‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 9 sur 74 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Modela la Bastille. — La quatrUme âfpiiutU, — Les Neeker. — Suppliée des chati. ^ L'assemblée de rbôieUde-ville ; bureau de* subsUtaneee , comité permattent, — La bierre de mars. -^ \j6 restauratear embarrassé. — Voyage de Louis XVI i Paris. — Berihier et Foulon. — Premiers temps de Pémigralion. — Rappel de Neeker. — - Journaux et comédies. — Le pÊtrùuiliolUme, — Les fayettUtee. — La nuit des dupe» ou des sacrtflcee^ etc. - Quolibeta. — Dont patriotiques ; lettre d'une fille publique i rAssenblée Nationale. — Dédartiion dci droits de rhoninie. — M. et M"* Veto.

Chez les femmes le patriotisme fU fureur; une d'elles était vainqueur de la bastille. Dans la haute société , elles portèrent des cocardes d la natUm à leurs bonnets, et, sur le devant de leurs coifTes, les signes des trois ordres, la bêche, Tépée et la crosse, avec des branches d*olivier brodées en soie verte. Il y avait des boucles et des tabatières d la bastille, comme au tiers état; des robes, des bonnets, des souliers, des rosettes aux trois couleurs. Il y avait des meubles à' la hasHUe, et, notamment, des boni^ts d la Bastille, représentant une tour garnie de deux rangs de créneaux en dentelle noire.

Ajoutez à cette nomenclature d'objets de mode beaucoup d'autres fantaisies taillées et façonnées avec des débris de la forteresse elle-même. Les coquettes se parèrent de bijoux en cuivre ou en fer, encadrés d'or, a Madame de Genlis porta à son cou un médaillon fait d'une pierre polie de la bastille. Au milieu du médaillon était écrit en diamants : Liberté, Au-dessus était marquée, aussi en diamants, la planète qui brillait le 14 juillet, et au-dessous était la lune, de la grandeur qu'elle avait ce jour mémorable. Autour du médaillon était une guirlande de lauriers composée d'émeraudes , et attachée avec une cocarde nationale , formée de pierres précieuses aux trois couleurs de la nation *. »

* Lettres écrites de France d une amie en Angleterre, par Miss l^illiam (1791).

4S LBS FEMMES. (juUlel 4789)

La mode n'est pas restée en arrière de la politique, et, par contre, les femmes parlent autre chose que chiffons; elles lisent le journal avec assiduité; elles prennent leur rang de bonnes citoyennes, et jettent parfois des regards clairvoyants sur l'avenir des afTaires de TËtat.Par exemple, dans un cercle, où il s'agissait entre femmes ûeV Assemblée constituante,^ nMaïs, demandait Tune d'elle, qu'est-ce que cette Assemblée constituante ? — C'est la quatrième dynastie, répondit l'autre. — Eh bien! cette dynastie-là fera Gharlemagne. »

Les femmes assistèrent aux nombreux services célébrés pour le repos de l'âme des citoyens tués au siège de la BasUlIe. Madame et mademoiselle Lafayette faisaient assez souvent les quêtes. Toutefois , aux grandes dames n'appartenait pas en entier le rôle patriotique. Au contraire, elles n'avaient pas abdiqué toute leur morgue passée. Beaucoup disaient bien haut : a Je suis ennemi des abus et partisan de la révolution, » alors qu'elles ne pouvaient encore souffrir qu'un roturier, fût-il homme de génie, osât leur baiser respectueusement la main, ni prendre une prise de tabac dans leur tabatière. — Le trait que nous rapportons-là est arrivé à l'avocat Target , député à l'assemblée nationale.

Les bourgeoises , les femmes du peuple suivirent le mouvement avec plus de vigueur. C'est parmi elles que se rencontrent les héroïnes elles amazones*. Elles se sont elles-mêmes imposé une tâche. Leurs mains forgent des armes , arrangent des bouquets , agitent des branches de laurier, tressent des couronnes. De district en district, elles vont manifestant leur enthousiasme, leur amour pour la liberté , et font souvent honte aux hommes à l'endroit du patriotisme.

Une ouvrière lingère disait un jour à son mari : a Je suis fâchée que l'on ait besoin d'un uniforme pour être soldat-citoyen : je n'en connais point du tout la nécessité; mais puisqu'il le faut, voici quatre louis que je te prie d'employer à avoir un uniforme; c'est l'argent de mes dentelles que j'ai vendues : elles ne me servaient que pour mon plaisir; cet argent te servira à faire ton devoir. » Voilà une citoyenne! s'écrient les Ètrennes à la vertu , où nous puisons ce fait. Véritable citoyenne , sans doute , ajouterons-nous , la femme qui vend ses dentelles pour acheter un uniforme, qui sacrifie le bonheur de plaire à l'amour de la patrie I

Par les femmes de la classe moyenne a été conquis le brevet de patriotes. Laissez faire le temps : déjà elles montent la garde. Leur influence est bien connue, et qui sait où elle s'arrêtera? Poissardes et fruitières iront complimenter l'assemblée des électeurs à l'Hôtel-de- Ville, et leur adresser ce discours : a L'amour d'un peuple qui adore son roi nous conduit ici

* Nous doDDODf le coslume dei Amasonei, qni a été porté pendaol quelque lerapi .

(juillet 1789)

LES KntAJTS.

poar la consoniiDaUoD du plus grand des ouvragefl, qui est la réuaion des Irob ordres , et le divin zèle qui nous anime nous fait espérer la fin de nos misères, en nons faisant dire d'avance que votre auguste assemblée repré. sente à l'humanilé du meilleur des rois la protpclion du plus grand des princes , tt que tout Itet tout de* Ntckert, u Modèle de slyle populaire, laissant deviner la pensée qu'il renferme.

Du resie, il ne Taul pas nier rinfluence des femmes sur la nation. Les Hecleurs prouvent qu'ils l'apprécient à sa juste valeur, et quelques Jours après ce compliment reçu, ils les supplient, par un arrêté, de coopérer i la grande oeuvrede tranquillité générale, en engageant tous les citoyens à suivre le cours ordinaire de leurs travaux.

