‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 100 sur 190 · Henri Marin, Etytdes (3C archéologie celtique · texte numérisé non relu

Henri Marin, Etytdes (3C archéologie celtique

3. Mot à mot, siège géant. Les assemblées gauloises tiraient leur nom de gowrsed, du siège occupé par le président.

rendre une sentence dictée seulement par le respect qu'il portait aux lois Eduennes, n'était, en réalité, guidé que par son propre intérêt. Il força Cot à se démettre ; Convictolitan, qu'il maintint aux affaires, avait été élu par les prêtres et les magistrats.

Nous insisterons ici sur l'hypocrisie de César. L'homme qui rêvait de se mettre au-dessus de toutes les lois de son pays, l'homme qui s'était fait nommer prêtre de plusieurs divinités pour exploiter les cieux à son profit terrestre, affirme qu'il n'osa pas porter atteinte aux lois des Éduens! Il se rendit à Decetia pour empêcher que le vergobreith sortît du territoire de la nation. Doit-on ajouter foi à ces paroles? Non certes. Comme Mahomet, il alla vers la montagne, parce que la montagne ne venait pas vers lui. Convictolitan et Cot sentaient fort bien que celui des deux qui céderait la place à l'autre en allant trouver le proconsul à Avaricum était absolument perdu.

De plus, César comprit que la présence de ses légions était nécessaire pour empêcher les amis de Cot, dont le nombre grandissait sans cesse, d'appeler Vercingétorix. C'est sur quoi avait compté notre héros.

Ses plans furent encore une fois renversés. Les partisans de la cause nationale, intimidés par la présence des Romains, ne crurent pas pouvoir défendre par les armes l'élection qu'ils avaient faite.

César exhorta victorieusement les Eduens à oublier toutes leurs querelles et rendit leur influence aux classes privilégiées. 11 profita fort habilement de leur reconnaissance pour engager les magistrats à lui envoyer toute la cavalerie de leur nation et dix mille fantassins qu'il voulait répartir entre divers postes pour défendre les convois de vivres.

C'est alors qu'éclata le soulèvement des Sénons et des Parisiens. Vercingétorix aurait voulu qu'il se combinât avec la défection des Eduens. Nous avons vu ce qui empêcha laréalisation d'un projet qui aurait mis César dans le plus grand péril. Certes, le moment était critique pour les Romains pourtant, rien n'était désespéré pour eux, puisqu'ils avaient toujours leur point d'appui, Bibracte. Le proconsul fit donc

tète à l'orage et donna quatre légions à son lieutenant Labiénus, qui, sans perdre un instant, se mil en marche vers le nord. César n'avait plus avec lui que six légions et quelques troupes auxiliaires. Avec elles il résolut de tenter nne expédition qui, pensait-il, devait amener la prompte soumission de toutes les Gaules. Il voulut forcer Yercingétorix à se replier sur TArvernie. Il ne doutait point que ses troupes, victorieuses à Avaricuniy ne vinssent aisément à bout de Gergovia, dont il aspirait à faire le siège. Nous sommes persuadés que César ne se serait pas lancé dans cette entreprise téméraire s'il avait connu la forte position qu'occupait la capitale des Arvernes. Mais dans ceci César n'eut qu'un souci, tandis que tout le temps que dura le siège i'Avaricum Yercingétorix dut se partager entre, deux devoirs. Notre héros dut résister de son mieux aux Romains et rechercher des alliances, tout en luttant contre des jalousies de ses compatriotes. Cependant, à partir de ce moment funeste, il obtient à peu d'exceptions près, que toutes les peuplades gauloises soient en armes. Le Pen-Tiern n'aura donc plus qu'une pensée : combattre. Il semble que le proconsul, frappé de vertige, soit venu de lui-même s'offrir aux coups. Yercingétorix aimait la patrie tout entière, dont il est à nos yeux la sublime personnification, mais que Gergovia devait lui être plus chère que tous les autres oppida t Là, en effet, il était né ; là, il avait éprouvé cette immense douleur de voir mourir son père au milieu des flammes d'un bûcher; là, il avait senti germer en lui son premier sentiment de haine contre Rome! Keltil, le père de notre héros, n'avait point eu peutêtre de sépulture. Les restes misérables du condamné n'avaient pas été déposés sous les dalles froides d'un dolmen. Son tombeau pour Yercingétorix était Gergovia tout entière, la ville où la sanglante expiation d'un crime imaginaire avait eu lieu. Et c'était justement à Gergovia que César voulait se mesurer avec Yercingétorix!

