‹ Histoire musicale de la main, son rôle dans la notation, la tonalité, le rythme et l'exécution instrumentale. La main des musiciens devant les sciences occultesChapitre 11 sur 39 · LES HARMONIES DE LA MALN · texte numérisé non relu

LES HARMONIES DE LA MALN

— Il vida son verre d'un trait, puis, imperturbable, il renfourcha sa thèse.

— «La phalangine et la phalangette d'un mên-.e doigt, dit-il, donnent, par leur longueur totale, la dimension de leur phalange correspondante. Le rapport de celle-ci ou le rapport de la somme des deux autres à la longueur totale du doigt est donc de 1/2, correspondant à l'intervalle d'octave.

Enfin la phalangine et la phalangette sont dans le rapport de 3, 2, correspondant à l'intervalle de quinte.

Donc tous les éléments de la main humaine contiennent exactement les mêmes rapports binaires et ternaires que ceux qui constituent les bases de la musique. C. Q. F. D.

— Bien démontré, docteur. Je ne me serais jamais douté qu'on put assimiler la main au corps sonore.

— Parfaitement. Les doigts sont les harmoniques de la main. Si mes malades m'en laissaient le loisir, je voudrais te montrer, par l'analyse des muscles, des nerfs et des veines de la main, des rapprochements encore plus singuliers. Quel mortel aura donc la gloire de découvrir le microphone à l'aide duquel nous pourrons enfin entendre ce prodigieux orchestre physiologique exécutant cette immortelle s3'mphonie de la Vie?

— Il me vient à la pensée une objection.

— Hâte-toi de la formuler car mes clients me réclament.

8o HISTOIRE MUSICALE DE LA MAIN

— Vous qui ne voyez dans la main que des rapports binaires et ternaires, expliquez-moi comment cette main ait pu donner naissance au système de numération décimale, basé sur les rapports quinaires.

— Système absurde !

— Enfin l'homme primitif a commencé à compter avec ses doigts, par cinq et par dix. Cela me semble tout naturel.

— C'est une erreur. Ses dix doigts ne l'eussent pas mené plus loin que la dizaine. Et puis après? La nature, mon cher, n'a écrit sur nos mains aucun système quinaire ni décimal. En les créant, elle s'est dit, en mère prévoyante : «Je vais placer dans la main de l'homme un arithmomètre où il pourra, en s'aidant du pouce comme compteur, n'ombrer jusqu'à 12, en parcourant successivement les phalanges des quatre doigts conjoints. Puis, à l'aide de son autre main, il pourra enregistrer ses douzaines, ce qui lui permettra de nombrer i3 douzaines, c'est-à-dire jusqu'au nombre i56, dont le total des chiffres se trouve également duodécimal» *.

— Vous ne devez point goûter notre système métrique.

' les anciens Kabbalistes plaçaient sur les 4 doigts conjoints les 4 saisons de l'année, les 4 âges de la vie, et sur leurs phalanges, les 12 mois de l'anne'e.

LES HARMONIES DE LA MAIN 8l

— Cette aberration des savants de TAssemblée Constituante n'empêchera pas les nôtres de s'incliner devant les 12 mois lunaires, les 24 heures du jour, les 36o degrés du cercle. Comme par le passé, nos luthiers et nos facteurs d'instrum.ents de musique continueront à cultiver le point, la ligne et le pouce, et nos marchandes persisteront à débiter leurs produits à la douzaine^ à la demi-douzaine et même au quarteron. Le peuple a plus de bon sens que tous les savants du monde, car il est, plus qu'eux, rapproché de la nature.

En ce moment la pendule sonna midi. Le docteur Tuggoë se leva vivement et me tendit la main.

— Adieu, dit-il, je me sauve. Ce signal duodécimal de ton timbre m'ordonne d'aller aussi sauver mes malades, si je le peux.

Permets-moi ce dernier argument que je dédie aux décimophiles.

En calculant le nombre de combinaisons possibles du doigter de la flûte à trois trous, appelée galoubet, et se jouant par conséquent avec trois doigts, on trouve (d'après la. formule iX2x3) que ce nombre est de 6, c'est-à-dire de une demidouzaine de combinaisons.

Pour le jeu d'un instrument à archet, dont le doigter s'opère avec quatre doigts, ce nombre est de 24 combinaisons.

Pour les cinq doigts de la main d'un pianiste, il est de 120, c'est-à-dire de dix douzaines. Enfin les

dix doigts de ses deux mains donnent le nombre imposant de 8.628.800 combinaisons, nombre forcément duodécimal, comme tous ceux de la série, puisqu'ils sont les multiples des trois premiers nombres i, 2, 3.

Voilà donc une preuve éclatante que la Nature, quoiqu'a3'ant doté l'homme de dix doigts, leur a assigné un système de combinaisons duodécimal; et il n'en pouvait être autrement, car la Nature, étant essentiellement harmonique, ne pouvait condamner les Beaux-Arts à subir les mêmes mesures que l'Industrie et le Commerce.

Mais j'oublie mes malades. Adieu, sans rancune, à demain.

— Et à deux mains, cher docteur.

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