Dorénavant, nous les verrons agir; voyons quelle instruction elles donnent  leurs enfants. Leur apprendre le S^lltAaxre national ; leur répéter à tout propos, 1 toute heure, les mots de Btutmeratit, deltto-M.de nation, de bon cifoynt; mêler h leurs jeux les idées qui domioent la politique du jour : — tel est le but qu'elles se sont proposé. Les images que l'on voit cotre les miuns des enfants représentent le Départ pour letiigeit la Bastiiie, V Attaque de la pttitt BaitUle , etc. Us remportent de peU tes victoires; ils se piquent du point d'tionneur; ils se battent en duel; ils promènent le drapeau national ; ils font l'exercice ; ils battent le tambour ; ils exécutent une marche de petits patriotes ; ils entourent, en dansant, le mai de la liberté.

Grflce A cette éducation toute nouvelle, et qui complète l'Education 4 (a J.-Jaequet Routieau, les voilA héros en berbe. ^

Le petit clerc, le petit noble . le petit paysan , tournent ensemble , étroitement unis de cœur et d'espérance-, et ils se disent tous trois : << Cela du-

44 ASPECT DES PBOVINCBS. (juillet 1788)

rera-t-il , cela ne durera>t-il pas*?»— Jeunesse de politique généreuse ! Mais les instincts sanguinaires Tont bientôt lui germer au cœur : la municipalité empêchera des patrouilles d'enfants portant des têtes de chat au bout d'une pique **.

Voilà comment les esprits étaient disposés : hommes , femmes et enfants, tous s'occupaient de politique. Cela posé, il n'y a plus qu'à suivre la marche des événements , et à voir quelle fut YfBuvre des $ept Jours , selon l'expression de Dusaulx, c'est-à-dire ce qui se fit du 42 au 19 juillet.

Si le renvoi de M. Necker avait attristé les provinces, à ce point que plusieurs villes s'étaient tenues prêtes à venir au secours de l'Assemblée nationale, les journées des 12, 13 et 14 juillet y suscitèrent de grands troubles. On y poursuivit les accapareurs de grains , on y conun^nça cette longue in- ^rrection, qui a été appelée la révolte des blis^ et qui en explique beaucoup d'autres. Les gardes nationales furent organisées dans toute la France, et calmèrent un peu les terreurs paniques qui éclataient fréquemment. Le lait suivant en donnera une idée. Dans une certaine ville, à la tombée de la nuit, on se figura voir arriver des brigands ou des carabots **% parla route de Paris. Emeute alors, confusion, cessation de travaux, prise d^armes; et les plus braves d'entre les citadins allèrent au devant de l'ennemi , combattre.... un troupeau de moutons i>erdns dans un nuage de poussière. Ne croirait-on pas, en vérité, qu'il s'agit là d'une algarade deTinuDortel Don Quichotte?

A Paris, il fut procédé à la nomination d'un colonel des milices citoyennes. Le club des Gordeliers proposait le duc d'Orléans qui fut écarté , malgré ses protestations de civisme. On hésitait encore, lorsque Moreau de Saiut-Méry, président des électeurs , se trouvant dans la grande salle de l'Hûtel-de -Ville, montra le buste deLafayette,quifut nommé commandant par acclamations.

Baiily,àso'n tour, président de l'Assemblée nationale, fut nommé à l'unanimïié maire provisoire de Paris; la prer(}/é était morte de vieillesse, laissant son héritage à un nouveau pouvoir qui était Y Assemblée de VEôteUde-Ville, Deux causes lui ont donné l'existence : cause matérielle , carie mouvement révolutionnaire se faisait à Paris, tandis que l'Assemblée nationale délibérait à Versailles, à cinq lieues loin, avec une roule mal servie par les eaha% , les turgottines **** et les pots de chambres; cause politique , car il fal-

* Gravure.

** Voir les Mémoins de Bailly.

"* Geni soadoyéf, envoyés de Piris dans les provinces, et qui avaient, uiurait-on , un coalume loul particulier : veste, pantalon de coutil rayé; chapeau rond. Mémoires de Dumouriez,

*'** Les turgottinei étaienCdea voitures Tort incommodet, auxquelles on avait donoè ce nom par dérision, sous le ministère de Turgot.lff rcier.

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(juillet 1789) L'HOTEL DB VILLE. AS

lait un pouvoir modérateur qui pût contenir le peuple plaçant toujours Ta- Inu à côté de l'usage, le faux à cùlé du vrai , ayant, iui aussi, sa volonté aveugle, son despotisme , sa folie, «r On n'imagina pas, dit Bailly dans ses Mémaireâ, que le peuple pût s'armer sans Tautorisation d'une autorité quelconque. C'est au moment de ces demandes réitérées que les électeur» oDt reçu leurs pouvoirs du peuple en même temps que de la nécessité et da danger. »

La fondation de YÀB$embUe de l'Hôtelrâe-Ville ou Commune de Paris « est QD événement assez grave dans l'histoire de la Révolution pour que nous nous y arrêtions quelques instants. Elle s'opéra spontanément. Ainsi que DOUsTavons vu, les électeurs avaient continué à s'assembler pour adhérer aiur travaua: de leurs députés. Mais, un jour, les salles de l'archevêché et de rHôtel-de-Ville leur avaient été interdites. Ils y suppléèrent par \eMusée de larueDauphme^ espèce de cabaret, où ils se réunirent au nombre de trois cents. Une uoce s'y faisaitf; les convives se retirèrent en embrassant et en félicitant les courageux électeurs. Cela se passait le 95 juin. Le lendemain , les pertes de rHùtel-de-Ville s'étaient rouvertes, et bientôt, sous le titre de MagistraU prwisoires, les électeurs entamèrent une correspondance suivie avec TAssemblée nationale. Dès ce moment, les journaux rendent compte des séances de FHôtel-de -Ville, et le maire de Paris donne audience comme UB minisire.

Or, cette nouvelle magistrature se servit amplement de son autorité. Elle prit pour elle les attributions de l'ancienne lieutenance-générale de police*; établit eh son sein vn bureau des subsistances, pour veiller aux approvisionnements, et un comité permanent, chargé de recevoir les demandes joumaliferes des Parisiens, et de s'enquérir des scènes qui avaient lieu dans la capitale **. Aussitôt le 45 juillet passé, des commissaires choisis par l'Assemblée firent leur visite chez les boulangers, afln de savoir quelle était la quantité des farines, et d'en constater la consommation ordinaire. Paris, dont la population s'élevait à plus de six cent mille âmes, pouvait vivre à peine trois jours : aussi, non-seulement il y avait queue à la porte des boulangers, mais des factionnaires y étaient déjà préposés.