C'est là aussi où César fut battu ; il devait l'être.

Dès que Yercingétorix connut les projets de César, il s*empressa de lever son camp pour se porter au secours de sa patrie menacée. Ce n'est pas sans un vif mécompte qu'il dut

prendre cette détermination ; il voulait à tout prix détacher de Talliance romaine les quelques peuplades qui restaient encore fidèles à la cause de César. Il s'en était fallu de bien peu, nous l'avons vu, que le parti national l'emportât à Bibracte et jetât toute la confédération éduenne dans les bras du Pen-Tiern.Il était évident pour Vercingétorix qu'en restant dans le voisinage immédiat de son territoire, il favorisait les desseins du peuple que la tyrannie du clergé et des nobles excédait, et que tôt ou tard une nouvelle tentative d'affranchissement, qui cette fois devait être couronnée de succès, aurait lieu.

C'est là encore une des raisons qui poussèrent sans doute César à porter la guerre dans l'Arvernie même.

Mais avant de s'engager dans cette entreprise, le proconsul dut se rendre dans une ville qui portait un nom très répandu dans les Gaules, c'est-à-dire à Noviodunum Eduorum, aujourd'hui Nevers *. C'est là qu'il y avait tous ses dépôts et tous ses approvisionnements. Il fallait que l'armée fût abondamment pourvue d'armes et de munitions de toute sorte; bien que César ignorât dans quelle forte position les Gaulois avaient construit leur oppidum de Gergovia, il n'en était pas moins évident pour lui que la campagne devait être longue et difficile.

Nous avons déjà dit que le peuple de l'Arvernie avait su conserver ses vieilles coutumes. Il y a peu de temps encore on retrouvait dans le département du Puy-de-Dôme certains usages dont l'origine celtic^ue n'est pas douteuse. Legrand d'Aussy nous parle d'associations agricoles qui, avant la Révolution, existaient dans cette partie de l'Auvergne. C'étaient, à l'entendre, de véritables petites républiques perdues au milieu de l'immense territoire de la monarchie française. La plus célèbre comme aussi la plus importante de ces associations s'appelait les Guittàrds-Pinons, du nom de famille de ses membres et du nom du village qu'ils habitaient.

La communauté rurale, dont nous retrouvons encore des

1 . Novio dénve de novus, nouveau. Nous avons expliqué précédemment ce que signifie nun et dunum.

vestiges dans le Morvan, a été définie par César d'une manière bien concise, il est vrai, mais suffisamment claire. Il existait dans la Gaule, dit le proconsul, des associations d'hommes de même famille ou de même race qui se réunissaient dans les localités qui leur étaient assignées par le chefs P<>ui* cultiver ensemble la quantité de terres concédées.

Il n'est pas malaisé de voir là la commune origine de toutes « ces familles républicaines » dont nous parle Legrand d'Aussy, dans son Voyage en Auvergne. « L'administration des Pinons — nous dit-il — est paternelle, mais élective. Tous les membres de la communauté s'assemblent; à la pluralité des voix, ils se choisissent un chef, qui prend le titre de maitre, et qui, devenu père de toute la famille, est obligé de veiller à tout ce qui la concerne. Tous travaillent en commun à la chose publique; logés et nourris ensemble, habillés et entretenus de la même manière et aux dépens du revenu général, ils ne sont plus en quelque sorte que les enfants de la maison. Ce maître, en qualité de chef, perçoit l'argent, vend et achète, ordonne les réparations, dispense à chacun son travail, règle tout ce qui concerne les moissons, la vendange, les troupeaux. En un mot, il est là ce qu'est un père dans sa famille. Mais ce père diffère des autres en ce sens que n'ayant qu'une autorité de dépôt et de confiance, il en est responsable à ceux dont il la tient, et qu'il peut la perdre de même qu'il l'a reçue. S'il abuse de sa place, s'il administre mal, la communauté s'assemble de nouveau^ on le juge, on le dépose, et il y a eu de$ exemples de cette justice sévère.

> Les détails intérieurs de la maison sont confiés à une femme. Le département de celle-ci est la basse-cour, la cuisine, le linge, les habillements, etc. Elle porte le titre de maîtresse. Elle t^ommande aux femmes comme le maître commande aux hommes. Ainsi que lui, on la choisit à la pluralité des suffrages, et ainsi que lui on la dépose.

> Mais le bon sens naturel a dit à ces simples paysans que si la maltresse se trouvait être femme ou sœur du

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