‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 51 sur 74 · TS · texte numérisé non relu

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du Giltn^i/e. H. B^rard

'Année 179S.) lbs spbctaclbs. 367

Ils 86 coiffaient en cheveux ronds et en bonnet rouge, avec cocarde. Riches et pauvres affectaient cette mise. On avait fait d'abord usage des perruques noiresà la jacobite^ telles que l'avait Billaud-Varennes, mais elles avaient été défendues. Il se fabriquait aussi des espèces de houppelandes sans coutures, d'une seule venue, en'gros tissu de laine brune velue, et presque toujours de ta couleur de la brebis. Louis XVII porta une carmagnole, et on ne lui laissa pas finir son deuil (a). Le tutoiement était à l'ordre du jour.

On avait fait retourner toutes les plaques de cheminées portant des armes, des couronnes , ou des fleurs de lis (6). Cette crainte des insignes rappelant la monarchie préoccupait tant les chefs du gouvernement, que dans le courant du mois d'août, lorsque le Mtuée de* arU fut ouvert au public, on en avait exclu, afin de ne pas blesser des regards républicains, tous les tableaux représentant les effigies des rois, et la galerie de Rubens, ainsi que les batailles de Louis XIV, peintes par Vander-Meulen. A cet égard, la censure la plus active avait été établie sur les pièces de théâtre, qui ne devaient exprimer aucun regret du passé, aucune plainte contre le présent. La cinquième représentation de VAmi des Lois, par Laya, occasionna un grand tumulte. Anaxagoras Chaumette voulait la défendre; et elle n'eût plus été jouée, si le public ne Teût demandée à l'unanimité. La question fut débattue devant la convention. L'Ami des Lois fut représenté, mais au milieu des interruptions fréquentes des jacobins. Santerre avait menacé les acteurs. Ils n'avaient pas la réputation de patriotisme de Monvel, pour lequel Chénier faisait des rôles (r). C'était la citoyenne Suin, c'étaient les citoyens Naudet, Fleury, Saint- Prix, Saint-Phal, etLarochelle, qui jouaient dans cette comédie. Ils ne surent pas bien leurs rôles; quelques jeunes gens du parterre, entêtés, s'élancèrent alors sur la scène, et lurent la pièce. Deux personnages de Y Ami des Lois, Nomophage et Duricrane représentaient, à ne pas s'y méprendre, les caractères de Robespierre et de Marat.

Des acteurs que nous venons de nommer, combien ont échappé aux proscriptions de la terreur! Cette représentation forcée de la comédie do lava laisse percer les opinions qui parcouraient déjà la jeunesse parisienne , appelée dix-huit mois après la jeunesse dorée. Les muscadins osent braver les volontés des montagnards, et se rire parfois des sans-culottes. La terreur n'est pas encore à son apogée, et déjà la réaction qui la doit suivre se devine. Lu jour , un d'entre eux se trouvait au balcon du théâtre de la république , lorsque le parterre cria : A bas le muscadin ! Le jeune homme répondit : « Depuis qu'on m'a volé ma montre d'or à votre compagnie, j'aime mieux qu'il m'en coûte une place au balcon que de risquer mn tabatière (d\ »

a) Mémoires tut Laui» \77, pur Ki-kaiil.

•h) Décret de la convention. (VI. I7<).>-

,fj Nous don non« nne lettre de Monvel, lancur tnnnIaynnrH

d) rortefntUte fmntmit , potir l'in Vlll.

358 TtTHEs DE LIYRB8 ET JuUBNAUx. (Année i793.)

On ne dirait pas de telles bravades de do9 jours.

En revanche, voici ce qui arriva un autre soir, et dans un autre théâtre. Un acteur de rOpéra-Comique national, en venant annoncer qu'une indisposition empêchait une de ses camarades de paraître, s'exprima en ces termes :

€€ Messieurs Quelques voix l'interrompirent, et demandèrent qu'il dtl:

Citoyens.,.. 11 continua : Mademoiselle }ennj.... On cria : dites la citoyenne».. Il poursuivit : La citoyenne Jenny étant indisposée, nous vous prions d'agréer à sa place mademoiselle Chevalier (a). » — On se récria beaucoup. 11 fallait avoir bonne mémoire, au théâtre; le lendemain d'un décret» on devait le savoir par cœur, de crainte de blesser le public.

Ne perdons pas de vue, d'ailleurs, qu'il faut nous occuper avant tout de la situation du pays, et que la montagne domine sur toutes choses « petites ou grandes.

