‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 121 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Biûracte. — Le mont Beuvray a-t-il porté autrefois la ville de Bibracte? — Preuves à l'appui. — Gaucher, historien du xvi* siècle. — Jean Bouchet et ses Chroniques d'Aquitaine, — Guy-Patin et Thistoire du Nivernais. — Les sources et les fontaines. — Description d'une ville gauloise, — Les quartiers riches. — La métallurgie. — Les loci consecrati. — Le champlain. — Réunion des députés de toute la Gaule. — Le pouvoir suprême est confié à Yercingétorix. — Son plan de campagne. — Premières opérations. — Résumé des principaux faits militaires qui précèdent.

A la nouvelle de la défection des Eduens, le soulèvement gagna presque toutes les tribus de la Gaule; elles s'empressèrent d'envoyer des députés à Bibracte. Au surplus les anciens alliés des Romains n'épargnèrent rien pour amener toutes les peuplades à faire cause commune avec eux. Nous avons dit précédemment qù'Eporédorix et Viridomare avaient envoyé dans la capitale des Éduens tous les otages que le proconsul avait réunis à Noviodunum. On menaça de faire périr ceux dont les compatriotes ne voudraient pas s'armer contre les Romains. Vercingétorix, vers qui une sorte d'ambassade avait été envoyée, fut invité à venir à Bibracte pour qu'on pût s'entendre avec lui sur les moyens de continuer la guerre.

Le Pen-Tiern y consentit, et un jour, à la tête de son armée victorieuse, il fit son entrée dans Bibracte. C'est le moment, pensons-nous, de parler iavec détail des villes gauloises. Les restes du vieil oppidum éduen trouvés sur le sommet du mont Beuvray, dans le département delà Nièvre, nous permettront de relever la capitale d'une des plus puissantes confédérations qui se partageaient le sol de notre pays.

Bibracte est presque porur nous une Pompéi nationale.

Hais d'abord Bibracte était-elle bien située sur le mopt Beuvray? Ne conviendrait-il pas mieux de la placer à Aut«n au pied de ce Mont-Dru, qui porte un nom signiûcatif? Ken qu'un certain nombre d'archéologues distingués tiennent pour la seconde opinion, nous nous faisons les champions résolus de la première.

Nous nous fondons sur les ruines qu'on découvre sans cesse sur le plateau du mont Beuvray, ruines qui sont essentiellement gauloises. Nous nous fondons également sur ce que Beuvray est une altération de Bibracte. Nous avons aussi des textes qui pour n'être pas très anciens n'en sont pas moins bien concluants. Nous les passerons en revue le plus brièvement possible.

Au xvi" siècle, Gaucher, chanoine d'Autun, parlant de deux de ses amis qui se rendaient au Beuvray pour la foire du premier mercredi de mai, écrit ces mots : c qui ibant Bibracte. »

Jean Bouchet, dans ses Chroniques d'Aquitaine^ parle de Libracte (sic) qui était une petite ville d'Authun « qu'on appelle de présent Beuvray >.

Dans tout le bassin de TArroux, les registres des paroisses mentionnent à la même époque : La Ganelle-sous-Âtfrract^, Saint-Léger-sous-5« tracée.

Le passage que le célèbre jurisconsulte Guy Patin consacre au mont Beuvray dans son Histoire du Nivernais est à citer tout entier :

€ La montagne de Beuvray, en la cime de laquelle était l'ancienne Bibracte, est aujourd'hui en dedans le pays et duché de Nivernois... II est vray-semblable que les plus anciennes villes, basties après le déluge, ayent été mises escimes des montagnes, et depuis à cause de l'incommodité des lieux hauts, ayent été transférées en lieux plus bas et de plus facile accès; ainsi les habitants de ce haut Beuvray se soient transférés au lieu où est à présent Authun, et pour l'honneur d'Auguste César l'ayent nommé Augustodunum, »

