‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 106 sur 190 · A. Maary, Les forêts de la Gaule · texte numérisé non relu

A. Maary, Les forêts de la Gaule

sibles aux Romains, mais par contre, elles étaient bien connues des Arvernes, qui par là étaient toujours assurés de faire parvenir des vivres aux assiégés.

César n'osa pas d'abord s'établir trop près de la place. Il fit donc camper ses troupes à une grande lieue de Gergovia, dans une plaine quadrilatérale qui était, à l'époque dont nous nous occupons, traversée par l'Allier. Depuis, ce bras a été desséché, ainsi qu'un petit lac nommé lac de Sarlièves. Il est évident que le proconsul, bien qu'il eût avec lui de 55 à 60000 hommes, ne se sentait pas rassuré. La leçon reçue dans son attaque contre le camp gaulois des marais de l'Auron lui profita. Il imita la tactique gauloise en faisant servir les cours d'eau naturels à la protection de son armée. Il ne se fia pas d'ailleurs uniquement à ces défenses qui lui étaient fournies par la nature. Il occupait une sorte de presqu'île formée par l'Ailier, mais un côté, celui qui justement était en face de Gergovia^ étaii accessible. Il le ferma au moyen de grands ouvrages en terre et de fossés très profonds. L'emplacement de ce camp est encore très reconnaissable malgré les girands changements apportés par la culture à la configuration du pays. Il est situé en plaine, non loin du village d'Orcet, et porte à cause de sa forme creuse, le nom de Gondole. Entre le camp et la place, s'étendaient de vastes pâturages où les chevaux de l'armée gauloise paissaient sous la garde de postes nombreux. Chaque jour, de sanglantes escarmouches avaient lieu. Le plus souvent, l'avantage restait aux guerriers de Vercingétorix, qui étaient facilement secourus par les troupes échelonnées sur les flancs de la montagne. Leurs campements étaient en efl'et situés de telle façon, que rien de ce qui se passait dans la plaine ne pouvait leur échapper. César se garde bien de nous parler de ces engagements dans lesquels, au dire de Dion Cassius, « il perdit une quantité considérable de soldats ».

En face du versant méridional de Gergovia S se dresse

1. Quand nous parlons de la ville nous disons toujours Gergovia. Par le mot français Gergovie que nous faisons alors masculin en sous-entcndant mont, nous entendons toujours la montagne.

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une colline assez escarpée d'un côté, mais en pente douce de l'autre. De nos jours, on l'appelle la Roche-Blanche. Son point culminant ne mesure que 561 mètres de hauteur. Nous admettons avec bon nombre d'auteurs que c'est de cette hauteur que César veut parler, quand il nous rapporte qu'en face de la ville, « au-dessous de la base même de la montagne, était une colline bien fortifiée. )> Le plateau de la Roche-Blanche est de 185 mètres plus bas que la ville. Mais l'auteur des Commentaires (VII, xxxvi) ajoute que cette colline était comme taillée de tous les côtés, ex omni parte circumcisus. César nous semble avoir voulu donner ainsi plus d'importance à la conquête de la Roche Blanche par ses troupes.

Vercingétorix, qui avait établi son quartier général, comme nous dirions aujourd'hui, au milieu même de son camp, et qui tous les jours au lever du soleil recevait les principaux chefs de son armée pour écouter les communications qu'ils pouvaient avoir à lui faire et leur donner ses ordres, ne crut pas devoir, dès avant l'arrivée des Romains devant la place, faire occuper bien fortement la position dont le proconsul s'empara nuitamment. La garnison 1res faible se retira. Si Vercingétorix avait voulu que la Roche Blanche restât en son pouvoir, les guerriers auxquels il avait confié sa garde ne se seraient pas laisser chasser. Ils seraient plutôt morts tous jusqu'au dernier.

César, qui ne peut pas dire que ses légionnaires eurent à surmonter une grande résistance, veut qu'au moins ils aient la gloire d'avoir emporté d'assaut une position presque inaccessible. C'est pourquoi il nous dit que la Roche- Blanche est de tous les côtés « comme taillée à pic ». Sur le plateau conquis sans de grands efforts, le proconsul établit deux légions pour inquiéter les Gaulois quand ils descendaient de leurs positions pour faire pâturer leurs chevaux ou pour se procurer de l'eau. La Roche-Blanche commande en effet le cours de l'Âuzon, la seule rivière qui se trouve dans le voisinage immédiat de Gergovie.