L'Assemblée de THôtel-de- Ville prit soin de faire cesser des bruits rldicoles d'empoisonnement:— le peuple craint toujours le poison quand il a faim. Puis elle confirma les nominations proclamées subitement par la masse des dtoyens, et reconnut pour Commandant -général du faubourg Sotnê-Àntoine le brasseur Santerre, qui, selon quelques mauvaises langues, n'avait de Mars que la bière , mais qui , aux yeux des bons citoyens , pouvait

* M. de Crosne avait dooné ladémiflfîon pea de temps après les troobles dn 14 Juillet. *' Kemoiret ieereti des Archives delà polieet par Peuchei.

46 OKUVRES DES 7 JOURS. (jOÎUei 478»)

passer pour un excellent palriole^ C*esl Santerre qui avait eu Tidée d*in* cendier la Bastille avec de Thuile d*Œillet enflammée par le phosphore , et injectée avec des pompes à incendie *.

Jiisquo-là^il n'y avait rien que de très-louable dans la conduite de la commune, puisqu'il s'agissait d'administration ou de milice citoyenne. Mais, pour se mettre dans les bonnes glrâces de ses administrés, elle permit à M. de La Barthe de garder le titre de capitaine des quinze cents] volontaires du Palais-Royal, bataillon libre, et laissa à un nommé Dubois, garde-française, une croix de Saint-Louis qui lui avait été décernée par le peuple lui-même. Actes de complaisance qui lui attira les reproches des autres pouvoirs politiques : telle à été au reste le sort de cette Assemblée, qu'à ses débuts elle aida le peuple , et Tut en butte aux traits de ses supérieurs ; qu'à sa fin elle voulut concilier les partis , et s*est fait alors désavouer par le peuple.

Continuons maintenant l'examen de V Œuvre des sept Jours.

Sur l'avis de Lafayette , le nom de milice citoyenne avait été changé en celui de garde nationale; le docteur Guillotin fut chai'gé de présenter à l'Assemblée nationale la pétition y relative. Cette transformation de nom se rapporte à un changement semblable dans l'Assemblée nationale qui , après avoir pris parti dans la lutte du Gouvernement avec Necker, après avoir déclaré que le Genevois et ses collègues emportaient l'estime et les regrets delà nation , commença ses travaux sur la Constitution. Nous nous occuperons donc dorénavant ûeV Assemblée constituante.

Elle envoya une députation à Paris pour annoncer à la Coramune le deuxième rappel de Necker. On assurait que le roi allait venir; la députation de l'Assemblée assista avec les membres de la Commune à un magnifique Te Deum chanté à Notre-Dame. Bailly reçut alors une véritable ovation. Pendant sa route, un électeur, placé devant lui, criait au peuple : «r Voilà votre maire, voilà le nouveau maire de Paris! »Le matin, on lui avait décerné une couronne de lauriers. Celte même couronne passa, dans la même journée, sur trois têtes différentes : celles de M. de Juigné, archevêque de Paris, celle de Bailly, et celle de Lally-Tolendal , un des envoyés de TAssemblée constituante.

Le bruit d'un voyage du roi à Paris n^étatt pas mensonger. Louis XVI avait été averti des événements du U juillet; et par le récit du duc de Liancourt, il s'était bien persuadé qu'il ne fallait pas voir là une révolte seulement, mais bien une révolution ; et alors, il s'était présenté de son propre mouvement à l'Assemblée , en lui accordant, pour la première fois . le titre d'Assemblée nationale. Les représentants du peuple lui témoignèrent leur sa-

* Prite de la Bastille ^ rapport â la Contention, par DuMuli.

(Juillet i789j voyage du boi a pabis. 47

Usiaction en l'appelant Xautf,p^e du peujde, et restauraUwf^ de ImUèitié' française. On plaisanta sur ce titre , par le moyen d'ane eomparaison. On 56 glissa à Foreille que Louis XY I , vu la rareté des subsistances , avait , à bon droit, été proclamé le Roi reêtaurateur. Une caricature ajouta même : Uistaurateur embarrassé.

Se laissant aller à des sentiments honorables, Louis XYI résolut donc de venir dans la capitale qui l'attendait avec cette impatience qui caractérise le contentement véritable des masses. Le courrier qui apporta Theureuse DoaveDe a^ait fiuU la course de Paris à Versailles en une heure et demie. Le peuple alla à la rencontre du roi le 17. [>es gardes nationaux à pied et à eheval% des dames de la halle, portant des branches de laurier et des couronnes de fleurs, des femmes et des demoiselles de la haute société, des moines , des capucins, le mousquet sur Fépaule ou Fépée au côté, formèrent l'escorte du roi-citoyen, du rot des Français **. Des bouquets étaient placés à la gueule des canons, avec cette inscription multipliée é Tinfini : Totrefrésenee nous a désarmés ; à votre tue , les fleurs naissent sur les foudres meurtriiree dont vos ennemis et les nôtres nous avaient forcés de nous armer. Sa voiture , ses chevaux , étaient bariolés de cocardes tricolores. Bientôt, après un discours dans lequel le maire Bailly annonçait que Paris avait rwon^iiis son roi, les cris de joie retentirent, comme dans les plus beaux joors, aux oreilles de Louis XVI. La confiance lui revint au cœur, et ce ne fut pas sans une émotion délicieuse qu'il lut ces mots écrits sur un transparent attaché au cadran de rHôlel-de-Ville :

a louis XVI PÈBB des FBANÇAIS BT BOI

d'un peuple libre.

Ethis de Gomy, procureur du roi, proposa ensuite aux électeurs d'ériger sur le terrain de la Bastille une statue à Louis XVI, régénérateur de la liberté pMique, restaurateur de la prospérité nationale , père du peuple français. Ils votèrent par acclamation, et cependant cette statue n'a jamais été achevée. Il est souvent arrivé chose pareille pendant le cours de la révolution. Beaucoup de monuments ne furent élevés que sur le papier, ou par les cris de l'enthousiasme.

