‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 46 sur 74 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Les girondins sont traduits devant le tribunal n^rolutionnaire. — Image de Ylndivisibililé. — Condamn.ition et supplice des girondins. — > Les membres de la convention mû em coupe réglée. — Image de l'Égalité. — Autres ciécutions et suicides. — Abjuration du culte catholique. — Image de la Raison.

Le c ilendrier républicain et légumier. — Fête de Ghalier. — La statue du peuple souverain. —

Le peuple matt^eur de rois. — Repnse de Toulon. — F^te des Victoires. — > Puissance des représMitant» du peuple.

Le comité de salut puhlie exerçait sa dictature ; la sainte guillotine fonctionnait à sa suite, et « allait grand train tous les jours (a). ^U semblait qu'on se ftt un jeu de la peine de mort, prononcée dans les vingt-quatre heures , et pourle.s moindres fautes ou délits. Or, le 31 mai n'était pas le dernier mot de la montagne contre la Gironde. Le 31 mai amena le 31 octobre. Un rapport fut lu par le conventionnel Amàr, rapport dans lequel il proposait de décréter d'accusation et de renvoyer devant le tribunal révolutionnaire un grand nombre de ses collègues ; et « la convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de sûreté générale, sur les délits imputés i plusieurs do ses membres , décréta ce qui suit :

Article premier. « La convention nationale accuse, comme étant«prévenu8 de conspiration contre l'unité et Tindivisibilité de la république, contre la liberté et la sûreté générale du peuple français, les députés dénommés ciaprès :

« Brissot, Vergniaud, Gensonné, Duperret, Carra, Brulart, ci-devant marquis de Sillery, Caritat, ci-devant marquis de Condorcet, Fauchet, évéque du Calvados, Doulcet, ci-devant marquis de Pontécoulant, Ducos, Boyer-Fonfrède, Gamon, Mollevaut, Gardien, Dufriche-Valazé, Vallée, Duprat, Mainvielle, Delahaye, Bonnet, Lacaze,Mazuyer, Savary, Lehardy, Hardi, Boîleaa, Rouyer, Antiboul, Lasource, l'Ësterpt-Beauvais, Isnard, DucbAtel, Duval,

(a) Expression souvent employée.

(Octobre 1793.T ovrnANDB a L'inDiTisigitiTÉ. sU

Devérité, Bresson, Noël, Coustard, Andrès. Grangeneave , Vigée , Philippo- ^alité, ct-devaDt duc d'Orléaas, Dulaure a).

1 2" Le§ dénommés dans l'article ci-dessus seront tradaits devant le tribunal révolutionnaire, pour être jugés conrormémeot à la loi.

« 3- Il n'est rien changé par les dispositions du présent décret à celui du 28 jutllet dernier , qui a déclaré Irattres à la patrie Buzot, Louvet . Barbaroux, Gorsas, Lanjuinals, Salles, Bergoeing, Pétion, Guadet. Chasset, Chambon, Lidon, Valady, Defermon, Kcrvélégan, Henri- Lan vière, Rabaud-Saint- Ëtienne, Lesage, Cussy, Meillant etBiroteau.

a 4 Ceux des signalaires des protestations des 6 et 19 juin qui ne sont pas renvoyés au tribunal révolutionnaire seront mis en état d'arrestation et les scellés apposés sur leurs papiers ; il sera fait, i leur égard , un rapport particulier par le comité de sûreté générale. >•

Ce décret frappait à la fois cent vingt-sept députés, car sur les soiiantetreiie qui avaient protesté , neuf se trouvaient seulement compris dans le décret d'accusation. 11 n'y avait plus de girondins à la convention . et ils allaient être immolés à la première des vertus républicaine! , à Vindivitibilit^, patronne des montapiards , dont voici l'image vénérée (b).

Les montagnards ne dontirent pins delenr force, et Fanèrent en paix.

