-AifTOUiBTTB. (Octobre 1793.)

émotion extraordinaire : « Si je n'ai pas répondu, dit-elle, c'est que la nature se refuse à répond e à une pareille inculpation. »

Ensuite, elle se tourna du cAlé de l'auditoire, et ajouU : « J'en appelle à to!iles les mères qui sont présentes; en est-il une qui puisse, sans frémir, entendre de telles horreurs ! »

Malgré les réserves de la plupart des témoins qu'on avait appelés contre elle ; — de Manuel, qui déclara ne pouvoir rien dire à charge; de d'Estaing, qui ne parla que du courage de la reine dans les journées des 5 et 6 octobre 1789 ; — de Bailly , répondant à ceux qui lui demandait s'il connaissait la femme'capet, oui . j'ai connu nuidame; — malgré les efforts de son défenseur officieux,Chauveau-Lagarde, Marie-Antoinette fut condamnée à mort. Fouquier-Tinville se contente des quelques révélations faites par Latour-

du-Pinet Valazé.

Les insinuations d'Hébert contribuèrent beaucoup sans doute à déterminer les juges. On rapporte que Robespierre, étent à dfner , apprit la réponse de Marie- Antoinette, et cassa son assiette et sa fourchette, en s'écriant : « Cet imbécille d'Hébert ! ... H faut qu'il en fasse une Agrippine, et qu'il lui fournisse , à son dernier moment, ce triomphe d'intérêt public ! (a) »

Cette royale inforttne souleva, en effet, une immense pitié dans le pays. Les montegnards eux-mêmes s'émeurent à la nouvelle de l'arrêt, et n'approuvèrent pas les huées et les insultes dont quelques individus la poursuivirent jusqu'au pied de l'échafaud, où elle fut conduitele lendemain du jugement, 16. M ». L ^

Voici cependant une pièce qui circula dans le public, pendant et après l'exécution. Nous la rapportons sans commenteire.

Impromptu fait iur la place de la Révolution, tore du passage de la veuve Capet,

allant au supplice.

Km : Des Marseillais.

Rends au néant l'Ame avilie,

Qui te guida dans tes forfaits:;

Le trépas et l'ignominie

Sont le prix de tes noirs projets; {his)

Que de nos frères, tes victimes,

Le sang soit vengé par ton sang

Vas rejoindre l'affreux tyran

Dont tu fomentas tous les crimes.

Vengeance, citoyens!

Jurons l'ègalilé.

La mort, la mort, Aux ennemis de notre libcné !

Par des volontaires de la section de la montagne (b).

(a) Communiqué par M. Thiérat.

{h) Causes scerètes de la Réi'ohUion , par VilUtc.

(Octobre 1793) siège dk lyon. 337

Ce couplet a été chanté dans les rues.

La mort de Marie -Antoinette comblait les vœux du parti vainqueur. « Qu'on porte cette nouvelle à TAutriche, dirent les Jacobins ; les Romains vendaient le terrain occupé par Annibal ; nous faisons tomber les tètes le« plus chères aux souverains qui ont envahi notre territoire. »

Marie-Antoinette, dont nous avons longtemps frondé les actes, et dont la morgue a été pour beaucoup dans la révolution, mourut avec résignation, avec courage. Certainement sa condamnation fut une cruauté gratuite de la part de la montagne. La tète de Louis XVI avait suffi pour servir d'épouvantail aux rois coalisés, si telleétaitla pensée des dominateurs. En vain, le bourreau souffleta celle de Marie-Antoinette, et la montra au peuple afin de la vouer à son exécration. L'ex-reine emporta avec elle l'estime et lesregretsd un grand nombre de citoyens, et la violence même des écrits ou des chansonsdirigés contre elle, montre qu'ils émanaient de la minorité du peuple, ou de quelques ennemis implacables. Les torts de Marie- Antoinette étaient grands, immenses, impardonnables, mais on aurait dû songer à ceci, qu'ils étaient dûs à sa naissance, et qu'une jeune reine, élevée au milieu des plaisirs et des grandeurs, n'avait pas pu s'accoutumer au régime révolutionnaire. Que ne l'a-t-on gardée comme otage, répondant de la mauvaise foi des coalisés, — si l'on considérait sa personne comme devant servira la politique? Que ne l'a-t-on ou emprisonnée ou déportée, — si on voulait la punir?

