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chées dans certains endroits, dans d'autres, au contraire, au nrtoyen de claies et de fascines, il chercha à combler les marais pour pouvoir établir un chemin solide sur lequel il pût faire passer son armée et la lancer à l'attaque des hauteurs que l'ennemi couronnait de nombreux bataillons.
César ne nous dit point qu'il y ait eu un engagement entre les guerriers de Camulogène et les légions de Labiénus. Il est bien évident que le proconsul nous cache encore ici la vérité. Les soldats du vieux brenn durent s'opposer énergiquement aux projets du lieutenant de César. Ils combattirent à coup sûr les légionnaires engagés dans les marais pour établir le chemin solide dont parle César. Il est évident que si les Romains n'avaient été attaqués pendant leurs opérations, en assez peu de temps ils auraient pu établir un passage.
L'auteur des Commentaires glisse sur tout ce premier épisode de la campagne contre les Parisiens et se borne à nous apprendre que Labiénus, reconnaissant les difûcultés de la tâche qu'il avait entreprise, sortit de son camp e^n silence à la troisième veille et arriva à Mélodunum par le même chemin qu'il avait pris four arriver. Ceci, on en conviendra, ressemble un peu à une fuite.
La position de Mélodunum était exactement semblable à celle de Louéhotiez,c'est-àr-dire qu'elle était construite dans une île et avait aussi un caractère religieux qui rendait sa prise très désirable. Les Romains s'étant emparés d'une cinquantaine de barques qu'ils trouvèrent amarrées purent aisément faire une descente dans l'île qui tomba ainsi, par surprise, en leur pouvoir.
Dès que Camulogène fut informé des événements qui venaient d'avoir lieu, il leva son camp pour se rapprocher de Louéhotiez contre laquelle il prévoyait bien que Labiénus allait tourner tous ses efforts. L'armée romaine voulut en effet gagner la capitale des Parisiens par la' rive droite du fleuve. Pour cela on n'eut qu'à rétablir le pont de Mélodunum qu'avaient coupé les Gaulois^ lorsqu'ils avaient appris l'arrivée des Romains devant le camp d'Athis. Les barques capturées furent de l'expédition. C'est pourquoi le hrenn qui
avait établi ses troupes sur les pentes de ce que nous appelons la montagne Sainte-Geneviève ne se contenta pas de brûler les deux ponts qui reliaient l'île aux rives du fleuve ; il incendia aussi toute la ville.
Les projets de Labiénus se trouvèrent ainsi déjoués. Il s'arrêta en face de l'armée de Camulogène et lança ses avantpostes .€ jusque sur l'emplacement actuel du Pont-Neuf et dans un bois voisin de la place Saint-Germain l'Auxerrois qui, étant peuplé de loups, donna le nom de Louvre au quartier ainsi désigné aujourd'hui. Gaulois et Romains passèrent quelque temps à s'observer de la sorte. C'est alors que les uns et les autres reçurent des nouvelles de TArvernie. La position de César semble si compromise à Labiénus, on pourrait même dire si désespérée, que la campagne entreprise dans le nord devenait impossible. Le devoir de Labiénus était tout tracé. 11 lui fallait se porter avec toutes ses troupes au secours de son général et par ce renfort le sauver d'un désastre qui eût été irrémédiable.
La situation de Labiénus pouvait d'un jour à Tautre devenir telle, qu'il ne pouvait plus mettre à exécution ce projet parce que sa ligne de retraite serait coupée. En efl^et les Bellovaques s'étaient soulevés. Ils faisaient de grands armements et se proposaient de l'attaquer au nord, tandis que Camulogène lui barrerait la route au sud.
Pour rejoindre l'armée de César, il fallait que les quatre légions de Labiénus et sa cavalerie pussent franchir la Seine, ce qui n'était pas facile. Un soir l'habile lieutenant du proconsul convoqua tous ses officiers à un grand conseil de guerre. Il leur montra que le salut de tous dépendait de la promptitude qu'ils mettraient à exécuter les ordres qu'il allait leur donner. Tribuns et centurions lui jurèrent à l'envi qu'ils feraient leur devoir. Fort de leurs serments, il confia le commandement de ses barques à cinquante chevaliers d'un courage éprouvé; il leur enjoignit de descendre le fleuve et de l'attendre' quand ils auraient parcouru une distance de quatre mille pas. C'est sur les neuf heures du soir que cette expédition dut quitter la rive.
