‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 54 sur 74 · ANNEE · texte numérisé non relu

ANNEE

(JaDTier^79i). poissa ncb du jour. M7

aucun cas aux hommes de bonne foi que le zèle ou Tignorance peayent emporter au-delà de la saine politique de la révolution , ne caractérise pas exactement les hommes perfides que la tyrannie soudoie pour cofipromettre, par des applications fausses ou funestes , les principes sacrés de notre révolu tion.

« Le faux révolutionnaire est peut-être plus souvent encore en deçà qu'audelà de la révolution ; il est modéré, il est fou de patriotisrne, selon les cii^ constances. On arrête dans les comités prussiens» anglais, autrichiens, moscovites même, ce qu'il pensera le lendemain. Il s'oppose aux mesures énergiques, et les exagère quand il n'a pu les empêcher. Sévère pour l'innocence, mais indulgent pour le crime; accusant même les coupables qui ne sont point assez riches pour acheter son silence, ni assez importants pour mériter son zèle, mais se gardant bien de jamais se compromettre au point de défendre la vertu calomniée, découvrant quelquefois des complots découverts, arrachant le masque à des traittres démasqués et même décapités , mais prônant les traîtres vivants et accrédités ; toujours empressé à caresser l'opinion du moment, et non moins attentif à ne jamais Téclairer, et surtout à ne jamais la heurter ; toujours prêt à adopter tes mesures hardies , pourvu qu'elles aient beaucoup d'inconvénients ; calomniant celles qui ne présentent que des avan* tages , ou bien y ajoutant tous les amendements qui peuvent les rendre nuisibles ; disant la vérité avec économie, et tout autant qu'il le faut pour acquérir le droit de mentir impunément ; distillant le bien goutte à goutte, et versant le mal par torrents; plein de feu pour les grandes résolutions qui ne signifient tien y plus qu indifférent pour celles qui peuvent honorer la cause du peuple et sauver la patrie ; donnant beaucoup aux formes du patriotisme, très-attaché, comme les dévots, dont il se déclare l'ennemi, aux pratiques extérieures, il aimerait mieux user cent bonnets rouges que de faire une bonne action (a). »

Cette déclaration était le manifeste du comité de salut public succédant aux pouvoirs de la commune, et une modification de la loi des suspects telle qu'elle avait été établie par Chaumette. D'après ce qui se passait alors , voici quelle était la puissance du jour. Robespierre dirigeait l'esprit public et la police; Saint -Just dénonçait : Cou thon faisait nommément les motions violentes; Blllaud-Varennes. et Collot-d'Herbois étaient chargés de sur<^ veiller les missions des représentants du peuple dans les départements; Barrère était l'orateur du comité^ et exaltait les vertus de chaque membre dans ses fréquentes Carmagnoles, Enfin, venaient les hommes spéciaux : Carnot , s'occupait de la guerre; Cambon, des finances; Prieur de la Côte-d'Or , et Prieur de la Marne, des travaux intérieurs et administratifs.

(a) Rapport »ur les pnncipesde morale politique qui doivent guider la conveDtion dans radjninistratioo intérieure de la république, fa\i par Robespierre au nom du comité de salut publie.

3(18 OFPBAKDBS À i.'écii.iTÉ. (Février 1794.)

Certes , noui ne retrouvons pas là tous les hommes qiM nous avons Dommés naguère, même lorsqu'il s'est agi des mesures révolu lionnaires le» plus énergiques. Il est Tacile de voir que de nombreuses proscriptîoos vont se succéder, et que le système dictatorial aura plus d'une victime k immoler , avant d'être définitivement constitué.

Mais, à présent que nous cannaissoni en aperçu la Uiéorie révohiliODUira du comité de salut public, suivons le cours des évéoementa.

Partout on voyait des images de l'égalité.