342 ARBÉT DE MOKT. (Octobre 1793.)

« Sans-culottes, 8*écna Tun d'eux à ses concitoyens, san»-cu1ottc8, mes amis, un second 31 mai vient d'éclater; la convention nationale Tient de prendre encore une médecine :el1e a purgé hier son sein du reste de ia bande des Capet , des Dumouriez, des Gustines, et des Lafayette, qui étaient dere- Tus paralytiques en apparence , et qui tramaient en arrière la perte de la république et roulaient nous faire égorger.

rc Sans-culottes , mes amis, réjouissons^nous ; les conspirateurs sont découverts tous les jours et arrêtés; les quatre sections du tribunal révoluUocnaire vont aller vite en besogne, et nous aurons fort souvent des tétea à la lucarne patriotique (a) »

Le 24 s'ouvrirent les débats. Déjà Oorsas et Bfroteau, saisis l'un à Paris, l'autre à Bordeaux, avaient été décapités dans chacune de ces villes, le 8 et le 23. Le 24 donc , . vingt-ot-un girondins d'entre les accusés les plus marquants furent traduite devant le tribunal révolutionnaire. On ne reçut contre eux que des témoins à charge, leurs ennemis, tels que Pache,Chaumette, Destoumelles, Ouhem, Hébert, Chabot, Coothon , Fabre-d'Églantine, Desfieux, etc. Vergniaud prolionça une défense remarquable à plus d'un titre; tl émut profondément rassemblée , et arracha quelques larmes aux jurés du tribunal révolutionnaire. Peut-être eût- il obtenu l'acquittement; mais un décret intervint, à propos pour les desseins de la montagne ; il permettait aux jurés de mettre fin aux débats, en déclarant qu'ils étaient assez instruits. Et les débats furent clos avant qu'aucun des accusés eût eu le temps de prendre la parole. Le 30, à onze heures du soir, Hermann, président du tribunal révolutionnaire, outs la déclaration du jury et le réquisitoire de Fouquier- Tinville , accusateur public, prononça la peine de mort contre les vingt-un accusés.

A la lecture de l'arrêt, Botleau, levant son chapeau en Tair, eria avec force aux spectateurs : Peuple^ nous sommes innocents. Et tous répétèrent unanimement : Nous sommes innocents. — Lasouree apostropha ainsi ses juges : fi Je meurs dans un jour où le peuple a perdu sa raison: mais vous, vous mourrez dans celui où il aura recouvré la sienne {b) ! » — Valazé tira un poignard, d'autres disent un petit stylet, caché dans un rouleau des papiers qui devaient servir à sa défense, se l'enfonça dans le cœur, puis le retira luimême, et le présentant sanglant à ses juges, s'écria d'une voix entrecoupée : « Non, lâches brigands, vous n'aurez pas la douce satisfaction de me traîner vivant à l'échafaud; je meurs, m.ais je meurs en homme libre (c). >j Valazé tomba à la renverse. Mais aussitôt, Fouquier-Tinville, pour lui contester ses dernières paroles, demanda et obtint du tribunal que son cadavre serait

(a) Lrbtut , i'ami //♦•.« sam-ctUotlet, cic.

ih) Jouf'nécs mémorables de la rétiolut^pn ftxiHçai\r.

(r) AucstiJ p:ir uac relation tk* la mort tics girondins, et cili: din.^ le» i:%0jHnses de Dul.iMrt*

(Octobre 1793.) EXÉcuiiOiN des gibondins. 3'i3

transporté au lieu de l'exécution, et présenté au supplice. — Sillery laissa tomber ses deux béquilles, et se frotta les mains en disant : ce Ce jour est le plus beau de ma vie! » — Boycr-Fonfrède, les yeux remplis de larmes, stî jeta dans les bras de Ducos, et s'écria : « (^est moi qui te donne la mort ! » A quoi Ducos répondit à son tour: c< Mon ami, console-toi, nous mourrons ensemble. >^ — L'abbé Fauchet, abattu, semblait demander pardon à Dieu. — La figure de Duprat respirait le courage et Fénergie. — Carra conservait son air de dureté. — Vergniaud paraissait ennuyé de la longueur d'un spectacle si déchirant (a).

Lorsqu'on les fit sortir de la salle d'audience, tous crièrent Vice la republique! et entonnèrent l'Hymne des yJarseillais. Ils jetèrent à la foule les assignats qu'ils avaient dans leurs poches. Arrivés dans leur prison, ils passèrent une partie do la nuit et les premières heures du jour suivant à se préparer stoïquement à la mort, tour à tour gais ou sérieux, le cœur plein de regrets, ou résignés à leur sort. A midi, ils montèrent dans les charrettes du supplice : sur l'une d'elles était étendu le cadavre de Valazé. Pondant la route, les condamnés montrèrent du courage. A l'exemple do Mainvielle et Duprat, ils chantèrent des refrains patriotiques, parmi lesquels cet t6 >ariaiito du premier couplet de la Marseillaise :

Allons , dif.tnts de la patrie , Le jour de gloire e%l arrivé; Contre non» de Li tyrannie Ix' couteau santjlant est levé !...