Plusieurs écrits furent publiés en sa faveur. Le plus fameux pçrte le titre de Réflexions sur le procès de la Reine, par Madame de Staël,

Ce procès, épisode pénible à raconter, était, nous l'avons dit, le commencement des exactions. Le siège d'une grande ville du midi, détermina de plus en plus le triomphe des montagnards. 11 importe de ne pas oublier que la convention songeait, depuis le mois de mai, à punir la ville de Lyon de son esprit et de ses actes contre-révolutionnaires. Lyon s'était Gée sur l'armée piémontaise qui devait arriver à son secours. Le 26, le siège de la ville fut commencé par les troupes républicaines qui la cernaient de tous côtés. Quarante mille hommes armés défendaient Lyon ; leur artillerie était nombreuse : ils espéraient résister aux assaillants. Mais, le 29, les portes des Brotteaux, de Perrache, de Sainte-Foi, tombèrent au pouvoir des républicains. Les secours promis par le Piémont n'arrivaient pas, et les Lyonnais, tourmentés d'ailleurs par la disette, se désespérèrent et murmurèrent pour la plupart contre ceux qui les avaient excités à l'insurrection. Les représentants du peuple adressèrent aux habitants une proclamation par laquelle ils leur apprenaient qu'ils n'avaient plus à espérer les secours des Piémon tais, que le général Kellermann avait chassés du département du Mont-Blanc. On eut beaucoup de peine à la faire afficher. Mais enfin , des habitants , lassés de la longueur du siège, se réunirent et envoyèrent, auprès des représentants du peuple, des commissaires chargés de négocier la paix. Lyon ouvrit- T. 1. i2

ULIEB i:ST Vfc^iCK.

'OHAtc 1793.]

SOS purtcs, L't TariiiM) do ta rLi)ubU(|Ue y Tit soii ctitrOc friomplialc k- 9 octobre.

La villo se trouvait dans une arfrciisc position. Son arsenal avait pris tcu; quatre magasins, en sautant, avaient embrasé cent dix maisons environnantes. Son inngnifique hdpjlal avait été quarante-sept fois incendié parle feu desbomlies: son aspect était déplorable.

Le siège avait duré soixante- trois jours, — avec des combats rréqucnts et acharnés. L'armée de la républi(|iie lança dans la place vingl-tiuit mille bombes, et usa, pour la réduire, trois cent mille livres de fioudrc [a].

Aussi se vengea-t-clle, une fois devenue maîtresse de la ville insurgée. Et la convention, considérant que les girondins périssaient avec Lyon, se mit de moitié dans cette vengeance terrible. La convention donc décréta [b) — qu'une commission extraordinaire Terait punir militairement les contre -révolutionnaires qui avaient soutenu le siège; — Que celte cité serait détruite; — Qn<> son nom serait cifacé du tableau des villes ; — Que la réunion des maisoDi^ des pauvres, seules conservées, porterait désormais le nom de Commuticaffi-aickit. Celles des riclies lurent rasées. Les hommes, les Temmes, les vieil lards, les enfants. Turent mitraillésen masse, ingéiiicus moyen, plus expédilif encore que la guillotine, et qu'on nommait (a /'oHrfn'. U tut décidé en outre qu'on érigerait une colonne sur les décombres des édifices, et qu'on y placerait cette inscription :

■ Zyon fil la gu«rre a ta liberté,

ILjroD n'est plus.

C'était là venger la mort de Clialier: les jurés et les juges qui l'avaient rondamné furent immédiatement exécutés. 11 ne fut plus toléré, dans Conimune 'i/JWfncA.'e que des clubs montagnards, un notamment, sous l'invocation df Clialier.

(Octobre 1793.) crauer est venge. 339

Les hommes qui avaient fait le siège de Lyon en furent, (railleurs, fort mal récompensés. Le comité de salut public avait ordonné la destitution du général Kellermann, pendant qu'il taillait en pièces Tarmée piénfion taise. Les représentants du peuple le laissèrent agir, et se gardèrent bien de lui signifier un pareil ordre : ses talents assuraient la prise de la ville révoltée. On attendit : plus tard il fut arrêté et emprisonné à TAbbayo. Dubois-Crancé et Gauthier, représentants du peuple, furent remplacés par Couthon et un autre député.

FIN DU CHAPITRE VlNGT-BT-UNlkHE.

340 LB8 GIRONDINS AU THIBCNAL. (OctobrC 1798.)

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