Ce premier voyage du roi à Paris ne fut qu'une simple promenade. Son

* Les premiéref eompignies de gardes niUooiui â chef al parurent le 1S Juillel. ** TdfléUieol leiUtrei donnés à Louii WI par les partisans de la réTolntion qui espéraient encore en te royauté.

48 ACTEj( DB LA COMMtNR. (juiUel 1789/

séjour contiDiiel y était demandé ; ces vers furent imprimés iMirtout, et leur facture indique la classe de gens dont ils émanent :

Famille auguste et tendre avec transport chérie. Lorsque nous te voyons parmi nous réunie, Que vous puissiez rester dans nos murs désormais. C'est le VŒU le plus cher de tous vos vrais sujets *.

Louis XVI regagna Versailles, connaissant bien la situation, les désirs, les espérances de son peuple qui lui lit la conduite , armes renversées. Son entrée avait ressemblé à un supplice, sa sortie était comme une fête.

Mais aussitôt après, le soir même du 17 juillet, les choses reprirent leur train habituel. Un orateur plébéien, nommé Duhamel, monta sur une table dans le Palais-Royal, et entre autres motions, excita les passants contre les électeurs, coupables sans doute d'avoir convenablement reçu Louis XVI. Paris se trouva de nouveau livré à ses passions politiques ; la disette recommença plus fort ; on poursuivit les (ucapareurs de blé. Tels sont les première symptômes d*anarchie, dont l'Assemblée Nationale a été la cause* Par ses éternelles réserves, elle s'est tenue à la remorque du mouvement révolutionnaire ; l'Hôlel-de-Ville a pris sa place. Puis, comme le gouvernement s'est affaibli en se divisant, quelques jours vont suffire pour retirer aux électeurs eux-mêmes leur influence et leur pouvoir.

Bailly, le premier, voit ses opinions débordées. Les honimes du côté droit ne lui pardonnent pas sa harangue à Louis XVI; c'est un crime à leurs yeux que d*avoir appelé le 17 juillet un beau jour. Ils cherchent à le dépopulariser parce qu'il s'est fait patriote. Le côté gauche, au contraire , lui lance mille quolibets à cause de sa modération. Bailly devient ainsi le bouc émissaire de la Commune ; il représente le pouvoir municipal auquel le côté gauche en veut pour ses actions que nous allons énuroérer.

Louis, rentré Â Versailles • le sceptre de Paris demeura aux mains de^ représentants de la Commune ou de Y Hôtel-de-Ville ^ assemblée formée de deux députés envoyés par chaque district.

L'Hôlel-de- Ville s'interposa dans les services célébrés en mémoire des citoyens morts  la prise de la Bastille, services où un certain abbé Fauchet (/aux-c^tf/ d'après l'orthographe de la satire) se transforma en prèdicaleur patriotique ; où Gossec et Désaugiers-Janson commencèrent à mettre leur talent de compositeurs à l'usage des fêtes, des cortèges, des Te Deum, et des chansons populaires. Désaugiers , notamment, fut chargé par les électeurs d'écrire un hiéro-drame, pour chanter le courage et l'intrépidité des héros parisiens.

* Au bas d'une gravure et dp divers imprimés du temps.

Juillet 1789) émigration. 49

rien là qai pût déplaire aux têtes exallées. L'Hôtel-de-Ville avait pris des arrêtés pour rétablir la libre circnlation dans Paris , et pour faire cesser l'humeur verrière des citoyens. Voilà qui entrayait leurs plans, contrariés surtout par les efîbrts des électeurs pour sauver Foulon et Berthier de Saavign j, son gendre. Tous deux succombèrent le 22, accusés de trahison et d*accaparenient.

Un grand nombre d'estampes et de brochures rappelèrent leur supplice. De plus, un dessin représentait des hommes portant des létes au bout de piques, et s*écriant : « Voilà comme on se venge des traîtres! » Un autre signalait affreusement l'aurore d'un beau jour, c'est-à-dire tous les bienfaits éàs au sang qui a été versé. Un autre retraçait les comptes du calculateur patriote. — Un homme du peuple a devant lui des têtes coupées ; il dit : « Qui de 90 paie 4, reste 46. » Les 4, sont les têles de Delaunay, Flesselles, Foolon et Berthier *; les 20 sont les têtes des aristocrates proscrits le 14 juillet par les motionnaires. Cette dernière estampe, nous n'osons pas dire caricature, se vendait à toutes les portes du Palais-Royal **.

Déjà passe pour modéré qui veut écarter les idées sanguinaires.

D'autre part , l'émigration avait pris naissance à la prise de la Bastille , avec le départ du comte d'Artois ; elle est bientôt devenue une mode. Tous les grands personnages, en quittant la France, emportent leurs richesses. La misère des basses classes est à son comble et attire mille malédictions sur la tête des émigrés. Il s'établit alors une guerre à mort entre les aristocrates et les patriotes. Les gravures du parti populaire n'épargnent ni le rang, ni la puissance, ni le caractère religieux. Le patriote se demande, en bon apothicaire, quelle est la meilleure recette contre l'aristocratie; et 11 se répond loî-niême : Prenez une lanterne***. Il inyeiïie Y onguent national pour guérir, et des pilules pour purger les parlementairen aristocrates. Il fait la chasse à la grosse béte aux cent têtes aristocratiques. Il s'attache à démontrer, d*une façon fort malpropre, la stupidité deshldsons. Ou bien, il vient d'achever son sommeil, et s'écrie dans son barbare, mais énergique langage : « Ma feinte, il était temps que je me réveillisse, car l'oppression de mes fers me donnions le cauchemar un peu trop fort **•*. »

Les adversaires répondaient sans une telle passion, mais avec un dédain et une ironie incroyables. Ils traitaient les patriotes de cabalevrs, A'hommes

' Mémoiref 4n manmis de lerrièret» et BiblioUièqoe royale. " Benbier fui le dernier intendanl de la géoéralilé de Paria. '" Cabinet de M. Bfaurin.

**" Cabinet de M. Lalerrade; quelqoes-unt de cet dessina sont trop obKénea poar pouvoir ■ème être explîqoéa. Telle eal la Hufédiié de» tlAsotu.