En faveur de la seconde opinion, on dit qu'à Autun, au

fond d'un puits scellé d'une dalle situé dans l'enceinte du petit séminaire on a trouvé un ex-voto en l'honneur de la déesse Bibracte. Cet argument nefteut avoir aucune valeur. En effet avec r^a?-t>o^o se trouvait une médaille romaine dont la date est toute une révélation. Elle est contemporaine de saint Martin qui, nous le savons, fut l'apôtre de toute cette région de la Gaule. A cette époque il y a longtemps que la ville du mont Beuvray n'existait plus et q\x' Augustodunum l'avait remplacée. Nous sommes donc en présence d'un exvoto consacré à la déesse Bibracte dont le culte avait été transporté dans la cité gallo-romaine et qui y subsista jusqu'au triomphe définitif du christianisme. Quand la croix eut détrôné les idoles, quelque Éduen, toujours fidèle à ses anciens dieux, mura dans un puits dont seul il connaissait l'existence, Y ex-voto qui nous occupe. 11 est probable que Bibracte fut détruite sous Auguste; il y eut en effet des sou lèvements dans les Gaules dans les premières années du règne de ce prince. L'empereur ne pouvait laisser une place aussi forte, et pour s'en débarrasser il l'incendia et transporta sa population dans la plaine. Toutes les monnaies représentant le successeur immédiat de Jules César qu'on retrouve à Autun» sont à l'endroit du cou marquées d'un trait gravé avec un instrument pointu, une sorte de burin. Elles sont en un mot décapitées. Ne voyons-nous pas là une preuve de la vengeance impuissante des Éduens? Ne voyonsnous pas également à notre époque une grande quantité de monnaies à l'effigie des Napoléon, ainsi mutilées?

Il est un dernier argument dont il convient de faire grand cas, le voici : Si l'on interroge les paysans qui vivent au pied du mont Beuvray, ils vous disent qu'au temps de la vieille ville il fallait cinq paires de bœufs pour monter un char. Ils ajoutent <l que la ville fut ruinée et montrent près du Beuvray un mamelon par lequel l'ennemi déboucha : Une bergère aurait révélé le point vulnérable, et, pour sa récompense, le chef des ennemis lui aurait percé le cœur d'un coup d'épée, dans la crainte qu'un repentir tardif ou une nouvelle indiscrétion n'avertît trop tôt les habitants que la trahison était consommée. Après la destruction de la ville,

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suivie d'un graod massacre, les survivants auraient quitté la montagne et fondé Autun ^ »

11 y a dans cette légende un reflet de ce qui dut se passer, dénaturé, embelli, nous nous plaisons à le reconnaître, par cette fée, l'imagination populaire.

La ville, dont les murs étaient absolument semblables à ceux A'Avaricum et de toutes nos autres places fortes, était traversée par une grande voie à laquelle venaient aboutir plusieurs autres. L'une d'elles avait une grande importance puisqu'elle conduisait à un abreuvoir public situé en dehors d'une des portes. Le plateau du mont Beuvray ne contient pas moins de 135 hectares. Les parties habitées ne couvraient point tout cet espace. Il y avait de vastes esplanades qui n'étaient occupées qu'en temps de guerre par les habitants des campagnes avoisinantes . De Bibracte la vue était admirable. L'œil découvrait les Alpes au front neigeux, et les anciens pays ou volcans du pays des Arvernes. Cette ville était le centre d'un grand commerce. A certains jours de l'année, toutes les populations des environs y accouraient pour assister à de grands marchés qui revenaient périodiquement. Ces marchés coïncidaient avec des fêtes en l'honneur de la déesse Bibracte qui dans la ville avait sous sa protection plusieurs sources dont les propriétés merveilleuses sont encore très vantées par les habitants du Morvand. Dans toutes les parties de la France où, malgré l'introduction du christianisme, les vieilles coutumes se sont conservées plus ou moins, on retrouve un culte des eaux que ift Whalgas et les Khamaras avaient apporté de l'Arye primitive. Quand on lit les plus anciens hymnes du Rig- Véda, on est tout surpris d'y trouver des passages qui se rapportent admirablement encore aux superstitions de nos paysans de la Bretagne et du Morvand, pour ne citer que ces deux pays. .

Le pape Grégoire I**" nous semble avoir résumé en peu de mots et d'une manière remarquable toute la ligne de conduite que devaient suivre les missionnaires. Il nous dit,

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