Ducos plaisanta jusqu'au pied de la guillotine, et embrassa tendrement son ami Fonfrèdc. Alors, aussi, tous les condamnés s'embrassèrent. Sillery monta le premier sur Téchafaud; il salua les spectateurs. D'autres voulurent parler, sans pouvoir se faire entendre. Le Hardy cria : Vivr la H'imblique! et les patients chantaient en attendant leur tour :

IMiiloi la mort que IV-solavage, (Test la devise dus Fr.tnaii»!

Ce drame horrible, accomplissant la vengeance d'un parti sur l'aîitre, cette mort des girondins qui appela sur eux l'intérêt de tous les historiens, peut être regardée comme un des exemples les plus frappants de rinstàbiUté de la politique. Outre que la pensée fédéralflte se trouvait être en opposition directe avec l'esprit du temps, tout indigné encore par les souvenirs des état^ des anciennes provinces, les girondins avaient eu le tort, immense selon nous en politique, de s'allier d'abord avec des hommes dont les sentiments

(a) Les Mystères de la mère de Dieu dèooilés , p.ir Villatc.

Sii i:\ MOT sLii 1.1 GiKONDE- Octobtc 1793.)

rlirréraicnt essonlii-llemetit des loiir.s, nii lien île se séparer deui, ot de lecombaltrc aussilAt. EriMiite, te plus grand vice tJe leur cause tenait au vague <!<-' leurs opinions dont les masses avaii'iit beaucoup de peine à saisir le sen*. <'t])oiir lesquelles, par conséquent, elles ne pouvaient se passionner. En agissant, comme ils l'avaient fait dans les grandes circonstance» précédentes de la révolution, ils avaient éveillé eux-mêmes les passions sanglantes et brutales, dont ils périssaient les viulime;. Rt sur leur tombeau , d'autres hommes ijui, non plus, n'avaient pas voulu se réunir à eux, aux jours de leur lutte avec la montagne, prirent des résolutions qui devaient leur coûter la lie. Pour exem]ile, prenons Omille Ile-moulins, qui eul des remord* lors de ta journée du 31 octobre, et ^iui|uel il arriva bientôt de dire que le comité de salut public meUnil tet memhrtii tie ta conreatioit en coupe rfglrr. Pourquoi, le ci-devant héros du li juillet 1789, n'avait-il pas fait cause commune avec la gironde, au lieu de s'éjireiidre tardivement d'un système de clémence? politiquement parlant, faut-il regarder comme une excuse son amitié avec Danton? Tous réunis contre les monlaj^nards, ils eussent triomphé; mais divisés, mais s'.idonnant d'abord à la violence, pour vouloir ensuite la repousser, ils ne faisaient que creuser successivement le précipice dans lequel ils devaient tomber. Les (girondins , et plus tard les dantonistes , ontmanqué de logique; et s'il était possible d'expliquer les effets et les causes do la révolution, — flamme subtile qui érhappe à l'analyse, — nous dirions que toutes les horreurs qui ont été commises dans ce lemps-là, ont été dues indirectement au manque de réflexion des hommes de parti. Il se sont livrés par fougue ou {>aroi^uefl à des subalternes cruels; ils ont recherché avant tout , la popularité, et sont tombés sous les coups de l'ingratitude. La montagne seule n été Iogi(|UP , — affreusement, mais véritablement, — et sa ebute, nous le croyons, s'expliquera par d'autres causes que celle des girondins et des dantonistes.

La mort des vingt-et-un mit la France au pouioir des montagnards, de* jacobins /xiri, qui ne connaissaient eii\, d'aprèti leurs paroles du moins, que iiiKlIi-isihililé. Vunilé, Vr'-jalité et la (nilnnilf.

L'indirhiUilM. — c'est-à-dirc. la pensée pnlilirpie opposée au fédéraliame delà Gironde;

L'-inil^, — c'est-à-dire, leur puissanee pleine et entière de la convention ou des hommes qui parlent en son nom ;

U Égalité. — c'est-à-dire, le d|^me philosophique de la montagne;

La fmterniU, — c'est-à-dire, une smle de lion religieux entre les membres delà républiipie.