Or, voiciquelles furent, en janvier et en février, les offrandes faîtes â cette vctu républicaine. L'^Ulédes partages, dans les successions, fut reconnue eo principe. L'esclavage fut aboli immédiatement dans les colonies françaises, et tous les nègres eurent la jouissance des droits de citoyens français. — L« niveau passa sur toute la terre de France. Les châteaux- forts , les tours, les tourelles garnies de créneaux, à l'exception des postes militaires — fureat voués à la démolition (n', mis hors la loi La ville de Marseille . à cause de ses actes cootre-révolutîonnaires , fut déclarée rtbttle et tant nom. L'anniversaire du 21 janvier, jour à jamais célèbre, parce qu'il a vu mourir le tyran, inspira & Couthon l'idée de faire une fétâ républicaine.' Les purs jacobins, — les vrais amis de l'égalité, — se levèrent tous à la fois, aussitôt après avoir entendu la motion dQ Couthon , et allèrent à la convention lui faire part de leur dessein. Et les jacobins, les conventionnels, une dépuUtion nombreuse des quarante-huit sections de Paris , ae rendirent sur la place de la Révolution. Ils y renouvelèrent les serments accoutumés : la Ubtrié o« la mortl rice Ut r^bliqiu! gutrre aux lyraiu! ]iaix au.r ehaumirru! A l'instant même, quatre crimin^s furent amenés pour subir leur jugement. U

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(Fétrieri794.) exécutions succbssivbs. 369

soir» presque tous les théâtres de Paris représentèrent des pièces patriotiqurs et républicaines (a).

Il a été décrété que la ju$tice et la j^obité étaient à Tordre du jour.

Aussi, c'est à présent que la guillotine est Vultima ratio des gouvernants. Elle ne se repose plus un seul jour, elle est permanente. En quelques mois . un nombre infini de citoyens sont exécutés. Chaque parti expire tour à tour. En mars, c*est Hébert, le rédacteur du père Duchesne; c'est Ronsin, commandant de l'armée révolutionnaire qui ya être licenciée ; c'est Anacharsis Clootz, surnommé Canard-six, — suivis de leurs amis, qui périssentsur Féchafaud , condamnés comme agents de l'étranger, et comme ayant conspiré pour donoer un tyran à la France; avec eux périssent la commune et la factio.i ultrorrécolutionnaire. Ce nouveau maître qu'ils soutenaient était soi-disant Pache.—En avril, c'est Danton, c'est Camille Desmoulins, ce sont Chabot, Basire, Lacroix, Fabre d'Eglantîne , Philippeaux, HéraultdeSéchel1es,que Ton traîneau supplice , étouffant en eux la faction des modérés, ou des indulgents Ronsin,yincent, Hébert, sont considérés comme conspirateurs, d'accord avec l'étranger; Chabot, Basire, Fabre d'Églantine, Julien, comme ayant fabriqué un faux décret tendant à favoriser des compagnies financières.

Etait-ce véritable suspicion contre tous ces hommes ? Était-ce seulement prétexte à condamnation ?

La conspiration étrangère ne fut pas plus prouvée à l'égard de tous les accusés, que ne le fut non plus la falsification du décret. Tous furent enveloppés péle-méle dans la proscription, et Basire, qui avait dénoncé les coupables fut regardé comme coupable lui-même , sans doute parce qu'il s'était élevé contre les roheipierrUtes à la tribune, et leur avait crié : « Quand donc cessera cette boucherie (b) ? »

Puis vint le tour d'Anaxagoras Chaumette, Dillon, Gobel ; des veuves Desmoulins e Hébert ; de MM. de Malesherbes et Thouret. Un mot à propos du premier, auteur de la loi des suspects et qui en périt victime. Quand il fut emprisonné au Luxembourg, un plaisant qui se trouvait aussi sous les verrous , lui dit en raillant : a Anaxagoras Chaumette, je $uis stupect , lu e$ suêpert, il est suspect , etc. » — Et il lui tourna le dos [c).

Les ultra-révolutionnaires morts, les indulgents morts, les dàntonistes morts, le comité de salut public compléta sa tâche, en faisant décréter que tous les fainéants de la république , et tous ceux qui auraient osé se plaindre de la révolution, seraient déportés à la Guyannc.

Robespierre croyait n'avoir plus d*obstacles à rencontrer sur son chemin .

(a) Révolutions de Paris, tome i8.

'b) Nou» donnons \c faC'timilr Ac IVcriture ilrRanirr, qui inonnii fou jciiiit*. Xr tiillfi ntl ili^tinin'iii ronçii, et prouve, jusqu'à IVvulmct!, I.t nn n-^nlpnlùliri'r de Bxsirr. r Hi\loirr de la révotulion , p.ir drux ainift de l.i liliertiv

Il songea alon à mettre eo pnUque son système, pour le triomphe duqud il avait succesFivemrat roué à ta mort ses plus iDlimes amis. Il avait suivi li maxime pointée milieu , écrite sur lacarte àci purt jacobint.

