‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 52 sur 74 · DE CITOYEN · texte numérisé non relu

DE CITOYEN

Et quelquefois des affiches illustrées, presque grandes comme des devants de cheminée, coloriées, sont exposées de toutes parts aux regards des passants,

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Puis, on a bien soin de te faire iDScrire au tableau des citoyent gui, dont tedùlrirl d' peumnt digntment txerctr de» fonctions publiques.

Tableau renfermant les titres suivants, rangés parcotorines.

Prénoms. — Noms. — ^Age. — Demeure. — État-avant la révolution — Étal depuis ta révolution. — Actions civiques. — Caractère moral. —Caractère physique. — Ouvra^ de composition. — Quellee fonctions il peut eiercer. — Observa lions.

Voilà pour les changements dans le style ordinaire des citoyens. Sous le rapport de l'art, on a auasi éprouvé degrandes transformations. Plus d'un la-

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(ÀDDée 1793.) INNOVATIONS. M3

bleau a été gratté et repeint dans certaines parties afin d'être mis à la mode du jour. Les gravures de sainteté sont proscrites. Nous avons une preuve de ce que nous avançons, dans une gravure faite avant la révolution , et intitulée alors Pèlerinage à Saint-Nicolas. On a remplacé saint Nicolas par le patron de la liberté, sans se mettre en peine des disparates qu'offre Talliance d'un patron républicain avec des ornements gothiques (a).

La politesse et les relations d'homme à homme sont abolies en général. Le tutoiement leur a porté de rudes atteintes.

Les dates des lettres sont ordinairement indiquées ainsi, dépassant peu le cercle des variantes que nous donnons ici.

l''*' ou 2^ année républicaine.

L'an.... de la république, une, indivisible et impéris8ab!e.

L'an..;, de la république une et indivisible.

L'an.... de la république une, indivisible et démocratique.

L'an.... de notre république une et indivisible. .

L'an.... de la république française,

On mettait quelquefois, liberté, égalité, fraternité ou la mort.

Ou, liberté d'un côté, — et de l'autre, égalité.

On finissait presque toujours la lettre par ces mots : au citoyen , salut; ou salut et fraternité; ou simplement je te salue; ou encore raie.

Somme toute , les lettres des hommes de l'époque montrent combien ils ont peur de ne pas paraître assez patriotes. Nous avons sous les yeux un billet de Lacépède au citoyen Chabrcud. Le ci-devant noble signe : dit Laeépêde (6)

Les femmes voyaient s'amoindrir leur rôle politique. Quelques-unes ayant poussé trop loin leurs prétentions, le gouvernement voulut intervenir, et interdit les clubs des femmes (r), au moins aussi tumultueux, au moins aussi sanguinaires que ceux des hommes. Il faut attribuer en partie cette mesure prise par la convention aux actes d'Olympe de Gouges contre Robespierre.

La multiplicité des fêtes publiques avait motivé la création d'un Institut de musique , destiné à former des chanteurs et des instrumentistes capables de figurer avec avantage dans les cérémonies officielles. Les communications politiques par toute la France étaient facilitées par une invention nouvelle et des plus importantes , appliquée pour la première fois dans le courant de l'année : le télégraphe fonctionnait, et rendait d'immenses services à l'administration intérieure et extérieure de la république. Avec le télégraphe, on avait sur-le-champ les nouvelles des frontières. De plus, la presque-totalité des églises de France, avaient été transformées en magasins

{a; Cette gravure eu (grande et belle; c'«»t une œuvre de maître. {h) Se trouve dans la rollcrtion de M. Bérard. c) Par un décret dn ay octobre.

304 ACTIONS HÉBOiQUKS. (Anoéo 1793.)

de farines et de salpêtres, ou eu fabriques d'armes. Le château de Meudon servait k faire une foule de oiachines de guerre , envoyées chaque jour aux quatorze années. Dans Saint* Benoît, à Paris, était un grenier à farines; Tabbaye Saint-Germain-des-Préséta.t devenue une salpétrière. L'église des Capneins était accordée pour local à l'imprinieur de la Commune.

Ainsi toute chose tendait à la plus grande prospérité du gouvernement républicain.

