‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 114 sur 190 · Strabon, IV, iv, V, m · texte numérisé non relu

Strabon, IV, iv, V, m

christianisme supplanta chez nous les- vieilles religions, les traditions qui se rattachaient à Cile de la cité firent que c'est elle qu'on choisit pour porter la cathédrale.

Louéhotiez devait être fort peu de chose. Nous savons qu'elle ne couvrait de ses pauvres cabanes qu'une des sept lies qui partageaient en cet endroit le cours du fleuve. Les six autres devaient être couvertes de bois * qui sans doute cachaient sous leurs épais ombrages quelques maisons. Elles étaient, par rapport à (a ville, dans les faubourgs.

Nous pensons que toutes ses ties devaient être reliées les unes aux autres par des ponts sur pilotis assez semblables à ceux dont on trouve encore des traces dans les lacs de la Suisse. Deux ponts reliaient aussi la ville aux deux rives du fleuve. Celui de la rive droite était prolongé par une chaussée conquise sur des marais que César nous dépeint d'un seul mot : Ils étaient — nous dit-il — continus, « perpetuam esse pal0,dem ^. »

Pendant des siècles il n'y eut point de constructions élevées de ce côté. Quefques noms de rues et de quartiers rappellent encore l'état primitif des terrains sur lesquels sont construits maintenant tant de superbes monuments. C'est ainsi que nous trouvons le Marais. Lors des travaux du nouvel Opéra, M. Garnier eut à lutter contre un cours d'eau qui n'est que l'écoulement des anciens marécages d'autrefois. Il coulait parallèlement au rivage et allait tomber dans la Seine du côté de Chaillot. Il était assez important. La rue de la Grange-Batelière, récemment débaptisée, marquait l'endroit où se trouvait encore^ au moyen âge, la station du bac qui servait à le traverser.

Une partie de la rive gauche était également submergée. En amont de Louéhotiez, la rivière de Bièvre couvrait de ses eaux presque stagnantes les grandes plaines connues

1. En les désignant par leur nom moderne, nous trouvons Vue Louviers (qui existait encore en 1843 et qui, réunie depuis à la terre ferme, forme aujourd'hui le quai Henri IV), Tile Saint-Louis qui était coupée en trois îlots, qu*on réunit successivement, Hle de la Cité qui elle aussi seule se subdivisait en trois tronçons.

±Bell.Gall,,\ily lvii.

aujourd'hui sous le nom de plaines de Vitry et d'ivry, et en aval, celles de Grenelle et d'Issy.

Par ce qui précède on voit donc que la plaine qui servit à édifier Paris était marécageuse et que le nom de Louéhotiez était caractéristique .

Mais revenons à César. Il avait Thabilude de réunir tous les ans le concilium des Gaules. Cette assemblée qu'il avait créée devait remplacer dans son esprit la grande réunion du pays des Carnutes présidée par Tarchi-druide. Elle donnait au proconsul une puissance énorme et lui permettait d'avoir Tair de respecter les coutumes anciennement établies. N'élait-il pas aussi prêtre que Tarchi-druide ! Ne Tétait-il pas même à un plus haut degré.

Après sa cinquième campagne il transporta à Louéhotiez le concilium que d'abord il avait convoqué ailleurs. On peut donc s'en rapporter aux renseignements fournis par le proconsul. Il a vu les lieux, et il n'a aucun intérêt à nous tromper, puisque ce n'est pas lui qui a combattu contre les Parisiens.

Ce n'est pas un mince honneur pour ceux-ci d'avoir osé, d'accord avec les Sénons, lever au nord l'étendard de la révolte ; d'autant que leur territoire était fort restreint. Lors de la grande armée destinée à secourir Alesia, les Parisiens ne purent fournir que 8000 hommes ; il est vrai que Lai)iénus venait de leur infliger des pertes bien cruelles. Il semble, au premier abord, que les légions eussent dû plutôt marcher contre les Sénons qui formaient une des plus puissante Civilates de la Gaule. Le plan que César imposa à son lieutenant fut tout autre. Louéhotiez avait un caractère sacré dont l'influence était grande sur les peuplades avoisinantes. C'était un des sanctuaires les plus vénérés de ce dieu Teutatès que les Romains ont assimilé à leur Mercure. Certes nous ne nions pas qu'il y ait des points de contact entre ces deux divinités. Ainsi que le brillant messager des dieux, Teutatès vient chercher les âmes pour les mener devant le tribunal chargé de juger les morts. Après la sentence, Mercure les conduisait soit aux Champs-Elysées, soit aux Enfers. Teutatès menait le plus grand nombre se réincarcérer soit

