LA MAIN ET LA MUSIQUE EN CHIFFRES
On sait que les éléments de la notation musicale chiffrée, actuellement en usage dans l'école Galin- Pâris-Chevé, sont en grande partie l'œuvre de J. J. Rousseau. Des deux S3^stèmes de notation chiffrée proposés par l'illustre philosophe*, on a retrouvé l'embryon dans deux essais que, soixante ans auparavant, un franciscain, J. J. Souhaitty, présenta comme une nouvelle découverte-. Ce n'est pourtant pas au révérend père qu'est due la première idée de la notation chiffrée, pas plus qu'au père A. Parran, dont le livre a devancé de 38 ans la première tentative de son confrère ^
• « Projet concernant de nouveaux signes pour la musique » (1742). Dissertation sur la Musique moderne (lyoS). Dictionnaire de musique (art. Notes).
2 «Nouveaux éléments de chant ou Essai d'une nouvelle découverte dans l'art de chanter» (1Ô77). Méthode des nombres (1679).
3 u Traité de musique théorique et pratique» (lôSçi).
L'honneur de cette découverte doit être attribué aux protestanj^ qui, pour éviter la persécution, trouvèrent dans les chiffres dits arabes, récemment adoptés en France, le moyen de rendre secrète la notation de leurs hymnes. On cite même un certain Pierre Davantès ou Antesignanus, ami intime de Calvin, comme ayant introduit, en i56i,la notation chiffrée dans le recueil des chants protestants '.
Quoi qu'il en soit, la notation chiffrée actuelle consiste à représenter les sept notes de la musique par les sept premiers chiffres. Les signes^d^octaves sont empruntés à la notatiqçL.iùndaue. Un point, placé au-dessus du chiffre, indique l'octave supérieure du son qu'il représente; un point placé en dessous, en indique l'octave inférieure.
Sol La Si Ut Ré Mi Fa Sol La Si Ut Ré Mi Fa Sol
' Les dièses sont représentés par les mêmes chiffres barrés dans le sens de l'accent aigu et les bémols par les chiffres barrés dans le sens de l'accent L,'rave. Les propagateurs de ce système de notation, jaloux de posséder dans leur enseignement un instrument aussi fécond que la main de Wilhem,
• Voir «Clément Marot et le Psautier huguenot», par Douen (p. 366).
imaginèrent de rendre les sons visibles aux yeux de leurs adeptes, sans l'intermédiaire d'aucun tableau et par le seul secours des doigts de la main. Dans ce nouveau système de PfwTWiiîJnuj , inventé par M"" J. Cahen, il fut convenu qu'un doigt ouvert représentait l'Ut, deux doigts le Ré, etc. Malheureusement les notes, étant au nombre de sept, ne pouvaient être représentées par les cinq doigts de la main ; on fut donc contraint de créer deux signes arbitraires pour le La et le Si.
* Piqûre tirée des manuels de l'Association galiniste.
Dans la pratique, l'octave supérieure d'un son s'indique en élevant la main et l'octave inférieure en l'abaissant. Les sons altérés, dièses ou bémols, se miment en tournant vers les élèves la paume ou le dos de la main.
On voit que le système de phonomimie chiftVée est loin d'être aussi parfait que la main de Wilhem dont le maniement est plus sim.ple, plus rapide et plus parlant aux yeux. Néanmoins je dois signaler, à l'avantage de la phonomimie chiffrée, la faculté qu'elle laisse au professeur de pouvoir faire chanter ses élèves en duo, en mimant les deux parties à la fois avec les deux mains.
On appelait autrefois Tablature un mode de notation particulier, destiné à faciliter le travail de la main dans l'exécution instrumentale. L'usage de ces tablatures remonte à une haute antiquité.
En Chine, chaque instrument possède un S3'stème de notation spécial. Lafage parle d'un manuel du Km dont la notation est représentée par des caractères doubles. « L'un, dit-il, placé en dessous, indique, au moyen de chiffres chinois, le numéro de la corde qui doit être pincée; l'autre, placé en dessus et enveloppant en quelque sorte le caractère inférieur, marque comment la corde sera prise ; si de la main droite, si de la main gauche, avec quel doigt, si par abaissement, si par élévation, si de la partie charnue de la main, si de l'ongle, si par un léger frôlement, si par une vigou-
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reuse attaque, etc. Les signes de ce genre sont multipliés à l'excès; il y en a 72 pour la main droite et le nombre énorme de 112 pour la main gauche *. »
Les tablatures européennes en usage au moyenâge et à la renaissance étaient beaucoup moins compliquées. Elles s'appliquaient surtout à l'exécution des instruments à cordes multiples, tels que les luths et les violes. Cette notation comprenait trois éléments distincts : une portée dont les lignes figuraient les cordes de l'instrument, un alphabet indiquant le doigter des notes, enfin les signes usuels des valeurs indiquant la durée des sons.
La figure p. 28 montre la tablature de la viole d'après le traité de Jean Rousseau (1687).
La touche de la viole était garnie de sept sillets, indiqués par les lettres b, c, d, e,f, g, h. La lettre a indiquait la corde à vide. Les figures de notes, placées au-dessus des lettres, indiquaient la valeur des notes. La lettre qui n'était point surmontée de valeur, observait celle de sa devancière.
Cette curieuse notation qui avait l'inconvénient de rendre le jeu des instruments un peu trop machinal, est heureusement tombée en désuétude. Il n'en reste plus qu'un vestige, déjà même suranné, dans le langage proverbial: Avoir de la
1 «Histoire de la musique». T. I. p. 14.1.
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tablature, donner de la tablature, c'est-à-dire, avoir de la peine, donner du mal.
L'usage que la notation instrumentale a conservé, avec raison, de séparer le travail des deux mains dans le Jeu de l'orgue, du piano et de la harpe^ est encore un vestige des anciennes tablatures. Au XVIe siècle, certains organistes pratiquaient les notations les plus singulières. Je n'en citerai qu'une dans laquelle la musique destinée à la main droite était notée sur la portée, tandis que celle destinée à la main gauche était figurée en lettres surmontées des figures de valeurs musicales '.
Aujourd'hui les Tablatures instrumentales se bornent à indiquer le doigter des instruments à souffle. Chaque tablature se compose de la série des sons composant Tétendue de l'instrument. Au dessous de chacun de ces sons, se trouve une échelle indiquant, par des points blancs ou noirs, les trous et les clés à ouvrir ou à fermer pour produire cette note.
1 L'image du clavier a suggéré TiJée de nouvelles notations musicales. En i835, Adorno l'a prise pour base de sa mélographie.