Il lui sembla beau de relever le culte, que la Fe'te de ta raiton n'avait pis suffisamment iastitué. Sur sa motion du 7 mai , la convention , devenue toute dévouée à ses partisans, décréta que le peuple françaja reconnaissaiL l'existence de Dieu , et l'immortalité de l'âme (a):

Article premier. Le peuple Français reconnaît l'existence de l'Être- Suprême et l'immortalité de l'Ame.

Art. 2. Il reconnaît que le culte de l'ËIre-Supréme est la pratique des devoirs de l'homme.

(4i) Rapport bit I

(Mai 1794.) décret de l*êt«k-supréme. 371

Art. 3. 11 met au premier rang de ces devoirs de détester la mauvaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres, de secourir les malheureux, de respecter les faibles, de défendre les opprimés, de faire aux autres tout le bien qu'on peut, et de n'être injuste envers personne.

Art. 4. 11 sera institué des fêtes pour rappeler Thonune à la pensée de la Divinité, à la dignité de son être.

Art. 5. Elles emprunteront leurs noms des événements glorieux de notre révolution, des vertus les plus chères et les plus utiles à l'homme , des plus grands bienfaits de la nature.

Art. 6. La république française célébrera tous les ans les fêtes du 14 juillet 1789, du 10 août 1792, du 21 janvier 1793, du 31 mai 1793.

Art. 7. Elle célébrera, aux jours de décadis, les fêtes dont Ténuroération gait : A l'Être-Suprême et à la nature. — Au genre humain. — Au peuple français. — Aux bienfaiteurs de l'humanité, -r- Aux martyrs de !a Liberté.

— A la Liberté et à 1 Égalité. — A la République. — A la Liberté du monde.

— A l'amour de la Patrie. — A la haine des tyrans et des traîtres. — A la vérité. — A la justice. — A la pudeur. — A la gloire et i l'immortalité. — A l'amitié. — A la frugalité. — Au courage. — A la bonne foi. — A l'héroïsme. -*- Au désintéressement. — Au stoïcisme. — A l'amour. — A la foi conjugale. — A l'amour paternel. — A la tendresse maternelle. — A la piété filiale. — A l'enfance. — A la jeunesse. — A l'âge viril. — A la vieillesse.

— Au malheur. — A l'agriculture. — A l'industrie. — A nos aïeux. — A la postérité. — Au bonheur.

Art. 8. Les comités de salut public et d'instruction publique sont chargés de présenter un plan d'organisation de ces fêtes.

Art. 9. La convention nationale appelle tous les talents dignes de servir la cause de l'humanité à l'honneur de concourir à leur établissement par des hymnes et des chants civiques, et par tous les moyens qui peuven tcontribuer à leur embellissement et à leur utilité.

Art. 10. Le comité de salut public distinguera les ouvrages qui lui paraîtront les plus propres à remplir cet objet et récompensera leurs auteurs.

Art. 11. La liberté des cultes est maintenue, conformément au décret du 16 frimaire.

Art. 12. Tout rassemblement aristocratique et contraire i Tordre public sera réprimé.

Art. 13. liln cas de troubles dont un culte quelconque serait l'occasion ou le motif, ceux qui les exciteraient par des prédications fanatiques ou par des insinuations injustes et gratuites seront également punis par la rigueur des lois.

Art. 14. n sera fait un rapport particulier sur les dispositions de détails relatifs au présent décret.

Art. 15. Il sera célébré, le 20 prairial prochain, une fête nationale m Vkên-

372 PLAPr VE DATiD. (Mai 179^).

neur de rÊtre-Supréme. David est<^hargé d'en présenter le plan à la oooTention nationale.

Ce décret fit grande sensation dans toutes les classes de citoyens. Il découtrait Dieu et l'annonçait an peuple. On rit partout affiché sur les mura :

LE PEUPLE FRANÇAIS RECONNAIT L'KXIStSNCB DE l'ÊTBB-SCPftÈME fT

L'iMlHOBTALiTé DE l'a^IE.