Un faiseur de jolis mots du temps a donné pour anagramme de république française, pu*ura le fol qui se cabre. La plupart des écrits exaltent donc, comme de raison , les principes en vogue , et sont politiques, h* Aimanach des républicains, par Silvain Maréchal ; /m Instituts républicains , par M. Bonnemain , le Triomphe de la liberté et de l'égalité ^ par la citoyenne Ferrand; les Principes fondamentaux du régime social cornparés avec le plan de constitution^ par Jolivet ; la Richesse de la république, par Lequinio ; Des qualités et des devoirs d*un instituteur public , par Chaivet, tels sont les plus remarquables livres de fonds qui ont paru dans l'année, en y ajoutant les ouvrages scientifiques des Niebuhr, des Fourcroy , des Lalande, des Sylvestre de Sacy. En fait de pièces de théâtre, politiques, ouquile devinrent, par les allusions auxquelles elles donnèrent lieu, il faut citer en première ligne, le fameux Ami des lois de Laya, puis \es Religieuses de Camhray, par Marie- Joseph Chénier; enfin, Lepelletier de Saint- Fargeau^ ou le premier martyr de la république française, par Dantilly. 11 y eut une comédie intitulée : Arrivée de L- Capet aux enfers, son interrogatoire, son jugement, et les victimes du 10 août.

Les nouveaux journaux sont moins nombreux que par le passé. La convention sait mettre ordre aux atteintes que lui pourrait porter la liberté de la presse. Parmi ceux qui ont vu le jour, se distinguent le Diplomate républicain;— L'Écho de la convention^ journal républicain;-^ La feuille du Sor lut public; — Le journal de la Montagne; — Le journal de la Société populaire et républicaine; — Le journal du matin de la République française et du tribunal révolutionnaire; — Le journal de l'Instruction publique ; — le Crédr patriotique; — Le journal des vrais Jacobins , par de vrais sans^ulottes ; — Ije Mensonge et la Vérité, ou l'antidote de la calomnie; — L'Anti- Fédéraliste:

[u) Rapporté au Journal des tprttuclex du mois dp juillet 1793.

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du ûtéimf de c M. ItÊOU déJlûiU^iuf.

(Anoée 1798.) cbansons. 359

— Le Bulletin national, ou papierê'iiouveHes ; — la Revue des patriotes; — Le Sans-Culotte observateur; — Le Patriote républicain, journal des sans-culottes;

— Le vrai Patriote français, par le sans-culotte Lefranc; — Le journal Populaire, ou Catéchisme des sans-culottes; — Les trois Décades, ou le mois républicain; — L'Abeille française, feuille mensuelle, par Edmond Cordier ; — Le Bonnet rouge, par une société de sans-cuhttes ; — Le Logotachigraphe ; — Je m'y perds, /*....., feuille qui peut servir de supplément au journal populaire ou catéchisme des sans-culottes ; — Rougyff, ou lé Franc en vedette , qui dans un article, dénonça le peuple français à lui-même (a).

La Constitution dans la lune, rêve politique et moral, du cousin Jacques, occupe les loisirs des hommes sérieux ; et on prend pour l'année suivante, les Étrennes du moment, ou Talmanach des sans-culottes.

Jamais on n'a tant chanté. Les anthologies abondent. On entend répéter des couplets en l'honneur des montagnards, avec ce refrain :

Moi, j'aime la montagne, etc., eb*.

Un pianiste a composé un pot-pourri national sur le 10 août, et l'a dédié aui mânes de Guillaume Tell {h). Dans le^ rues, des bateleurs chantent la guillotine d'amour , chanson obscène et sanglante. Presque tous les recueils de couplets, presque tous lesalmanachs, ont des portraits de Marat, et contiennent les éloges de VAmi du peuple, de Chalier, de Lepelletier, de Barra et de Viafa^ tous ensemble. Un chansonnier contient une complainte remarquable sur la mort de Marat ; l'on y trouve ces deux vers :

Pleurei, pleura, patriotes, Pleures cet homme divin ! (c)

Marat est toujours la victime la plus regrettée. Sous un de ses portraits, où il est représenté couronné de lauriers, on lit :

' Il fut l'ami du peuple, il périt sa victime.

Ecrivain véhément, observateur profond, Marat sut réunir, par un accord sublime, L'écrit de Javénal et l'àme de Caton.

La vierge de la rue aux Ours, est remplacée par le buste de Marat. Lp.s rois de France sont enlevés du portail de Notre-Dame (d).

{a} Bibliot;niphi«: de M. Dcbcliiun» , cl liil)tiuth(H{Uf de M. Pixrrécouri.

{b) Annoncée dans le Moniteur.

(c) Nouveau chansonnier patriote pour l'an II.

(if) Par arrêté de la commune.

3G0 MOBUBS ANTi-RKLiGiKUSKS. [Aanëo 1793.)

La substitution des saints républicains aux saints chrétiens est célébrée ainsi :

Ce» édifices goihiqucB Longtemp* nommes le saint lieu .

Ma servent plus de lioutiqucs.

Pour vendre ou pour croqutr Dieu.

