‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 113 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Labiénus ; Parallèle de César et de son lieutenant. — GampaQ^ne contre les Parisiens. — Lutetia. Véritable nom restitué de cette ville. — Le culte de Teutatès. — Bataille d'Athis. — Échec des Romains. — Prise de Melodunum. — Incendie de Louéhotiez. — Stratagème de Labiénus.

— L*armée romaine passe la Seine au Bas-Meudon. — Bataille de Louéhotiez. — Défaite des Gaulois et mort de Gamolugène. — Labiénus bat en retraite. — Examen critique d'un discours de César. — Derniers épisodes du siège de Gergovia. — César bat en retraite. — Viridomare et Éporédorix au camp de César. — Discours du proconsul.

— Sac de Noviodonum. — L'armée romaine passe la Loire. — Labiénus rallie son général.

Laissant César en proie à toutes les préoccupations de Tavenir, à toutes les tortures que devait lui causer son orgueil humilié, nous nous transporterons au camp de Labiénus, qui, nous l'avons dit, avait été chargé de marcher contre les Parisiens et les Sénons soulevés.

Mais d'abord, cherchons à savoir ce qu'était ce Labiénus, dont le nom revient si souvent dans les Commentaires et sur lequel César s'appuie volontiers comme sur son meilleur lieutenant. Titus Âttius Labiénus n'appartenait point à une grande famille; c'était un simple soldat de fortune. Le proconsul contrastait aussi absolument avec lui sous bien des rapports. Ainsi, autant ce descendant des dieux et des rois de Rome était lettré et cauteleux, autant le vainqueur de Camolugène était ignorant, grossier et brutal; ces deux hommes avaient cependant quelques points de ressemblance; tous deux étaient froidement cruels. Labiénus Tétait par tempérament; César, par politique. Le lieutenant de César se montra toujours aussi rapace que son général, et comme lui accumula d'immenses richesses. L'an 63

avant l'ère vulgaire, en sa qualité de tribun du peuple et à rinstigàtion de César, Labiénus accusa C. Rabirius du meurtre de Saturninus. Ce Saturninus était un misérable perdu de crimes que son intérêt personnel avait fait devenir Tennemi implacable du sénat. En efiFet, cette assemblé enleva de ses attributions de questeur le soin de veiller à Tapprovisionnement de la ville en céréales. Saturninus perdait de la sorte un moyen de s'enrichir. C. Rabirius eut rhonneur d'être défendu par Cicéron.

César ne croyait à rien; César n'aspirait qu'à une chose : à courber son pays sous le joug. Labi'énus, au contraire, semble avoir-été véritablement républicain, et nous lui savons gré de s'être tourné contre son ancien chef et d'avoir embrassé la cause de Pompée, non pas que nous nous sentions beaucoup de sympathie pour le champion de l'aristocratie romaine.

Le sort des batailles pencha presque toujours en faveur de César et le soir de Munda (45 ans av. J.-C), quelques soldats apportèrent au vainqueur la tête de Labiénus. Tout autre homme que César eût à coup sûr éprouvé de l'émotion en se trouvant face à face avec ce sanglant trophée. Il resta impassible ; ils ne se souvint pas un seul instant de celui qui l'avait si puissamment secondé pendant toute la guerre des Gaules. Il ne vit que Tennemi vaincu.

Labiénus excellait pour diriger une expédition partielle. Nous estimons qu'il n'aurait pas eu le génie nécessaire pour régler les raille détails dont un général doit s'occuper en même temps qu'il songe au plan d'ensemble! Le proconsul était merveilleux pour cela. Nous savons que pendant les marches, il était environné de plusieurs secrétaires auquel il dictait à la foi sçs ordres.

Connaissant quel était le caractère du général que César opposa au vieux Camulogène, nous nous efforcerons maintenant de dépeindre cette autre armée nationale dont les mouvements étaient combinés en quelque sorte avec ceux des troupes de Vercingétorix, ou qui tout au moins concourait au même but.

En quittant César, Labiéïius marcha droit sur LtUetia. Il

3â6 HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

convient de rendre à cette cité qui n'occupa d'abord que Ttie dite aujourd'hui Vile de la Citéy son véritable nom. Strabon l'appelle Lucotetia et ce vocable est beaucoup plus près de la vérité que Lutetia, qui, sans doute est harmonieux à l'oreille, mais n'a que cette qualité.