30 BONS MOTS. Cjuillet 1789]

nouvtattx, de meneun, de nivtleurt, de brigandê. Ils iosullaient les cheb de U Commune. La duchesse de Biron, par exemple, se Irouvait au spectacle, lorsque dans un de ces combats à coups de pommes, si ft-équents alors entre le parterre et les galeries, elle reçut un projectile à la joue. Elle l'envoya le lendemain à Lafayelle avec cet écrit : a Permettez, Honsieur, que je vous ofTre le premier fruit de la révolution qui soit veau jusqu'à moi *. a

C'est une femme encore qui fil l'anagramme de son uom : De Lafayelte (déilé fatale), et une autre, l'ambassadiice suédoise, qui, plu» tard , dit en parlant de Lafayelle :

Lt tipolilioa du grind gcnérit rciMmbls ■ un« cbtnddic qui ne btilli qaa chei le pnpl*

Nommer Lafayelte, amène logiquement à toucher quelques mots de la garde Daliouale, son rêve, son chef-d'œuvre, sa création. La milice citoyenne, au début, élalt apparue comme le symbole des trois ordres armés, tellement, que dans beaucoup de gravures , le garde national était représenté portant cumulalivement, et la t>ëche de l'homme du peuple, et l'habit du gentilhomme, et la mllre épiscopale , avec cette inscription au bas : u Un seul fait les (rois, voilà le mot.» Le garde national, ajoutait-on, c'est le Français du temps présent, aussi bien que l'homme aux belles manières, frisé, poudré, pommadé, en costume de bouracan ou de satin, c'est le Françjiisdn temps passé,— qui ne reviendra plus".

' HAnoiret de Coodoreel.

" Tcili cl cfpril de gritarci qui le iTonvenl dini dilTtreBlei wIlNliani.

(jiiilleM789; les gardes nationaux. Si

Tant de louanges ne tardèrent pas à paraître exagérées; les soldals-cl- (oyens s'attirèrent de graves reproches, d*abord à Toccasion des nominations d*officiers, â cause de Tamour-propre démesuré qui y présida. Tout le monde voulait un grade. Dans un certain district, où il ne restait plus de soldats y U fallut en emprunter au district voisin. Celui de la Sorbonne * avait nommé sous-lieutenant le fils de Lafayette, âgé de dix ans**; celui de Saint-Roch avait donné au duc de Chartres le titre de capitaine d'honneur. En général les choix tombaient exclusivement sur les nobles démocratisés on sur les riches négociants, ce qui revenait à peu près au même.

Ensuite, on crut devoir les plaisanter, parce qu'ils iouaient au militaire. En eflety soldés ou non-soldés, les gardes nationaux ne quittaient presque pins l'uniforme y le fusil, la parade et l'exercice. Chez tous les libraires se trouvaient par milliers des manuels pour l'instruction de Vinfanterie nationale parisienne. Si un but véritablement'uUle eût été le mobile de ces actes empressés, ils n'auraient été payés que par des éloges. Mais loin de là, tout se bornait à des réunions et à des banquets mililaires, où l'on célébrait les trois héros du jour.

Lafayette, Bailly, Necker, Tous trois sont des hommes de fer Ponr le bonheur de la patrie.

Aussi vont-ils, en vérité, Tout droit à l'immortalilé Malgré la discorde et l'envie

Les gardes nationaux chantaient donc ainsi la gloire de leurs chefs; de plus, ils se plaisaient à mille cérémonies sans motif, et se passionnaient pour Texerdce à feu. Aune bénédiction de drapeaux, ils s'avisèrent de faire des feux de peloton dans l'église Notre-Dame, accompagnés de décharges d'artillerie au-dehors. L'esprit de patpouillotisme leur était échu en partage, et aussitôt ils le poussèrent trop loin. Un officier de garde voulut un jour faire entrer sa patrouille dans le café Procope; un autre arrêta de son autorité privée, dans le café de Foy, un jeune homme qui lisait tout haut le Courrier ie Ver$aiUeg , ce qui donna lieu à une caricature ayant pour titre : Le pa^ trùuiUotisme chassant le patriotisme du Palais-Royal ****, Enfin, des gardes

* ChaqM diflrict, porUnt ordioiiremenl le nom de l'église qui y était lituée, fournisiait ua teuiiloQ.

** UwoiMtUnu de Paris, Joariul de Prndhomne.

*** Ettrait d'an à-propot patriotique cbaolé dans un banquet de gardes nalionani. "" Cartons de la bibiiotbéque royale. Elle eut beaoeoup de sttccés.

o2 IMPOPULARITÉ DE NECEBR. (juillet 1789)

nationaux se permirent de fouetter, sur le bouleyard, une jeune fiUequi disait qu'elle se moquait d'eux*.

La Coounune et son maire, la garde nationale et son général, n'ont déjà plus de prisme aux yeux de la multitude. Le gouvernement aura son tou^ avec Necker, l^idole du peuple. 11 fut rappelé, et par là encore les désirs des Parisiens furent un moment satisfaits. Us ne voulaient pas laisser jouer les théâtres avant sa rentrée aux affaires ^*. La veille de sou retour à Versailles, les dames de la Halle s'étaient rendues dans cette ville, pour attendre le ministre <an« désemparer ***. Lorsqu'il vintàrHôtel-de-yîlle,àPariSy il y fut reçu comme le roi lui-même. On lui plaça couronne sur la tête, cocarde au chapeau, branches de laurier dans les mains. On mit des lampions sur les fenêtres. On écrivit sur la porte de son hôtel : Au mmistre adoré. On lui fit un discours; on lui dit: ((Que le peuple ne pourra jamais oublier que c'est par Necker qu'il existe n Dans une chanson, il fut appelé le wai père du peuple.

Quelques instants après cette ovation, Necker prononce les mots d'ainnùL tie générale, — et sa popularité est perdue. Les deux parties contraires s'acharnent après lui. Les monarchiens répandent dans le public un portrait du grand homme. Gomme attributs, on y voit : un portrait de Jean Calvin^ parce que Necker était protestant; des sacs d'écus, parce qu'il était agioteur; une gerbe de blé , parce qu'il avait accaparé les grains; un caducée de Mercure, emblème de sa probité; une plume de paon, emblème de sa modestie; une tète de renard, emblème de sa bonne foi***^. La popularité renferme en soi, — n'est-ce pas, — son ennemi le plus terrible? — L'enthousiasme la crée et la tue. Gomme la flamme du gaz, elle natt de la fumée , brille et s'en retourne en fumée au mcmidre souffle.

