REPRÉSENTANT DU PEUPLE
avait force de loi. Salicetti à Toulon, Ronsin à Lyon, Carrier à Nantes, devaient être la parole vivante de la convention. Ils outrepassaient quelquefois leurs pouvoirs, et cela, disaient-ils, par excès de zèle. Rien ne leur était plus facile, sur les frontières, de faire suspecter de trahison les généraux victorieux et les plus fidèles à la constitution ; dans les villes, les membres de directoires, les officiers municipaux les plus patriotes.
Les fonctions de représentant du peuple étaient fortement briguées par les hommes politiques du temps. Cette sorte de proconsulat agréait aux caractères obstinés qui s'occupaient alors des affaires publiques. Leur responsabilité se trouvait à couvert. Leur amour de bien faire ne pouvait pas être mis en doute, sans que leurs accusateurs eussent à risquer leur tête ; mais, insensiblement, on leur résista dans les provinces et sur les frontières, et ce fut à cet instant-là même que thermidor arriva et que la révolution se fit uniquement guerrière.
FIN DU CHAPITRE VINGT-DEUXlÈMK.
J.-B. CARRIER, m costume de repriseDlsnt du peuple.
(Aanie 179S.) m comité dk salut pdblic. 353
CHAIUTUE XXIII
KcTiie de t'aon^ 179S. — Horreur des moniagnardt pour l'ancien régime. — Les quarante-huit sectioiR de Paria. — Carte des otembres de la section du Temple. — Nouvelles rues républicaines. — Les déparlements marchent sur les traces de Pari». — G>nspiration royaliste de la régence. — (Quelques assignats mricaz des prorinces. — Prière des patriotes lillois. — Costume du temp«. — Ouverturo du Uusée àet ÂrU. — Représentations de \\4mi des loii. — Hardiesse des muscadins , germe de b jeunesse dorée. — Les lÎTre» politiques; les piéies de thcâire; les jonro.iuK ; les brochures. — Les chansons; la guillotine 'étamour; louanges aux martyrs de U liberté; théâtre et compagnie Marat. — Les invocations au soleil. -^ Le bon Dieu dans une giberne. — É^jalilê des sépultures. — Style roonta^ard. — • Affiche des bons citoyens.— Pèlennage au p^Uron de la liberté. — Les lettres. — Héroïsme.
Culte nouTcau, calendrier nouveau, — tels sont les changements moraux les plus saisissables survenus pendant Tannéo 1793. Mais, en entrant dans les détails, on découvre une foule de faits isolés, et qui réunis, donnent la mesure des innovations dues à l'esprit républicain, et en particulier, à la toute-puissance des montagnards. 11 a bien fallu que la nation se sans-culottise^ bon gré, mal gré. Tous les efforts des vainqueurs avaient eu pour but d'effacer entièrement les moindres traces de V ancien régime. A la fin de 1793, ils y étaient à peu près parvenus. L'aspect physique et moral de la France accusait le règne de la montagne. Et, quoi qu'on en ait pu dire, il n'y avait pas plus d'anarchie dans ce moment là, que sous le gouvernement du plus ferme despote. Le comité de salut public était maître, donnait le pas à la convention, — et la convention faisait les lois, rendait les décrets, auxquels les administrés obéissaient sur-le-champ. Au haut de Téchelle politique, sauf doute, les passions et les ambitions s'agitaient pour obtenir ou conserver le premier échelon; mais, au bas, les classes infimes se maintenaient toujours dans l'esprit révolutionnaire, devenaient soldats, lorsqu'on le leur ordonnait, pas- T. I. 23
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fÀDBée 179"^.]
saient d'un département dans Tautre, et mouraient en braves, à Hondschoote, à Toulon, ou en Vendée. La voix des décrets était écoutée : seulement ceux qui les rendaient se déchiraient entre eux. A quelques exceptions près, et c'est chose glorieuse à reconnaître pour lui, le peuple de France comprit toujours ses devoirs, et ne fut pas dupe ni complice de la férocité ou de la folie de certains hommes. Pendant Torgie, — qu'on nous permette cette comparaison bien commune, — les plus passionnés des convives roulèrent, ivres, sous la table, mais le reste demeura simplement gai et folâtre, chantant des refrains bachiques ou patriotiques, selon les circonstances. L'époque même de la terreur prouve qu*il n'y aura jamais à désespérer de notre pays.
Un vaisseau avait été baptisé le Tyrannicide; un vaisseau amiral, le Sansculotte; un autre, le Ça-ira.
Paris était divisé en 48 sections : celles