Cinq cohortes furent commises à la garde du camp qui
occupait à peu près l'emplacement sur lequel se trouve la place du Chàtelet. Vers minuit, les cinq autres cohortes de la même légion remontèrent la rive droite de la Seine en faisant beaucoup de bruit. Labiénus s'était procuré un certain nombre de bateaux plats nommés lintrês. Il les expédia dans la même direction en donnant Tordre aux hommes qui les montaient de faire beaucoup de bruit avec leurs .rames. Ils voulaient, en un mot, que les Gaulois prissent le change, et qu'ils crussent que les barques amenées de Mélodunum et expédiées en 'aval de Louhéotiez, avaient au contraire remonté le fleuve jusque vers Charenton. Il serait alors évident pour eux que c'était de ce côté que les Romains tenteraient de passer.
Quand toutes ces dispositions furent prises, Labiénus se mit à la tête des troupes qui lui restaient, elles formaient trois légions. Dans le plus grand silence, il descendit le cours du fleuve jusqu'au Bas-Meudon que sans doute les jours précédents il avait fait reconnaître. Les Gaulois avaient bien des éclaireurs sur cette rive, mais ils furent enlevés pendant un orage qui se déclara tout à coup et qui sans doute les glaça de terreur.
Nous savons que certains guerriers celtes affectaient de braver la foudre et de vider contre elle toutes les flèches de leurs carquois, mais la masse de la nation avait la plus grande frayeur du tonnerre dont le fracas, suivant elle, était produit par le marteau que portait toujours le dieu Tarann. Sous ce nom, ils désignaient Ëusus regardé comme dieu de l'orage. Lors de leur fameuse expédition en Grèce, nos ancêtres à la longue chevelure mirent un jour le siège devant Delphes. Le temple ne fut sauvé de la dévastation que par un violent orage. Les assaillants crurent que le ciel se déchaînait contre eux, à cause du pillage qu'ils projetaient. Le désordre se mit aussitôt dans leurs rangs. Les assiégés sortirent eii masse et un horrible carnage eut lieu.
Mais reprenons notre récit. Au retour de Taube toutes les
légions et la cavalerie étaient maîtresses de la rive gauche.
Camulogène, abusé, s'était porté en amont de Louého-
liez. C'était de ce côté qu'il croyait livrer bataille aux Ro-
mains auxquels il voulait, à tout prix, fermer la route d'Agendicum.
Bientôt" des messagers vinrent apporter au brenn des Aulerkes, des nouvelles qui lui firent croire que l'ennemi, divisé en trois corps, tenterait sur trois points différents le passage du fleuve. Les unes, en effet, lui parlaient des troupes qu'on voyait sur les hauteurs de Charenton; les autres rapportaient que les lintres, chargées de nombreux soldats, s'approchaient de la rive gauche, vers l'endroit où est maintenant le jardin des Plantes; d'autres enfin disaient avoir vu des barques à la hauteur du Bas-Meudon. Il n'était pas facile pour Camulogène de se rendre un compte exact de la situation et de savoir vers quel point il devait se porter avec toutes ses forces. Il crut bien faire d'en former trois corps qu'il expédia dans différentes directions. Il dut aussi laisser un assez fort détachement pour garder son camp, puisque les retranchements romains, situéVen face, étaient encore garnis de légionnaires. Il ne pouvait en connaître le nombre.
Pourtant Camulogène ne tarda point à être averti que Labiénus occupait la rive gauche. Le général gaulois eut dû se porter contre lui avec toutes ses forces. Il ne le fit pas et la raison en est très simple. Il ne pouvait pas supposer que le lieutenant de César avait avec lui presque toutes ses légions. N'avait-on pas signalé dans deux autres endroits de nombreux Romains ?
Ce fut probablement entre la butte Sainte-Geneviève, Montrouge et Grenelle que la bataille fut livrée. Labiénus, prévoyant qu'une action décisive aurait lieu,'avait, à mesure qu'elles débarquaient, rangé ses troupes, et leur avait adressé une allocution dont César nous a transmis le sens.
€ Rappelez-vous — leur dit-il — vos victoires passées. » Ne soyez pas inférieurs à vous-mêmes, et marchez à l'en- » nemi aussi résolument que si vous aviez César à votre j) tête *. 1^
Ensuite il donna le signal de l'attaque et la VIP légion,