En vérité, l'esprit public marche vite. Le jeune avocat Loustalot publie les Révolutions de Paris avec cet épigraphe :

Les grands ne nous paraissent grands

Que parce que nous sommes à genoux

Levons-nous*****.

Le journal le Patriote français commence à paraître. Marat, médecin, a mis au jour le Publiciste parisien ;ei les Actes des Apôtres, feuille satirique

* Li Chrùnique de Paris, journal.

** Mémoires do Bailly.

••• Courritrde Paris à Versailles, rédigé par Gorsat. ^

"** Ce portrait corienx, que nous reproduisons, est eitrail du cabinet de M. I^lerrade.

UsBevoluliotis ont eu jusqu'à 300,000 souscripteurs.

Jinlur, TtHCKEB .

(juillet 1789) INlfOVATlOlfS DIVERSES. 53

du parti royaliste, ont iodiqiié leur miliésime : L'jIh zéro de la lU^erti.

La comédie de circonstaoce et la comédie politique sont connues. A leur réouverture, les théâtres jouèrent des pièces telles que la Politique à la Halle, V Amour Batriotique , la Fête du Grenadier, le» Laurier» au patrio^ tisw^, la FêU de la Liberté, etc. *.

Dans le langage , on employait fréquemment les mots de citoyen et de dtofenne. Beaucoup comparent déjà le Palais-Royal au Forum romain ; le peuple de Paris, aux héros de la Grèce et de Rome. Ka-t-on pas déjà écrit sur les médailles, les estampes, les drapeaux : Vivre Kbre ou mourtr ? N'appelle-t-OD pas déjà Marie- An toinelte, la femme du roi, la louve autrichienne **. Les étrangers, en recevant les émigrés , protestent contre le mal français^ le patriotisme, qui menace de pénétrer dans leurs états. Un levain de républicanisme se fait assez apercevoir partout. — A Texposition des tableaux, il y eut peu de visiteurs. « En effet, dit à cet égard Loustalot» les allégories de Farnoor, les portraits des courtisans , les flatteries des esclaves , nous intéresseront fort peu. Désormais , Brutus prononçant la mort de son fils, ou Dedus mourant pour sa patrie, voilà ce qui pourra nous plaire et nous séduire. > Ajoutons que le compte-rendu du salon de cette année, dans le Journal de Fari»^ indique deux seuls tableaux aimés du public : le premier était le Juniu» Brutu» , de L. David ; le second , le portrait de Latude , par Yestier. — Deux laits remarquables I

Telle était la situation morale de Paris; matériellement, on ne voyait encore que fort peu de monuments qui indiquassent le nouvel ordre de choses. La statue de Henri IV est restée affublée de drapeaux et de cocardes. Les raotionnaires, auxquels il a été défendu de se rassembler dans le jardin du Palais-Royal, ont choisi pour asile le fameux café de Foy ; ils sont représentés à F Assemblée nationale par une portion du côté gauche, dite le CotM du Falaiê-Royal.

De nombreux pèlerinages à l'église de Sainte-Geneviève, de magnifiques eX'Voto à la patronne do Paris , faits, la plupart du temps, par les dames et les demoiselles, vont, tambour et musique en tête, et accompagnés de détachements de garde citoyenne , dont les armes sont ornées de fleurs. Au théâtre, pendant les entr^actes, on entonne des refrains patriotiques.

La prison de FAbbaye-fiaint-Germain porte cette inscription : Prieonnier» mi» »ou» la main de la nation. A tout instant, la nuit, sont arrêtées de fausses patrouilles. A tout instant des rassemblements et des tumultes, des rixes sanglantes aux marchés et aux halles. La foule lit avec avidité, commente

* Joumai de Paris, aux programmes dei ipecladet . ** Uémoiref de l'abbé Georgel.

54 NUIT DU 4. (août ItSft)

avec audace les arrêtés de l'HôteMe-Ville , placardés sur les murs , souyent arrachés par des malveillants, et toujours en opposition avec les arrêtés hrttons^ publiés par le Coin du Pcdais-Royal, La Bourse est deyenue peu à peu un vérilable thermomètre des événements de chaque jour.

Un calme parfait n'existait donc pas à Paris; dans les provinces il était moins rassurant encore. Un vaste incendie s*é(endit sur Ja France entière , Vincendie des châteaux, indignes représailles des prolétaires contre les riches, motivées, en apparence, par un imprimé qui Gt savoir aux paysans. « Que le roi ordonnait de brûler tous les cMteaux'y qu'il ne voulait plus que le sien. » Ces éclaireurs de châteaux se rendaient chez les propriétaires , prenaient leurs girouettes, leurs mesures , leurs cribles; y attachaient des rubans et des plumes, et suspendaient ces espèces de trophées à un arbre , avec cet écrileau : quittance finals des ebntes *.

A cet événement se rattachent les meurtres de Belzunce, à Gaen ; de Châtel, lieutenant de maire, à Saint- Denis; et l'arreslation du baron de Bezenval , commandant pour le roi dans la généralité de Paris. Une de ses conséquences à été la fameuse séance de YÂ88embléenationale,û9uas la nuit du 4 au 5 août.

L'abandon des privilèges se place au nombre des faits les plus importants delà Révolution. La noblesse et le clergé accomplirent spontanément leurs premiers et leurs plus immenses sacrifices à Tégalilé ; et cette nuit, qui vit supprimer les justices seigneuriales , les prévôtés , les capitaineries , les dîmes, rhérédité des offices de magistrature, la vénalité des charges, le droit de colombier, les aides et les gabelles, le denier delà veuve^ la pluralité des bénéfices, les franchises particulières des provinces, les maîtrises et jurandes, les droits de contrôle, le déport, etc., etc.; cette nuit, qui vit' admettre en principe l'égalité des peines, l'admissibilité à tous les emplois , le rachat des droits féodaux , l'afrranchissement des serfs , le droit de chasse pour tous, etc., etc., renouvela la face de la France. L'arbre féodal fut arraché.