Les forces de la république augmentaient, et se divisaient en quatorze armées avec les dénominations ci-après : — Armée du Haut-Rhin ; — armée du Bas-Rhin ; — armée de la Moselle ; — armée du Nord ; — armée des côtes de Cherbourg ; — armée des côtes de Brest; — armée de TOuest ; — armée des Pyrénées-Occidentales; — armée des Pyrénées-Orientales; — armée des Alpes; — armée de Toulon; — armée révolutionnaire, etc.

Chacune de ces armées, recrutée parmi le peuple , et augmentée des volontaires que l'enthousiasme avait conduits, citait ses héros et ses martyrs. Les belles actions étaient célébrées en tous lieux pour servir d'exemples aux futurs défenseurs de la patrie ; et des petits manuels^ imprimés par ordre de la convention nationale , couraient dans les mains des jeunes enfants. Tantôt, c'était un volontaire , Claude Emonet , qui , ayant vu tomber son frère mort , disait à ses camarades : «Je vais achever, moi, la faction de mon frère. » Tantôt, un autre volontaire, Martin Yinay, sur le point d'être fait prisonnier, se tuait en disant : ^ L'ennemi, du moins, ne m'aura pas vivant.» Tantôt, c'était le canonnier Baraillier qui s'écriait : a Un républicain ne se rend pas. » Tantôt , c'était le caporal Dufour qui tenait tète à plusieurs soldats ennemis, en remarquant a qu'ils n'étaient que quatre. » Un canonnier, Louis Creux, avait eu l'audace de s'écrier, en entrant le premier dans une place forte : c< Rendez- vous , ou vous êtes tous morts. » Lutau, surnommé le héros de Spire^ avait dit fi que jamais un Français ne se rendaitprisonnier.» Le cavalier Dervieux, prisonnier, avait répondu au général autrichien vainqueur qui lui demandait des renseignements sur la position de l'armée française: (c Je suis ton prisonnier, mais je ne suis pas un traître (a). »

Enfin les noms de Barra etde Viala, les deux jeunes htros^ étaientdans toutes les bouches, et avaient été cités dans un nouveau couplet ajouté à la Marseillaise. .

La nation entière s'était surpassée, et contrebalançait l'Europe. Les moteurs de l'opinion publique surexcitaient chaque jour davantage cette fièvre de combattre qui avait saisi les masses. Leurs ébullitions enthousiastes ne laissaient pas que de porter d'excellents fruits, sous le rapport patriotique. Laissons aux despotes l'empressement de célébrer les plus petits succès , dit un journal ; nous, marchons de victoire en victoire. Que nos ennemis

■») Ia!* Fastct tfii petiplr français , pal J. riiatocl Saiiit-Auiveur, avec MMinptr». \'<j/>r*.

(Année 1793.) la franck de 93. 365

disent de nous : Mais voyez donc ce peuple français ; les plus belles actions sont pour lui des choses ordinaires ! — Ce qui était rigoureusement yrai à cette époque.

Aussi, lorsque Chénier publia Thymne de la Fête des Victoires, on le gourmanda sur ce qu'il avait prétendu que V Éternel protégeait\le peuple souverain, — qui n'avait besoin, pour vaincre, de la protection de personne. On lui demanda pourquoi il avait dit dans une strophe ;

El les liras de nouveaux Romains '

Renvenerunt l'autre CartJiage ,

Lieux communs indignes d'être répétés ; car si la foi punique et la déloyautt anglaise avaient entre elles quelques rapports , le peuple français, lui, n'avait plus rien de commun avec celui de Rome, et s'était élevé bien audessus.

Quelle que soit, nous le répétons, la morguedes paroles que nous venons do rapporter, il faut convenir qu'il est impossible de les taxer d'exagération. Oui, en 1792, et en 1793 , la France a été aussi héroïque, sinon plus héroïque que Rome et que la Grèce, et c'est une consolation bien grande pour les historiens qui ont raconté cette époque , quelqu'opposés d'opinion qu'ils puissent être, de jeter leurs regards attristés par la politique intérieure sur les phalanges qui combattent aux frontières. Là, tout est beau, tout est noble, tout est parfait. Elles défendent une sainte cause, avec de justes et légitimes moyens.

La France de 1793 ressemble à un vaste incendie. — Au dedans , le feu couve, éclate, dissout toute chose; — au dehors, il se manifeste par une flamme brillante , et qui sert de fanal aux autres peuples qui ne peuvent l'éteindre. — £t« ne l'oublions pas, l'incendie a fondu et jeté quelques parcelles d'or dans le creuset des temps.

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