Au lieu de ces mots A la Raison^ qui se trouvaient sur la porte de tous les temples, on plaça la phrase récemment adoptée; et une gravure anciemie,-* renouvelée de la république, comme celle du pèlerinage à Saint-Nicolas, — retraça la réception du décret de TÊtre-Supréme dans les chaumières (a).

David s'est mis à l'ouvrage et présente son plan, curieux sous le double rapport de l'imagination et du style.

Nous le transcrivons eu entier, parce qu'il est poétiquement rédigé.

« L'aurore annonce i peine le jour, et déjà les sons d'une musique guerrière retentissent de toutes parts et font succéder au calme du sommeil un réveil enchanteur.

ce A l'aspect de Tastre bienfaisant qui vivifie et colore la nature, amis, frères, époux, enfants, vieillards et mères s'embrassent eta'empresseotà l'envi d'orner et de célébrer la fête de la divinité.

« L'on voit aussitôt les banderoles tricolores flotter à l'extérieur des maisons; les portiques se décorent de festons de verdure; la chaste épouse tresse de fleurs la chevelure flottante de la fille chérie ; tandis que l'enfant i la mamelle presse le sein de sa mère, dont il est la plus belle parure; le fils, au bras vigoureux, se saisit de ses armes; il ne veut recevoir de baudrier que des mains de son père; le vieillard souriant de plaisir, les yeux mouillés des larmes de la joie, sent rajeunir son ime et son courage en présentant Tépée aux défenseurs de la liberté.

« Cependant l'airain tonne : à l'ioslant les habitations sont désertes ; elles restent sous la sauve-garde des lois et des vertus républicaines ; le peuple remplit les rues et les places publiques : la joie et la fraternité l'enflammeot. Ces groupes divers, parés des fleurs du printemps, font un parterre animé, dont les parfums disposent les âmes à cette séène touchante.

a Les tambours roulent, tout prend une forme nouvelle. Les adolescents, armés de fusils* forment un bataillon carré autour de leurs sections respectives ; les mères quittent leurs fils et leurs époux : elles portent i la main des bouquets de roses; leurs filles, qui ne doivent jamais les abandonner que pour

(a) La composition de rctte (jfravure est de Greiue. Elle a été accommodée a troii époques difKfreniri' au moins, nn r^iK de fiouis KV| , k Is repu' lifpie, nu ronsiil.it, etc.

(Mai 1794.; plan de davio. 373

passer dans les bras de leurs époux , les accompagnent et portent des corbeilles remplies de fleurs. Les pères conduisent leurs fils, armés d'une épée : l'un et l'autre tiennent à la main une branche de chêne.

(c Tout est prêt pour le départ; chacun brûle de se rendre au lieu où doit commencer cette cérémonie, qui va réparer les torts des nouveaux prêtres du crime et de la royauté.

« Une salve d'artillerie annonce le moment désiré. Le peuple se réunit au jardin national ; là il se range autour d'un amphithéâtre destiné pour la Convention. Les portiques qui l'avoisinent sont décorés de guirlandes de verdure et de fleurs entremêlées de rubans tricolores.

« Les sections arrivées, les autorités constituées, le peuple, annoncent à la représentation nationale que tout est préparé pour célébrer la fête de TÊtre- Supréme.

(K La convention nationale, précédée d'une musique éclatante, se montre au peuple : le président paraît à la tribune préparée au centre de l'amphithéâtre; il fait sentir les motifs qui ont déterminé cette fête solennelle; il in^ vite le peuple à honorer l'auteur de la Nature.

« Il dit : le peuple fait retentir les airs de ses cris d'allégresse.

ce Tel se fait entendre le bruit des vagues d'une mer agitée que les vents sonores du midi soulèvent et prolongent en échos dans les vallons et les forêts lointaines.

« Au bas de l'amphithéâtre s'élève un monument où sont réunis tous les ennemis de la félicité publique; le monstre désolant de l'Athéisme y domine; il est soutenu par l'Ambition, l'Égoïsme, la Discorde et la fausse Simplicité qui, à travers les haillons de la misère, laisse entrevoir les ornements dont se fjarent les esclaves de la royauté.

« Sur le front de ces figures on lit ces roots :

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