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placée à l'aile droite, dés la première charge qu'elle fit, enfonça les Gaulois qu'elle avait en face d*elle et les dispersa. Â l'aile gauche la victoire fut plus vivement disputée. Camulogène y commandait en personne, et excitait l'ardeur de ses guerriers dont les premiers rangs furent criblés par les traits que lançaient les légionnaires II est probable que les troupes du brenn étaient inquiétées sur un de leurs flancs par les 50 barques de Labiénus. Elles s'étaient beau* coup rapprochées du rivage. Les flèches et les balles de plomb que leurs équipages improvisés firent pleuvoir sur les Gaulois sans que ceux-ci, chargés vigoureusement en tête, pussent riposter, durent faire de grands ravages. Cependant aucun d'eux, pendant bien longtemps, ne songea à lâcher pied, et quelque avantage qu'eussent les Romains soutenus par leur flotille, l'issue de la journée était douteuse, lorsque la Vil* légion, victorieuse de l'aile droite, vint prendre en queilR les guerriers de Camulogène qui bientôt, étant attaqués de trois côtés à la fois, furent réduits à une situation extrêmement critique.
La division gauloise envoyée vers Charenton ne vint pas malheureusement porter secours aux troupes engagées. La présence des cohortes campées sur la rive droite et les manœuvres des lintres lui donnèrent le change et la retinrent. L'héroïque brenn des Auierkes finit par recevoir une blessure, et à partir de ce moment ses troupes n'opposèrent plus autant de résistance. Leur chef mort, elles ne surent que mourir sur le corps de Camulogène. Le carnage que tirent les Romains fut terrible. C'est alors que les troupes que Camulogène avait laissées à la garde de son camp apparurent sur une hauteur qu'on suppose être Vaugirard. La déroute était commencée dans la plaine. Le renfort arrivait trop tard, et se dispersa devant les Romains qui, victorieux, firent une démonstration contre lui.
Tous ceux des guerriers gaulois qui avaient combattu toute la journée et qui le soir survivaient encore, prirent la fuite dans le plus grand désordre, poursuivis par la cavalerie. Ils cherchaient à gagner les bois qui de toutes parts couvraient alors la vallée de la Seine. D'autres purent se rallier sur les
hauteurs et tenir en respect leurs ennemis, fatigués et d'ailleurs enivrés de carnage.
La bataille de Louéhotiez que Labiénus eut beaucoup voulu éviter fut très glorieuse pour les armes roniaines. Si Camulogène avait pu supposer qu'il avait devant lui dans la plaine de Grenelle toute l'armée romaine, il n'aurait pas tenté de lui barrer la route. Autant et plus que le lieutenant de César, mais pour des motifs tout autres, il avait intérêt à ne point engager une action décisive. La vraie tactique, le passage du fleuve effectué par surprise, était de harceler continuellement les légions, afin de les détruire en détail avant qu'elles aient eu le temps d'atteindre Agendicum. César, jaloux du succès de son lieutenant, veut qu'il soit dû aux tribuns de la VII* légion. Il ne veut point que l'attaque des Gaulois pris à revers ait été ordonnée par Labiénus. Il trouve que son lieutenant n'a pas besoin d'être exalté par lui. Le vaincu deGergovia ne peuts'étendre^n le comprend, sur les opérations habiles du vainqueur de Louéhotiez.
Labiénus, malgré les pertes énormes qu'il venait défaire subir aux tribus gauloises soulevées, ne songea pas un moment à poursuivre le cours de ses succès. Il continua son mouvement de retraite. Il savait que d'un moment à l'autre il pouvait être attaqué par l'armée bellovaque, jalouse de venger la défaite essuyée par les Parisiens et leurs premiers alliés.
A peine, Louéhotiez paraît-elle dans l'histoire qu'elle donne un exemple de dévouement à la cause nationale. La flamme couronne ses maisons ; ses habitants la brûlent pour l'empêcher de tomber a;u pouvoir des ennemis.
Paris, la noble ville, a pris la place de l'antique bourgade gauloise ; il a continué lès traditions glorieuses de sa devancière; il est toujours prêt, malgré ses splendeurs, à se sacrifier pour la patrie. Paris est toujours le sanctuaire de Teutatès, le créateur des arts, le dieu qui emporte les âmes vers le cercle de félicité. Ce cercle est pour nous maintenant ce monde idéal où nos grands penseurs vont chercher leurs sublimes conceptions d'où découle le bonheur de la nation entière, du monde entier pourrions-nous dire, car les
œuvres littéraires^ artistiques et industrielles de Paris sont répandues dans le monde entier.
Ayant raconté les hauts faits de Labiénus revenons à son général. César ayant perdu une grande partie de son armée, fut vaincu et prit la fuite c muUa exercitus sut parte perditd, victus ac fugit. » C'est en ces termes formels que s'exprime Orose. Il n'est pas sans intérêt de comparer ce passage si affirmatif avec le récit de César. Rentré dans son camp, le proconsul dut être en proie à un violent désespoir. Il était vaincu ! Le sénat qu'il avait blessé et humilié en toute occasion n'allait pas manqner de se retourner contre lui à la nouvelle de sa défaite. Le peuple, qui Taimait surtout à cause de ses victoires qui remplissaient Rome de bruits et de fêtes, écouterait peut-être enfin la voix de Caton.
C'était pour César l'anéantissement de tous ses rêves d'avenir si longtemps carressés, c'était peut-être la proscription.