Ceux qui en redoutaient les effets, ne surent quels noms assez dédaigneux donner à la nuit du 4 août. Les uns l'appelèrent la nuit des dupes; les autres, la nuit des sacrifices ; d'autres, la Saint-fiarthélemy des propriétés ; d'autres, enfin, rorgie législative. Ce qui prouvait comliien il y avait d'arrièrepensées dans V abandon des privilèges.

Une médaille en éternisa le souvenir; le burin retraça mille et mille fois cette séance extraordinaire; un Te Deum fut célébré en actions de grâces.

Parmi le peuple, la nuit du 4 août fit naître simultanément des idées de fraternisation et des projets de vengeance.

* Histoire de la Révolution, par deux amii de ta liberlé. T. 4.

(«ml 1789; iHjniEs ADx riiviLteiÊ». 55

Il cfcanU, ■'adressant au noUe el au préire :

A la gaerre cfomae i la guerre, Ponr trou now n'avons qu'un verre; Entre nous pas de làçoa!

Le vin n'en est pas moins bon.

Puis, comme U ne croyait pas an désïatéressemenl des ordres privilégiés, il intitula une caricature : Le» IroU fumeun.

u droiu, ChKun, iehbtt ta

t plu lar Iw bief»

One antre est le Bilirt patriotique: Le peuple flagelle les altributs de la noblesse et du clergé. Une autre a trait à la rérorme des dilTérenls droits féodaux et de la dîme. Sachant bien que plusieurs seigneurs ou abbés ont ^ i conlre-cœor, un Fennier paie encore sa redevance, et dit avec le sourire sur les lèvres : • Hél prenez toujours. Monsieur le curé : tel refuse d'une main, qui voudrai! tenir de l'autre, mais c'est pour la dernière fois. »

^^ DONS PATRIOTIQUES. (aOÙt 1789)

Le peuple s'intitule Con/e^^eur indulgent i il dit aux deux ordres, après leur avoir donné Fabsolution : « Allez-vous-en, et ne péchez plus. » Il se met à narguer raristocratie, qu'il personnifie dans une vieille douairière, aux appâts perdusi â bourse plate, et il écrit sais ce portrait, selon lui fort ressemblant :

L'aristocratie interdite.

Lisant contre elle tant d'arrêts, Dans son dépit, cherche, médite Contre nous les plus noirs projets *.

Ce Monsieur du tiers-état n'a pas foi, apparemment, en la conversion du cler§[é. Il lui ro^e les ongles, et prétend « qu'ils étaient trop longs, n II lui arrache les dents, a et né lui laisse que deux chicots, n en récitant ces vers :

Courage, frère Biaise^ Mords, en nous menaçant, ton doigt tout à ton aise ; Ami, qui n'a pas craint le râtelier entier. De ton triste chicot doit-il se défier ?

11 plaisante enfin hur les noms d*Abbé, de Père, de Moine, et commence cette longue série de jeux de mots, qui n'en est pas meilleure pour avoir été continuée jusqu'à nos jours : L'abbé — quille, — trave, — daine, -— tise, — vue , — sang-suré , etc. ; le père — islyle , — vers , — nicieux , etc ; le moine — au. On s'était donné la peine de faire une gravure pour chacun.

Le ridicule s'est attaché aux ministres de TËglise. A cet égard surtout, vous le voyez, le sarcasme voltairien triomphe. Le clergé est regardé comme une exception dans l'État ; on le persécute jusqu'à ce qu'on en fasse un martyr. Comme l'abus est venu bien vite à côté du droit I A peine les franchises sont accordées, que déjà les campagnes sont couvertes de chasseurs qui saccagent les .terres, et que beaucoup de paysans se croient dispensés de payer toute sorte d'impôts.

Tel est, d'un côté, l'effet déplorable que produit sur le peuple méfiant V abandon des privilèges. Il redoute, à tort ou à raison, quelque piège grossier. Mais, d'un autre côté, un effet heureux ressort de ces grands sacrifices, c'est l'origine des dons patriotiques.

Quelques jours après la séance du 4 août, Necker avouant, une fois encore, le mauvais état des finances, demanda un emprunt de trente raillions, qui

* GabiB«l de M. Laterrade. Il y a beaucoup de variantes sur l'arislocralie.

if. \

(août 1780) DOHS PATBIOTIQUES. 57

ne foC point accordé par l'Assemblée naticoale. Dans cette occurrence, les dames^rtisUs, instruites des devoirs imposés par l'amour de la patrie, vinrent offrir aux représentants de la nation leur argenterie et leurs bijoux. Elles avalent pris Tinitiative, et leur noble action fut généralement bien aceueillie, et longtemps célébrée par les peintres et les poêles. Les lingères , les dames de la Halle , les domestiques, jetèrent tour à tour leur offrande dans le lombard^ ou espèce de tronc placé à la porte de TAssemblée nationale à laquelle une fiUe publique envoya cette lettre curieuse.

« Messeigneurs,

«Pai un cœur pour aimer; j'ai amassé quelque chose en aimant ; j'en fais entre vos mains l'offrande à la patrie. Puisse mon exemple être imité par mes compagnes de tous les rangs ! * »

Les dons patriotiques prirent un grand accroissement ; chacun mit de l'eii- Ibousiasme à faire son offrande. Un enfant de huit ans envoya deux louis d'or qui lui avaient été donnés pour ses plaisirs. Cependant, d'après une f^ravure, on pourrait croire que les hautes classes se firent tirer l'oreille, car, lorsqu'elles se décidèrent, les bonnes citoyennes s'écrièrent : u Oh ! Mesdames, à la bonne heure, c'est donc votre tour ** ! » Ou plutôt, comprenons que la prévention seule faisait parler les dames-artistes. Comment les coartisans ne se seraient-ils pas exécutés, Iwsque le roi et la reine, « dédaignant un faste inutile à leur |i;randeur > avaient déjà envoyé leur argenterie à la Monnaie ***t

On espérait éviter, par les dons patriotiques, la banqueroute tant redoutée, et l'Assemblée vota unanimement la contribution du quart du revenu. Eq même temps, confondant ensemble, pour y remédier, les embarras financiers et les besoins politiques , elle reconnut ïunité de la représentation nationale, admit en principes l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité de la personne royale, et enfin proclama la déclaration des droits de V homme et du citoyen. Il est bon de remarquer que le préambule parle de devoirs^ mais que les droits seuls sont établis dans la déclaration.

