‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 47 sur 74 · VU · texte numérisé non relu

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(Novembre 1793.; nouveau culte. 347

Ou décréta la fête du culte de la raison pour le 10 novembre (20 brumaire). Le 9, la commune de Paris avait décidé que les arrêtés révolutionnaires seraient traduits en italien et envoyés au pape pour le guérir de ses erreurs. La nouvelle religion fit des prosélytes et occasionna beaucoup d'abjurations. Plusieurs prêtres et moines se désistèrent de leur brevet de prêtrise , et demandèrent le baptême civique. I^ section de Bonne -Nouvel le remplaça les images des saints chrétiens , dans l'église de l'arrondissement , par les bustes de Marat, Lepelletier et Chalier. On brûla sur la place du Temple de la Raison vNotre-Dame) les bréviaires, les missels, les graduels, les heures, l'Ancien et le Nouveau-Testament. La section de Bonne-Nouvelle , encore , fit abattre le clocher de son église. Celle de la Réunion voulut faire des feux de joie avec les confessionnaux. Des temples furent dédiés à l'Amour conjugal, à la Raison, à la Liberté.

Décrivons maintenant, d'après les originaux de l'époque^ la fête du culte dr la Raison,

Dans la nef de Notre-Dame s'élevait une montagne au sommet de laquelle on avait construit un temple d'une architecture sim))le. De chaque côté de l'entrée dû monument avaient été placés les bustes de quelques philosophes, avec ces mots au bas : A la philosophie. Sur le versant de la montagne, se trouvait un rocher portant un autel circulaire, avec des festons de feuilles de chêne et une torche allumée que l'on appelait le flambeau de la vérité.

Deux rangs de jeunes filles en blanc, ayant dés flambeaux à la main, descendaient de la montagne.

La Raison, sous les traits d'une superbe femme, sortit du temple, vint s'asseoir sur un banc de gazon pour y recevoir les hommages des mortels inclinés devant son front rayonnant. On chanta des hymnes composés exprès en son honneur; puis la déesse descendit de la montagne, et enfin rentra dans le temple en faisant des mines gracieuses et bienveillantes. Alors la musique peignit l'allégresse des adorateurs de la Raison, et chacun jura d'être fidèle à la divinité républicaine.

11 y eut, le soir, une seconde représentation de la fête , pour les membres de la convention qui, occupés ailleurs, n'avaient pu y assister.

Le même jour, à la sortie de Notre-Dame , on porta à la convention la Raison, assise sur un fauteuil entouré de guirlandes de chêne, conduite par quatre hommes appuyés sur leurs piques. Sa figure était couverte d'un voile; sa tête était coiffée du bonnet de la liberté; sur ses épaules se drapait un manteau bleu.

Au milieu de l'assemblée, alors, Chaumette déclara que le culte de la raison devait être substitué à celui de Dieu. « Tombez , dit-il , en face d'un grand peuple et de son auguste sénat; tombez, voile de la raison. » Le voile tomba on effet. La déesse , — vivante en la ifersonne de madame Momoro ou de mademoiselle Maillard , de TOpéra, — fut conduite par le motionnaire à côté

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du président, qui lui donna , ainsi que les secrétaires , l'accolade fraternelle , aux applaudissements de toute l'assembléela).

L'inauguration de ce nouveau culte, fondé au milieu des premières exactions de la montagne , fut suivie de la dévastation des églises catholiqnea. Leurs ornements furent portés en offrandes à la convention nationale. Les provinces même en envoyaient dans des chariots.

Le culte de la Raison n'était, comme on la verra, que provisoire, et avait été improvisé par les montagnards , qui avaient hAte de changer subitement l'ancien ordre de choses.

On représenta ainsi, dans 1m gravures, la nouvelle déesse adorée par les républicains.

Voyons maiiftenant qudies réformes subit le calendrier , pour devenir rf pubticain.

Un rapport du comité d'instniction publique du 5 octobre dernier, avait statué que Vère de» Fronçait commençait à la fondation de la république, le 22 septembre 1792 ; que l'ère vulgaire était abolie pour les usages civils ; que l'année serait divisée en douie mois égaux de trente jours , avec cinq joun complémentaire» pour équivaloir aux Épagomines île» Grec*. On les appelait i présent »an»-^ulotlide» [b]. Ce décret ajouta que chaque mois serait divisé en trois parties nommées décade», distinguées par première, deuxième et bwsième décade ; que tes jours, de minuit i minuit, seraient coupés en dix parties, et chaque partie en dix autres parties (c).

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(Décembre 1793.) calendkibr ftÉPUBLiCAiM. 349

Le 24 décembre , avec l'aide dii poëte Chénier et du peintre David , la convention acheva Tœuvre commencée. Un décret reproduisit à peu près le rapport du mois d'octobre. L'automne fut composé de vendémiaire, brumaire, et frimaire ; l'hiver de nivôse , pluviôse et ventôse ; le printemps de germinal, Qoréal et prairial; Tété, de messidor, thermidor et fructidor.

Parmi les mois, on en avait dédié à la Mort des tyrans, à la Pudeur, à la Frugalité, à la Foi conjugale, etc. Les cinq jours complémentaires devaient célébrer les fêtes des Vertus, du Génie, du Travail, de l'Opinion et des Récompenses .

Le calendrier républicain, dû à Timaginative du député Romme, fut en vigueur depuis le 16 octobre 1793 jusqu'au 11 nivôse an XII! (1*'' janvier 1806). Il ne manqua pas d'être attaqué par la critique. Un journal remarqua, qu'au lieu d'employer pour les mois la nomenclature barbare adoptée, on aurait pu dire tout simplementet plus justement, selon la température du pays de France, le mois des neiges, des vents, de la sève des fleurs, des prairies ou des prés, des épis ou de la moisson, des chaleurs, des fruits, etc. ; ou encore» qu'on aurait pu donner aux mois une dénomination toute politique; appeler, par exemple, le mois de janvier celui de la justice, à cause du supplice de Capet; juillet, le mois delà Bastille; septembre, le mois de la république, ainsi du reste (a).

Tout cela, pour' familiariser la génération qui s'élevait avec les plus fameuses époques de la révolution.

On baptisa les jours avec des noms de légumes, d'animaux, de plantes, etc.

Le nouveau calendrier trouva les intelligences rebelles à s'en servir, et les actes publics datés d'après lui, y furent seuls rigoureusement fidèles. Le calendrier légumier {b\ surtout, eut peu de vogue, et Ton distingua généralement les jours en

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