Nous ne prétendons pas que cette position n'ait pas été de quelque avantage pour les Romains, mais nous pensons

que César s'exagérait grandement son importance, ou que devant nous conter bien imparfaitement, il est vrai, pJus tard la triste fin de son expédition, il a voulu nous faire le récit d'un glorieux fait d'armes accompli précédemment. La cavalerie gauloise pouvait trouver les pâturages dont elle avait besoin sur les flancs de la montagne de RizoUes et dans les prairies qui s'étendaient de l'autre côté du Gergovie, c'està-dire sur le versant que César ne crut pas devoir menacer en y établissant des troupes.

Il est aussi bien évident que de nombreuses sources devaient jaillir du massif de montagnes que l'armée gauloise couvrait de ses tentes. Ne savons-nous pas de plus qu'au col des Gaules il y a un torrent qui, à l'époque de l'année où commença le siège, coule toujours à pleins bords? C'est, en effet, dans le mois d'avril que, selon toute apparence, le proconsul apparut dans la plaine d'Orcet.

Le plus grand avantage que César dut retirer de la prise de la Roche-Blanche fut de rendre moins désavantageuses pour ses troupes ces continuelles rencontres de cavalerie que Vercingétorix faisait toujours appuyer de corps d'archers. Mais le Pen-Tiern, au dire de son adversaire lui-même, n'attendait pas de ces combats un profit autre que d'enhardir ses troupes par des succès fréquents. Il voulait, en quelque sorte, essayer leur courage. Au bout de quelque temps il vit que son armée était digne d'accomplir les grands desseins qu'il méditait, et dès qu'il eut cette assurance, il n'ordonna plus d'aussi fréquentes sorties.

Il fallut quelques jours à César pour relier par un double fossé de douze pieds le petit camp de la Roche-Blanche au grand camp de Gondole.

Tandis que Vercingétorix était en parfaite communication avec le reste des Gaules, César tournait tous ses regards vers Gergovia, croyant que la question des subsistances, dont nous le voyons d'abord se préoccuper, était heureusement résolue pour lui, son jeune adversaire envoyait des messagers à Bibructe. Convictolitan qui, nous l'avons vu, devait son titre de vergobreith à l'influence du proconsul, se laissa entraîner non par l'or des Ârvernes,

comme Taffirment les Commentaires^ mais par le courant qui à Bîbracte entraînait tous les esprits que Rome n'avait pas encore gangrenés. A la tête du parti qui voulait une rupture avec César, se trouvaient Litavic et ses frères. Ils étaient membres d'une des plus grandes familles de la confédération éduenne.

Le proconsul, ce grand acheteur de consciences, prétend que toute la jeunesse se laissa gagner par l'appât de l'or des Arvernes. C'est faux ! Et comment ne s'est-il pas aperçu, que le mensonge mis en avant par lui ne ferait pas illusion, quand il rapporte immédiatement après, un discours énergique de Convictolitan. Il fait dire aux guerriers éduens « qu'ils sont libres et nés pour commander. Leur nation retarde seule la victoire certaine de la Gaule. L'autorité des Éduens retient seule les autres nations ; s'ils changent de parti, les Romains ne sauraient tenir dans les Gaules. Pour lui, il a sans doute quelque oMigation à César, quoique au reste il n'ait obtenu que ce qu'exigeait la justice, mais il préfère à tout la liberté commune. Et pourquoi les Éduens auraient-ils plutôt recours à César, pour décider de leurs droits, que les Romains aux Eduens ^ >

Quelle différence entre ces paroles et celles que nous avons vu tenir à Vercingétorix dan^ plusieurs occasions !

Combien les harangues du Pen-Tiern comportent plus de noblesse et de fermeté ! Certes, nous pensons qu'au fond de son âme (tout au fond) le vergobreith était sincère quand il parlait de son désir de concourir à l'affranchissement de la patrie. Mais ne voit-on point dans ce qu'il dit percer une jalousie honteuse? Les guerriers éduens sont libres et

faits pour commander. En d'autres termes, Convictolitan redoute la légitime influence que la victoire donnera aux ÂrverneSy et cela, au détriment des Éduens, leurs émules.

Ces mauvais sentiments entraient dans le cœur des brenns, comme malgré eux. Ils notaient point partagés par la masse des guerriers. L'exhortation à combattre pour la liberté commune n'était-elle pas plus que suffisante pour

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