‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 128 sur 190 · Bell. Gall.y VII, LXiv · texte numérisé non relu

Bell. Gall.y VII, LXiv

Ces dispositions ne semblèrent pas encore suffisantes à Vercingétorix. 11 supposait que les AUobroges contre lesquels il avait envoyé une armée^ n'avaient pas perdu le souvenir des désastres que jadis les Romains leur avaient fait subir. Des messagers furent envoyés à tous leurs chefs, pour leur offrir de l'argent et promettre à la nation tout entière qu'une fois les légions battues et la province reconquise il lui donnerait Thégémonie sur tout son territoire. La démonstration armée qu'il faisait contre eux n'était donc pas sérieuse, en ce sens qu'il espérait bien qu'il n'y aurait pas combat. Il supposait qu'à la vue du sanglier et des chevaux, ces insignes de la patrie, les AUobroges, travaillés par des émissaires, se soulèveraient et fermeraient la route aux Romains.

La Narbonnaise était dégarnie de troupes. Un des lieutenants du proconsul qui alors y commandait leva en toute hâte vingt-deux cohortes pour veiller sur. les frontières. Cet officier se nommait L. César, il était fils de L. Julius César qui avait été consul de l'an 90. Il avait lui-même rempli cette fonction en l'an 64, c'est-à-dire cinq ans avant César. Il était donc cousin de l'adversaire de Vercingétorix, et frère de Julie, la mère du triumvir Marc-Antoine, et un peu plus âgé que Julius César.

Les Helviens, à la nouvelle qu'un corps d'armée gaulois marchait contre eux, n'avaient pas voulu attendre, pour le combattre, qu'il fût rendu sur leur propre territoire. Ils résolurent de se porter au-devant de lui et d'envahir le sol vélaune*. On pense que la rencontre eut lieu entre Saint- Didier et Saint-Victor Mélescours (Haute-Loire) où l'on montre aux étrangers un champ communal auquel on a donné le nom de champ dolent^ campus dolens, parce que, dit la tradition, il fut le théâtre d'un combat mémorable et sanglant*. Tout porte à croire que cette bataille est celle que les Cabales et les Arvernes livrèrent aux Helviens, com-

1 . La tribu des Vélaunes occupait la portion du territoire qui porte aujourd'hui encore le nom de Velay,

2. H. Malègue, Guide de Vétranger dans la Haute-Loire j p. 399 et 400.

mandés par leur princeps, C. Valerius Donotaurus, fils de Gaburus. Ce chef fut tué dans l'action et ses soldats prirent la fuite vers la province qu'ils avaient au contraire mission de couvrir.

Les opérations, de ce côté, débutaient bien pour les Gaulois. Sur d'autres points au contraire ils étaient moins heureux. Les Allobroges ne se soulevèrent point à rapproche de Tarmée nationale. Ils placèrent près du Rhône des postes nombreux et se préparèrent à défendre leur territoire. Ce fut là, on ne saurait le nier, un échec pour Vercingétorix, mais il ne faut pas cependant exagérer son importance,car il fut plus apparent que réel. Si les Allobroges ne s'unirent pas aux troupes du Pen-Tiern, il ne semble pas que la conduite qu'ils se décidèrent à tenir leur ait été dictée par un sentiment d'affection pour leurs vainqueurs. César nous dit en effet qu'il n'avait plus aucun moyen de tirer des secours de la province, tous les chemins étant fermés : interclusis omnibus itineribus, nulla res ex provincid atque Italiâ sublevari poterat. Il se serait, à coup sûr, exprimé autrement s'il avait cru pouvoir compter sur la fidélité des Allobroges. Grâce à elle, en effet, il aurait pu toujours être en communication avec sa patrie.

Dans ses premières campagnes le futur rival de Pompée avait toujours compté dans les rangs de son armée un assez grand nombre de Gaulois. Il ne semble pas que, dans cette dernière phase de la lutte, les peuples restés /idèles à sa cause, comme les Lingons et les Rèmes, lui aient fourni des combattants. La prise de Noviodunum par Eporédorix l'avait fait venir d'Italie et d'Espagne et au moment où il avait à lutter contre une cavalerie nombreuse et bien montée.

Il dépêcha donc des officiers pour négocier au delà du Rhin un envoi de cavaliers et de fantassins armés à la légère, habitués à combatti*e au milieu des chevaux. Le proconsul ajoute que ses mandataires s'adressèrent aux peuplades qu'il avait soumises les années précédentes : quas superioribiis annis pacaoerat Nous sommes encore ici en présence d'un mensonge évident. César, après avoir franchi le Rhin, dans une de ces expéditions inutiles qui indignaient

36t HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

une partie du sénat, le proconsul, disons-nous, s'était bien vite aperçu qu'il s'était lancé d'une manière inconsidérée dans une entreprise qui ne pouvait avoir pour lui d'issue favorable. Il se hâta donc de repasser le fleuve, se contentant d'avoir obtenu la soumission des Ubiens (territoire de Cologne) qui se sentant trop faibles pour lui résister seuls lui avaient livré des otages. Le proconsul les ramena triomphalement dans les Gaules.

Les Ubiens ne voulaient en somme que gagner du temps. Nous savons, en effet, qu'ils s'allièrent aux Suèves. César ne jugea pas à propos de se mesurer avec cette nation puissante et belliqueuse. Il batlit en retraite et, pour plus de sûreté, il détruisit, au moins en partie, le pont qu'il avait construit quelques semaines auparavant. Les otages qu'il avait gardés avaient été internés par lui à Noviodunum. Le soulèvement des^n^duens les avait donc délivrés, et, partant, les tribus germaines étaient absolument libres d'agir à leur guise. Elles écoutèrent favorablement les officiers de César parce qu'elles voyaient dans les propositions qui leur étaient faites une occasion de pillage. Les tribus d'outre-Rhin étaient pauvres ; les Gaules au contraire étaient riches.

Dans les assertions de César il faut donc laisser de côté tout ce qu'il a écrit pour tromper ses compatriotes et se grandir à leurs yeux.

. Lorsque les cavaliers auxiliaires demandés par César se présentèrent à son camp, il fut alarmé de les voir aussi mal, montés et il leur fit donner les chevaux de ses officiers et des membres de l'ordre équestre qui combattaient dans les rangs de son armée.

Arrivés à ce point de notre travail nous devons récapituler les événements que nous avons passés en revue au cours de notre récit.

Dans cette première partie de la campagne, les Romains semblaient avoir obtenu plus de succès que les Gaulois, leurs adversaires. En effet, ils se sont emparés d'Avaricum; Labiénus a battu Camulogène.Mais, d'un autre côté, ne voyons-

nous pas que le désastre de Gergovia rend bien inutiles la chute de la capitale des Bituriges et la victoire de Louéhotiez. L'armée du nord a dû se replier sur Agendicum.

Il est vrai que Télé est venu, et que cette saison est éminemment propice aux envahisseurs. Mais la tactique que Vercingétorix veut adopter frustre les légions d'une partie de cet avantage. Ce qu'il veut, c'est harceler sans cesse l'ennemi et attendre le retour de cet allié puissant des Gaulois, l'hiver, pour livrer quelque action décisive.

La partie allait s'engager de nouveau dans des conditions presque identiques à celles qui existaient peu de mois auparavant, au moment où César avait quitté Agendicum pour assiéger avec toutes ses forces Cenabum et Aoaricum.

C'est cette reprise des hostilités que nous étudierons dans les chapitres suivants.

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