DÉGUaUiTIOlV D£8 OnOITS DE L'BOMMS ET DU GITOTEH *.

ntAMBULB. Les représenunlj du peuple français, eonttUuéi en atsemblée naUonaie. eonsidéranl qoe l'ignorance, Toubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malbeurs publics et de la corrupiion des Koa?ernemeo(i • ont résolu d'exposer , dans une

* MèiBoires de Gondoroet.

" Sojei de la gravure sur les dons patriotiques. '" Le Point du jour» journal de Barrère.

"" C'est une des formes sous lesquelles se vendait la dtclaralion, bur quelques-unes seulement 00 avait ajouté le mot devoirs.

LES DilOITS DB L HOMME.

(août 17S9)

dèdiraiion solennelle, let droits natnrelt , inaliénablet et ucréi de rbonme ; afin que eette déclaration, conslamment présente à tons tes membres da corps social , lear rappelle uns cesse leurs droits ei leurs deroirs; afin que les actes du pouToir exécutif, pouTant être i chaque insunt comparés a?ec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et du bonheur de tous ;

En conséquence, l'assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de rËlre suprême, les droits suivants de Tbomme et du citoyen :

Art. I. Les hommes nsissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

II. Le but de tonte association politique est la conser?ation àeê droits naturels et imprescriptibles de l'homme ; ces droits sont la liberté, la propriété , la sûreté, la résisunce à l'oppression.

III. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation : nul corps, nul individu ne peut exercer d'aulorité qui n'en émane expressément.

IV. La liberté consiste i pouvoir faire tontce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la Jouissance de ces mêmes droits, ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

y. La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint i faire ce qu'elle n'ordonne pas.

YI. La loi est l'expression de la volonté générale ; tons les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants , i sa formation ; elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège , soit qu'elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles i toutes les dignités , places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autres distinctions que relies de leur vertu ou de leurs talents.

VII. Nnj homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu, que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent on font exécuter des ordres arbitraires • doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi, doit obéir i l'instant, il se rend coupable par la résistance.

VIII. La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulgée antérieurement au délit , et légalement appliquée.

IX. Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ee qu'il ait été dédaréeoupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qni ne serait pas nécenaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

X. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses , pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre publie établi par la loi.

XI. La libre communication des pensées et des opinions est un àw droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, ttuf i répondre librement de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

XII. La garantie des droits de Phorame et du citoyen nécessite une force publique; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité de ceux i qui elle est confiée.

XIII. Pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses de l'administration, une contribution commune est indispensable, elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

XIV. Les citoyens ont droit de constaier par eux-mêmes, ou par leurs représenunts, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement , d'en suivre l'emploi et d'en déterminer la quotité , l'assiette, le recouvrement et la durée.

XV. La société a le droit de demander compte i tout agent public de son administration.

XVI. Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la sépsration des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution.

XVII. Les propriétés éUnt un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique « légalement constatée, l'exige évidemment , et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

(aOfÙI 1789] QUESTION DU TETO- 59

Cette première défiuittoii officielle des droits de tous se répandit d'une (açmincroyaMe; chaque citoyen voulut s'en procurer un exemplaire. On compte plus de quarante éditions successives de la déclaration, et Thonneur ea fut rapporté principalement A Mirabeau.

Bientôt y les débats sur la sanction royale réveillèrent les haines mal éteintes. La question de savoir si le veto que le roi pouvait imposer aux lois devait être absolu ou seulement iuspemif, fit grand bruit chez le peuple. La Tolooté du roi empécherait-elle les lois de sortir leur effet, ou ne feraitelle qu'en suspendre l'exécution. Les clubs, selon leur coutume, résolurent la question avant même l'Assemblée nationale. Le Palais*Royal irrité, fe {«va enmauej pour marcher sur Versailles. Le roi et la reine reçurent les noms de Moniieur et Madame Veto, Des bandes d'individus armés parcoururent les mes, en criant : A bas le Veto ! et alors parut la première chanson qui s*attaquât directement à la royauté.

Quel est donc ce ieigneur Veto, Qui, plus bruyant que Figaro, Sans être du canton de Berne, Veut du peuple faire un zéro? Sans redouter ce numéro.

Menez le vite à la lanterne *,

L*idée la plus exacte que nous puissions donner de l'importance attachée par le peuple à la question du veto, aussi bien que sur la précipitation et rignorance avec laquelle il s'en occupa, est, simplement, de rapporter deux laits contemporains. Le premier se passa dans l'historique Café de Valois, Deux particuliers péroraient. L'un parlait du veto suspensif, Tautre du veto aUolu. Chacun, défendant son opinion avec énergie, en vint à défier son adversaire; et ils allaient se battre, lorsqu*un des assistants put enfin leur Taire comprendre qu'ils étaient tous les deux partisans du veto suspensif . — En politique, la passion est un soleil ardent, qui échauffe, mais qui aveugle.

Le second fait est pour le moins aussi curieux. Bertrand de MoUeville demandait é un paysan ce qu'il entendait par le veto suspensif. — L'homme répondit, tout écumant, tout bouillant de colère : a Si le suspensif paissaii, le roi et ses ministres pourraient Taire pendre qui ils voudraient. » — Bertrand de MoUeville eut grand peine à le désabuser.

Ne croyez pas qu'il n'y avait qu*à rire de toutes ces caricatures, de toutes ces anecdotes qui viennent de passer sous nos yeux. Au fond, leur existence

* Cabioel de M. Maurin. Louii XYI •'éUii eepeodanl déclaré pour le veto auipeiuif.

00 PASSIONS POLITIQUES. (aOÛl 1789)

est une calamité. Les passions politiques débordent de toutes parts. Un mois encore, et nous assisterons aux journées des 5 et 6 octolvre. Et puis , le dernier trimestre de Tannée 1789 qu'il nous reste à parcourir, verra naître des institutions, des journaux, des pamphlets, des pièces de théâtres, même des sermons révolutionnaires. Nous avons mis le pied sur la première marche de Tescalier qui conduit à la Terreur; du courage; descendons lentement et observons.

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