Stratagème de Polyen
teaux, des civières, des .paniers pour porter la terre. Elle a des dolabres, des haches, des doloires, des scies, pour couper et scier le bois et les pieux. Elle a en outre des ouvriers avec toutes sortes d'objets de fer, pour attaquer les places des ennemis, établir les tortues, les musculeSy les béliers, les vignes, comme on les appelle, et aussi les tours ambu* latoires (fig. 139, page 256). En un mot, tout ce qu'on croit pouvoir être nécessaire dans une guerre de quelque nature que ce soit, une légion doit l'emporter partout avec elle, afin de pouvoir soit établir un camp, soit y constituer une cité armée « armatam civitatem*. >
Le Pen-Tiern comprit bien vite dans quel piège il était tombé. Il répara dans la mesure du possible le tort que le passage des légions avait fait à la cause de l'indépendance, en se gardant bien de se rapprocher de César. C'est pourtant ce sur quoi celui-ci comptait. En bataille rangée, il était assuré de venir aisément à bout de l'armée t?auloise. Le moindre échec essuyé par les troupes de Vercingétorix pouvait livrer à la merci du proconsul l'Arvernie tout entière.
A peine maîtresse de la rive que la veille encore les Gaulois occupaient exclusivement, les troupes romaines prirent leurs postes de combat. — Il ne sera peut-être pas hors de propos de montrer ici quelle était la tactique ordinaire des légions ; elles se rangeaient chacune séparément sur une ligne générale avec des intervalles entre deux légions voisines, entre les cohortes d'une légion et entre les centuries d'une cohorte : c'est par ces passages que travaillaient les troupes légères {levis armatura auxilia). C'est par là qu'elles- sortaient pour combattre et pour poursuivre les ennemis; elles rentraient par le même chemin pour se iréfugier derrière la légion. Dans le combat, la légion devait rester solide sur place comme un mur de fer, dit Végèce; elle ne devait jamais ni fuir ni poursuivre « nec fugere nec sequi )». L'ordre du combat était le même dans toutes les légions d'une armée romaine en bataille et dans toutes les
1. Ve^'èce, II, xxv; in Maissiat., Jul€8 Cémr en Gaule, page 161.
batailles. Le fonctionnement d'une légion indiquera donc ce qui se passait dans chaque bataille.
Sur les deux ailes se massait la cavalerie de la légion ; sur la première ligne d'infanterie la première cohorte avec Taigle prenait position à droite; la seconde cohorte se plaçait à gauche de la première, la troisième à gauche de la seconde, et ainsi de suite, jusqu'à la cinquième cohorte, qui se trouvait à l'extrême gauche de cette première ligne de bataille, tandis que sur la seconde ligne, la sixième cohorte prenait place à droite derrière la première cohorte, la septième à gauche de la sixième, et ainsi de suite jusqu'à la dixième cohorte, qui se trouvait par conséquent derrière la cinquième, placée toujours à l'extrême gauche de la seconde ligne de bataille.
Les troisième, cinquième, sixième, huitième et dixième cohortes, qui constituaient la première aile et le centre de chaque ligne de la légion, ces cohortes, disons-nous, étaient composées d'hommes d'élite. Tous les légionnaires portaient le casque, la cuirasse, des jambarts, un lourd bouclier, un gladius, cinq plumbatœ ou balles de plomb placées dans les boucliers; les légionnaires lançaient les balles au début du combat. Ils avaient en outre deux pila ou javelots, qui, bien lancés, perçaient un fantassin à travers son bouclier et un cavalier même à travers sa cuirasse. Les légionnaires de la première ligne de bataille étaient appelés les princes (principes) et ceux de la seconde les hastaires (hastati).
Derrière ces deux lignes de légionnaires, étaient placés : les auxiliaires avec le bouclier, les plumbatœ, les gladii et les pila; puis des archers casqués, cuirassés et armés du gladiuSy de traits et d'arcs; ensuite, des frondeurs, qui lançaient des pierres à la fronde et au fustibale; enfin des iragulariiy qui envoyaient des traits avec la manubaliste ou l'arcubalisle (fig. 144). ,
Derrière ces troupes ainsi distribuées, se trouvaient les triaireSy armés de même que les légionnaires ; ils se tenaient un genou en terre prêts à rétablir le combat et à tenter un nouvel effort pour obtenir la victoire, si, par cas, la première ligne venait à faiblir.
Nous n'insisterons pas davantage, pour le moment, car nous aurons occasion de donner d'autres détails, quan J nous établirons quelle était k force numérique des légions de César, après sa défaite sous les murs de Gergovia, c'est-àdire à la veille de l'investissement d'Alesia. Après cette descriplion, qui montre bien l'organisation d'une année romaine en bataille, on comprendra que le Pen-Tiern eut bien raison de ne point vouloir faire mesurer ses troupes avec celles de César, qui l'attendait dans des positions excellentes.
En toute hâte, il se dirigea sur Gergovia. Quelle qu'ait été sa diligence, nous ne pensons pas qu'il ait pu mettre plus de moitié moins de temps que César, dont la marche était ralentie par le nombreux matériel de siège que ses légions amenaient de NoeioUunum, indépendamment des impedimenta ordinaires qui étaient réglementaires. Chaque centurie avait en elîct son carrobaliste ou baliste monté sur des roues et trainé par des mulets, chaque cohorte, un onagre, sur un chariot trainé par des bœul's'. Ces engins meurtriers n'étaient pas servis par des hommes spéciaie-