:m HISTOIRE NATIONALE DES GAUiOIS.

dans un monde meilleur, soit peut-être sur la même terre. Notre sublime poète Victor Hugo, dans une de ses œuvres les plus charmantes, dans le Revenant^ parle d'une jeune femme qui regrette toujours le premier enfant qu'elle a eu et que le croup lui a pris. Un autre vient à naître. Elle le repousse presque, elle a peur que le petit ange remonté au ciel et au souvenir duquel elle a voué sa vie ne soit jaloux. Mais ajoute Fauteur inspiré du Livre des Mères :

£Ue entendit avec une voix bien connue

Le nouveau-né parler dans l'ombre, entre ses bras

Et tout bas murmurer : < C'est moi. Ne le dis pas. »

Ce trait de génie nous fait songer à une des plus belles conceptions de la religion gauloise. Tentâtes avait un nom qui signifie mot à mot le Père des hommes, tud tadj et il méritait vraiment ce titre, parce que, grâce aux migrations qu'il les aidait à faire à travers plusieurs existences, il leur permettait d'arriver un jour au cercle de félicité, c'est-à-dire au ciel.

Dans ses Commentaires, le grand pontife César nous affirme que Mercure avait partout des sanctuaires dans la Gaule. Il nous dit encore que nos ancêtres à la longue chevelure le regardaient comme l'inventeur des arts, le patron des chemins et des voyageurs, et qu'il avait la plus grande influence sur le commerce et les affaires. Que Tentâtes, qu'on appelait aussi Gwion et qu'on représentait alors sous la forme d'un nain hideux, ait passé pour avoir inventé les arts, soit ! mais nous ne pouvons admettre qu'on lui ait accordé le pouvoir de protéger le commerce. César en écrivant ces choses pensait à Rome, à ses trafiquants, à leur dieu des voleurs. Quels sont ces voyageurs dont il nous parle encore, si ce n'est les esprits affranchis d'une vie par la mort? Quels sont ces chemins, si ce n'est la voie lactée toute semée d'astres où allaient revivre les âmes des héros? Cette accumulation d'astres sans nombre portait le nom de cité de Gwion.

Nous ne nions pas qUe Tentâtes eut des sanctuaires nom*

breux dans les plaines. Louéhotiez en est un exemple ; Melodunum (Helun) en est un autre. Nous croyons pourtant qu'ils étaient de préférence sur les hauteurs. Il y en ayait un sur le sommet du Puy-de-Dôme, un autre peut-être sur la butte Montmartre ^

Comme nous le fait remarquer M. Gaidoz € le Mercure romain a si vite donné son nom à son confrère gaulois que

le nom de celui-ci a disparu On a remarqué qu'un grand

nombre de noms de lieux nous ont conservé le souvenir du culte de Mercure : Montmercure, Mercœur, Mercoiray, Mercoire, Mercoiret, Mercue, Mercurette, Mercurey, Mercurée, Mercurot, Mercury. La célébrité du Mercure du Puyde-Dôme, Mercurius Dumias ou Arvernus, s'étendait sur toutes les Gaules^ 3).

On conçoit donc quel intérêt avait Labiénus à porter d'abord la guerre chez les Parisiens. II espérait, lui aussi, qu'un moment psychologique viendrait où la population de Louéhotiez se rendrait à merci pour sauver son Dieu. Les Badois, lors du siège de Strasbourg, semblent avoir hérité de cette tactique de Labiénus. Ils ont bombardé la cathédrale !

Le lieutenant du proconsul, après avoir laissé à Agendicum toutes les recrues à la garde des bagages, se mit en marche. A la première nouvelle de son départ, les Carnutes, les Véliocasses et les Suéssions résolurent de porter secours aux Parisiens et levèrent une armée considérable dont le commandement fut confié à l'Aulerque Camulogène, un vieillard dont l'expérience dans l'art de la guerre était grande. Le brenn gaulois ne fut pas long à prendre un parti. Il décida qu'il ferait tous ses efforts pour couvrir Louéhotiez. Il s'établit donc fortement sur la colline d'Athis et occupa tous les terrains marécageux qui avoisinent le confluent de l'Orge et de la Seine. Labiénus crut d'abord que les positions des Gaulois seraient emportées aisément au bout de quelques jours de siège. Il s'y prit donc comme s'il avait à investir une place de guerre. Il creusa des tran-

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