Il fallait donc à tout prix dissimuler à tous le sanglant revers qu'il avait éprouvé. Aussi César nous donne-t-il dans ses Commentaires un discours qu'il prétend avoir prononcé le lendemain de la bataille devant ses troupes assemblées. Le proconsul harangua bien en effet ses légions pour relever leur courage abattu, mais nous ne pensons pas que pour atteindre ce but il leur ait tenu les paroles qu'il nous rapporte. Elles renfermaient une apologie de sa conduite et un blâme sévère infligé à ses soldats.'
— € Vous avez eu tort — leur dit-il — d'avoir voulu vous-mêmes juger du moment où il conviendrait de s'arrêter ou d'agir, sans écouter le signal de la retraite, sans être r.etenus par les tribuns ni par les lieutenants. »
Les légionnaires auraient pu répondre à leur général qu'ils ne s'étaient élancés que sur son ordre et pour un assaut dont il cherchait l'occasion depuis le commencement du siège ; qu'il eût dû, si vraiment il avait voulu les rappeler, faire sonner plus près d'eux le signal de la retraite, et que les tribuns et tous les autres officiers ne songeaient qu'au riche butin qu'ils espéraient trouver dans la ville.
Le proconsul, dont la mémoire était mauvaise, au dire
d'Asinius Pollion, oublie toujours que lui-même nous a parlé € d'un centurion, qui, le matin même du combat, avait déclaré, comme nous Tayons vu, qu'excité par les récompenses données à Avaricum, H ne laisserait personne escalader le mur avant lui, »
Nous prions le lecteur de nous excuser si nous revenons ici à des textes déjà cités, mais il nous a semblé que nous ne pouvions pas faire autrement. C'est par ses propres assertions, en etFet, que nous voulons, autant que possible, réfuter le proconsul. Nous poursuivrons donc en disant que César représenta à ses troupes tous les dangers d'une mauvaise position, et ce que lui-même avait pensé au siège d'Avaricum, lorsque trouvant les ennemis sans chefs et sans cavalerie, il renonça à une victoire certaine, plutôt que de s'exposer à une perte même légère, dans un lieu désavantageux. >
Cette partie de la harangue du proconsul nous semble' maladroite : c II leur représenta tous les dangers d'une mauvaise position, exposito quid iniquitas loci posset. » Mais qui donc avait dirigé l'attaque sur un point désavantageux? Lui, César. Qui donc ne leur porta point secours lorsqu'il avait trois légions fraîches? César, toujours César!
De plus, les troupes savaient trop bien ce qu'il fallait penser de l'attaque du camp gaulois près à'Avaricum, et de la retraite que leur général ordonna après une tentatiVe infructueuse, pour qu'il s'aventurât à parler de la victoire certaine, exploratam victoriam dimisisset, à laquelle il avait renoncé plutôt que de s'exposer à une perte légère dans un lieu désavantageux^ > Ce dernier membre de phrase est vraiment admirable! Voyez-vous César, cet homme qui n'a rien fait la veille pour sauver ses soldats écrasés, parler de son humanité? Il a laissé une fois échapper la victoire pour ne pas exposer ses troupes à des pertes légères !
Il ajoute qu'autant c il admirait leur courage qui n'avait pu être arrêté ni par les retranchements d'un camp, ni par la hauteur des montagnes, ni par les murs de la ville, autant il les blâmait de s'imaginer, dans leur insubordination
présomptueuse, savoir mieux que leur général les moyens de vaincre, et le résultat de la baiaille ^ »
Ce passage n'est pas moins étonnant. Il admire c le courage de ses soldats qui n'a pu être arrêté par les retranchements d'un camp. — De quel camp veut-il parler ici? A coup sûr, ce n'est pas de celui de Sainte-Radegonde, puisqu'il échoua dans une attaque contre lui. C'est alors celui de la Roche-Blanche, ou petit camp. César oublie qu'il nous a dit que cette position dont il s'empara au début du siège était gardée par une garnison assez faible.
Il félicite aussi ses troupes de n'avoir point hésité devant de hautes montagnes. Il a raison, s'il fait allusion au passage des Cévennes, mais est-ce croyable, puisqu'il vient de nous entretenir d'un fait d'armes qui évidemment se rapporte au siège de Gergovia. Les hautes montagnes ne sont vraisemblablement que le plateau sur lequel était situé le petit camp de la Roche-Blanche dont l'altitude n*est pas de six cents mètres et qui, malgré le récit de César, était, nous l'avons montré, très abordable, du moins d'un côté. Pour arrondir sa phrase, l'auteur parle de murailles escaladées. Ou cela ne veut rien dire, ce que nous penserions volontiers, ou cela se rapporte au siège d'Avaricum. Mais ne savons-nous pas que cette place fut emportée par surprise et que ses remparts furent à peine défendus?
Il est donc facile de voir qu'il ne règne aucun ordre dans les harangues de César. Ce n'est point le discours d'un général à ses troupes, c'est celui d'un rhéteur.
Poursuivons notre examen.
Le proconsul nous apprend encore qu'il reprocha à ses soldats leur présomptueuse insubordination, c licentiam arrogantiamque reprehendere... :» Hais de quelle insubordination s'étaient-ils rendus coupables? Ils n'ont pas en^tendu le signal à cause d'une vallée creusée par la féconde imagination de César.
Les derniers mots que le proconsul nous dit avoir prononcé pour relever le courage de ses soldats, nous semblent donc