BuHiot, La cité gauloise
Les deux armées occupèrent chacune une des rives de la ri^ ▼ière, s*épiant sans cesse. César n'avait pas d'autre but que de prendre en défaut la vigilance de son adversaire, afin de pouvoir franchir le cours d'eau qui l'arrêtait si inopinément. Pendant fort longtemps, de Taveu même du proconsul, ses efforts furent vains, tant les éclaireurs postés par le Pen- Tiern faisaient bonne garde. La position des Romains devenait chaque jour plus précaire. L'Allier n'étant presque jamais guéable avant l'automne, il fallait ou qu'ils restassent inactifs jusqu'au retour de cette saison, ou que, par un stratagème, ils éloignassent Vercingétorix et rétablissent un des ponts <.
C'est à ce dernier moyen que César s'arrêta, son génie étant fertile en ruses de guerre... et autres. Il est extrêmement difficile de préciser l'endroit exact de la rivière où le passage s'effectua. Dans son Histoire de Césary M. Maury ou Napoléon III, comme on voudra, pense que César a fort bien pu gagner l'Allier à Moulins. Il en aurait remonté le cours par la rive droite jusqu'à Varenues. De Varennes à Gergovia on compte 77 kilomètres. L'auteur des Commentaires nous apprend qu'il lui fallut cinq jours pour parvenir au pied de la montagne de -Gergovia. Pour étayer son opinion, Napoléon III ou M. Haury parle d'une voie romaine établie ultérieurement de Varennes à la capitale des Arvernes et qui aurait suivi le parcours d'une ancienne route gauloise. Nous ne voyons pas là une raison bien péremptoire, mais pourtant, nous sommes moins sceptique que M. Desjardins, et nous accorderions volontiers que c'est à Varennes que les légions de César déjouèrent la vigilance des Gaulois'.
Une autre opinion s'est aussi fait jour. Francis Honnier pense que le proconsul franchit l'Allier à la hauteur de Vichy, dans un endroit nommé aujourd'hui la Glacière, mais il ne nous dit point sur quels faits sa théorie repose. Quoi qu'il en soit, César se résolut un jour à camper dans un lieu
1 Bell. GalL, VII, xxxv.
2. Voy. Vie de César, p. 231, note II, et Géographie des Gaules, t. II, p. 678.
couvert de bois, e«i face même d un des ponts que Vercingétroix avait détruits. Il y resta caché le lendemain avec deux légions et fit poursuivre sa route au reste de l'armée et aux bagages. Afin de donner le change à l'ennemi, le proconsul avait eu soin de prélever sur les six légions les cohortes qu'il avait gardées avec lui et qui représentaient le nombre d'hommes qu'il faut pour en former deux, si bien qu'en voyant défiler les corps des troupes insensiblement diminués, les archers gaulois postés près de la rivière coururent en toute hâte prévenir Vercingétorix de ce qui se passait. Celui-ci se laissa prendre au piège, rassembla toutes ses forces, et s'ébranla pour surveiller de la rive qu'il occupait les légions que César envoyait eu avant avec mission de se porter aussi loin qu'elles pourraient le faire dans une seule étape.
Nous venons de décrire la manœuvre que le proconsul fit exécuter à son armée, telle que nous la comprenons. Le texte des Commentaires présente ici la plus grande obscurité. Traduit mot à mot, c'est à peine s'il offre un sens, à force d'être concis. Aussi faut-il absolument l'interpréter ici.
Dès qu'il s'aperçut que sa ruse avait réussi, César rétablit le pont sur les anciens pilotis et fit passer les cohortes qu'il avait avec lui et les établit solidement sur la rive conquise. Il rappela secrètement le gros de ses troupes, qui, grâce aux ombres de la nuit, déroba aux Gaulois leur marche rétrograde*. A l'aube, toute l'armée romaine so trouva avoir franchi l'Allier^.
La rapidité avec laquelle le pont fut remis en état s'explique fort bien lorsqu'on connaît qu'elle était la composition et l'armement d'une légion romaine. Une légion était un corps d'armée en miniature; comme nous le montre Végèce t « ... La légion, dit cet auteur, porte aussi avec elle des bateaux pour passer les fleuves, des harpons, des grappins et de très longues cordes. Elle a pour faire les travaux' des fossés, des boyaux, des houes, des pics, .des leviers, des râ-