Le nom de la ville des Parisiens était formé de deux mots celtiques que, grâce à Strabon, nous pouvons retrouver. Ils existent, légèrement altérés, dans son Lucotetia, Si nous prenons pour base d'appréciation les langues néo -celtiques, le premier signifie marais; luéhy en gallois, louéh au pluriel ;{o2i^Ao, eh breton ;Lo^ft, en gaël-écossais ; l'autre veut dire une réunion de maisons, une bourgade, taigle, en gaêlirlandais; teiaeZy en gallois; tiez,en Breton ^ Nous aurions donc Louéhotiez, la bourgade des marais. Cette dénomination se rapporte admirablement à la situation de la ville def Paris. Le mot Louéh et Louého se retrouvent dans le nom d'une autre ville gauloise, Lugdunum, mot à mot la- montagne, la dune des marais. Nous savons que d'abord la cité s'éleva sur la hauteur de Fourvières dont la base était baignée par des marécages.

Quelques archéologues ont prétendu que le véritable nom le plus ancien de Paris ait été Loutouhézi. Ce vocable signifierait habitation au milieu des marais. Son sens est donc le môme que celui du premier vocable que nous avons donné et qui nous semble préférable puisque nous avons le témoignage de Strabon.

Les Parisiens étaient de race mixte, c'est-à-dire que parmi eux se trouvaient des guerriers d'origine gallique pure et d'autres qui au contraire étaient de race kymrique. Il se peut que, malgré un grand nombre de siècles écoulés, une partie de la population de Louéhotiez eut aussi ocMQservé quelque chose de la race ibérienne qui, avant la venue d^s Ligures, ces précurseurs de la race gauloise', avait dominé sur les bords de la Seine.

C'est à M. d'Arbois de Jubainville à qui l'on doit la décou-

1. Cf. H. de la Yillemarqué, Essai sur la langue bretonne , in Dictionnnaire français-breion de Legonidec.

2. Cf. Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe,

verte de ce fait important que la domination des anciens émigrés de l'Atlantide se serait étendue chez nous jusqu'à la Seine, dont le nom indo-européen de Sequana ne serait que la traduction d'un mot ibérien ^

A l'époque où César parut dans les Gaules il semble que Louéhotiez n'avait encore que bien peu d'importance. Malgré l'autorité de Strabon qui nous affirme que les Parisiens avaient une petite ville et une île, les distinguant soigneusement Tune de l'autre », nous pensons que les rives de la Seine ne portaient point de maisons, et nous adoptons absolument ce que dit César ; il nous parle seulement d'une île habitée. Strabon, qui est né vers l'an 60 avant J.-C, mourut sous le règne de Tibère. Dans sa géographie il nous a décrit Louéhotiez telle quelle était à son époque, c'est-à-dire bien après les événements dont nous lïous occupons. Quand elle ressortit de ses cendres, il est probable qu'elle empiéta sur la rive gauche, non pas tout d'abord, par un quartier longeant le fleuve, [ja montagne Sainte-Geneviève, assez facilement défendable, dut porter, la cité nouvelle qui grâce à des accroissements successifs, finit, mais bien plus tard, par couvrir tout l'espace qui s'étend entre sa hauteur et la Seine.

M.Desjardins,se fondant sur la position qu'occupaient toujours les agglomérations gauloises, pense que la ville que Strabon désigne plus spécialement sous le nom de Loucoto^ tia occupait la colline, et que l'île, berceau primitif de la cité, était surtout un sanctuaire, un lieu sacré. Aujourd'hui chacun sait que dans l'antiquité la ville de Lutèce occupait l'emplacement de l'île Notre-Dame, sur la rive gauche. Le cœur de Paris était sur la montagne Sainte-Geneviève, appelée Mons LeucôtitiuSy à l'époque gauloise, c'était Voppidum des Parisii. Sous les Romains, il conserva sa destination, puisqu'on y a retrouvé des autels portant de curieux bas-reliefs. ^Voyez nos figures 111 à 121, pages 162, 163 et 164.) Ils représentent des divinités romanisées. Lorsque le

1. Cf. Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope^ I, III, p. 19.

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