L'égalité fut représentée sous beauenup de formes. Une do ses plus gracieuses images, relie ipie nous repri"liiiM>ri>i dans ce passage de notre livre, est due au crayon de Proudlion.

La fin du mois d'octobre avait élé funèbre. Toot le mois de novembre est rempli d'exëciilions on de suicides.

Les girondins qui n'ont pas eu leur part du supplice sont traqués de tous càtês. Louis-Philippe-Joseph Égalité est guillotiné le 6 novembre, et madame Roland le 7, avec Lamsrche, directeur de la fabrication des assignats. LeH, Bailly, paie de sa têtu la journée du Champ de Mars {b). Pierre Manuel, exprocureur de la commune , et G aspard-Jean- Baptiste Brunet, général de division, montent sur réchafaud le 14. Le 15. Albert-Marie Borné, général de brigade. Gabriel Cussy. conventionnel, PierreGllbert Desvoisins, ancien président à mortier au paHcment de Paris. Jean Nicolas Bouchard, général en chef de l'armée du Nord, et vainqueur à Hondschoote, périssent ensemble. Le '21 est exécuté Jean-Marie Girez-Dupré , âgé de vingt-qualre ans , littérateur, un des rédacteurs du Patriote françaù. lequel avait composé ce cou plet qu'il chanta au moment de recevoir la mort :

l,«p,i™:ip,l«.çn> 1 vnagt. Oq démnii'

3i6 sL'tciDES. (Novembre 1793.)

Le même jour mourut Gabricl-Nicolas-François Bois-Guyon, adjudantgénéral.

Le 23 raourut rcx-contrôleur général des finances Laverdy, et le Heutcnant-colonel Capton-Châtcau Thierry,

Le 28, fut condamné Pierre- Joseph-Marie Barnave; il mourut sur Téchafaud avec Marguerile-Louis-François Duport-Dutertre.

Ajoutez à cette nomenclature le nom de Marje-Olympe de Gouges, femme de lettres, belle personne, qui fit de la littérature et voulut s'occuper de politique après la mort des girondins. Elle avait attaqué Robespierre , et lui avait proposé un duel étrange, — de se jeter tous deux à la Seine.

Ce n'était pas tout. L'échafaud n'était pas oisif dans les provinces. A Lyon, il punissait les auteurs de la révolte; Grangeneuve, Guadet, Salles, BaHinroux, furent guillotinés à Bordeaux ; V^alady à Périgucux. Lidon, assailli dans une maison , à Brives^s'élança de lui-même devant le coup mortel ; Chambon fut tué à Lubersac, en défendant sa vie.

Il y eut, en outre, les suicides, ainsi que nous l'avons dit.

Clavières , ex-ministre des finances , se perça le cœur d'un coup de couteau, en récitant ces vers de Voltaire :

Les criinîneU trcmblaiiu sont traînés au «upplice, f AM mortels génëreux disposent de leur sort.

Roland , après avoir reçu la nouvelle de là mort de sa femme, se tua avec une épée contenue dans sa canne : le zéro ne pouvait aller sans le chiffre (a). Madame Clavières s'empoisonna. Rebecqui se jeta dans le Rhône. On trouva dans un champ bs cadavres de Pétion et de Buzot , à moitié dévorés par les loups. Par décret du 17 juillet, la maison du dernier, à Évreux , avait été rasée , et on avait planté à sa place tm poteau avec cette inscription : « Ici demeura le scclcrat Buzot qui a conspiré la perte de lu nation française. »

Tel est le mois de novembre, que domine d'ailleurs un fait très- important, l'abjuration du culte catholique. De conséquences en conséquences , on en était arrivé là. Il fallait aux montagnards une ère tout-à-fait nouvelle. Ils réformaient le calendrier, et ils voulaient aussi réformer la religion. Aussi, Gobel, évéque de Paris, suivi d'im bon nombre d'ecclésiastiques, vint à la convention nationale. Puis, après avoir reçu et gardé le bonnet rouge sur sa tète, après avoir été honoré de l'accolade du président, il fit rabjuration solennelle. Le culte caiholique fut remplacé par le culte de la Raison, dont Notre-Dame devint le temple principal. C'est à ce moment là même, nous ne manquons pas de le dire, qu'on supprimait la loterie à cause de son immoralité, et qu'on améliorait le sort des malades à THôtel-Dieu.

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