‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 150 sur 190 · Servius ad Œnid^ XI · texte numérisé non relu

Servius ad Œnid^ XI

nous rapporte le fait pour l'avoir lu dans les Ephémérides que le proconsul rédigeait tous les jours et qui par malheur ne nous sont point parvenues, ne nous donne aucune explication. Peut-être que la troupe qui s'était emparée du général romain fut à un moment très vivement pressée par les cavaliers auxiliaires. Pour arrêter leur poursuite elle abandonna son prisonnier. César, dans son journal, s'applaudit encore une fois de sa bonne fortune.

11 est curieux que le mot cecos se soit conservé dans les langues néo-celtiques précisément avec le sens que lui donne Servius. A défaut d'autres exemples, cela suffirait à prouver la parenté qui existe entre le gaulois et le gaël de tous les dialectes. En effet nous trouvons en gaël d'Irlande sgaoidh (prononcez sekoz), et en gaël écossais sgaiodh (prononcez sekas)^.

L'épée du proconsul resta au pouvoir des Gaulois. Elle fut portée dans un sanctuaire de l'Arvernie. Après la soumission complète des Gaules, César l'y vit, et malgré ce que purent lui dire ses amis, il ne voulut pas la reprendre, disant qu'elle était sacrée.

M. Desjardins, nous l'avons dit précédemment, veut que ce danger couru par César se rapporte au siège de Gergovia. C'est là que, selon lui, il perdit aussi son épée. Il n'est pas permis de partager cet avis, en présence du texte si formel de Plutarque.

Nous ne pouvons non plus admettre l'opinion de M. Francis Monnier et d'autres auteurs qui prétendent que cette action a été engagée sans le consentement de Vercingétorix par des chefs éduens, jaloux de lui, et qui se croyaient assurés de remporter, sans son concours, une victoire qui leur aurait assuré une grande prépondérance et aurait diminué d'autant Ji'ascendant du héros arverne.

Nous n'avons rapporté plus haut que la première moitié des paroles que César prête à Vercingétorix. Celles-là nous semblent être vraies. Nous voyons le Pen-Tiern développer

1. H. de la Villemarqué, Etude sur la langue Bretonne, in Dictionn* Français-Breton, de Legonnidec.

un plan de conduite conforme à la situation. Barrer la route à Farmée romaine, lui enlever ses bagages pour l'affamer, c'était bien là ce qu'il voulait. Pour être impartiaux, nous citerons maintenant la dernière phrase de son discours. Après avoir dît que les cavaliers de César n'oseraient pas sortir des lignes, il ajoute : « Je rangerai toute l'armée hors du camp : nos troupes auront plus de confiance, et les ennemis plus de crainte. »

Il se présente à l'esprit une objection bien sérieuse contre les derniers mots mis par César dans la bouche de Vercingétorix. N'avons-nous pas une grande harangue que le Pen- Tiern prononça lorsque le commandement suprême lui eut été confirmé à Bibracte? Qu'y trouvons -nous? Une sorte d'engagement de ne point livrer d'action décisive, générale. Et on voudrait qu'il ait manqué à ce qu'il avait promis. Quand bien même il eût eu avec lui toutes ses forces, il n'eût point hasardé de jouer la partie sur un seul coup du sort.

La prompte intervention des légions arrêta la déroute des cavaliers romains, mais sans ébranler pour cela l'ardeur des guerriers de Vercingétorix qui chargèrent d'abord avec furie ces nouveaux combattants. Une manœuvre heureuse des auxiliaires germains qui gagnèrent le haut d'une colline sise sur la droite amena la retraite des Gaulois.

En adoptant comme vraie cette théorie, il faut que' nous n'accordions pas une grande créance à maintes assertions de César. Nous ne pouvons croire, par exemple, que les Germains eurent à escalader une colline élevée {summum jugum). Le plus grand nombre de ces guerriers venus d'outre-Rhin étaient à cheval ; on ne fait pas gravir par de la cavalerie les fortes pentes d'une colline! Il ne s'agirait donc ici que du coteau de Bâgé dont la rampe est presque insignifiante. A en croire le proconsul, cette manœuvre décida du sort de la journée. Tous les Gaulois, craignant d'être enveloppés, prirent la fuite.

Si les paroles qu'il met dans la bouche de Vercingétorix étaient exactes, toute l'infanterie arverne qui était rangée en bataille sur les bords de la Saône aurait été prise

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comme d'une panique et aurait lâché pied crainte d'être cernée. Mais cette infanterie n'était-elie pas celle qui avait écrasé trois légions romaines sous les murs de Gergovia ? On ne saurait donc raisonnablement ajouter foi un seul instant au récit de César? En outre, les Gaulois étaient plus nombreux que leurs adversaires, si l'on admet que Vercingétorix avait toutes ses forces avec lui. Comment se fait-il que le Pen-Tiern, dans aucune des phases du combat, n'ait lancé cette réserve pour dégager ses cavaliers?

On voit donc qu'il est de plus en plus inadmissible qu'il ait eu des fantassins, malgré toutes les assertions de César qui veut que le chef des guerriers à pied fournis par la confédération éduenne soit tombé entre ses mains. II le nomme Cavarill et nous dit que depuis la défection de Litavic il commandait l'infanterie. Le proconsul oublie que nulle part il ne nous a dit que Litavic ait été plus spécialement placé à la tète de l'infanterie.

Parmi les autres guerriers faits prisonniers, il cite encore un Eporédorix que les Éduens avaient eu jadis pour chef dans leur guerre contre les Séquanais et qui pourrait bien être le père ou l'aïeul du jeune collier d'or qui s'empara de Noviodunum, enfin Cot, l'ancien compétiteur de Convictolilan. Ce dernier commandait la cavalerie, ou plutôt un corps de cavalerie.

Vercingétorix prit aussitôt le chemin d'Alésia pour barrer encore une fois la route aux Romains. César le suivit avec neuf légions, puisqu'il en avait laissé deux à la garde de son convoi. Il nous dit qu'il tua, pendant leur retraite, trois mille hommes d'arrière-garde. Ce chiffre nous semble très exagéré. L'auteur des Commentaires ajoute que l'ennemi était consterné de la défaite de sa cavalerie, qui faisait sa principale force {perterritis que hostibus, quod equitatu, qua maxima parte exercitH^s confidebant)^... Si la cavale rie faisait la principale force de l'armée gauloise (elle comptait 15000 chevaux), l'infanterie élait donc bien p^ nombreuse.

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