Des autels le peuple chasse Les héros du Kiint métier, Et son amour y replace Marat et Lepelletier (a\

Un tiiëâtre s'était élevé sur la place de TEstrapade, à Paris, portant le nom de théâtre de Marat, Une compagnie do militaires, sous les ordres du représ<Mitant du peuple, Carrier, s'appelait la cofnpa/jnie Marat (6), comme il y avait un camp des sans-culottes dans l'armée des Pyrénées Orientales. On ne se reconnaissait déjà plus dans les formes de style , d'art et de politesse. La plupart des prières civiques ou patriotiques ressemblaient à des odes païennes, et à des invocations au soleil, car on évitait de parler de Dieu, après avoir décliné le ministère des prêtres. Que le lecteur en juge par cet extrait d'inscription en prose placée sur un arbre de liberté : « Comme le soleil envoie ses rayons sur tous les points de notre hémisphère , le vieilla d peut envoyer son sang et ses vertus aux lieux où la liberté a besoin de défenseurs (r). » Qu'il juge encore du peu de vénération qu'on a présentement pour le Dieu que la Franco très-chrétienne a adoré sincèrement pendant des siècles. Nous lisons dans un journal l'arlicle suivant , sous la rubrique : U bon Dieu dans une giberne. «Je rencontrai hier un de mes amis, prêtre de son métier. Il était en uniforme national. Voici mot pour mot notre conversation. »

c( ( Le prêtre ). Je monte ma garde aujourd'hui : mais tu ne devinerais pa< ce que j'ai là-ilrdans ( en me montrant sa giberne ).— Ce sont apparemment des cartouches. — C'est quelque chose de mieux que cela. — Je ne connais rien au-dessus des cartouches dans le temps présent. — C6 que j'ai là est de tous les temps. — Est-ce quelque chose qui tue ? — Au contraire, c*cst quelque chose qui donne la vie : c'est le principe de toutes choses. — Le principe do toutes choses dans ta giberne , est un peu fort. — C'est la Y^fité, — Est-ce ta vérité de piètre, ou ta vérité de soldat? — J'avoue que c'est un peu ma vérité de prêtre. — Eu ce cas, explique-toi catégoriquement . car je ne sais pas deviner les énigmes. Voyons quel mystère renferme ta giberne.— Mon ami , c'est en effet un grand mystère; c'est le bon Dieu.—

\u) Uccucil de chansons communiqué par 51. Thicr.ir.

(U) La Loitr ventjcc , ou les crtmcf de Carrier.

'<■) Anthologie patriotitfnr , choix d'Iiymni», chanson» . clr

(Année 1793.). actes de mÉPUBLiCANUMB. 361

Le bon Dieu! — Oui, lebon Dieu. J'étaisaucorpsde garde; oo est venu me requérir de le porter i un de mes fidèles qui se dispose i Taire le grand voyage; et pour me conformer i un arrêté très-sage de la commune, je remplis ma fonction de prêtre en habit de citoyen, attendu que pour cette mission particulière il faut que je sorte du temple. J*avoue d'ailleurs qu'il çst plus commode et plus décent d*être vêtu en citoyen soldat, que d'aller en habit de masque funèbre, épouvanter un homme à ses derniers moments, et faire agenouiller les petits enfants dans la rue. — Ton langage se ressent déjà de ton habit ; je te pardonne d'être prêtre , et s*il en faut absolument , puissentils tous te ressembler! adieu, [a) >^

Cet article, imprimé peu de temps avant l'abjuration du culte catholique , est curieux, qu'il retrace un fait véritable ou controuvé. La commune ne tarde pas à décider « l'impression des droits de l'homme en gros caractères , pour que les enfants puissent apprendre à lire dans cet évangile politique. » Les saints d'or et d'argent vont passer au feu épuratoire, au creuset de la monnaie (b). Chaumette a fait arrêter que l'on gravera sur les portes des cimetières : r< L'homme juste ne meurt jamais, il vit dans la mémoire de ses concitoyens. » Il a proposé l'égalité des sépultures, et de nouvelles cérémonies funèbres, avec force fleurs sur les tombeaux au lieu de cyprès.

J^8 vrais citoyens prennent plus que jamais des noms républicains. Le ministre Lebrun, appelle sa fille Civili$ation''JemmapeS' Victoire- République française; l'expression évangélique de pauvre a été remplacée par le mot philantropique et raisonnable d'indigent. Au lieu de charité, on dit humanité. Au lieu d'intrigant on dit intrigailleur. Au lieu d'ame, on dit sensibilité. Tout ce qui rappelle la religion, est taxé de fanatisme. La philosophie a seule droit aux autels et i la vénération des hommes. On plaisante à propos de Dieu ; n'avez-vous pas lu l'article intitulé le bon Dieu dans une giberne?

Les conventionnels ne sont plus appelés que législateurs. Le mot civisme semble modéré, on emploie maintenant celui de pur républicanisme. Sur les portes , on place de grands écriteaux:

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