A. Hugo, France pittoresque f Notice sur le Puy-de-Dôme
opinion. Pour nous» encore une fois, nous voyons là un reste^ bien altéré sans doute, de Tétat social de nos. pères, les Gaulois. Nous n'en voulons pour preuve que presque tous les détails donnés par l'auteur doiït nous avons cité tout un long passage, se retrouvent dans ceux des historiens de^ l'antiquité qui se sont occupés des Gaulois.
Legrand d'Âussy nous dit que la nomination du maître était toujours le résultat d'un vote. Ne savons-nous pas que nos ancêtres voulaient que toutes les charges, les plus grandes aussi bien que les plus petites, fussent électives? Nous voyons aussi de quelles précautions est entourée la conservation de la communauté. Le village des Guittards- Pinons formait en réalité une sorte de clan. La propriété de ce clan dans aucun cas n'est partageable. Pourquoi cela? C'est à cause de ce vieil adage celtique :
Rien n'est plus triste qu'un clan sans territoire !
Des communautés agricoles véritables existaient naguère encore dans le Morvan, ce pays qui a su conserver une physionomie si particulière, si gauloise, pourrions-noiis dire. Nous en retrouvons encore une dans la vieille terre d'Armor. Les habitants des îles d'Hœdic et de Houat situées entre Belle-Ile (Vindilis) et l'entrée de ce Morbihan où la flotte de César pénétra, après un combat naval si terrible, vivent également en commun. Nous ajouterons que dans les campagnes des trois départements où la langue bretonne se parle encore, il n'y a guère de villages qui n'ait des bois ou des landes dont la jouissance appartient à tous, et que nous retrouvons là, à n'en pas douter, un reste de coutumes gauloises. Les landes, certains bois, les étangs et les routes étaient communs.
Nous voulons faire connaître sous tous leurs aspects ces montagnards avec lesquels nous allons mettre César aux prises, et qui, à coups de hache, plus encore qu'à coups d'épée, se tracèrent à Gergovia, un sanglant sillon dans les rangs épais de ses légionnaires. La hache, en effet, était la compagne inséparable des Gaulois. Ils l'employaient à tous les usages, et comme le font si bien remarquer MM. Bulliot et Roidot, ils lui reconnaissaient en quelque sorte un ca-
ractère sacré. La hache se conservait dans ]a famille. Dans le code d'Hoêl le Bon, il existe un article de loi interdisant au père de la léguer. Les paysans du Morvan semblent avoir hérité des Gaulois de leur amour pour cette arme. En effet ils en portent toujours une sur Tépaule. Quand ils tiennent le manche de leurs charrues, toujours bien primitives, ilsla fixent à une entaille réglementaire € dans toutes les charrettes du pays*. > C'est au moyen de leur hache que les Celtes se frayaient, des passages à travers les halliers et les bois qui formaient la majeure partie des biens communaux dans lesquels paissaient les immenses troupeaux de porcs qui faisaient leur principale richesse.
Les Arvernes aimaient à se tatouer avec du pastel, et il semble que leurs descendants aient encore un peu conservé ce goût. Ils avaient dans le caractère plus de détermination que les Eduens ; ils devaient sans doute cette qualité à ce qu'ils étaient montagnards.
Nous avons dit que les marchands ne s'aventuraient pas sur leur territoire. Faudrait-il conclure de là que les Arvernes n'étaient pas hospitaliers ? En aucune façon. Ils l'étaient autant, si ce n'est plus, que tous les autres Gaulois. Ce que nous rapporte Legrand d'Aussy . de la charité des Guittards-Pinons s'applique admirablenifent à leurs pères.
Les Gaulois avaient, dans la mesure de leurs moyens, de pareilles attentions pour leurs hôtes. Ils ne devaient point s'enquérir de leurs noms dans la crainte d'apprendre qu'ils avaient recueilli un ennemi. Rien ne devait troubler l'hospitalité qu'ils donnaient.
Le soir, avant d*éteindre le feu qui brillait dans l'âlre, ils avaient soin de sortir de leurs demeures et de jeter dans la campagne un triple appel qui conduisit vers eux, c'est-àdire vers un gîte, les voyageurs attardés ou perdus.
Après cette digression, retournons à l'étudié des péripéties de la septième campagne de Jules César.
Dès qu'il connut les desseins de son adversaire, Vercingétorix se rapprocha de l'Allier et en coupa tous les ponts.