‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 122 sur 190 · Garenne, Bibracte^ p · texte numérisé non relu

Garenne, Bibracte^ p

dans une lettre restée célèbre : « Retrancher tout à la fois, dans CCS esprits incultes, est une entreprise impossible, car qui veut atteindre le faîte doit s'élever par degrés et non par élans... Gardez- vous donc de détruire les temples, détruisez seulement les idoles et remplacez-les par des reliques. i> C'est ce qui a été fait. Hu-Kadarn est devenu saint Cornelly. On n'a pas agi différemment à l'égard des fontaines sacrées des Gaulois qui toutes avaient une nymphe et qui maintenant sont dédiées à une sï^nte ou à un saint.

Sans sortir du Morvand ou du Berry, nous trouvons entre autres, la fontaine de Saint-Genou dont Rabelais a peut-être connu les propriétés. Elle passe pour guérir le mal des arr dents.

Dans la commune de Vasselay, on remarque la fontaine de Saint-Julien qui a la propriété de guérir les maux d'yeux et la jalousie innommée, La commune d'Argent possède une source qui est probablement unique dans son genre. C'est celle de Saint-Mauvais, au bord de laquelle on va prier pour demander la mort d'un ennemi. En Bretagne, au dire d'Emile Souvestre, il est une chapella, non loin de Tréguier, où l'on va de même implorer les bons offices de Notre-Dame de la Haine. Heureusement que tout près de la fontaine de Saint-Mauvais, il y a celle de Saint- Bon, grâce à l'intercession duquel il est possible de remédier au mal causé par l'autre.

Nulle part cette rage d'assimilation n'a été poussée plus loin qu'en Bretagne. Lorsque le christianisme triomphant vint prendre possession de la vieille terre d'Arwor, il voulut, avant toute chose, exploiter à son. profit le grand sanctuaire de Karnac. Les païens y adoraient le puissant Hu-Kadarn, ce dieu qui avait attelé une paire de bœufs d'une vigueur inouïe au monde qui allait périr englouti et l'avait sauvé. Nous avons eu l'occasion d'en parler dans la première partie de notre livre, nous avons raconté également la légende de saint Cornelly qui explique chrétiennement les alignements de Karnac.

De même toutes les fontaines du mont Beuvray sont devenues, en quelque sorte, la propriété du grand saint

Martin, dont au moins l'existence n'est point contestable. Les foires de Bibracte, nous l'avons déjà dit, ont donné naissance aux marchés qui se tiennent annuellement sur le sommet du mont Beuvray. On conviendra que la force de la tradition est bien puissante pour que nos paysans conduisent encore leurs bestiaux sur le haut d'une montagne élevée sur laquelle ne se trouve plus que quelques misérables maisons. Depuis sa fondation, c'est-à-dire depuis un nombre de siècles qu'on ne saurait préciser, la réunion du mont Beuvray a toujours dû avoir lieu à la même époque, c'est-à-dire le premier mercredi du mois de mai.

. Les foires gauloises devaient présenter quelque analogie avec les grandes foires qui existent encore en Russie. A Bibracte,on a trouvé des restes de constructions qui font songer à des sortes de bazars ^ A côté des heures laissées au commerce, à côté de celles aussi qui étaient occupées par des cérémonies religieuses, il y en avait qui étaient consacrées aux plaisirs. Dans leur Cité gauloise, MM. Bulliot et Roidot ont cité un texte bien peu connu de Posidonius qui est toute une révélation •. Il nous montre que les Gaulois, dans toutes les fêtes, avaient des représentations dramatiques qui se jouaient en plein air, le plus souvent sur des tréteaux. Lorsque dans un drame, un personnage devait mourir, l'acteur chargé du rôle faisait une quête parmi les spectateurs, puis remontait sur le théâtre et se tuait pour U>ut de bon^. C'est là, on en conviendra, pousser le réalisme jusqu'à ses limites extrêmes.

Pour en finir avec cette grande question des marchés de Bibracte, nous ajouterons que lors de la réunion annuelle qui y rassemblait des gens venus quelquefois de fort loin, il s'élevait souvent des querelles qui se vidaient devant la foule. On s'ajournait, comme d'ailleurs on s'ajourne encore pour le

1. L'endroit où se tiennent les foires modernes se nomme Le Porey, Il n'est pas difficile de retrouver dans ce mot celui à'Emporium (marché). C'est dans le Porey qu'on trouve des restes de bazars.

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