Revue des deux mondes, n»» du !«' mai
2. Hirtius VIII, Liv. — Lucain, Pharsale, VII, vers 218. — Napoléon III, II, p. 251, note 2.
du iv° siècle, nous apprend qu'une légion comprenait 6100 hommes d'infanterie pesamment armée et 726 hommes de cavalerie, en tout 6826 combattants.
Au temps de César, la composition d'une légion et sa force numérique étaient absolument les mêmes qu'à l'époque de Vegèce. C'est ce dont on peut se rendre compte, d'après les Commentaires eux-mêmes.
Que le lecteur se transporte un instant à l'époque de la première invasion de César en Bretagne. Que voyons-nous? Que lors du retour de l'expédition, Tarmée était distribuée sur quatre-vingts vaisseaux de charge, or l'effectif des troupes était de deux légions. Le proconsul no\is raconte que deux vaisseaux furent séparés du reste de la flotte et par suite forcés d'aborder un peu plus bas. Ils portaient chacun cent cinquante hommes; à cent cinquante soldats par vaisseau, nous aurions quatre-vingts fois cent cinquante, ou douze mille légionnaires, soit, deux légions de six mille hommes chacune, sans compter la cavalerie, les équipages, etc. On peut objecter que l'armée gauloise avait fait subir des pertes terribles aux forces de César. Cela est vrai, mais nous n'ignorons pas que Labiénus avait amené de nombreuses recrues laissées au commencement de la campagne dans le camp retranché d'Ageridicum.
Une légion se subdivisait en cohortes de 555 hommes ; chaque cohorte était commandée par un tribufiy avec un étendard spécial (signum). Les cohortes se scindaient en centuries ayant chacune un centurion à sa tête, et les centuries en manipules de dix hommes. Les manipules avaient tous, pour chef immédiat, une sorte de sous-officier appelé dizenier (decanus).
La première cohorte faisait exception à la règle générale. Elle se composait en effet de mille hommes pris parmi les meilleurs, et même d'un peu plus, puisque leur chiffre exact était de 1105 hommes. C'est de là qu'elle tirait son nom de cohorte milliaire ou des. mille. Ces mille légionnaires d'élite n'avaient pas la même organisation que le reste de leurs camarades. Ils ne formaient pas de centuries, mais bien des ordres {ordines). Il y avait cinq ordres qui différaient
entre eux sur bien des points. Le premier prdre comprenait 440 combattants dont Tofficier portait le nom de centurio primipili ou primipilus; le second était composé de deux centuries formant nn effectif de ^20 hommes dirigés par le premier hastaire (primas hastatus); le troisième était fort d'une centurie et demie, c'est-à-dire 165 hommes, sous la conduite du premier prince {princeps prior). Le quatrième était exactement semblable. Son officier était le secundus hastatus. Le dernier, qui était le plus faible de tous, comptait 110 soldats conduits par le premier triaire {triarius primus).
La première cohorte était toujours commandée par un tribun (tribunus militum) et c'était au-dessus de ses rangs qu'apparaissait l'aigle {aquila legionis) que toute la légion devait suivre.
Les jours de bataille, l'aigle était parfumée avec soin, et emée de fleurs et de bandelettes.
Nous savons que les légions avaient un peu de cavalerie qui leur était annexée. Cette cavalerie se divisait en turmes. Une turme, ou décurie, comptait trente-deux cavaliers commandés par un décurion {decurio). Ces hommes avaient un étendard particulier (vexillum).
La cohorte d'élite , ou première cohorte, avait quatre turmes; chacune des quatre autres en avait deux seulement.
Nous ne pouvons pas porter à moins de 75 000 ou 80 000 hommes, en y comprenant les auxiliaires Germains, les recrues et les vétérans * (evocati), le nombre de combattants que César pouvait mettre en ligne.
En étudiant le plan de Vercingétorix, nous avons donné tous les renseignements que nous possédons sur les forces gauloises. Il nous est impossible d'évaluer à quel chiffre montait le nombre des fantassins Arvernes. Nous savons que le Pen-Tiern avait quinze mille cavaliers.
Lorsque César vit que ses troupes étaient un peu reposées
1. Cf. E. Bosc, Dictionnaire de l'archéologie et des antiquités che^ les divers peuples, \° Evocati .
de leurs fatigues passées et que ses* auxiliaires. Germains s'étaient familiarisés avec les manœuvres des légions qu'ils devaient aider^ il leva son camp et par la frontière sud du pays des Lingons, il s'engagea en Séquanie. Dans le texte des Commentaires il existe un mot qui a été la cause de bien des guerres érudites entre les archéologues. César dît per extrêmes fines. Rien ne nous semble plus clair et plus naturel que cette expression. Ne savons-nous pas que nos pères n'entendaient pas par le mot fines, frontières, une ligne de démarcation. La frontière, pour eux, se composait de vastes espaces incultes ou dénudés à dessein. Le mot extremos est donc d'une importance capitale ; il indique que. le proconsul traversa toute cette zone, cette marche, comme on eût dit au moyen âge. S'il n'y avait au texte que c per fines » nous ne serions pas sûrs que César fût sorti du territoire des Lingons*.
Le proconsul sentait que tous les jours sa position devenait plus mauvaise. Le découragement de ses troupes était profond, Plutarque nous l'assure*. Il n'avait donc pas d'autre parti à prendre que de regagner l'Italie par la voie la plus courte pour revenir au plus vite secourir la Narbonnaise dans laquelle il ne pouvait pas se rendre directement puisqu'il n'osait pas se fier à la fidélité des Âllobroges, et que de plus un corps de cavalerie gaulois lui barrait le passage dans cette direction^
Voici donc les légions engagées sur le territoire de la Séquanie I Quelle direction ont-elles suivie?
Plusieurs versions existent. Tout dépend de la situation qu'on donne à la ville d'Alésia. On a cru, en effet, pouvoir placer dans les endroits les plus différents cet oppidtim dont la fondation, paraît-il, remonte à Baal Melkarth, l'hercule Tyrien.
1. M. A. Maury, Les Forêts de la Gaule, dans ce savant ouvrage on trouvera de curieux détails sur ces marches forestières qui autrefois occupaient une si notable partie de notre sol.